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INFIRMERIES INDIGÈNES

HÔPITAUX. — Ce n'est qu'en 1876 que l’on songea à consacrer certains établissements hospitaliersexclusivement aux indigènes. Cinq hôpitaux furent confiés aux missionnaires d'Afrique subventionnés par l'Etat :

Hôpilal Sainte-Élisabeth, à Saint-Cyprien-des-Attafs ;

Hôpital Saint-Augustin, à Arris (Aurès);

Hôpital Sainte-Eugénie, à Michelet (Djurdjura) ;

Hôpital Lavigerie, à Biskra.

Hôpital Sainte-Marie-Madeleine, à Ghardaïa ;

L'hôpital Saint-André, à El-Abiod-Sidi-Cheikh, fondé en 1899, n'eut qu'une durée éphémère.

À l'hôpital Sainte-Eugénie, une sage-femme fut chargée de pratiquer les accouchements et en même temps de former des élèves kabyles.

Tous ces hôpitaux sont sous le contrôle de l'État, qui nomme les médecins traitants.

Au cours de l’année 1904, 3 564 indigènes ont été reçus dans les cinq hôpitaux comme malades, et 45 comme vieillards infirmes ou incurables. Le total des journées de présence s'est élevé à 100 792.

INFIRMERIES INDIGÈNES. — M. le Gouverneur général Jonnart jugea insuffisante pour nos quatre millions de sujets cette ébauche d'assistance médicale purement indigène, et, dès 1900, il s’occupa d'organiser un service médical spécial en faveur des indigènes. Il faut d’ailleurs ne pas oublier qu'au principal des impôts arabes s'ajoutent des centimes additionnels destinés précisément aux œuvres d'assistance. On peut donc dire que l'œuvre dont on les dote est bien payée, en définitive, par les indigènes.

Toutes lesmesures arrêtées par M. Jonnart n’ontreçu un commencement d'exécution qu'à partir de 1903.

Les infirmeries musulmanes en sont la partie la plus importante. Elles sont installées dans des immeubles communaux loués ou construits à cette effet. Très modestes, mais propres et bien situés, les bâtiments comprennent en général deux salles, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, séparées par le bureau du médecin, qui est en même temps la salle de consultation et d'opération. Les deux salles communiquent chacune avec une cour dans laquelle s'ouvrent la cuisine, une salle de bains et des latrines à la turque, munies, le plus souvent, de tinettes mobiles. Le tout est crépi à la chaux ou peint à l'huile. Il y a souvent aussi un cabinet d'isolement. Les chambres, qui peuvent contenir, en moyenne, dix à douze lits, sont bien éclairées, bien ventilées et possèdent une cheminée dont on se sert parfois l'hiver. Les lits sont en général du type militaire. Mais souvent, et surtout en été, on fait coucher certains malades sur des nattes, si la nature de leur maladie le permet; ils acceptent volontiers, et même préfèrent ce mode de couchage, qui leur est familier.

Presque partout, de riches notables musulmans ont fait don d'objets de literie et de denrées alimentaires, obéissant ainsi aux prescriptions coraniques, qui font une obligation de la charité. L'infirmier, ainsi que l'infirmière, qui sont toujours indigènes, couchent dans de petites chambres à proximité des salles des malades, exécutent les prescriptions du médecin et préparent la cuisine, toujours à la mode arabe. Parfois des parents ou des personnes charitables apportent des aliments du dehors.

Les malades se trouvent ainsi dans un milieu où tout leur est familier et où l'on respecte scrupuleusement leurs mœurs et leur religion. Aussi le succès de ces infirmeries a-t-il été immédiat et complet. Leur fonctionnement, au surplus, n’entraîne que de faibles dépenses, -

Les frais de premier établissement montent à 10000 francs en moyenne, dont la dépense est supportée parfois par le budget de la colonie et par la commune, parfois par le budget spécial seul. Une somme de 2000 francs est consacrée à l'achat du mobiliér et des instruments de chirurgie. Le prix de la journée d'infirmerie atteint une moyenne de 1 fr. 50; la nourriture d’un malade coûte environ 0 fr. 60 par jour.

Quatorze infirmeries ont été établies en 1903, trente-quatre en 1904, quatorze en 1905 et quatre en 1906. D'autres vont s'ouvrir prochainement. Durant l’année 1904, les quarante-huit infirmeries, comptant 822 lits, ont reçu 4424 hommes, 1 352 femmes, 415 enfants. Le nombre de journées d’infirmerie a été de 95 997.

DOCTORESSES. — On a créé dans plusieurs grands centres : Alger, Constantine, Oran, Tlemcen et Bône des cliniques pour femmes et enfants, dirigées par des doctoresses, qui doivent en même temps donner des consultations gratuites et distribuer des médicaments, À Blida, à Miliana et à Maison-Carrée, le service des consultations gratuites seul a été organisé. En 1904, le nombre de ces consultations a atteint 33 501.

