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VII. — HYGIÈNE URBAINE. -— ASSISTANCE MÉDICALE INDIGENE

HYGIÈNE URBAINE. — Habitations. — Les habitations urbaines destinées aux Européens laissent peu à désirer, dans les villes de Saïgon, Haïphong et Hanoï, au point de vue de leur conception architecturale. À Saïgon, en particulier, elles offrent une disposition généralement bien adaptée aux indications qui découlent du climat. Il serait à souhaiter que les maisons fussent ordinairement séparées les unes des autres, pour faciliter l’aération, et que les quartiers européens fussent toujours isolés des quartiers indigènes. Il ne résulte que des inconvénients, pour les indigènes comme pour les Européens, de cette proximité des demeures, où paraissent se complaire nos compatriotes. Notre voisinage immédiat est une gêne pour le natif et, réciproquement, ses habitudes, son inobservation de la propreté, les odeurs souvent nauséabondes des condiments qu'il emploie pour sa cuisine, rendent son voisinage pénible à l'Européen. Il serait avantageux et sage d’imiter le système anglais dans l'Inde, qui consiste à établir les quartiers européens à proximité, mais tou- Jours en dehors de la cité native. L'hygiène n'aurait qu'à y gagner.

Si l'habitation européenne offre peu de prise à la critique, il n'en est pas de même de celle des indigènes. Les cités annamites bâties ont leurs habitations construites suivant le style chinois. Chaque logement est un étroit et long boyau, avec une seule pièce en façade, divisé par des cloisons transversales en une suite de compartiments communiquant les uns avec les autres, qui ne reçoivent presque pas de lumière el où l'atmosphère n'est jamais renouvelée. Au milieu ou à l'extrémité postérieure du boyau, une petite cour intérieure amène un peu de Jour et d'air. Cette cour est en général un cloaque nauséa-

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bond, véritable nid à maladies au cœur de l'habitation. Parfois, de très grands bâtiments sont ainsi divisés en une multitude de tranches, constituant chacune un logement. Dans chaque logement s’entassent, dans une révoltante promiseuité, un nombre d'habitants généralement triple ou quadruple de celui que comporte la dimension des pièces.

On ne saurait lrop insister sur la nécessité pour l'Administration de proscrire formellement, dans toutes les agglomérations indo-chinoises, les constructions de ce genre, foyers de contagion en temps d'épidémie, foyers d’insalubrité en tous temps. La paillote annamite ou cambodgienne, qui est l'habitation classique dans les petites villes et les villages, est infiniment plus hygiénique, en dépit de ses nombreux défauts.

En Indo-Chine, comme dans tous les pays tropicaux, les Européens aiment à entourer leur demeure de verdure et de fleurs. Si l'on ne peut blâmer, en raison de l'agrément et de la fraicheur qu'il procure, l'entretien d’un jardin attenantà l'habitation, du moins doit-on proscrire les bassins à ciel ouvert, les jets d’eau et tous les dépôts d'eau, qui peuvent favoriser la multiplication des moustiques. Les arbres à ombrage doivent être éloignés de la maison, et c'est à des vérandas, larges et bien ouvertes, qu'on doit demander la protection contre le soleil.

Eaux potables. — Jusqu'à l'établissement de la domination française, les indigènes n'ont établi qu'exceptionnellement une captation d'eau, pour alimenter leurs grandes villes. Les habitants allaient puiser l’eau au fleuve, sur le bord duquel la ville était bâtie. Si elle était trop boueuse, on la clarifiait par addition d'alun. Tel est encore le mode d'alimentation, en eau potable, de la plupart des villes indigènes et de presque tous les villages. Cependant l’Annamite ne méconnait point les inconvénients pour la santé d'une eau de mauvaise qualité; il est même probable que l'habitude de consommer à peu près exclusivement l’infusion de thé, comme boisson, a pour origine une raison d'hygiène. Seulement l'Annamite ne s’est jamais douté que l'emploi des eaux polluées pour tous les usages domestiques, autres que la boisson, rend illusoire sa précaution de boire l’eau bouillie. Quand il a éclairci l'eau boueuse du fleuve au moyen de l'alun, ii s'imagine bien à tort l'avoir purifiée. Souvent enfin il accuse l'eau de méfaits dont elle n'est pas responsable: c’est ainsi qu'il impute aux eaux des régions montagneuses le paludisme qu'il contracte dans le Haut-Tonkin.

Actuellement quelques-unes des villes principales sont approvisionnées d'eau potable.

La capitale du Cambodge, Pnom-Penh, a été récemment dotée de bassins filtrants dans lesquels est amenée l’eau du Mékong. Tout en

reconnaissant que cette filtration constitue un progrès sur l'ancien TRAITÉ D'HYGIÈNE. St =

système, qui consistait à puiser l'eau directement au fleuve ou dans des mares, nous devons faire des réserves sur les garanties que présente le procédé de purification nouvellement adopté.

Les villes de Saïgon et Cholon, en Cochinchine, tirent leur eau potable, en quantité d'ailleurs insuffisante, d’une nappe souterraine peu profonde et qui n'est séparée du sol de ces villes par aucune couche d'argile imperméable, capable d'empêcher les infiltrations de surface. L'étude de cette eau, faite par Bréaudat (1),a montré que sa teneur en produits de désintégration des malières organiques, variable avec les saisons, est surtout considérable au début de la saison pluvieuse. C'est là une preuve manifeste de la souillure de la nappe par les infillrations d’eau superficielle.

Hanoï, au Tonkin, est approvisionné également par l’eau d'une nappe souterraine, siluée au niveau du fleuve Rouge, et dont le niveau suit les variations de celui du fleuve. D'après les analyses de Turié (2), cette eauest, au point de vue chimique, assez pure dans la nappe, mais subit des souillures dans sa canalisation.

Au point de vue bactériologique, les eaux utilisées à Hanoï, à Saïgon et à Cholon sont pures à certaines époques de l’année; à d’autres moments, on yrencontre des microbes, tels que le bacille coli et le bacille pyocyanique, qui doivent les faire tenir pour suspectes.

Nulle part la captation et la canalisation ne sont à l'abri de pollutions diverses, particulièrement par les eaux pluviales qui ont lavé le sol. Par conséquent, dans toutes les villes indo-chinoises, l'eau potable ne présente des garanties de salubrilé qu'à la condition d'être soumise, dans chaque maison particulière, à une nouvelle purification.

S1 la fièvre Lyphoïde est peu à redouter en Indo-Chine, en revanche, on doit admettre que l'eau est susceptible de véhiculer des germes de choléra, de diarrhée, de dysenterie et des œufs de nématodes. La purification, par des filtres de porcelaine, n'est effective qu'à la condition de soumettre fréquemment ces filtres à un nettoyage délicat, pour lequel on ne peul guère se fier aux serviteurs indigènes. Il s'ensuit que le moyen le plus certain de boire une eau pure consiste à la faire bouillir. Si, après l’ébullition, l'eau est un peu moins agréable au goût, du moins elle ne nuit pas à la digestion, comme on le croit assez communément. D'ailleurs, un excellent procédé consiste à imiter les Annamites et à boire l’eau bouillie sous forme d'infusion légère de thé.

Vidanges. — Une fâcheuse habitude des indigènes consiste à déposer des immondices sur le sol au voisinage des habitations et le long des routes. Il est permis de supposer que la souillure des eaux qui en résulte entre pour la majeure part dans la dissémi-

1) L. Bréaupar, Les eaux d'alimentation de la ville de Saïgon, Paris, 1905.

) L (2) Tu, Annales d'hyg. et de méd. coloniales, 1899, p. 65.

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