II. — Classification des professions
10 Dans les pays chauds et salubres, les plus éloignés de la zone équatoriale, le travail manuel de toute espèce, mais réglementé, est possible pour l’Européen. Les professions / que peut exercer l’Européen sont à peu près les mêmes que celles qu’il exerce en Europe sous la réserve des modifications qu’apporte la climatologie, en particulier l’élévation plus ou moins persistante de la température. C’est affaire de conditions locales; mais les règles d’hygiène sont à peu près les mêmes qu’en Europe.
2 Les autres colonies, de beaucoup les plus nombreuses, les colonies insalubres o\x à climat excessij, ne permettent pas à l’Européen de se livrer à toutes les professions indistinctement et, parmi celles qui lui sont accessibles, il en est
(i) Van Gennys, Algemeen llandelsblad ; i5 août i8q5.
dont l’hyg-iène doit s’occuper plus particulièrement pour indiquer les précautions qu’elles nécessitent.
En règ-le g-énérale , les professions nécessitant l’effort répété et le séjour prolongé au soleil, le remuement de la terre, sont inaccessibles à l’Européen en tant qu’ouvrier se livrant à un travail manuel. Les professions non manuelles liées aux travaux de la terre, telles que celles de surveillant, de gérant, etc., doivent être soumises à une réglementation salutaire.
Les professions des Européens dans les colonies des régions chaudes peuvent être divisées en 3 groupes principaux :
1° Les professions exercées à Vair libre ^ dans lesquelles les ouvriers ou directeurs des travaux sont exposés aux agents météoriques et qui se subdivisent en :
a) Professions d’ouvriers remuant la terre (agriculteur, terrassier) ;
b) Professions de militaire ou d’explorateur, de gérant, surveillant ;
20 Les professions manuelles exercées à l’abri de l’air exigeant le déploiement de forces physiques (ouvriers d’art, ouvriers d’industrie, domestiques, etc.).
30 Les professions libérales^ ou non manuelles, s’exécutant généralementà l’abri des agents météoriques (administrateurs, commerçants, industriels, chefs d’atelier, commis, écrivains, etc.).
Professions exercées à l’air libre. — a) Professions AGRICOLES OU AUTRES, AYANT POUR OBJET LE REMUEMENT
DU SOL. — Prophylaxie du paludisme.
Dangers de la prof ession agricole . — Dans les régions tempérées et salubres, le travail de la terre est la plus salutaire de toutes les professions. S’exerçant cà l’air libre et pur, il développe les forces, conserve la santé et n’expose pas l’ouvrier aux multiples contaminations de l’atelier.
Il n’en est pas de même dans les pays très chauds et insalubres. Là, au contraire, l’ouvrier de la terre, agricul-
leur GU terrassier, est exposé aux atteintes du paludisme, du tétanos et d’autres maladies infectieuses recélées par le sol, au coup de chaleur ou aux insolations, aux conséquences déjà énumérées du surmenag'e.
Les couches supérieures du sol tropical, imprégnées de matières organiques en voie de décomposition et saturées de germes dont les générations se succèdent sans fin, ont une extrême richesse microbienne. Certaines formes, les espèces sporogènes, plus durables, se trouvent en grand nombre dans les couches superficielles que le laboureur ou le défricheur vont mettre au jour. C’est là que se rencontrent les germes de la peste, du tétanos, du charbon, inoffensifs tant qu’ils étaient enfermés et capables de donner lieu à des épidémies meurtrières au premier bouleversement du sol.
Malaria. — La malaria est le grande! principal ennemi du cultivateur colonial : c’est elle qu’il doit apprendre à connaître, à éviter et à combattre.
Les dernières découvertes, en nous révélant la nature du contage paludéen et son mode principal de transmission (i), ont confirmé les anciennes observations qui avaient permis de préciser suffisamment les circonstances principales dans lesquelles on est plus particulièrement exposé à contracter le paludisme. La plus grave de ces circonstances est le remuement des terres alluvionnaires, fréquemment inondées, humides, couvertes de flaques d’eau ou de forêts, jusque-là non défrichées, ou délaissées après avoir été cultivées.
