ASSISTANCE MÉDICALE INDIGÈNE
nation du choléra. Quelques villes comme Saïgon, Haïphong, Hanoï, possèdent un service de vidanges fonctionnant d'une manière satisfaisante ; mais, même dans ces villes, les quartiers annamites et chinois laissent fort à désirer sous le rapport des cabinets d'aisances. Ce côté de l'hygiène urbaine appelle particulièrement l'attention des pouvoirs publics.
Le système d'enlèvement et d'utilisation des vidanges est partout très défectueux : les cabinets sont en général pourvus de tineltes, périodiquement enlevées pour être vidées dans des dépotoirs, à quelque distance de la ville. Les indigènes s'approvisionnement à ces dépotoirs d'engrais pour les champs et les cultures maraichères. I] n'est pas besoin de s'appesantir sur les dangers que font courir ces dépotoirs, en outre de tous les inconvénients dusystème. La solution qui, au point de vue sanitaire, parait devoir donner les meilleurs résullats, consisterait à établir dans toutes les villes un réseau spécial d'égouts, qui conduiraient les matières à des bassins d'épuration par le procédé microbien. L’épuration biologique semble s'opérer, sous les climats chauds, avec une activité plus grande que dans les pays tempérés ; elle réalise, dans l’état actuel de nos connaissances, le maximum de garanties pour l'hygiène des villes.
ASSISTANCE MÉDICALE INDIGÈNE. — Sil'on songe que nous sommes entrés depuis moins de trente années dans la période d’organisation de notre colonie, on ne saurait s'étonner fort qu'il reste beaucoup à faire au point de vue de l'assistance médicale indigène. Cependant des résultats qui font honneur au corps médical et à l'Administration ont été obtenus en ce qui concerne la variole, dont les ravages s'étaient étendus séculairement sur tout le pays. Grâce à la généralisation des services vaccinaux dont nous avons parlé, cette endémie, la plus néfaste à la population indo-chinoise, est en voie de disparition.
Les instituts microbiologiques de Saïgon et de Hanoï, qui préparentle vaccin jennérien, assurent également le traitement de la rage. L'Institut Pasteur de Nha-Trang est en mesure de fournir du sérum antipesteux, ainsi que les divers vaccins el sérums nécessaires pour la thérapeutique médicale et vétérinaire.
En ce qui concerne les établissements hospitaliers, tout est à créer pour ainsi dire. À part les militaires indigènes, qui sont traités dans les hôpitaux et infirmeries militaires, la population ne reçoit encore d'assistance médicale que dans quelques villes importantes. L'administration possède des hôpitaux indigènes au voisinage de Saigon et à Pnom-Penh. Ilexiste en outre un certain nombre d'infirmeries fondies et entretenues par des ordres religieux. Enfin une léproserie a été récemment créée en Cochinchine, dans la province de Mytho.
La création d'une école de médecine indigène témoigne de la préoc-
cupation de l'Administration de garantir aux populations dela colonie une assistance médicale moins rudimentaire et barbare que celle dont elles se sont contentées jusqu'à présent. C’est là une tâche de longue haleine, car il ne suffit pas de faire des médecins indigènes, 1l faut en mème temps vaincre les répugnances de la population à accepter la médecine scientifique et lui inculquer des notions d'hygiène qui vont à l'encontre deses traditions et de ses habitudes. L'empressement de plus en plus grand que manifestent les indigènes à venir consulter les médecins européens, quand ils’'en trouve à leur portée, permet de présumer que ce progrès n'est pas irréalisable.
[ faut avoir le courage de le reconnaitre, notre Administralion en Indo-Chine n'a pas élé toujours à la hauteur de sa tâche en ce qui concerne l'éducalion, au point de vue de l'hygiène, des populalions indigènes. Elle a méconnu longtemps le devoir qui lui incombe, de doter d’une organisation sanitaire ce pays de dix-neuf millions d'habitants. Maintes fois les gouverneurs, conscients des lacunes de nos services sanitaires, ont vu leur initiative et leurs efforts se buter à l'apathie et à la force d'inertie opposée par leurs subordonnés. Des idées plus généreuses vis-à-vis des populations soumises et plus justes, au point de vue des devoirs modernes des peuples colonisateurs, ont pénétré chez nous depuis quelques années. Nous avons l'espoir que les tendances actuelles aboutiront à doter l'Indo-Chine d'un état sanitaire meilleur. Ce progrès, ainsi que l'avait particulièrement compris M. le gouverneur général Doumer, est la condition première du développement économique que la France prélend donner à ce pays.
HYGIÈNE
DES
PAR
le D: F. NOC,
Mé lecin-major de 2e classe des troupes coloniales.
Les possessions françaises océaniennes sont divisées en deux groupements administratifs : la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances (iles Loyauté, Chesterfield, Huon, etc.); les établissements français de l'Océanie, qui comprennent un grand nombre d'iles réunies en archipels, les archipels de la Société (Tahiti, etc.), des Tubuai, des Tonga, des Wallis, des Marquises, des Tuamotu, des Gambier, etc. (fig. 61).
. Au point de vue de la pathologie humaine, on ne saurait admettre entre ces deux groupements de distinction absolue ; nos possessions océaniennes ont en effet de multiples caractères communs qui aboutissent à un régime d'hygiène similaire : le climat diffère peu d'un archipel à un autre ; le sol est partout volcanique, avec l'apport consécutif des madrépores du Pacifique ; les races semblent dériver de souches voisines, que de multiples croisements parmi ces peuplades de navigateurs ont encore fondues. Aussi retrouve-t-on partout, chez tous les peuples mélanésiens ou polynésiens, sous ce climat si doux, la même insouciance de l'hygiène et de la propreté, le même fonds de paresse et de fatalisme sur ces terres fécondes où il est si facile de se nourrir, où il semble inutile de se vêüir.
D'une part, les invasions successivesdes races orientales ont amené des infections auiourd'hui inéluctables, telles que la tuberculose et la lèpre, que l’on retrouve à chaque pas; l'invasion de la race blanche a créé, il est vrai, dans nos colonies du Pacifique, quelques foyers nouveaux de civilisation avec leur organisalion scientifique de l'hygiène, mais aussi avec les vices européens et les apports épidémiques d'outre-mer. D'autre part, de nombreuses îles, trop
isolées, ignorent encore les bienfaits de la médecine et del hygiène et se dépeuplent rapidement. .
À côté des deux groupements néo-calédonien et océanien, une