‹ hygiene colonialeChapitre 25 sur 251 · PROPHYLAXIE SPÉCIALE AUX MALADIES TROPICALES · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE SPÉCIALE AUX MALADIES TROPICALES

, Nous allons maintenant passer en revue les mesures prophylacliques à prendre à propos de chacune des maladies tropicales. On sait qu'il existe des groupes de maladies complètement diffé-

(1) Voy. Brouarpez, CHANTEMESsE, Mosny, Traité d'hygiène, fascicule XVII.

rentes d’ailleurs, par leur étiologie, leurs causes et leurs symptômes, qui se transmettent de la même façon. Nous les classerons donc suivant leur mode de transmission, les mêmes mesures prophylactiques s'appliquant, à peu de chose près, à toutes les maladies du même groupe.

I. Maladies transmises par des insectes parasites de l'homme ou

des animaux. — Peste (puce); typhus récurrent (punaise) ; typhus exanthématique ; lèpre (Acarus de la gale): fièvre de Malte (?).

IT. Maladies transmises par les moustiques. — Fièvre jaune; paludisme ; filariose ; dracunculose.

IT. Maladies transmises par les mouches. — Trypanosomose; choléra.

IV. Maladies transmises par l’eau. — Choléra; dysenterie; dracunculose ; bilharziose : ankylostomose.

V. Maladies exotiques d'origine alimentaire. — Béribéri; lathy-

risme ; atriplicisme ; intoxication par la farine de manioc.

I. — MALADIES TRANSMISES PAR DES INSECTES PARASITES DE L'HOMME OÙ DES ANIMAUX.

La propreté des habitations et des individus est, pour toutes les maladies qui se transmettent de cette manière, d'une importance primordiale. En effet, les parasites ne pullulent que dans des habitations mal tenues, rarement nettoyées, et habitées par des individus peu soucieux de la propreté de leurs vêtements et de leur corps. La présence en grande quantité d'animaux nuisibles porteurs de parasites, tels que les rats, dans une localité ou dans une habitation, joue aussi un rôle des plus importants.

PESTE. — La principale mesure prophylactique à prendre contre la peste consiste en la destruction des rats. Le rôle de ces rongeurs dans la dissémination de la maladie est en effet considérable ; tout concourt à le démontrer, en particulier la grande mortalité de ces rongeurs au début des épidémies. Simond a démontré que les puces des rats peuvent puiser le bacille dans le sang des animaux et le transmettre à l'homme par leurs piqûres. De plus, les rats atteints de peste sont dangereux pour l'homme, parce qu'ils souillent les objets de toute nature avec lesquels ils entrent en contact.

Partout, en effet, où l’on manipule des objets auxquels les rats s'attaquent de préférence, on a constaté de nombreux cas de peste (employés des magasins de grains, déchargeurs de sacs de céréales et surtout de riz). |

Dans les navires surtout, les rats sont les propagateurs de la peste, si bien que leur destruction doit être la préoccupation essentielle des autorités sanitaires en cas de peste.

La destruction des rats (dératisalion) peut se faire de beaucoup de

TRAITÉ D'HYGIÈNE, DOTE es

facons différentes : les destructeurs naturels des rats, les chats et les chiens ratiers peuvent rendre des services. Dans un foyer épidémique étudié par Hawkin, un chat par maison dans un village préserva ce village de la peste. Il faut toutefois faire des réserves sur ce mode de destruction, les chats et les chiens pouvant contracter la maladie ou même simplement la transporter par leurs pattes.

Les pièges ne sont pas très efficaces, les rats étant des animaux rusés. Une prime par animal détruit est un bon moyen. Les Messageries maritimes donnent aux matelots 0 fr. 10 par rat tué. On doit recommander l'isolement et la fermeture des locaux susceptibles d'attirer les rats.

Les poisons (mort-aux-rats, arsenic, strychnine, phosphore) font en général peu de victimes, étant donnée l'intelligence du rat. Dans les endroits clos, tels que les cales de navire, l’anhydride sulfureux constitue un moyen très efficace. Les appareils Clayton et Marot sont utilisés avec succès, dans ce but. Il faut avoir la précaution de garnir les câbles qui rattachent le navire à la terre d'obstacles empêchant les rongeurs de gagner la terre ferme, ce qu'ils cherchent à faire dès les premières émanations de gaz toxique.