La colonie agricole fondée en 1798 par Ph. Beaver, officier anglais, dans l’île de Boulam, entre deux bras du Rio- Grande (côteoccidentaled’A fi ique), necomptait plus, au bout de seize mois, que six Européens sur 91 qui avaient débar-
(i) Voy. la Malaria, par le D‘‘ Léon Bertrand, ex médecin de la C*« des clieinins de fer du Congo, et le D’' .1. Klynens. Paris, iqo3. J. -B. Baillière.
V qué. Les autres étaient morts de paludisme ou s’étaient en fuis.
Les tentatives de g*randes cultures industrielles, faites, P sous la Restauration, à 3o ou 4o lieues de Saint-Louis (Sénég-al), échouèrent comme avaient échoué les tentatives de ^ colonisation ag’ricole faite par Ghoiseul, sur les rives déser- ' ies du Kourou (12.000 morts sur i5.ooo colons) ou sur ^ les bords de la Mann à la Guyane. Les récentes tentatives de colonisation pénale agricole faites à la Guyane ont été suivies d’insuccès complet.
j" L’histoire des expéditions militaires coloniales abonde en !t faits prouvant l’influence funeste du remuement de la terre nécessité par la construction des routes, des fortifications, ' des casernements. Les épidémies de paludisme qui ont ravagé les garnisons de l’Algérie au début de l’occupation vî (Bone, Mascara, Sidi-Bel-Abbès. Miliana, Saïda, etc.), la f. mortalité considérable qui frappa les détachements employés aux travaux de la route de la Chiffa (1.800 malades sur f 4 000 hommes) sont des exemples bien connus.
Les troupes françaises employées aux travaux du camp de concentration de Chu et delà route de Langson, au Tonkin (i884), furent décimées par le paludisme, qui ne diminua qu’avec la cessation des travaux de terre.
Les premières troupes françaises débarquées à Nossi-Bé , (Madagascar), en i84o, pour y exécuter des travaux de campement et de défense, furent tellement éprouvées par le paludisme que les Malgaches ont donné à la pointe de terre, où ces soldats trouvèrent la mort, un nom qui signifie : « Lieu où il est dangereux de remuer la terre. »
Au cours de la dernière expédition de Madagascar (1896- 1896), où les travaux de la route furent en grande partie la cause de la mort de 4-ooo Européens combattants, les com- ' pagnies du génie, plus particulièrement et plus longtemps attachées à ces travaux de terre, eurent 887 morts sur 600 hommes d’elfectif.
Le tableau de la morbidité des difl’érents corps de troupe.
occupant Madag-ascar en 1897, indique l’influence de la nature des travaux.
Corps dk troupe Morbidité Observations
pour 1000 h. d’effectif.
Conducleurs auxiliaires d’arimerie. s33 {
, . ( Cadres identiques à l’infanterie de
Régiment malgache igt ) marine, mais faisant colonne dans
— colonial 180 ( les régions insalubres et soumis
^ aux travaux.
Génie 184
Artillerie de marine 1G6
Bataillon étranger 168
Infanterie de marine iG3
Tirailleurs Algériens i4a
Les terres hautes, mais incultes, boisées et humides, peuvent être dang-ereuses lorsqu’elles sont remuées, ainsi que le prouvent les épidémies de paludisme g-rave qui ont sig'nalé l’installation des postes dans le Haut-Tonkin et la ^ construction du sanatorium de Nosi-comba à Madag’ascar. ^
Les hommes de race colorée ne sont pas exempts de ces J dang’ers,car on sait que le chemin de fer de Panama a coûté ^ une vie d’homme par traverse posée sur la voie, que les • ^ Chinois qui y travaillaient ont eu une mortalité de 5o p. *•'. 100, que les noirs des Barbades employés à la construction du chemin de fer du Gong-o Belg’e ont eu une mortalité de 6. 5op. 100, que4oo Marocains sur 600 eng-agés ont succombé • dans les travaux de terrassement du chemin de fer du Sou- ■ dan, et que l’exécution du chemin de fer de Langson a causé une telle mortalité par paludisme parmi les coolies • ' tonkinois venus du Delta que leur recrutement devint très diffîcile.-
Hygiène de la profession agricole dans les Colonies. Prophylaxie du paludisme. — L’ensemble des mesures propres à protéger l’ouvrier de la terre aux colonies constitue en réalité la prophylaxie du paludisme (i).
