A. — GRANDE-TERRE
La Nouvelle-Calédonie fut découverte par Cook en 1774 et annexée à la France en 1853. On y ajouta les iles Loyauté en 1864, ainsi qu'un grand nombre d'ilots peu importants : les îles Huon, Chesterfield, etc.
La superficie de la Nouvelle-Calédonie égale trois fois celle de la Corse. Sa longueur est de 360 kilomètres, sa largeur moyenne de 55 kilomètres. Elle est située entre 20° 35’ et 22° 26’ de latitude sud, et 161° 35’ et 164° 50° de longitude est du méridien de Paris (fig. 61).
ATMOSPHÈRE ET CLIMATOLOGIE. — Le climat est réputé pour sa salubrité : la température atteint au maximum 36° et descend rarement au-dessous de 14° Le long de la côte : on observe néanmoins des minima de 8 et 7° sur Les points culminants.
On distingue habituellement une saison chaude, de décembre à mars : la température moyenne est alors de 26°; une saison fraîche, qui comprend juin, juillet, août, avec 20, 21° en moyenne. La saison de l’hivernage ou été austral commence vers la Noël.
La moyenne barométrique annuelle est de 758“",2, la moyenne de l'hivernage 754"",7, En mai, juin et juillet, on note 762"",8 en moyenne. La pression monte avec les alizés est-sud-est et descend avec le vent d'ouest.
Les vents alizés du sud-est et du sud soufflent d’une façon à peu près constante. Dans la partie méridionale toutefois, à Nouméa et aux environs, on est exposé assez souvent à des brises nord-ouest, parfois très fraîches, amenant de courtes pluies torrentielles. Les alizés sud-est se dépouillent de leur vapeur d’eau sur la côte est contre les arêtes montagneuses, aussi cette côte est-elle plus fertile ; la côte ouest connaît de longs mois de sécheresse, que les brises nordouest viennent quelquefois apaiser.
En janvier et février, on peut observer des ouragans et même des cyclones; en mai et juin, les brises sont fraîches et irrégulières, les grains assez fréquents; en juillet et août, le temps est plus sec, les alizés bien établis jusqu'en octobre, où la température devient égale et douce ; l’état hygrométrique est alors de 68°,1 en moyenne; vers la mi-novembre réapparaissent les fortes brises et les grains.
La position de la Nouvelle-Calédonie, la régularité des alizés sudest, peut-être aussi la conductibilité du sol volcanique, riche en
nickel, fer, cuivre, etc., font que l'on n'entend jamais le grondement du tonnerre : l'orage est inconnu en Nouvelle-Calédonie.
GÉOLOGIE. — Soulèvement d'origine volcanique entouré d’atolls madréporiques, l'ile principale ou Grande-Terre se dresse en une arête montagneuse dont les points culminants peuventattemdre 1700mètres. Près de Nouméa, le mont Humboldt s'élève à 1634 mètres. De l'arête centrale se détachent des arêtes secondaires, qui se subdivisent en contreforts irréguliers, de sorte que le sol est constitué par une série de pentes et de vallées que fertilisent de nombreux cours d'eau. Sur ces pentes fraiches et boisées, on pourrait, en de nombreux points, si les communications étaient rendues faciles, établir des sanatoriums et des maisons de convalescence.
Aupieddecescontrefortss'établitune zone marécageuse, plus étendue en largeur sur la côte ouest. On constatait autrefois avec étonnement que ces marécages ne fussent pas « miasmatiques » et que la Nouvelle-Calédonie fût ainsi exempte de paludisme. On attribuait cette immunité du sol à la présence d'une espèce végétale voisine des Eucalyptus, Melaleuca viridiflora, le « niaouli », au parfum pénétrant, qui,soilparses racines, soit par lesémanations deson feuillage odorant, détruisait les miasmes dangereux. Le niaouli est en effet extrêmement répandu, surtout dans les zones marécageuses. On sait actuellement que l'absence de malaria coïncide avec l'absence d'Anopheles : bien que les Culicides soient très nombreux en Nouvelle-Calédonie, on n'a jusqu'ici observé parmi eux aucun Anophéliné (1).
Le sol calédonien, par sa disposition en massifs et vallées, favorise la recherche et le traitement des minerais sur les pentes abruptes et la colonisation agricole dans la plaine.
