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BATEAUX DE PÉCHE SAINT-PIERRAIS

d’un poêle, et cela par une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro.

Certains passeront cette première nuit en plein air, vautrés dans la neige, exposés à choir dans la rade, étant en état d'ivresse. Il ne se passe pas d'année sans que des accidents de cè genre ne se produisent dans la nuit d'arrivée.

Le retour de ces hommes est loujours effectué par voiliers, bien que le ministre de la Marine ait demandé au Gouverneur et aux armateurs d'étudier la possibilité du retour par vapeurs. Jusqu'en 1903, le retour s’est effectué dans des conditions hygiéniques encore plus déplorables que l’aller. Les pêcheurs, véritable bétail humain, étaient entassés au nombre de trois cents, quatre cents et même plus, à bord de longs-courriers, dans des postes dont le cube d'air était à peine suffisant pour éviter l'asphyxie, sans qu'il y eût un médecin à bord. Si ce retour avait lieu sans complications graves dans l'état sanitaire, c'était grâce aux vents propices qui, en cette saison, permettent d'accomplir la traversée en dix ou quinze jours.

En 1903, une circulaire ministérielle enjoignit au Gouverneur de ne plus laisser embarquer plus de quatre-vingt-dix-neuf hommes, équipage compris, sur les longs-courriers, sans l'assistance d’un médecin. En même temps une autre circulaire exigeait la présence d'un capitaine au long cours sur tout voilier rapatriant les Terre- Novas. :

Le Syndicat des armateurs de réclamer, prétendant que dans ces conditions il était impossible de rapatrier les quatre mille pêcheurs et graviers qui se trouvaient à Saint-Pierre, menaçant aussi de laisser tous ces hommes à la charge de l’Inscription maritime. Le ministre ne prit pas en considération les réclamations et les menaces ; néanmoins le flot humain s'écoula très facilement, et pour la première fois, dans des conditions convenables.

BATEAUX DE PÊCHE SAINT-PIERRAIS. — Les goélettes Saint-Pierraises, au nombre de 210 en 1902, 184 en 1903, 150 en 1904, 98 en 1905, sont de construction défectueuse, trop exiguës el manquent de solidité. Il s’en est perdu plus de 20 par voie d’eau en 1903, et autant en 1904. Le poste qui y est ménagé a un cubage très insuffisant. Dans ce poste s’entasseront pêle-mêle quatorze ou quinze hommes, sous les ordres d'un patron grossier et d'une brutalité déjà éprouvée.

L'eau potable, prise dans des bateaux-citernes, est mise en réserve dans des barriques à vin qu'on n'a même pas pris la peine de nettoyer au préalable. Aucun espace n'est réservé pour les latrines.

Les vivres sont loin d'être de première qualité; quant au vin, c'est un mélange noirâtre, auquel le raisin est à peu près étranger. En revanche, le marin peut dissimuler autant de bouteilles d'eaude-vie qu'il le voudra, en dépit de l'Inscription maritime, qui s'efforce

d'empêcher qu'il en soit emporté plus que la ration réglementaire.

Les coffres à médicaments sont installés à bord de toutes les voélettes, avec les quantités de médicaments et les objets prescrits par les instructions ministérielles. Il y aurait avantage à ce que les quantités en soient moins restreintes.

HIVERNANTS. — Les hivernants sont ces marins qui, pour une raison quelconque, préfèrent rester à Saint-Pierre plutôt que de rentrer à la fin de la campagne de pêche. Au nombre d'une centaine environ chaque année, l'Inscriplion maritime leur permet d'hiverner, à la condition qu'ils soient cautionnés par un armateur s’engageant à pourvoir à leur subsistance, à leur logement et aux soins médicaux.

Ils trouvent facilement cet armateur qui, ne pouvant les occuper de novembre à avril, se débarrasse d'eux en les meltant dans une pension, où il paiera pour le logement el la nourriture une somme variant entre 50 et 60 francs par mois, somme qui sera retenue sur la campagne prochaine. La pension est presque toujours une maison malpropre, appelée, par ironie sans doute, un garni, où l'hivernant reçoit une maigre nourriture arrosée de force petits verres d’eau-devie, et où il couche plus souvent sur le sol que dans un lit. Nous avons vu cerlains de ces taudis donner asile à onze pensionnaires pour lesquels il y avait en tout trois petits lits. Quant aux soins médicaux, les pensionnaires malades en reçoivent si peu qu'il est inutile d'en parler. L'armateur caulionnaire évite tous les frais qui pourraient lui incomber de ce fait, lorsqu'il se trouve en présence de bras inutilisables pour la campagne future.

Nombreux sont les cas de ces hivernants gardés à la pension pendant le cours d’une maladie grave et envoyés à l'hôpital la veille ou l'avant-veille de leur décès, alors qu'il n'y a plus rien à faire. Afin de ne pas jeter le discrédit sur la pension, on profite généralement de la nuit pour les faire transporter à l'hôpital.

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