^i) Voir tome I, chapitre vu, page i55; la description et les modes de transmission de l’hématozoaire, agent du paludisme.
PROFESSION AGRICOLE '
Ces mesures peuvent être classées en 5 catég’ories ;
1° Choix des travailleurs ;
2® Transformation du sol ;
3° Mode d’habitation des travailleurs;
4° Fixation des saisons et des heures de travail;
5^^ Soins donnés aux travailleurs.
1° Choix des travailleurs (i). — Les travaux de défrichement ou d’appropriation du sol doivent être confiés aux indigènes originaires du pays ou de pays similaires. Ils sont moins décimés que les Européens. Les noirs cafres sont les meilleurs travailleurs pour les colonies de la mer des Indes. Les noirs pris sur les rives du continent Africain ont permis la mise en valeur des terres tropicales de l’Amérique. La mortalité et la morbidité des noirs par paludisme est, comme nous l’avons vu, bien inférieure à celle des blancs (2), de telle sorte qu’en raison de cet avantage et aussi de leur résistance à la chaleur, les indigènes constituent l’élément indispensable pour tous les travaux de la terre et surtout pour la période d’appropriation du sol.
2" Transformation du sol. — La transformation du sol est la condition nécessaire de l’assainissement. Elle résultera d’un ensemble de mesures dont la plupart ont été déjà étudiées (3) et que nous ne ferons que rappeler brièvement. Elles ont pour but, en mettant le sol en état d’être cultivé,*
(1) Voir tome II, chapitre i, aptitudes physiques pour la colonisation.
(2) Pendant l’expédition de Madagascar, les bataillons Haoussa, Malgache et Bourbonnais ont eu i5 décès pour 100 h. d’effectif, au lieu de 3a décès pour 100 hommes de troupes européennes.
Au Dahomey, les soldats indigènes ont une mortalité par paludisme de i> 48 p. 1000; les soldats européens ont une mortalité par paludisme de 25,7 P- 1000.
Au Tonkin, la morbidité générale est de 626 p. loco soldats indigènes, et 1072 p. 1000 soldats européens ; la morbidité par paludisme est de 193 p. 1000 soldats indigènes, et 4p4 P- moo soldats européens.
(D*’ Grall. Etudes statistiques sur V Indo-Chine.)
(3) Tome I, chapitre vni, l’habitation.
3/|fi
de supprimer en môme temps les conditions favorables à la pullulation des moustiques, hôtes et véhicules de l’hématozoaire.
Nous avons vu que les moustiques femelles (anophèles) déposent leurs œufs en forme de hateau à la surface des moindres flaques ou nappes d’eau stag-nantes, à vég*étation aquatique, non poissonneuses, non agitées, à bords fangeux. De ces œufs vont naître les larves qui vivent dans l’eau, pendant i semaine, jusqu’à la transformation en insectes parfaits.Devenusadultes,lorsqu’ils vivront de la vie aérienne, ces insectes s’éloigneront peu des eaux stagnantes où ils ont pris naissance et se réfugieront le jour dans les bois, dans les fourrés épais, dans les endroits bas, humides, ombreux. Ils J sonttrès dangereux mais sortent en grand nombre de ces repaires le soir (et aussi le jour dans les pays chauds) pour piquer l’homme qui s’en est approché. Donc le plan à suivre est celui-ci : Déboisement rationnel et défrichement ; suppression des eaux stagnantes^ des bas-fonds humides^ etc. ; destruction des moustiques et de leurs larves.
Défrichement et déboisement. — Après avoir fait la part des bouquets d’arbres nécessaires pour former des rideaux de protection contre les vents insalubres ou nuisibles aux cultures, tout en facilitant la circulation de l’air et la décomposition des matières organiques dans le sol (i), on se débarrasse des arbres inutiles en les coupant, et on détruit les sous-bois par le feu qui a l’avantage de faire disparaître une grande quantité de détritus végétaux accumulés sur le sol. Les souches ou racines ne seront arrachées que s’il n’est pas possible de faire autrement.