Les moyens bactériologiques, qui consistent à tuer les rats à l’aide de cultures de microbes raticides, tels que les bacilles préconisés par Lœæffler en 1889 et Danysz en 1900, ont donné des expériences concluantes, en petit, mais se sont souvent montrés inefficaces dès qu'on faisait une expérience en grand.

Tous les moyens doivent donc être employés pour détruire les rats, la sulfuration des locaux, après qu’on les a clos le plus hermétiquement possible, et que l’on a bouché toutes les issues avec le plus grand soin, étant la mesure la plus efficace, en particulier pour les navires. 1

Le gaz carbonique et l’oxyde de carbone, qui ont été préconisés dans ce dernier cas, sont l'un trop coûteux et l’autre trop dangereux pour être employés avec avantage. On ne touchera aux rats morts qu'après les avoir arrosés d'eau bouillante, afin de détruire les puces infectées qu'ils peuvent porter. On brûle ensuite ces cadavres.

Nous résumerons brièvement ici les mesures sanitaires internationales qui s'appliquent aussi bien hors d'Europe qu'en Europe, et par conséquent de colonies à colonies, ou d'États à colonies.

Le règlement sanitaire international, tel qu'il a été adopté par la conférence de Venise en 1897, distingue les mesures à prendre hors d'Europe et en Europe pour prévenir et arrêter les épidémies de maladies pestilentielles.

Hors d'Europe : la défense des voies de terre est assurée non plus par des quarantaines, qui sont supprimées, mais par des inspectons médicales et des postes de désinfection établis à des points de transit bien choisis.

Chaque gouvernement reste d’ailleurs libre de fermer ses frontières aux passagers el aux marchandises.

En Europe : aux frontières terrestres (voies de terre), les quarantaines sont supprimées également, chaque État conservant le droit de fermer une partie de ses frontières. On dispose sur les points de transit des postes sanitaires où les voyageurs subissent une visite médicale. Ils sont ensuite soumis à une surveillance au terme de leur voyage.

La désinfection du linge sale et des vêtements des voyageurs est obligatoire dans les postes de frontière. L'importation de tous les objets difficiles à désinfecter et des drilles, des chiffons, linges de corps, vêtements ayant servi, des objets de literie, non transportés comme bagages, peut être prohibée.

La défense sanitaire, en ce qui concerne la voie de mer, comporte tout d’abord les mesures qui doivent être prises dans les ports contaminés, au départ des navires.

D'après le règlement de la Conférence sanitaire de Venise, il faut soumettre l'équipage et tous les passagers à une visite médicale rigoureuse, débarquer toute personne suspecte ; des mesures spéciales sont prises pour les navires pèlerins, qui sont les véhicules par excellence des maladies épidémiques.

Tous les navires entrant en Méditerranée par le canal de Suez subissent à Suez une inspection sanitaire.

Après la visite médicale, les navires reconnus indemnes reçoivent libre pratique immédiate, quelle que soit la nature de leur patente (1).

Les navires suspects, c'est-à-dire ayant eu des cas de peste ou de choléra au moment de leur départ ou pendant la traversée, mais aucun cas nouveau depuis :

Douze jours pour la peste ;

Sept jours pour le choléra, peuvent passer le canal en quarantaine, c'est-à-dire sans avoir de communication extérieure, s'ils ont à bord un médecin et une étuve à désinfection. Sinon ils sont retenus au lazaret des fontaines de Moïse pour y subir la désinfection et le contrôle de l'état sanitaire du bord.

Les navires énfeclés, c'est-à-dire ayant eu la peste à bord depuis moins de douze jours, le choléra depuis moins de sept jours, sont arrêtés aux sources de Moïse.

A l'arrivée en Europe, les navires venus d'un port contaminé

(1) On sait que la patente de santé, ou passeport du navire, constate l'état sanitaire des lieux de départ et des points de relâche. On y inscrit tous les faits de nature à intéresser la santé du bord qui se sont montrés pendant la traversée. La patente brute est délivrée dans les ports où règnent le choléra, la peste ou la fièvre jaune. La patente nette est délivrée dans un port où il n'existe aucune de ces maladies transmissibles.

doivent subir une inspection sanitaire, à la suite de laquelle ils sont classés en indemnes, suspects ou infectés. Les premiers sont admis à la libre pratique; leurs équipages et leurs passagers sont soumis à une surveillance qui durera le temps nécessaire pour compléter dix jours pour la peste, sept jours pour la fièvre jaune, cinq jours pour le choléra, à partir du moment où le navire est parti du port contaminé (s'il l’a quitté depuis moins de six jours pour la peste, moins de sept jours pour la fièvre jaune, moins de cinq jours pour le choléra).