Dessources d’eaux chaudes existenten divers points del’ile : à la baie du sud (Prony), on connaît deux sources dont les eaux sont alcalines, silicatées, sulfureuses et ferrugineuses; leur température est de 32° (source de la baie des Kaoris) et 42° {source Taillote); à Kanala (côte est), une source sulfureuse, dont la température atteint 41°,7.
HYDROLOGIE. — Chaque vallée a d'ailleurs sa rivière ou son torrent : le parcours de ces cours d’eau est généralement peu étendu et peu profond, mais la plupart ne tarissent pas. Dans le nord, on lrouve quelques grandes rivières, telles que celle de Houaïlou, celle du Diahot, qui a 80 à 90 kilomètres de long, avee une embouchure de 1200 mètres environ.
La population étant très disséminée pour un régime des eaux très abondant, ces eaux ne sont généralement pas souillées : la fièvre typhoïde, qui sévit au chef-lieu d'une façon permanente, n'a jamais créé d'épidémie sérieuse dans les postes de l’intérieur. D'ailleurs les eaux de pluie tombent assez abondamment et durant la plupart des
(1) LavERAN, Au sujet de Culicides recueillis à Djibouti et à la Nouvelle-Calédonie. Comples rendus, Soc. biol., 4er juin 1901.
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mois de l'année : on les recueille dans de grands réservoirs dont sont flanquées la plupart des habitations de colons, ce qui permet de ne pas s'adresser à l’eau de rivière, souvent assez éloignée.
La ville de Nouméa est alimentée en eau très pure par une canalisation établie en 1894 et qui part de la rivière la Dumbea, dans le massif du même nom, à 83",64 d'altitude, dans une région inhabitée. Les analyses de cette eau, répétées au laboratoire de bactériologie, l'ont toujours montrée peu riche en espèces microbiennes.
Les eaux du Pacifique présentent certains dangers : elles recèlent des requins nombreux qui s'avancent tout près du rivage, et la prudence recommande de ne se baigner qu'à l'abri de leurs atteintes. On rencontre, sur les plages et les roches coralliaires à demi immergées, de nombreux serpents de mer. Ce sont pour la plupart des Hydrophides et des Pélamides : //ydrophis nigrocinela et cyanoctncla sont très répandus. Ces serpents sont venimeux : leur venin est très toxique, et l’on a pu tuer des animaux par leur morsure. On ne connaît cependant à Nouméa qu'un seul cas de mort chez un condamné mordu à lamain. Cette rareté desaccidents tientà ceque ces serpents sont généralement de petile taille et ont la bouche trop pelle pour implanter leursfaibles crochets dans la peau de l’homme.
À certaines époques del'année, lorsque les nombreux Échinodermes et Cœlentérés de ces rivages déversent leurs sécrétions génitales autour d'eux, les eaux deviennent irritantes et peuvent déterminer une sorle d'urticaire sur les membres des baigneurs imprudents. Les Oursins, très abondants parmi les masses coralliennes, causent parfois avec leurs longs piquants des blessures très douloureuses.
ANTHROPOLOGIE. — La population de la Nouvelle-Calédonie
comprend, outre les indigènes et les Européens, des immigrants des contrées asiatiques et quelques déportés arabes.
On évaluait à environ 70000 le nombre des Canaques avant l'annexion en 1853. Le dépeuplement s’est accompli rapidement. On le constatait déjà avant les expéditions dirigées contre les insurrections : depuis longtemps les épidémies et les guerres continuelles de tribu à tribu épuisaient la race. Depuis 1853, cette diminution n'a cessé de s'accentuer : la tuberculose, la lèpre et l'alcoolisme ainsi que les pratiques abortives ont enrayé la natalité. En 1900, on comptait environ 19000 Canaques sur la Grande-Terre et 12009 aux iles Loyauté.