CONSULTATIONS MÉDICALES GRATUITES. — Toutes les communes du Tell et un assez grand nombre de celles des Hauts- Plateaux ont aujourd'hui un excellent service de consultations gratuites, Leur but est d'offrir aux indigènes des douars les plus reculés les secours de la médecine. Le médecin de colonisation est à la disposition des malades, à des jours déterminés et à des heures fixes, soit à l'infirmerie, soit aux différents marchés de sa circonscription, soit en certains points désignés des douars. Il reçoit les consultants et délivre les remèdes.

SERVICE ANTI-OPHTALMIQUE. — M. Jonnart, frappé des bons résultats, énoncés par les autorités anglaises d'Égypte, de la prévention des maladies d'yeux, si fréquentes parmi les indigènes des pays chauds, par les lavages à l’eau boriquée, a organisé un ser-

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vice analogue dans presque toutes les communes d'Algérie. Des lotions d'eau boriquée sont pratiquées, chez les indigènes malades ui se présentent, soit par l’instituteur, soit par un agent communal européen ou indigène, soit par des personnes de bonne volonté. On délivre même aux indigènes qui en font la demande de petites quan- Utés d'acide borique, qu'ils emportent dans leurs douars avec des prescriptions imprimées en arabe.

La quantité d'acide borique distribuée en 1904 a été de 3 208k5 800.

L'organisation de ce service anti-ophtalmique, due à une idée si généreuse, se heurte à de grandes difficultés, par suite de la malpropreté des indigènes des campagnes. Mais, avec de la persévérance, nos médecins et nos instituteurs arriveront à enrayer la propagation des ophtalmies.

AUXILIAIRES MÉDICAUX. — Des auxiliaires médicaux indigènes ont été créés en Tunisie par arrêté du 12 novembre 1903. M. Jonnart a organisé, en 1904, un corps analogue. Ces auxiliaires sont destinés à assister les médecins de colonisation soit dans les infirmeries indigènes, soit dans les consultations données dans les tribus ou sur les marchés. Ils pourront, sous la direction et le contrôle dumédecin, distribuer et administrer certains médicaments, faire quelques pansements simples, pratiquer les vaccinations, les lavages anti-ophtalmiques. En aucun cas, ils ne seront autorisés à exercer la médecine ni la pharmacie. Ce seront, en somme, des infirmiers.

Ils sont recrutés par voie de concours parmi les jeunes indigènes de dix-neuf à vingt-quatre ans et reçoivent à l'École de médecine et de pharmacie d'Alger une instruction à la fois théorique et pratique durant deux années. Ils passent, en outre, quelques heures par semaine à la pharmacie centrale de l'hôpital, pour y apprendre la pratique de la pharmacie. Des examens passés à la fin de chaque année permeltent d'obtenir le certificat d’auxiliaire.

La première promotion a commencé ses éludes en automne 1904 : 12 jeunes indigènes furent admis sur 45 qui s'étaient présentés.

Ils sont placés, au point de vue de la discipline, sous l'autorité du directeur de la médersa d'Alger.

Il est nécessaire que, dans cette nouvelle organisation, toutes les mesures soient prises pour que les auxiliaires médicaux indigènes ne sortent pas du rôle de simples infirmiers, qu'on à voulu leur assigner,

SOURCES THERMO-MINÉRALES. — Elles sont recherchées, par ordre du Gouverneur, et aménagées au profit des indigènes. On construira des piscines, des abris, de façon à fournir aux campagnards l'équivalent des bains maures des villes. Les sources chaudes sont très estimées de nos sujets. Nul doute qu'ils ne

profitent avec empressement des facilités que l'administration va leur octroyer.

Les sources les plus connues sont : dans le département de Constantine, celles de Hammam-Meskoutine (sulfureuse), du Guergour (sulfatées calciques); dans le département d'Alger, celles de Ben- Haroun (bicarbonatée sodique), d'Hammam-Ghira (sources calcique et ferrugineuse), d'Hammam-Melouan (chlorurée sodique), d'Hammam-Mzara (sulfureuse); dans le département d'Oran, celles de Noisy-les-Bains (sulfureuse sodique) et les Bains de la Reine (chlorurée sodique).

L'ensemble de la nouvelle organisation de l'assistance médicale et hospitalière a été accueilli avec reconnaissance par la population musulmane. Les bienfaits immédiats et tangibles qu'elle a déjà relirés des infirmeries communales ont fait connaître et aimer celte institution dans les douars; et nous en voyons la meilleure preuve dans les dons spontanés de moyens de couchage, de vêtements, de provisions de bouche et même de sommes d'argent, qui ont été offerts aux différentes infirmeries par des indigènes.

Les fellahs les plus misérables savent aujourd'hui qu'une haute pensée et une autorité puissante s'occupent de leur bien-être, que les « maisons du beylik » — les immeubles administratifs — ne sont pas faites seulement pour les chefs, les gendarmes, la prison et le percepteur, mais qu'elles offrent aussi des lits aux musulmans malades. C'est l'honneur de la domination française que d'avoir instauré cette hygiène sociale.

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