Les bateaux suspects subissent la désinfection de la cale, des locaux contaminés, du linge et des objets souillés. L’équipage et les passagers sont soumis à une surveillance de cinq jours à partir de la date d'arrivée du navire.

Quant aux navires infectés, leurs malades sont débarqués et isolés jusqu'à leur guérison, ainsi que les passagers et l'équipage qui sont placés en observation, pendant un temps variable. Elle ne peut dépasser dix jours, pour la peste, sept jours pour la fièvre jaune, cinq jours pour le choléra après le débarquement ou après le dernier cas survenu parmi les personnes débarquées. Les locaux infectés, la cale, le linge et les objets souillés sont désinfectés.

Quant à la prophylaxie locale et individuelle de la peste, elle comporte quelques mesures spéciales en dehors de l'isolement et de la désinfection. Dans les pays exotiques, il est impossible de compter sur les déclarations des indigènes, ou sur celles des médecins. Il faudra donc y remédier par des sanctions pénales et par des visites sanitaires fréquentes. On enterrera profondément, et on recouvrira d'un lit de chaux vive les cadavres des pestiférés.

Il est d'importance capitale de reconnaitre le plus tôt possible les cas d'importation pour pouvoir circonscrire au plus vite l'épidémie. Le médecin prêlera donc une attention particulière à tous les malades présentant des signes pouvant se rapporter à la peste, en particulier aux pneumoniques, aux porteurs d’adénites. L'examen bactériologique des crachats, du sang, de la sérosité des bubons sera pratiqué au plus tôt.

Enfin, toutes les fois qu'un cas de peste éclatera dans une maison ou à bord d’un navire, on pratiquera la vaccination préventive antipesteuse, en employant le sérum d’Yersin à la dose de 10 centimètres cubes injectés sous la peau, injection que l’on renouvellera si cela est nécessaire, dix à douze jours après.

L'injection du vaccin d'Haffkine se fait à la dose de 2 à 3 centimètres cubes: elle donne une immunité qui dure plusieurs mois, mais celle Immunité n'est pas immédiatement acquise, contrairement à ce qui s'observe avec le sérum d'Yersin. Si on pense que le sujet est en incubation de peste (la moyenne de l’incubation est de cent vingt heures, cinq jours), on fera, ainsi que le conseille Calmette,

une injection de sérum d'Yersin quelques jours après une injection de 3 centimètres cubes de celui d'Haffkine.

Enfin on portera une attention spéciale sur la propreté et la tenue des infirmiers indigènes qui soignent les pesteux. La contagion se faisant par les puces dans la grande majorité des cas, on veillera à ce que les infirmiers portent des chaussettes et des souliers, et que leurs caleçons soient serrés à la cheville, pour diminuer autant que possible les chancres de piqûre. On liera de même les manches aux poignets. Enfin on devra enduire les pieds, les jambes, les avantbras, la nuque et le cou avec une pommade insecticide. Leredde recommande à ce sujet la vaseline mentholée ou phéniquée à 2 p. 100. Ce sont là des mesures simples et efficaces que tout médecin devra faire strictement appliquer pour la peste aussi bien que pour les malädies qui suivent.

En cas de pneumonie pesteuse, on pourra faire porter un masque au malade lorsqu'il parlera aux infirmiers ou au médecin. Ces deraiers pourront également en être munis.

— Un des modes de transmission du typhus récurrent, et qui est vraisemblablement le plus fréquent, est sa propagation par les piqûres des punaises. On sait que l'agent pathogène de cette maladie est le spirille d'Obermeier, qui se trouve dans le sang périphérique au moment des accès. On a retrouvé ce spirille dans le corps de sangsues huit jours après qu'elles avaient piqué le malade. Tictine a constaté la présence de ces spirilles dans des punaises recueillies sur des matelas de malades atteints de fièvre récurrente. Au moment de l’apyrexie, les punaises n'en contenaient plus. Tictine a retrouvé ces spirilles dans ces insectes, soixante-dix-sept heures après que les malades avaient été piqués. Un singe inoculé avec le suc de huit punaises infectées a contracté la maladie après une incubation de quatre-vingt-quatre heures.