L'établissement de la transportalion a amené pendant de longues années une main-d'œuvre suffisante aux besoins de la colonisation. Plus tard, devant l'absence d'immigration française, on a dû faire appel à maintes reprises aux immigrants néo-hébridais, javanais,
indo-chinois, indous, japonais (travaux des mines)
Le total de la population blanche et libre en Nouvelle-Calédonie s'élève à environ 10595 habitants. Nouméa compte environ 5000 blancs de condition libre. L’effectif moyen de la transportation (condamnés et libérés) est d'environ 8500, celui de la relégation 2 800. Ces derniers effectifs diminuent de plus en plus chaque année, du fait que la colonie ne reçoit plus de condamnés et par suite des décès et des réhabilitations. Le nombre des Néo-Hébridais et des Asiatiques est variable chaque année et relativement peu élevé.
Les Néo-Calédoniens, comme tous les habitants des archipels mélanésiens, proviennent de croisements entre deux races différentes, noire et jaune. Les Négrilos et les Papous, pour la race noire, auraient occupé successivement les îles de la Mélanésie, puis les Polynésiens qui ont envahi autrefois une grande partie des terres asiatiques, refoulés dans les îles de l'Océanie, auraient donné naissance à la race actuelle, de sorte qu'on trouvedes types très variés dans les iles océaniennes, avec fréquence de la coloration jaune des téguments, mais prédominance du type Papou.
La stature des Néo-Calédoniens est généralement de 1",67 ou 1,68; leur teint est cuivré ou chocolat, leurs cheveux crépus ou ondulés, mais non laineux. Le diamètre transverse du crâne est inférieur à celui de l'Européen, le front est fuyant, le nez large et épaté, les pommettes moins saillantes que chez le nègre. Les organes sexuels de l’homme sont médiocrement développés. Le ventre est toujours proéminent chez l'enfant. Les femmes sont nubiles à douze ou treize ans. Elles sont souvent stériles et pratiquent d’ailleurs l'avortement provoqué. Elles allaitent fort longtemps, jusqu’à cinq et six ans, leurs enfants, qui sont également bourrés de féculents dès leur naissance.
Cette race a conservé des mœurs très primitives : son état moral et intellectuel n'avait subi aucun développement jusqu'à l'implantation des Européens, et, à l'heure actuelle, si leur férocité a diminué, si l’anthropophagie a disparu, les indigènes n’en restent pas moins dominés par la vie animale : paresseux, incapables d'un travail soutenu, méfiants et fourbes, adonnés aux boissons alcooliques, ils restent indifférents aux formes du progrès qui les entourent. Une seule notion importante, celle de la famille : les liens du sang offrent un caractère sacré ; les familles sont groupées en villages, en tribus, mais là s'arrête leur solidarité. Agriculteurs et pêcheurs, ils ignoraient l'usage des métaux avant l'arrivée de la race blanche, et leurs haches en pierre poliesontidentiquesà celles de l'homme primitif.
Très superstitieux, ils ont peur des ténèbres et des êtres invisibles qui peuplent les forêts. Ils ont peur des morts et en ont le culte. Ce culte des morts est l’occasion de réunions nombreuses autour du cadavre d'un parent, d'un ami, dans une promiscuité où les épidémies trouvent matière à s'alimenter.
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La médecine était chez eux fort peu en honneur : leurs médieations traditionnelles sont encore la purgation à l'eau de mer et la saignée au front avec un fragment de noix de coco ou un tesson de bouteille.
VÉTEMENT. — Dans leurs tribus, les hommes vont complètement nus ou la verge entourée d'une longue bande d’étoffe; les femmes portent une ceinture ({apa) aux franges nombreuses en fibres de cocotier. Auprès des Européens, leur costume est une sorte de culotte collante ou une pièce d’étoffe (manou) enroulée autour des reins et enfermant les organes génilaux. Les femmes portent une longue blouse qui descend jusqu'aux pieds.
L'absence de chaussures rend fréquentes les blessures au pied par les clous, les tessons de bouteilles. La malpropreté habituelle provoque facilement des complications de ces plaies, dont la plus redoutable est le tétanos, très répandu dans toutesles iles océaniennes.
La température moyenne de la Nouvelle-Calédonie permet à l’'Européen de porter des vêtements légers, mais suffisammentchauds, la toile blanche ou de couleur en été, le vêtement en flanelle ou en tissu de laine léger pendant les mois de juillet et d'août. Quelquesuns préfèrent à la chemise de toile le treillis en laine sans manches sous le veston; mais la chemise est parfaitement supportée.
