ÉTRANGERS
bon de ne Jamais prendre de pédiluves complets et prolongés, mais de lotionner seulement les pieds avec un linge mouillé et de les sécher aussitôt. Les ampoules seront prévenues par une onction du pied avec un corps gras et le graissage interne et externe de la chaussure. L'hyperhidrose sera traitée par des badigeonnages à l'acide chromique à 5 p. 100 ou par des bains dans l'acide picrique à saturation, ou des bains formolés.
Une excellente pratique consiste à donner tous les quatre jours une Journée entière de repos au soldat, qui, séjournant près de quarantehuit heures au même endroit, peut se délasser, se préparer de meilleurs repas, réparer et laver ses effets.
Sur les Hauts-Plateaux et au Sahara, où les matinées sont fraîches et l'air sec, il est bon de ne se livrer aux soins de la toilette, à limitation des Arabes, que vers le milieu de la journée. On évite ainsi les gerçures de la peau et la congestion vasculaire sous-cutanée du visage et des mains.
ÉTRANGERS. — Les immigrants espagnols, italiens et maltais affluent vers la Berbérie avec plus d'empressement que les conquérants eux-mêmes, d’abord parce que leur pays natal ne les nourrit pas aussi bien que la France ses enfants, et parce que les peuples latins du midi sont, plus que nous, adaptés à la vie méditerranéenne. Pour les Espagnols, en particulier, chez quil'on retrouve le sang maure, la Berbérie n’est que le prolongement de leur patrie.
L’acclimatement de ces races méridionales n’est presque plus à faire. Leurs mœurs et leur pathologie se rapprochent plus de celles des indigènes que de celles des Français. Il y a des gares de chemins de fer, près de Philippeville ou de Bône, où nul agent français n’a pu se maintenir, chassé ou tué par les fièvres. On y place des Sardes, des Maltais, qui font un service inférieur, mais qui ne meurent pas. Il arrive qu'en Oranie on rencontre des enfants aux trois quarts nus, à grosse rate, aux conjonctives granuleuses : on les prendrait pour des indigènes, n'était leur idiome espagnol.
Évidemment la fréquentation ou le voisinage d’'Européens de cette basse classe sont aussi dangereux que le contact d'Arabes ou de Kabyles, et l'isolement leur doit être appliqué tout comme aux indigènes.
Mais ces Européens sont perfectibles ; on peut, avec de laténacité, les éduquer et leur inculquer des principes d'hygiène. Ils ne sont pas réfractaires, ils ne sont qu'ignorants. La naturalisation automatique fait de tous les fils d’immigrants étrangers des Français. C'est donc une œuvre nationale autant que sociale, dévolue à l'instituteur dans sa classe et à l'officier au régiment, que d'instruire de notre hygiène les fils des défricheurs espagnols ou italiens.
Nourriture. — L'alimentation de ces pauvres gens est toujours défectueuse : poissons salés, charcuterie crue, plats à sauce épicée
où dominent le concombre et le piment, pain à l’anis, oignon cru et gousse d'ail, sont leur nourriture préférée. Ils se contentent de peu, mangent rarement de la viande et se passent volontiers de vin. Cette sobriété rend la concurrence impossible aux journaliers français. Un homme qui peut se rationner ainsi se loue à bon marché. Le plus curieux est que, sec et brûlé du soleil, il travaille plus et mieux que l'ouvrier francais, fatigué par la chaleur et alourdi par une copieuse nourriture mal digérée. Aussi la colonisation de la Nord-Afrique doit-elle beaucoup de ses progrès aux qualités de résistance et d'ardeur au travail des immigrants espagnols et italiens.
Habitation. — Ces défricheurs peuvent mener en effel une dure existence, insupportable aux travailleurs français. Ils logent avec leur famille toujours nombreuse dans des cabanes de terre glaise et de branchages, rarement de pisé. Dans les villes même, la plus insouciante incurie est habituelle à ces immigrants tirés évidemment de la plus basse classe de leur pays. A Alger, le quartier de la marine, certaines parties du faubourg Bab-el-Oued rappellent les ghettos du moyen âge avec leurs ruelles étroites et infectes, leurs maisons intriquées les unes dans les autres, surpeuplées, jamais ventilées ni ensoleillées. Dans une seule chambre vit toute la famille, dans la promiscuité la plus complète. C’est là que naissent, se propagent et se conservent toutes les épidémies.