\d amxublissement du sol sera fait autant que, possible avec des machines (le grubber, employé aux Etats-Unis pour arracher les arbres ; Vexcavator, employé par les
(i) D"" Da Silva Amado, Congrès international des médecins des Colonies, ià^Amsterdam, sept. i883.
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Ang-lais, à la Guyane, pour creuser des canaux sur lesquels vont circuler des bateaux porteurs de machines qui font mouvoir des charrues à terre).
Drainage. — Le draînag-e sera fait superficiellement par un réseau de canaux, de caniveaux, de fossés d’épuisement, et profondément, dans le sous-sol, par des tranchées remplies de pierres brutes, de fascines ou par des tubes en poterie percés de trous. Les uns ou les autres conduiront les eaux collectées à la mer ou au fleuve voisin ou à des puits perdus.
Assèchement des marais. — L’eau des mares sera conduite vers la mer ou vers un cours d’eau à la faveur d’une différence de niveau. Les marais trop bas situés seront desséchés avec des machines élévatoires mues par des moulins-à-vent, ou en perçant le tuf imperméable sur lequel repose la couche vég'étale de manière à faire écouler l’eau de surface vers les couches poreuses profondes, suivant l’exemple donné par les trappistes dans la campag-ne romaine.
A l’aide de barrages on maintiendra à un niveau constant l’eau des étangs trop étendus pour être desséchés, on empêchera le débordement des ffeuves dans les dépressions du sol (Tonkin) ou le mélange des eaux de mer avec les eaux des ffeuves. Dans d’autres circonstances, on favorisera au contraire la formation d’un courant constant dans les lagunes qui ont des seuils trop élevés par le creusement d’un chenal qui les mettra en communication soit avec le ffeuve voisin, soit avec la mer.
On supprimera les mares, les marnières, les trous servant de dépotoirs dans les agglomérations indigènes. Le colmatage fait par les cours d’eau, les terres provenant du creusement des tranchées serviront au comblement des dépressions du sol et des mares.
Pour les cultures, telles que celle du riz, exigeant la sub-
mersion du sol pendant un certain temps, l’eau courante sera, si possible, substituée à l’eau stag-nante.
Les cultures intensives utiles, les plantations simplement assainissantes (eucalyptus, filaos, niaouli, ricin, pin, etc.), achèveront l’œuvre de transformation du sol.
3® Destruction des moustiques. — Dans le cas où les nappes d’eau ne peuvent pas être supprimées, soit parce qu’elles sont trop considérables, soit parce qu’elles constituent des réservoirs d’eau indispensables, il faut les rendre inoffensives, ou inaccessibles aux moustiques, ou détruire les larves que les moustiques y déposent.
Dans les pièces d’eau très étendues, viviers, etc., la destruction des larves sera obtenue en y entretenant des poissons, surtout des épinoches, qui mangent les larves ; on détruira les herbes aquatiques.
Les citernes ou bassins contenant de l’eau destinée à la boisson seront couverts et si, malgré cette précaution, les moustiques parviennent à y déposer leur ponte, on détruira les larves à l’aide de l’huile ordinaire ou de la poudre de chrysanthème. L’huile obstrue leur appareil trachéal et les asphyxie.
Dans les mares de petite surface on se servira avec avantage d’huile de ricin ou de coco, d’huile de pétrole pure ou, mieux encore, mélangée à du goudron pour avoir une action plus durable, ou aussi du pétrole associé à la naphtaline, de la vaseline, etc.
Pour que le pétrole s’étale bien uniformément on le versera en une série de points également distants sur la surface d’eau. Un procédé commode consiste dans l’emploi d’un chiffon imbibé de pétrole qu’on promène à l’aide d’une perche sur la surface d’eau. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter du cube d’eau contenu dans la pièce d’eau. Il suffit dé lo centim. cubes de pétrole ou d’un mélange de pétrole et de goudron, par mètre carré de surface d’eaii, renouvelable de i5 jours en i5 jours pendant la saison d’hivernage, moins
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souvent en saison sèche, pour assurer la destruction des œufs et des larves. Les conditions climatériques de la zone tropicale exig-ent que l’opération soit faite toute l’année.
Habitations. — Quoique jouissant d’une certaine immunité à l’égard du paludisme, les indigènes n’en sont pas complètement exempts (i) et doivent être entourés des précautions indispensables pendant la période de ces travaux si redoutables.