Pour le colon, l'immigrant d'Europe, les chaussures seront en cuir solide ou en toile blanche, selon les occupations, montantes de préférence. Dans la brousse où les moustiques et les puces pullulent par endroits, un lien élastique au bas du pantalon ou des bottes sont souvent nécessaires. La coiffure doit être le casque colonial ou le chapeau de feutre léger, à larges bords.
L'abaissement de la température est souvent très marqué, la nuit et la couverture de laine s'impose pour l'Européen aussi bien que pour le personnel indigène, très sensible au refroidissementnocturne.
ALIMENTATION. — En Nouvelle-Calédonie, l'alimentation de l'Européen diffère peu de celle que l’on suit en Europe. Pays d'élevage, l'ile renferme des bœufs en abondance. Le mouton, par contre, est rare, du moins dans l'intérieur. Le gibier sauvage est peu répandu : les canards et les porcs sauvages, les cerfs sont les hôtes les plus fréquents des forêts. Mais, d'un autre côté, la volaille, la plupart des légumes d'Europe el les nombreuses espèces de fruits des pays tempérés el des tropiques se développent facilement. Il s'ensuit que l’on peut éviter généralement l'abus des conserves toujours nuisibles et faire entrer comme il convient, sous un climat chaud, les composés non azotés (fruits, légumes, féculents) pour une grande part dans l'alimentation. Enfin la mer est très riche en poissons et en crustacés et permet ainsi de varier, à peu de frais, le régime alimentaire.
Les poissons et les coquillages constituent d’ailleurs la base de l’alimentation de l’indigène, lorsque les provisions d'ignames et de taros sont épuisées. L'igname, le taro (Colocasia esculenla, Aracées), le
manioc, la patate douce {Batatas edulis, Convolvulacées), sont cultivés presque toute l’année et sont les aliments préférés du Canaque. Avec l'imprévoyance el l'intempérance des êtres primitifs, se livrant à de grandes fêtes au moment de la récolte, ils dévorent souvent en quelques jours des provisions d'ignames et de taros, au cours d'interminables repas. Les fruits des tropiques, les cocos, les bananes, la canne à sucre sont pour eux des friandises banales. En plusieurs points de l'ile, une terre molle, un silicate de magnésie, sont considérés comme des mets exquis. Enfin, quelques-uns, par goût, croquent toutes sortes d'insectes, araignées, sauterelles, comme, d'ailleurs, cela se passe en d'autres contrées plus civilisées.
Depuis de longues années, des « stores » nombreux (boutiques) se sont établis dans la brousse. On y débite surtout du vin et de l'alcool. Au contact de l'Européen et surtout du «libéré », l'alcoolisme est devenu le vice indigène. C'est aussi te grand écueil à éviter pour l'Européen, pour le colon, sous un climat où les affections intestinales et hépatiques peuvent s'aggraver facilement (1). Malheureusement, un grand nombre de colons donnent eux-mêmes l'exemple de l'intempérance à leurs engagés canaques. Les exploitalions minières attirant dans la colonie diverses nationalités, l'usage du wisky et du gin, de l'absinthe et du vin frelaté s’est vite répandu. Beaucoup de colons, les exploitations minières elles‘mêmes ont installé au voisinage des lieux de travail un débit où l’on trafique avec l'alcool et le salaire des engagés : les colons pensent rentrer dans leurs frais de main-d'œuvre en alcoolisant les indigènes à des prix très élevés !
Cet état de choses déplorable nécessite à bref délai des mesures sévères semblables à celles qu'a prises le général Galliéni à Madagascar pour enrayer le développement de l'alcoolisme.
