HYGIÈNE DES TROUPES. A
militaires doivent leurs services aux fonctionnaires et aux colons européens.
Mortalité en Cochinchine. — Il résulte des statistiques dressées par Bonnafy (1) pour vingt-trois années (1863-1888) que sur 1000 décès d'Européens qui se produisent en Cochinchine :
72 ont lieu en janvier. 118 — en juillet.
71 — en février. 98 — en août.
73 — en mars. 79 — en septembre.
92 — en avril. 72 — en octobre.
98 — en mai. 61 — en novembre.
103 — en juin. | 63 — en décembre.
Le paludisme, la dysenterie, la diarrhée chronique et l’abcès du foie comptent pour 65 cenlièmes parmi les causes de décès.
De 1872 à 1884, la mortalité moyenne annuelle des Européens civils et militaires en Cochinchine a été de 21 p. 1000. Il est à noter que cetle population comprend une très faible proportion de gens âgés, de femmes et d'enfants. Elle se compose en très grande majorité d'hommes adultes entre vingt et un et quarante-cinq ans. Cette proportion de 21 décès par 1000 habilants est établie sur le nombre de décès ayant eu lieu dans la colonie. Pour que la statistique fût exacte, il faudrait tenir compte de ceux qui se produisent soit pendant la traversée de retour, soit en France, à la suite de maladies contractées en Cochinchine, parmi les rapatriés civils et mililaires. On peut, par suite, estimer à 25 p. 1 000, au minimum, le chiffre annuel de la mortalité qui sévit sur les Européens habitant la Cochinchine. Empressons-nous d'ajouter que, pour une bonne part, cette haute mortalité dépend de l’inobservance par les colons et les soldats des règles d'hygiène, surtout de celles ayant trait à l'usage de l'alcool.
HYGIÈNE DES TROUPES. — La France entretient, en Indo- Chine, des troupes indigènes annamites et cambodgiennes et des troupes européennes. Une expérience déjà longue a montré les différences capitales qu'il convient d'établir entre ces deux éléments, dans la prescription des règles d'hygiène à leur appliquer.
Troupes indigènes. —Ce que nous avons dit touchant la pathologie et les mœurs des races indigènes, de la race annamite en particulier, qui fournit la presque totalité des contingents militaires, nous dispense de nous étendre longuement sur la nécessité de ne point fusionner ces contingents avec ceux de race européenne. Non seulement le même traitement hygiénique ne saurait leur convenir, non seulement aucune assimilation n'est possible entre des individus aussi différents que l'Annamite et l'Européen, mais encore une telle fusion supprimerait tous les avantages que l’on peut retirer de ces
(1) Boxvary, Archives de médecine navale et coloniale, t. LXVIT, p. 161, 1897.
corps de troupes indigènes, rustiques, mobiles et résistants, qui complètent d'une façon si heureuse notre armée indo-chinoise.
Ce qui caractérise le soldat indigène, c'est son adaptation naturelle au climat et aux ressources alimentaires du pays, son endurance à la fatigue et à la chaleur, son aptitude à la marche, sa résistance aux endémies diarrhéique et dysentérique.
Le bien-être indispensable pour lui garantir la santé est essenliellement différent de celui qui doit être assuré à l'Européen et intiniment moins dispendieux. L'hygiène de l'alimentation, du vêtement, du logement et du couchage, doit s'inspirer surtout des habitudes indigènes. Il faut y ajouter les notions de propreté, qui font défaut à la race. Dans les garnisons, on doit faciliter à l’indigène la vie en famille et, à cet effet, il est d'usage de remplacer les casernes par des baraquements, où chaque famille a un logis, et où il est loisible aux soldats de prendre leurs repas et de passer tout le temps qui n'est pas consacré au service. Ces camps n'ont d'autre inconvénient que de nécessiter une surveillance médicale rigoureuse, au point de vue de la propreté et de la bonne tenue, afin d'empêcher qu'ils ne deviennent une source d’épidémies. L'habitude des indigènes de boire l'eau bouillie, sous forme d'infusion de thé, ne dispense point de veiller à la pureté des eaux mises à leur disposition. Il n'est pas besoin d'insister sur la nécessité de n’employer aux usages culinaires, comme à ceux de propreté corporelle, que des eaux salubres.
Nous avons dit combien l'Annamite est sensible au paludisme et comme il appréhende, avec juste raison, le séjour dans les régions montagneuses par crainte de contracter cette maladie. Les mêmes précautions rigoureuses contre les piqûres de moustiques, dans les territoires paludéens, doivent êlre prises également vis-à-vis des troupes indigènes et des troupes européennes.
Troupes européennes. — Le soldat européen transporté en Imdo-Chine exige un confort tout autre que celui nécessaire au soldat natif.
Tout ce que nous avons dit des conditions sous lesquelles l’'Européen peut séjourner dans les zones tonkinoise, annamite et cochinchinoise, s'applique au soldat comme au colon. Par conséquent, il est indispensable de lui assurer un logement confortable, une alimentalion soignée, un vêtement toujours approprié à la région et à la saison. Enfin il est une vérité dont doivent se pénétrer tous ceux qui ont une part quelconque à l'administration des troupes : c’est qu'on ne doil en aucun cas exiger, en Indo-Chine, du soldat français, un travail continu ou même un effort temporaire, comparable à celui qu'il peut fournir dans le pays natal.
Les casernements doivent être bien situés, vastes, aérés, alimentés exclusivement et abondamment en eau pure, pourvus de salles de