‹ hygiene colonialeChapitre 222 sur 251 · PATHOLOGIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE SPÉCIALE

La salubrité bien connue de Tahiti est telle qu'il n'y a pas de phénomène d’acclimatement à l'arrivée de l'Européen, de même qu'en Nouvelle-Calédonie. D'après les anciens auteurs, la fièvre inlermitlente existerait quelquefois à Tahiti, mais aucun examen microscopique n'a pu encore apporter la démonstration de pareilles assertions, qui semblent se rattacher à des cas d'importation.

Par contre, les éroubles gastro-intleslinaux sont fréquents. L'embarras gaslrique fébrile et la fièvre lyphoïde prennent souvent au début la forme d'accès vespéraux avec rémission malinale très prononcée, et l’on s'explique ainsi les nombreux diagnostics d'impaludisme posés autrefois quand la recherche de l’hématozoaire n'était pas entrée dans la pratique médicale.

La fièvre typhoïde a provoqué à plusieurs reprises des épidémies. Des puits creusés généralement au voisinage immédiat des habitations ont été facilement contaminés ; des rivières de Tahiti et de Moorea ont été souillées. La première épidémie éclata en 1849. En 1853, une deuxième poussée produisit 174 cas de fièvre typhoïde. Il existe toujours quelques cas en traitement à l'hôpital de Papeete, à l'heure actuelle.

La diarrhée et la dysenterie fournissent de nombreux cas, mais la dysenterie est bénigne, la terminaison fatale rare. L'hépatite suppurée existe, mais elle est incontestablement peu fréquente.

Des maladies épidémiques ont assez souvent affecté la population : la rougeole à visilé Tahiti en 1875 et en 1902. Celle dernière épidémie a élé extrêmement sévère pour les indigènes, sur lesquels elle a fait 34 victimes à Papeete. Elle s’est prolongée en 1903 et a causé une grande mortalité dans toutes les îles de l'archipel.

La scarlaline fut constatée pour la première fois en 1847, puis en 1848; la variole a provoqué plusieurs épidémies en 1842, 1853-55 et en 1861. Il est à désirer qu'un service régulier de vapeurs finisse par fonctionner entre Nouméa et Tahiti ; le service vaccinogène de Nou-

méa pourrait fournir du vaccin à toutes les iles océaniennes voisines.

La dengue, observée d’abord en 1846, puis en 1884, a fait depuis lors de fréquentes apparitions.

Les maladies vénériennes sont florissantes : toute Tahitienne à un écoulement plus ou moins abondant; aussi les urétrites et les cystites sont-elles fréquentes. Les chancres et les bubons s'observent communément. Un dispensaire fonctionne à Papeete, maisles mœurs indigènes rendent impossible toute réglementation.

Enfin, dans la pathologie indigène, il faut signaler surtout le télanos, l'éléphantiasis (1),les abcès et phlegmons intermusculaires (2), extrêmement fréquents, le {okelau (3), la {tuberculose et la lèpre, dont les progrès sont considérables, comme dans toutes les iles océaniennes.

En ce qui concerne l’éléphantiasis, on constate que 3 individus sur 5 en sont atteints plus ou moins après quarante-cinq ans. Les Européens ayant plus de quinze ans de séjour sont fréquemment frappés. La chylurie filarienne est également observée (4).

Le séjour de Tahiti est généralement funeste aux {uberculeux et aux asthmatiques. Peut-être les excès vénériens et la mollesse de l'existence jouent-ils un grand rôle dans cette exacerbation des lésions tuberculeuses. Les indigènes n'échappent pas à cette règle, et chez eux la Luberculose pulmonaire évolue avec rapidité.

Déjà, en 1853-55, on notait, sur 758 entrées à l'hôpital de Papeete, 90 cas d’affections respiratoires, dont 33 de « phlisie » avec 15 décès. Toutes les formes de ia tuberculose sont répandues chez les indigènes, notamment la pleurésie et la méningite.

Suivant M. Kermorgant, la lèpre existe dans les iles océaniennes depuis fort longtemps, puisqu'on trouve un mot pour la désigner dans la langue maôri : Æovt aux Marquises, oovi à Tahiti. A Papeete, il y avait déjà quatre Européens contaminés, il y a quarante ans. Nous sommes peu renseignés sur le nombre actuel des lépreux : mais il n'est pas rare de voir des enfants indigènes de cinq à neuf ans atteints de Îa lèpre. Les lépreux circulent librement parmi les indigènes.

Toutefois, devant les progrès de la maladie et malgré les hésitations de l'administration locale (quelques conseillers généraux ont nié la contagion), le département des Colonies a exigé l'établissement d'une léproserie.

(1) Cnassanioz et Guxor, Notes de géographie médicale recueillies à Tahiti, 1876-1877. Arch. de méd. navale, 1878, p. 61.

(2) Lemons, Fréquence des abcès à Tahiti. Ann. d’hyg. et de méd. coloniales, 1903, n° 1, p. 118.

(3) Trironpeau, Le {okelau dans les possessions françaises du Pacifique oriental. Arch. de méd. navale, 1899, n° 7, p. 5.

vue AiquiEr, Chylurie endémique à Tahiti. Ann. d'hyg. el ce méd. colon'ales,

Page 1