Pendant et après les travaux d’aménagement, les habitations des travailleurs, aussi bien que celles des directeurs et surveillants, seront disposées en un lieu ventilé, éloigné des mares, des fourrés humides, sur une hauteur, si c’est possible et au vent des régions malsaines. Les cases, construites suivant les ressources et les modes locales, seront, en tous cas, élevées sur pilotis. La défense contre les moustiques sera organisée aux approches de la maison, aux ouvertures, et dans l’intérieur de la maison.
a) Au dehors. — On allumera chaque soir de grands
(i) Rufz de Lavison a déjà signalé la fréquence du paludisme chez les enfants qu’il estimait être dans les memes conditions que les « acclimatés ». Borius a constaté que, dans la première période de leur existence, les indigènes succombent en grand nombre sous leurs coups. Les formes graves pernicieuses frappent moins souvent l’adulte indigène, mais l’atteignent cependant en prenant un type différent.
La commission de l’École de médecine tropicale deLiverpool, envoyée en Guinée, a confirmé, après Koch, ce point important, à savoir : que les indigènes enfants au-dessous de lo ans ont presque tous le sang infesté d’hématozoaires et que c'est par leur intermédiaire principalement que les Européens sont contagionnés.
Les adultes paraissent immunisés jusqu’à un certain point quand ils ne sont pas expatriés.
A Lagos, Christopher et Stephens ont constaté que presque tous les enfants au-dessus de 2 ans étaient infestés de paludisme :
Au-dessous de i an 54 fois sur 100.
Entre 2 et 5 ans 81 à 71,4 —
De 25 à 3o ans 3o — —
Do 5o à Go ans ii,ii p. —
L’immunité apparaîtrait de 10 à 12 ans (Daniels : à la Guyane ; J. W. Stephens, S. V. Chrislophus : sud africau ; — E. b. Thtobald,
feux autour de la maison, au coucher du soleil, moment où les moustiques sortent en plus g'rand nombre de leurs repaires. Il est excellent de brûler à cet effet des rameaux d’eucalyptus, de filaos ou de mélaleuca. Ces feux seront allumés aussi sur les terrains fraîchement remués.
b) Aux ouvertures de la maison. — La case modèle doit avoir ses ouvertures, portes et fenêtres, tendues de toile, de moustiquaire, ou aussi de toile métallique galvanisée. La porte d’entrée sera précédée d’une sorte de logette, en forme de tambour avec portes doubles. Suivant la coutume des Canaques, des rideaux faits de brins d’herbes flottants, suspendus aux ouvertures, arrêtent les moustiques au passage. L’installation de réticules protecteurs a donné de bons résultats au Celli qui les a fait appliquer dans la région paludéenne du Latium, aux habitations des ouvriers et employés de chemin de fer. Sur 207 individus soumis à cette réglementation, 10 seulement présentèrent des accès de malaria, attribuables à leurs imprudences, à leur constitution chétive ou à des récidives. Tous ceux qui n’avaient pas été protégés par cette réglementation furent plus ou moins gravement atteints. Quelques maisons de paysans protégées de la même manière donnèrent des résultats non moins satisfaisants.
Il ne faut pas compter avoir des résultats aussi satisfaisants dans les régions tropicales parce que les habitants, incommodés par la chaleur constante de jour et de nuit, n’auront que rarement le courage de maintenir les ouvertures de la maison obturées par des toiles qui interceptent toujours en partie l’entrée de l’air, et ne renonceront jamais à prendre l’air sous la vérandah. D’autre part, l’inoculation par les moustiques se fait le jour comme la nuit.
Il faudrait compléter la défense par la fermeture de la vérandah avec des châssis garnis de toile métallique.
c) Intérieur de la maison. — Chaque ouvrier doit être pourvu d’une moustiquaire assez longue pour être bordée '
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SOUS le matelas, d’une hauteur ég'ale à celle de l’homme avec une paroi supérieure en tulle et sans ouverture latérale.
