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PROPHYLAXIE GÉNÉRALE. — ISOLEMENT

La première et la plus importante de ces mesures, l'isolement, sera aux colonies, dans certains cas, rendue plus facile qu'en France.

L'isolement dans les villes sera fait de préférence à l'hôpital ou au lazaret, s'ilen existe.

Les Européens s’y prêtent en général avec la plus grande répugnance, surtout ceux qui, jouissant d'une situation aisée, possèdent une habitation où ils vivent en famille. Il en est de même des indigènes, qui quittent leurs cases avec la plus grande difficulté et qui ont horreur de l'internement.

L'isolement individuel à l'hôpital présente des difficultés pratiques telles qu'il ne faut le réclamer que dans les cas de nécessité absolue, c'est-à-dire dans les cas d'une maladie pestilentielle, peste, choléra ou fièvre jaune, lorsque ces cas se présentent à l’état d'unités isolées, c'est-à-dire lorsqu'il est encore possible, par cet isolement, de prévenir ou d’'enrayer l’'éclosion de nouveaux cas, lorsqu'une maladie suspecte, probablement transmissible, est à son début, et qu'on ne sait dans quel service le malade doit être transporté.

L'isolement d'office à l'hôpital s'impose en commun sans distinction de race, en cas d’épidémies graves (peste, fièvre jaune, choléra, variole), dans les quartiers indigènes et dans les quartiers européens habités par une population misérable, vivant dans la saleté et la promiscuité.

Quant aux indigènes, appliqué avec tact, l'isolement sera accepté s'il est effectué dans des hôpitaux spéciaux, où ils retrouveront des gens de leur race, installés proprement, et si des indemnités sont distribuées à ceux qui subissent des dommages par le fait de leur internement (Reynaud).

Ces malades seront transportés par un véhicule spécial, brancard ou voilure, clos par des moustiquaires s'il s'agit de fièvre jaune, garni de rideaux et facile à désinfecter.

L'isolement à domicile est plus facile à pratiquer, chez les Européens aisés, aux colonies qu'en France, chaque maison n'étant en général occupée que par une seule famille. L'isolement d'office, qui n'a pas été inscrit dans la loi du 15 avril 1902, peut ètre prescrit par le gouverneur, grâce à l'article 54 du règlement élaboré par le Conseil supérieur d'hygiène. Le médecin fera choix de deux pièces aussi isolées que possible du reste de l'appartement, dont l'une ser-

vira d'entrée et de cabinet de toilette et l'autre de chambre de malade. Il n'y aura, pour ces deux pièces, qu'une seule entrée (1).

La surveillance de la maison contenant un contagieux devra être confiée à un garde de la police ou à un agent sanitaire du bureau d'hygiène. S'il le faut, dans les quartiers indigènes, on fera évacuer les cases voisines de celle occupée par le contagieux, en indemnisant les gens ainsi temporairement expropriés. La surveillance sera exercée par la police indigène et contrôlée par le chef de police.

L'autorité des chefs indigènes peut rendre dans ces cas des services inappréciables. Les mesures sanitaires sont toutefois mieux comprises et mieux acceptées que naguère par les populations noires.

L'isolement, pendant toute la durée de la maladie, sera combiné à la désinfection. Ces deux mesures prophylactiques ne vont jamais l'une sans l’autre. Il n'y a rien de spécial à dire sur la désinfection, dans les pays chauds, sinon que les moyens les plus simples seront les plus pratiques, en l'absence d'appareils et même de produits désinfectants.

L'incinération qui, en Europe, ne s'applique qu'aux objets irrémédiablement souillés et sans valeur, a été employée avec succès sur une plus vaste échelle pour détruire des foyers d’épidémie. Des villages entiers, qui étaient des foyers de variole composés de huttes misérables, ont été incendiés par l’ordre de l'administration, et leurs habitants plus ou moins indemnisés.

Dans les centres civilisés, le médecin aura les mêmes ressources, pour désinfecter, qu'en Europe. Dans les villages, au loin, il devra recourir aux moyens les plus simples : l'ébullition des linges et des vête ments dans de l’eau simple ou additionnée de lessive (cendres de bois) et la destruction par le feu des objets sans valeur. La chaux rendra de bons services dans les cas où les excrétions seraient contagieuses (choléra, dysenterie, fièvre typhoïde). On verse ces matières dans un vase contenant du lait de chaux, et on ajoute une quantité égale de lait de chaux:

La durée de l'isolement est variable ; dans la plupart des maladies tropicales, il doit durer jusqu'à la guérison complète (cicatrisation complète des bubons pour la peste, disparition totale des croûtes dans la variole).

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