Tictine n'a rien constaté sur les puces ni sur d’autres parasites (poux).

Des constatations analogues n'ont pas été faites au sujet du typhus exanthématique, mais ce que l’on connaît sur la dissémination de la maladie, le fait que le contage est subtil et frappe surtout les personnes qui soignent les malades, gardes, infirmiers, médecins, les chiffonniers, les blanchisseuses, les employés de lingerie, cadre bien avec l'hypothèse de la transmission par les piqûres de parasites et jette un jour nouveau sur des faits de transmission jusqu'alors mal expliqués. Les Arabes disent que les malades apportent le typhus dans leur burnous.

La prophylaxie de ces deux maladies est la même. Étant donné qu'elles sont très contagieuses, surtout le typhus exanthématique, il faut tâcher de rendre le typhique inoffensif pour son entourage. Des

soins de propreté scrupuleux, bain ou nettoyage, la désinfection immédiate de son linge et de ses vêtements et son isolement individuel constitueront les principales mesures. Les cheveux et la barbe devront être coupés ras. On réduirale plus possible le nombre de personnes qui le soignent, et ces personnes mettront un soin tout particulier à se nettoyer les mains et le visage à l'aide d'une solution antiseptique, avant et après tout contact avec le malade, à ne pénétrer dans la salle d'isolement qu'avec un costume spécialement desliné à cet usage.

Les poignets et les chevilles seront fermés hermétiquement. On devra s'enduire les parties découvertes avec une pommade antiseptique. Enfin on choisira, si cela se peut, de préférence, des infirmiers ayant déjà eu la maladie.

Toutes les autres pratiques de désinfection, que l’on emploie dans toutes les maladies contagieuses (stérilisation des produits de sécrétion), seront aussi employées pour ces deux maladies.

LÈPRE. — Les faits sur lesquels on peut se baser pour ranger la lèpre à la suite des maladies précédentes sont encore à l'état d'hypothèse. Sabrazès a le premier insisté sur le rôle des sarcoptes, des punaises et des moustiques. Nugliston a récemment constaté que, sur 77 malades lépreux admis à l'hôpital de Penang dans un laps de cinq mois, #4 avaient la gale au moment de leur admission; d'autres se rappelaient l'avoir eue et 22 prétendaient n'en avoir jamais été atteints. Cet auteur attire l'attention des médecins coloniaux sur ce point, afin de provoquer des recherches pour savoir si l’Acarus de la gale ne serait pas un agent de transmission de la lèpre. On a également incriminé les moustiques.

Pour l’Acarus de la gale comme pour les moustiques, le fait reste à démontrer, mais il est fort possible, sinon très probable.

Prophylaxie générale. — Quoi qu'il en soit, la prophylaxie de la lèpre comporte deux principes fondamentaux : 1° détruire les foyers d’endémie lépreuse ; 2° prévenir l'importation des cas de lèpre venus du dehors.

En Norvège, on semble être arrivé à enrayer les progrès de la lèpre en pratiquant l'isolement d'office de tous les lépreux du terriloire, qui sont internés actuellement jusqu'à leur mort dans les différentes léproseries du royaume. Il leur est interdit de sortir, mais ils peuvent recevoir les visites de leurs parents.

Dans les colonies où la lèpre estendémique, le même principe doit êlre appliqué. Des léproseries doivent être fondées et les lépreux doivent y être internés définitivement.

Les léproseries seront établies de préférence dans des îles salubres el fertiles.

Les enfants qui naîtront dans ces établissements seront immédiatement séparés de leur mère et éloignés du foyer d'infection. On ne

Nr

saurait confier le nouveau-né lépreux à une nourrice; il devra être allaité artificiellement. Une surveillance médicale sévère sera établie sur les immigrants provenant du pays où la lèpre est endémique.

En attendant qu'il soit possible d'isoler tous les malades reconnus, on interdira aux lépreux avérésles professions dans lesquelles ils pourraient manier des objets (aliments, boissons, opium) pouvant déterminer des contaminations. Les métiers qui exigent des contacts répétés avec d’autres personnes leur seront interdits. De plus, on les empêchera de se baigner dans les bains publics, de laver aux lavoirs communs, de puiser de l’eau dans les puits ou réservoirs banaux, de monter dans les voitures publiques, de loger en garni. Des peines seront édictées contre les personnes qui emploieraient sciemment un lépreux à des travaux interdits.

