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I — ACCLIMATEMENT

Les mdigènes de l’Algérie-Tunisie, confondus sous le nom d’Arabes, comprennent en réalité des races fort éloignées.

Les véritables aborigènes, les Berbères, repoussés par les invasions successives, se sont réfugiés soil sur les hautes montagnes (Kabyles du Djurdjura, Chaouïas de l’Aurès, Berabers de l'Atlas marocain, Riffains), soit au Désert (Touareg) et n'ont jamais élé soumis que par la France.

Les tribus des plaines, et en particulier les nomades des Steppes, qui se prétendent purement arabes, sont en réalité mêlés d'éléments autochtones. Enfin, un grand nombre de Berbères sont superficiellement arabisés (Petite Kabylie de Collo, de Djidjelli).

Les villes du littoral contiennent un certain nombre d’Andalous ou Maures (Tlemcen, Tunis) chassés d’Espagne après la prise de Grenade, et qui ont apporté dans ces trop rares villes les éléments d'une civilisation raffinée. Ils sont doux, mous, très propres et intelligents.

Les derniers descendants des Turcs, mariés à des Mauresques, ont donné les Couloughlis, excellente population, malheureusement trop peu nombreuse.

Enfin les Juifs d'Algérie, que le décret Crémieux a naturalisés en bloc, comptent un grand nombre de personnes cultivées qui font de très bons Français, mais aussi une foule ignorante et misérable plus rapprochée de nos sujets que de nos compatriotes. Ces Juifs des basses classes ont conservé la langue arabe ; leurs costumes ressemblent à ceux des Arabes, avec certaines différences qui les fontreconnaître. On voit des jeunes gens, ayant fait leur service militaire, reprendre

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les babouches et le turban et ne parler entre eux que dans leur idiome, un arabe corrompu. On conçoit que de tels hommes aient gardé aussi les anciennes mœurs. La race est en général chétive et malingre; les Juifs vivent encore trop souvent entassés dans de vieilles maisons sordides où leurs occupations, petit commerce, petite industrie, les retiennent nuit et jour. Ce genre de vie les prédispose à toutes les maladies de la misère et de la saleté. Bien peu habitent la campagne. Naturellement, nous ne parlons ici que des prolétaires, qui forment l'immense majorité. Ils ne sont pas encore nés à la vraie vie française ; heureusement, leur intelligence, aiguisée par de longs siècles de négoce, et leur faculté merveilleuse d'adaptation les rendent bien plus accessibles que nos sujets musulmans aux progrès de la civilisation, et l’on assiste souvent dans une même famille à d'étonnantes métamorphoses. La classe juive éclairée ne se distingue pas de la société française correspondante.

Les indigènes de la Nord-Afrique, Berbères autochtones ou descendants des conquérants arabes, se sont adaptés parfaitement au climat de ce pays. Le fait est encourageant pour les Européens, car ces indigènes sont en immense majorité de race blanche ; il y a des tribus considérables de Kabyles aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Par contre, les nègres, fort nombreux comme esclaves à Alger en 1830 lors de l’arrivée des Français, y ont presque disparu, et les fêtes nègres décrites par Fromentin ne se font plus, faute d'exécutants. Ce qui montrerait que la race blanche est mieux faite que la noire pour se maintenir et prospérer en Berbérie.

La résistance des indigènes à la chaleur est extraordinaire : les moissonneurs ont l'habitude de se mettre au travail au lever du soleil pour ne s'arrêter qu'à quatre heures de: l'après-midi. Ils se reposent ensuite jusqu’au lendemain matin. De pareilles heures de travail au mois d'août seraient mortelles pour des ouvriers européens. Les Marocains, qui viennent se louer dans toute l'Algérie pour les travaux agricoles, restent souvent exposés au soleil, les cheveux ras, le crâne nu et entouré d’un simple turban blanc, disposé en couronne.

La sensibilité cutanée des indigènes est obtuse. D'ordinaire ils ont les jambes et souvent les pieds nus. Ils supportent parfaitement le contact des mouches et de la vermine sur la peau et même autour des paupières. Leur résistance à la douleur est considérable : ils font de très bons patients pour les opérations de chirurgie sans anesthésie. On connaît la résistance toute spéciale de leur péritoine aux infections : les observations ne se comptent plus de plaies pénétrantes de l'abdomen suivies de hernie de l'intestin et de souillure de la séreuse, qui ont parfaitement guériaprèsdes soinsélémentaires. D'autre part, il est certaines tribus (Chaouïas) où la trépanation est à la mode et où l’on pratique cetteopération, sous de futiles prétextes, sans accidents sérieux.

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