Des moustiquaires d’une forme appropriée ou des voiles de tulle seront donnés à ceux des ouvriers qui sont dans la nécessité de camper en plein champ. Les portes et fenêtres de la maison étant closes avant la nuit, on procédera à des fumig'ations dans la maison pour expulser les moustiques qui se réfug*ient dans les ang'les des murs, dans les petits cabinets, vers les plafonds. La nature des substances employées (i) pour les fumigations importe peu, car c’est la fumée, quelle que soit sa provenance, qui oblige les moustiques à fuir.
Quelques théoriciens ont aussi proposé d’oindre le corps, avant le sommeil, avec des décoctions diverses (de triticum repens; de quassia), avec de l’essence d’eucalyptus ou de térébenthine, de l’eau de goudron, du pétrole, de la vaseline à la naphtaline ! Le remède est inutile ou pire que le mal.
Il paraîtra excessif à bon nombre de colons, accoutumés à compter pour peu de chose la santé de leurs engagés noirs ou indiens, de leur délivrer des moustiquaires. Cependant, à ne considérer que leurs intérêts, ils y trouveront double avantage : préservation de leurs employés contre
la fièvre et, par suite, économie d’hommes et de soins ; 2° préservation d’eux-mêmes, car les indigènes infectés deviennent des sources de contagion pour ceux qui les approchent.
Les indigènes paraissent être choisis avec prédilection par les moustiques anophèles. Ils semblent les attirer, d’après les observations faites en Afrique. Ainsi, à Sierra- Leone, dans une tente où dormait un Européen, on trouvait habituellement i ou 2 anophèles. Deux indigènes viennent
(i) Cônes de pyrèthre, de chrysanthème, de menthe ; — bois humides, feuilles d’eucalyptus, bouse de vache, etc. . .
se reposer dans cette tente: le lendemain on récolte 19 anophèles le surlendemain G2. On éloig-ne les naturels et rapidement le nombre des anophèles diminue. D’après Ghristophers et Stephens, observant à Sierra-Leone et à Acra, la présence des anophèles est intimement liée à celles des indig'ènes. C’est aussi l’opinion de Daniels, observant à la Guyane.
Les locaux habités par les Européens, ouvriers, contremaîtres, et directeurs de travaux, seront distincts et même éloig’nés suffisamment de ceux des indigènes.
La chasse aux moustiques sera faite sur les parties accessibles des parois intérieures de l’habitation. Pour qu’ils soient visibles, il est bon que ces parois soient badigeonnées à la chaux. L’agitation depankas activera la fuite des moustiques.
Enfin le matin, au lever du soleil, quand les rayons sont très obliques, les moustiquaires ayant été débarrassées des moustiques, secouées et roulées, les fenêtres des vérandahs et de l’appartement seront ouvertes en grand, au départ des ouvriers pour les champs, de manière à déterminer des courants d’airqui balayeront les insectes et à pratiquer l’insolation de tous les coins des appartements.
Les topiques conseillés pour neutralissér la piqûre du moustique sont :
Le formol à 4o p- 100 ; l’eau phéniquée chloralée à 5 p. 100 ; la teinture d’iode, le menthol en solution dans l’eau de Cologne à 5 p. 100; ou plus simplement les pulvérisations d’eau chaude.
4“ Saisons et heures favorables. — Les travaux de terre, dont l’époque d’exécution n’est pas commandée par les règles de la culture ou d’inéluctables nécessités, doivent être entrepris au milieu de la saison fraîche et sèche.
Le début de la saison des pluies, toute la saison des pluies et le commencement de la saison sèche sont des époques dangereuses. Les chaleurs arrivent avec les premières pluies et avec celles-ci les fermentations deviennent très acti-
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ves dans le sol recoiiverfd’une couche épaissede débris org’anlques. Avec les premières pluies la ponte des moustiques est aussi très active. La saison intermédiaire entre l’hivernag-e et la saison fraîche est encore très dangereuse parce que c’est l’époque du retrait des eaux. Les fleuves, en se retirant, laissent à découvert des bords vaseux et humides et, dans les terres basses, une multitude de flaques d’eau stagnante. L’époque des travaux variera donc suivant les latitudes du pays où ils doivent être exécutés. Pour la fixation des heures de travail, il faut tenir compte à la fois des restrictions qu’impose la chaleur au milieu du jour et le danger plus grand de l’infection palustre avant le lever où après le coucher du soleil. Les diflerences d’heures de lever et de coucher du soleil étant peu considérables d’une saison à l’autre entre les tropiques, on peut dire que la journée va de 6 heures du matin à 6 heures du soir.
