INTOXICATIONS CHRONIQUES
fumeur d'opium ne peut, au bout d'un certain temps, se passer de son excitant nerveux habituel. Dès qu'il en est privé, il devientsomnolent, apathique et incapable de travail. L'intoxication opiacée amène plus rapidement que l'alcool la perte de l'appétit et par suite l'amaigrissement el la faiblesse physique. À ce degré, l'individu est particulièrement prédisposé à toutes les affections gastro-intestinales endémiques. Le fumeur d'opium est presque toujours atteint par la diarrhée chronique.
Les races indigènes, surtout l’Annamite et le Cambodgien, s'adonnent à l’opium de plus en plus. Tous les Chinois qui vivent en Indo-Chine en font usage. Cette habitude s'est fort répandue aussi parmi les Européens.
Il ya une distinction marquée à établir entre l'individu de race jaune et l'Européen, au point de vue de leur résistance à l'intoxication chronique. Le premier supporte, sans en éprouver en apparence d'effets nuisibles, une dose habituelle d'opium qui suffit à amener un degré marqué de déchéance chez l'Européen.
Il est difficile de préciser la raison de cette différence ; elle peut tenir soit à la race, soit à ce que cette intoxication vient ajouter chez l'Européen son influence déprimante à celle du climat, inoffensive pour l’Asiatique.
Quoi qu'il en soit, à doses égales, l'opium est plus dangereux pour l'Européen que pour l’indigène. Tous ceux qui on vécu dans le milieu indo-chinois ont pu constater que très peu d'Européens sont capables de fumer journellement dix à quinze pipes d'opium sans présenter, au bout de peu d'années, les stigmates du fumeur d'opium : amaigrissement général, teint émacié, hébétude à certains moments de la journée. Au contraire, cette dose est minime pour le Chinois ou l’Annamite et, tant qu’elle n’est pas dépassée, leur santé ne parait en éprouver aucun dommage. L'abus auquel beaucoup arrivent amène d'ailleurs chez eux, comme chez les individus de race blanche, la cachexie spéciale de l’opium.
Hachisch. — L'usage du hachisch est limité aux Cambodgiens, encore n'est-il pas fréquent parmi eux. Ceux qui en font un usage excessif tombent dans un état de déchéance intellectuelle voisin de l'imbécillité.
Tabac. — Chez toutes les populations de l’Indo-Chine, les individus des deux sexes fument dès l'enfance le tabac, soit en cigarettes, soit dans la pipe à eau. Cette habitude ne paraît porter aucun préjudice à leur santé. Elle n’est pas davantage nuisible à l'Européen qui fume modérément. L'excès occasionne la gastralgie plus promptement que sous notre climat et favorise l'établissement de la dyspepsie chronique.
Bétel. — Il ne paraît pas que l'habitude de chiquer la feuille du bétel, pratiquée par tous les indigènes des deux sexes en Indo-Chine,
puisse déterminer aucun trouble caractéristique d’une intoxication. Le bétel, additionné de noix d’arec et de chaux pour être consommé, a l'inconvénient de provoquer une forte salivation et de détériorer les dents. Il semble qu'il agisse sur l’économie comme un excitant musculaire.
Nous avons constaté que des sampaniers annamites pouvaient, à jeun, ramer pendant plusieurs heures à la condition de chiquer le bétel. Ils se déclaraient incapables de fournir à jeun le même travail, sans le secours de leur masticatoire ordinaire.
Par l'obligation de cracher fréquemment, par la réaction du suc du bétel mélangé à la chaux sur la salive, réaction qui donne aux crachats l'apparence sanglante, par son action fâcheuse sur la dentilion, cette habitude est répugnante et antihygiénique. On doit souhaiter la voir disparaitre.