Comme mesures complémentaires, les rassemblements, les agglomérations, les écoles, les prisons, les milices indigènes devront être inspectés et surveillés. Le mariage devra être interdit aux lépreux.

Prophylaxie individuelle. — Les mesures de prophylaxie individuelle ont été résumées par Besnier de la façon suivante : désinfection rigoureuse du nez, de la bouche et de tout le tégument externe des lépreux ; occlusion exacte de toutes les ulcérations: vaccination antivariolique pratiquée exclusivement avec du vaccin de génisse: désinfection obligatoire par tous les moyens réalisables des vêtements, des linges, objets à usages de toute espèce.

Il faudra également, dans les pays où la lèpre est endémique, se mettre à l'abri des piqûres des insectes parasites de l’homme et des moustiques.

Le début fréquent de la lèpre par les membres inférieurs, que j'ai observé dans la proportion de dix fois sur douze en Abyssinie, permet de croire que, dans ces cas, l'infection s'est produite par une excoriation siégeant aux pieds et aux jambes, qui sont dans ce pays toujours nus et presque constamment piqués ou coupés. Dans les agglomérations, l'infection du sol par le bacille lépreux est plus que probable. La mesure prophylactique la plus efficace contre ce mode d'inoculation est le port de chaussures protégeant les pieds contre l'inoculation sous-cutanée du bacille lépreux.

Il est permis de croire que c’est aux progrès du bien-être et de la civilisation, et à la disparition de plus en plus grande de l'habitude qu'on avait au moyen âge de marcher pieds nus ou avec des. sandales, qu'est due, en même temps qu'aux léproseries, la disparition presque complète de la lèpre en Europe.

FIÈVRE DE MALTE. — Edw. Ross pense que la fièvre de Malte se transmet par l'intermédiaire d’un insecte suceur de sang. Bien que la démonstration expérimentale n'ait pu encore être faite, il existe pour Ross une présomption des plus sérieuses en faveur de cette théorie.

E. Ross pense que l'Acarlomyia zammitii pourrait être incriminé. Les larves de ce moustique vivent dans l'eau saumâtre, dans les endroits où s'observe la fièvre de Malte.

Il. — MALADIES TRANSMISES PAR LES MOUSTIQUES.

On sait, depuis les travaux de Manson, de Ross, de Finlay, de Reed, Carroll et Agramonte, que différentes espèces de moustiques sont les agents de transmission, sinon toujours, du moins dans l'immense majorité des cas, de la filariose, du PAR et de la fièvre jaune. Ce sont :

Pour la filariose : le culex :

Pour le paludisme : l'anophèle;

Pour la fièvre jaune : le Slegomyia fasciata.

La prophylaxie générale de ces trois maladies comprend trois grandes indications :

1° Détruire les moustiques ;

Protéger les gens sains contre les piqûres des moustiques infectés ;

3° Soigner les malades en les mettant à l'abri des piqûres, de façon que les moustiques ne puissent s'infecter.

Nous allons étudier successivement l'application des mesures à prendre pour remplir ces différentes applications.

A. — Mesures générales de prophylaxie.

DESTRUCTION DES MOUSTIQUES. — « Dans un grand nombre de localités, dit Laveran, on ne peut pas songer à détruire les moustiques, à cause de l'abondance des eaux stagnantes, ou du moins on ne pourrait y réussir qu'en faisant des travaux trop coûteux. Dans d'autres endroits, les mares à culicides ne sont ni étendues, ni nombreuses, et la destruction de ces insectes n'a rien d'’impraticable. »

Les résultats les plus remarquables ont d’ailleurs été obtenus à Ismaïlia, à Sierra-Leone, à Long-Island (Massachusetts), à la Havane, à Rio-Janeiro, etc.

Il faut cependant reconnaitre que, sur beaucoup d’autres points du globe, la destruction des moustiques a été considérée comme impraticable. Quoi qu'il en soit, voici les méthodes générales à suivre pour la destruction des moustiques.

1° Suppression des eaux stagnantes. — Les eaux stagnantes sont nécessaires à la reproduction des culicides ; il faut donc tout d’abord supprimer les eaux stagnantes.

Le desséchement des marais a été de tout temps considéré comme la première mesure d'assainissement d'un pays insalubre, et la mise en culture de marais asséchés a bien souvent, dans les pays impaludés,

Page 1