Il faut attendre le lever du soleil pour commencer le travail de la terre. Les brouillards qui couvrent les terres basses se dissipent, les moustiques deviennent moins nombreux, ils fuient la lumière solaire, ils se retirent dans leurs abris. Le travail durera de 6 h. à 9 h. m.
A 9 h. m., les ouvriers ou surveillants européens devront rentrer sous leurs abris pour n’en sortir qu’à 3 heures du soir. Le travail durera alors jusqu’à 6 heures.
La journée de travail sera donc moins longue qu’en Europe. De 9 h. m. à 3 h. soir, la chaleur est trop forte pour exécuter un travail musculaire. Après 6 heures du soir, les moustiques arrivent plus nombreux, les brouillards s’élèvent de nouveau et la nuit arrive sans crépuscule. Les ouvriers indigènes pourront faire i ou 2 heures de plus au milieu du jour, soit en travaillant jusqu’à 1 1 heures, soit en travaillant de 6 h. à 10 h. m. et de 2 h. à 6 h. s. C’est la journée de 8 heures qu’il est difficile de dépasser même dans les régions prétropicales.
Le milieu du jour sera consacré au repas et à la sieste.
5° Soins aux travailleurs. — Avant le départ pour les travaux, dans les rég“ions palustres, les ouvriers doivent faire un premier repas, café, riz ou pain, suivi de l’absorption d’une dose préventive de quinine qui sera de o gr. 25 à O g'r. 3o environ.
Pendant le milieu de la journée, les ouvriers seront mis au repos dans des baraques, sous des huttes en branchages, sous des tentes, placées au vent des chantiers et, autant que possible, sur un monticule.
Le soir, après une ablution obligatoire, destinée aies débarrasser des poussières venant du sol malsain, ils pren dront une nouvelle dose de quinine préventive si la contrée est très malsaine. On peut aussi donner une forte dose, O gr. 75, tous les deux ou trois jours. — Cette dépense de médicaments constitue en définitive une bonne économie, car elle préserve une main d’œuvre parfois bien rare.
Il va sans dire que pour l’Européen dirigeant ces travaux toutes ces précautions sont multipliées et que, pour lui surtout, l’éloignement du chantier est nécessaire pendant le plus longtemps possible. Exerçant une simple surveillance il distribuera donc le travail, s’assurera de temps en temps de l’exécution des ordres donnés, mais se tiendra le plus possible à l’écart du lieu où la terre est fraîchement remuée. Il ne quittera sa baraque qu’après avoir fait un premier repas. S’il est surveillant ou directeur il fera ses courses à cheval, en hamac ou en chaise à porteur.
Pour l’Européen, il sera plus particulièrement utile de prendre, avant de se rendre sur les chantiers, une dose préventive de quinine (o gr. 26).
Les ouvriers malades, atteints de fièvre palustre, constituent un danger pour leur voisinage tant que leur sang contient des hématozoaires. — Leur traitement prolongé dans un hôpital où ils seront couchés sous une moustiquaire, l’administration persistante, par périodes, de la quinine constituent les moyens efficaces. Il est bon que les
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ouvriers puissent recevoir de bonne heure des soins médicaux.
A CCS moyensdirig-és directement contre l’infection malarienne, il est nécessaire de joindre des mesures d’hyg-iène générale qui méritent l’attention sévère des chefs d’atelier.
L’eau de boisson donnée aux ouvriers doit être de bonne qualité ou remplacée par des infusions de thé. .
La consommation des boissons alcooliques doit être interdite. Il ne sera fait exception que pour les distribui tions exceptionnelles de tafia ou de rhum à l’occasion d un coup de force.
Il faut prévenir les ouvriers que l’exposition au soleil ou à la pluie sans protection fait éclater les accès de fièvre.
