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IT. — PATHOLOGIE SPÉCIALE

Les maladies des indigènes des villes, relativement peu nombreux, et aussi fort civilisés (Maures, Couloughlis) sont du même genre que celles des classes correspondantes de la société européenne.

Les maladies les plus répandues parmi les indigènes des campagnes sont : le paludisme endémique, la syphilis et la conjonctivite granuleuse.

PALUDISME. — Nous avons pu voir que partout la population indigène était, en Algérie, ainsi que Koch l'a montré pour les nègres de la Sud-Afrique, en proie à une infection latente par l'hématozoaire du paludisme. Cette infection ne se traduit, à l'examenextérieur, que par l'hypertrophie de la rate. L'examen du sang montre, de plus, qu'un nombre variable d’hématies sont infectées, mème chez des personnes jouissant en apparence d’une bonne santé. Cette infection frappe surtout les enfants. Nous connaissons un certain nombre de régions où tous les enfants ont une rate énorme. Des éludes longuement poursuivies seront nécessaires pour se rendre compte du sort de ces enfants à grosse rate. Mais il ne peut faire de doute que ce paludisme endémique gêne considérablement les indigènes. Suivant leur expression pittoresque, il est des villages où, en été, le voyageur ne trouverait personne pour lui donner un verre d’eau ; tout le monde est couché en proie à la fièvre. Même en dehors des accès, dans l’état apyrétique qu'ils conservent longtemps (malgré la pullulation des hématozoaires dans leur sang), ils sont faibles, abattus, et, comme ils manquent d'une nourriture réconfortante, ils passent des étés entiers, au moment même des grands travaux, dans le chômage. D'autre part, les indigènes connaissent et apprécient la quinine (kina), qui produit, sur eux des effets merveilleux. On peut, avec ce médicament, leur faire beaucoup de bien.

SYPHILIS. — La syphilis est extrêmement répandue parmi nos indigènes, chez qui elle atteint une virulence spéciale. N'étant pas soignée, elle amène des lésions très graves de syphilis tertiaire cutanée, osseuse ou viscérale. La syphilis héréditaire est commune. Certaines particularités s'attachent à la syphilis indigène : ainsi les douleurs ostéocopes sont inconnues, de même, semble-t-il, que le tabes et la paralysie générale, produits d’une civilisation supérieure; mais cette question présente encore des obscurités. Les médicaments rationnels, préparations de sels de mercure et iodure de potassium, ont une action très énergique sur la syphilis indigène. Nos médecins pourront lutter avec efficacité sur ce terrain, mais il sera bien plus difficile de combattre les causes sociales de la syphilis. La prostitution des jeunes filles est parfaitement admise dans un grand nombre de tribus, tant kabyles qu'arabes. La tribu des Ouled

Nayl est célèbre sous ce rapport. Cette prostitution peut être surveillée dans certaines villes comme Biskra, Boghar, Laghouat, etc., qui sont des gîtes d'étape bien connus où les caravanes se reposent dans leurs voyages, mais elle échappe à toute inquisition partout ailleurs. Comment surveiller la prostitution qui se pratique en pleine tribu de l’intérieur ? Un peu partout, les fondouks (écuries publiques), où le voyageur loge son cheval, recèlent des prostituées.

CHANCRE MOU. — Le chancre mou donne lieu souvent chez les indigènes à un phagédénisme horrible, très étendu et mutilant.

CONJONCTIVITES. — La conjonctivite granuleuse, ou trachome, est endémique chez les indigènes; non soignée, elle entraîne les désordres les plus graves. Le nombre des indigènes aveugles est effrayant. À cette cause de cécité, il faut joindre l'ophtalmie purulente blennorragique et les complications oculaires de la variole et de la lèpre.

D'autres affections: l'iritis, le glaucome, le ptérygion, la cataracte, l'héméralopie sont fréquentes aussi. On a dit que la plupart de ces maladies d'yeux sont favorisées par les rayons solaires qui frappent directement les yeux, les Arabes ayant toujours le front découvert. Nous pensons que le soleil fatigue en effet beaucoup la vue dans la Berbérie, mais que la visière n'est d'aucune utilité, attendu que c'est surtout la réverbération de la lumière sur le sol qui est gênante. Pour diminuer l'intensité de la lumière qui blesse leur vue, les indigènes (surtout les femmes et les enfants) se teignent le bord libre des paupières avec du koheul (sulfure d’antimoine), qui produit le même effet que le cerne noirâtre que l’on dessine parfois autour des yeux pour voyager sur la neige. Le bâton de koheul prêté d'une personne à une autre peut aider à la propagation des maladies d’'yeux, mais la contagion est le plus souvent due aux mouches, grâce à linsensibilité des indigènes au contact de ces insectes. On voit très souvent de vrais essaims de mouches grouiller sur la figure d'un enfant qui dort, groupées de préférence aux commissures des paupières, où elles sucent les larmes.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF. — L'alimentation défectueuse et l’eau de boisson impure sont l'occasion de fréquentes maladies du tube digestif : gastrites, entérites, hépitates. On a prétendu que les Arabes ignoraient l'appendicite. Les autopsies systématiques des mdigènes ontété trop rares pour que l’on puisse avoir une opinion ferme à ce sujet. Les enfants, sevrés de bonne heure et mis au régime indigeste de la galette, ont presque tous le ventre ballonné.

VARIOLE. — Des épidémies de variole éclatent encore dans la masse indigène. Les Arabes connaissent depuis longtemps la variolHisation: quethäà el djidri, couper la variole. « Lorsque des cas de variole se produisent dans une localité, dit E.-L. Bertherand, on choisit des boutons à l'état de maturité, on les crève ou on les incise ;

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