HABITATION.—Les Néo-Calédoniens se construisent deshuttes, couvertes de feuilles de cocotier ou d’écorce de niaouli, en forme de ruche, semblables à celles des nègres de l'Afrique centrale. Généralement basses el petites, situées à l'ombre d'un bouquet de cocotiers, elles n'ont qu'une seule ouverture par où l'on ne pénètre qu'en rampant. Le foyer est au milieu, entre deux pierres. Une fumée piquante envahit presque constamment l'atmosphère: les poutres du toit, les objets usuels sont complètement vernis. Auprès du feu, des nattes en fibres de cocotier, sur lesquelles on mange et l'on dort. Autour sont disposés les armes, casse-tête et sagaies, les ustensiles de cuisine, de jardinage, de pêche. Les indigènes fument là de courtes pipes crasseuses, en crachant dans la cendre devant eux et autour d'eux. Quelques-uns ont un trou dans le lobule de l'oreille pour suspendre cette pipe. On devine combien sont multipliées les conditions de propagation de la tuberculose dans un pareil milieu où
(1) Escanne DE Messière,
L'alcoolisme en Nouvelle-Calédonie. Ann. d'hyg. et méd, coloniales, n° 1, 1903,
toute la famille gil, dans la promiscuité qu'engendre la crainte des ennemis visibles el invisibles. Aujourd'hui, il est vrai, les chefs de tribus, les catéchistes ou élèves missionnaires ont bâti des maisons à leuropéenne, blanchies à la chaux, aux vérandas fraiches, où règne l'espace et quelquefois aussi une rustique propreté.
L'Européen habite généralement à Nouméa ou dans la brousse une maison en bois, bâtie sur fondements de pierre ou sur pilolis, avec véranda {out autour. Par raison d'économie et de solidité, la toiture est le plus souvent faite de plaques de zinc, peu recommandables pour lutter contre la chaleur.
À Nouméa el dans les principaux centres, les maisons en pierre se font de plus en plus nombreuses. Les premières furent construites par l'administration militaire, en même lemps que les casernes, les blockhaus, les résidences, les hôpitaux, puis par l'administration p‘nilentiaire. Ces maisons sont confortables et fraiches.
Cependant, à l'heure actuelle, elles comportent de nouveaux desiderata à remplir, et il est probable que la colonie ne tardera pas à se pénétrer des principes qui président à la construction des habitations coloniales : caves bien aérées et faciles à visiter, pour permettre la Jatte contre les rats, les puces, les moustiques hibernants etles parasites de tout ordre ; planchers étanches etlavables pour éviter la pullulation des puces; grillages en toile métallique à toutes les ouvertures ; propreté rigoureuse des cours et des jardins, où les pièces d’eau, souvent nettoyées et arrosées de pétrole, ne favoriseront plus la mulüiphcation des culicides. Telles sont les règles principales que doit considérer le nouvel arrivant en Calédonie, où les moustiques surtout sont une plaie presque générale et peut-être fort redoutable malgré l'absence de paludisme.
Nouméa possède d’ailleurs de forts beaux bâtiments pour loger les troupes et les transportés. La caserne d'artillerie, bien située sur une hauteur, est très salubre. Il n'en est pas de même de la caserne d'infanterie coloniale, placée à proximité de la mer, mais sur un terrain jadis marécageux et où toutes les conditions se trouvent réunies . pour empêcher l'évacuation rapide des eaux résiduaires.
De nombreux pénitenciers, à l'ile Nou, à Montravel, à Bourail, à Pouembout, à la presqu'ile Ducos, à l'ile des Pins, servent au logement des condamnés, libérés ou relégués, et des fonctionnaires de l'Administration pénitentiaire. Celle-ci possède également deux orphelinats : l'un à Néméara près Bourail, contenant 100 garçons, l'autre à Fonwhary, abritant 120 fillettes.
On conçoit facilement que, dans une colonie relativement jeune et où le peuplement blanc ne s’est pas effectué rapidement, entravé par l'éloignement el par l'existence dela transportalon, l'hygiène générale ait peu progressé en dehors du chef-lieu.
L'emplacement choisi pour la ville de Nouméa (fig. 62), à cause de
l'excellente situation du port, s'est bientôt montré peu favorable à la salubrité des habitations. Aussi celles-ci se sont-elles dispersées sur les collines et dans les vallées avoisinantes. Cette disposition rendrait coûteux et difficile l'établissement d'un réseau d'égoults. A l'heure actuelle, les vidanges reçues dans des tinettes mobiles sont encore enlevées sur des véhicules ouverts, et l’arrosage des légumes avec les matières fécales est fréquemment pratiqué.
Un grand nombre de maisons de fondation ancienne, basses el malsaines, donnent protection aux rats. De multiples cases, habitées par des libérés plus ou moins miséreux, ont leurs dépendances malpropres, encombrées de détrilus, avec des cours marécageuses propices au développement des germes épidémiques.