HYGIÈNE DES TROUPES
bains et de douches, de réfectoires, de vérandas ou de préaux où les hommes puissent se livrer à leurs distractions à l'abri du soleil. Ils doivent être surélevés au-dessus du sol. L'installation des cabinets d'aisances doit être telle qu'ils ne fassent courir aucun risque de souillure des eaux. Leur propreté doit être assurée de la façon la plus rigoureuse. Chaque dortoir doit contenir un nombre très limité de lits et ne jamais être encombré. Le lit comportera toujours une moustiquaire ample et de fermeture hermétique. Il est essentiel que les hommes soient astreints à se servir de cette moustiquaire en toute saison.
Les exercices doivent avoir une durée très limitée et s'effectuer à des heures matinales. Toutes les corvées pénibles de la caserne doivent être accomplies par des manœuvres indigènes et non par les soldats. Les longues marches doivent être formellement proscrites, pendant les périodes de chaleur. Le soldat en marche ne doit jamais être chargé. Son équipement doit différer avec la saison et suivant les régions. On doit lui éviter toute fatigue inutile.
Au Tonkin, dit Grall (1) dans son excellente étude statistique et clinique militaire, « le soldat français est fait pour porter le fusil, s'en servir au lieu et à l'heure voulus, mais ilne doit pas tenir d’autre emploi ». C'est à la méconnaissance de ce principe, durant les premières années de la conquête, qu'il faut attribuer l'excessive mortalité qui a attristé cette période. Une semblable erreur n’est plus à redouter aujourd'hui.
Occuper et distraire le soldat, de manière à l'empêcher de se livrer à l'alcoolisme et de perdre son entrain, est encore une des conditions d'hygiène qu'il importe de ne jamais perdre de vue pour maintenir la santé parmi nos troupes.
Rapatriement. — La durée du séjour d’un soldat européen peut varier suivant qu'il sert dans la zone cochinchinoise ou dans la zone tonkinoise, qu'il tient garnison dans les deltas ou dans les régions montagneuses. D'une façon générale, ce séjour ne doit pas excéder trente mois. Il doit être abrégé pour ceux qui ont été affaiblis par des atteintes de paludisme, de diarrhée ou de dysenterie, même s'ils paraissent bien guéris de ces maladies. Les hommes qui manifestent des symptômes de tuberculose doivent être immédiatement renvoyés dans la métropole.
Il est avantageux que les troupes de relève arrivent dans la colonie pendant la meilleure saison, c'est-à-dire de novembre à janvier. Le rapatriement doit s'effectuer en mars el avril, avant le retour des fortes chaleurs en Indo-Chine et avant l'époque où la traversée de la mer Rouge est particulièrement pénible.
Sanatoria, — Au Tonkin, les villes de garnison situées dans le delta
(1) Graz, Pathologie exolique, Saïgon, 1900.
du fleuve Rouge constituent le véritable sanatorium des troupes. C'est la que les soldats anémiés par le paludisme, la diarrhée et les fatigues du service dans les postes du Haut-Tonkin, peuvent faire une convalescence véritable. En Cochinchine, jusqu'à ces dernières années, le seul point considéré comme pouvant servir de lieu de convalescence était le littoral du cap Saint-Jacques, à l'embouchure de la rivière de Saïgon. Ce point jouissait, d'ailleurs, d’une réputation usurpée, car, si la température y est plus agréable en raison de la brise de mer, l'expérience a prouvé que les diarrhéiques et les dysentériques convalescents s'y trouvaient, plus qu'à Saïgon, exposés à des rechutes.
Le sanatorium du Lang-Bian paraît devoir combler une importante lacune, en fournissant à l'Administration militaire une station salubre où elle pourra envoyer les hommes affaiblis par le climat et la maladie, dont l’état ne nécessite pas le rapatriement.