L’alimentation insuffisante, l’excès de fatig-ue, la malpropreté du corps et des vêtements, les ling-es conservés humides sur le corps, le refroidissement nocturne sont autant de causes de débilitation qui préparent la voie aux infections.
a) Degrés de nocuité des cultures. — Tous les travaux de la terre ne sont pas ég'alement dang-ereux.Il est des cultures qui demandent moins de bouleversements du sol que celle du riz et de la canne à sucre et sont plus à la portée des Européens; telles sont les plantations de café,de tabac, de cacao, de vanille, de manioc qui donnent des produits très rémunérateurs aux colons des Antilles et des Mascareig*nes. Il en est de même de la culture des arbres* à épices; celle du bananier si répandue à Cuba, à Porto-Rico, à la Jamaïque; celle du cocotier qui donne d’abondantes récoltes de coprah aux colons et aux indig’ènes de la Polynésie, des Seychelles, etc.
Dans bon nombre de pays chauds voisins des tropiques, l’élevag'c du bétail pourra être fait par des Européens qui peuvent exercer à cheval la surveillance et la conduite des trou peaux. C’est ce qui se fait en Nouvelle-Calédonie et pourra
se faire dans les hautes rég’ions de Madag-ascar, du Tonkin et de l’Annam.
Les travaux du sous-sol, les travaux de mines sont accessibles aux Européens, au moins dans les terres salubres comme celles de la Nouvelle-Calédonie. J’ai vu en Nouvelle- Calédonie des Européens de toutes les nationalités et de tous les âges, hommes libres ou condamnés, exécuter les travaux miniers les plus pénibles sans inconvénients pour leur santé. — Pour les travaux du fond, il n’y a évidemment aucune contre-indication à travailler aux heures chaudes du jour.
Par contre et d’une manière générale, les travaux publics, tels que canalisations, défrichements, terrassements, creusements de fossés, drainages, fortifications, retranchements, seront rigoureusement interdits aux Européens.
Les mesures prescrites pour la protection des ouvriers de la terre contre l’impaludation, qui est le danger le plus menaçant et le plus grave, ont une valeur réelle si elles sont appliquées concurremment. Il serait imprudent de se contenter de détruire les moustiques ou de s’abriter derrière une moustiquaire, si on ne procédait pas, en même temps et dans le plus bref délai, à la suppression des mares d’eau, des fossés sans écoulement, des fourrés épais et des sols humides.
La transformation du sol est, de lavis unanime des observateurs anciens, avis simplement confirmé par toutes les découvertes modernes, la cause véritable de la disparition de la fièvre. Il est, en effet, des réglons autrefois malariennes où l’on trouve encore quelques anophèles, bien que la fièvre n’y sévisse plus; il en est d’autres où il existe des anophèles et où la fièvre n’a jamais paru. Aussi les membres de la mission anglaise envoyée en Guinée ont-ils insisté sur ce fait que le but essentiel à atteindre est la suppression des nappes d'eau stagnantes quelle qu’en soit l’origine.
a) Professions d'explorateurs, militaires, etc. — Les
PROFESSION AGRICOLE
règ’les hyg-iéniques qui président aux explorations ou expéditions, militaires ou non, ont de nombreux points communs avec celles que nous venons d’énoncer. Il suffira de les compléter en ce qui concerne la proportion des effectifs d’Européens et d’indig-ènes, l’équipement, les charg-es, les campements, les marches, sans entrer toutefois dans les détails multiples de l’org-anisation et de la direction hyg-iénique des expéditions militaires coloniales qui ont fait le sujet d’ouvrag*es spéciaux (i).
b) Composition des effectifs. — Un milieu humain résistant doit, en premier lieu, être constitué par la sélection sévère des individus appelés à faire partie de l’expédition.
L’adaptation native des indig-ènes et les immunités dont ils jouissent imposent l’oblig-ation de composer en majorité la troupe expéditionnaire avec des indig'ènes et en minime partie avec des blancs : la proportion sera environ de i/4 de soldats blancs et de 3/4 de soldats indig'ènes;' pour une exploration la proportion sera encore plus faible ; un cadre d’Européens suffira. «En exploration, le blanc est le cerveau qui pense, le noir est le porteur qui marche » (Bonvallot)., La mortalité des Européens en campag'ne est, en effet, de 3 à 5 fois plus forte que celle des indig'ènes.
Au Tonkin, dans la période de 1894-1897, la mortalité et la morbidité se répartissent ainsi qu’il suit d’après les races :
Tonkin p. 1000 d'effectif,