SOINS AUX MALADES
« L’existence des voies fluviales facilitera le transport des malades. Il faut savoir les utiliser et, pour cela, employer suivant le cas de grandes pirogues, des jonques, des chalands, de larges chaloupes à vapeur, pourvus les uns et les autres d’abris contre le soleil et la pluie, de lieux d’aisances, de moyens de suspension pour les cadres, de vivres, de médicaments, d’eau purifiée.
« 3® Malades à la base d'opération. — Les hôpitaux de la base d’opération pourront être établis à terre comme ceux de l’arrière, s’il existe des hauteurs salubres de 3oo à 5oo mètres et même moins, facilement accessibles, à proximité du point de débarquement ou de la route suivie. A défaut de hauteur où les malades bénéficieraient d’un air pur et d’une fraîcheur relative, on pourra les établir sur un promontoire s’avançant assez en mer pour être ventilé par les brises journalières.
« Des transports-hôpitaux, mouillés sur rade, compléteront ce système de formations sanitaires qui doit, dans son ensemble, pouvoir abriter au minimum le cinquième de l’effectif. On réservera pour les soldats indigènes et les coolies des pavillons spéciaux. Il faudra prévoir également des pavillons d’isolement pour les contagieux, à moins qu’on ne les reçoive sur des navires. Ces pavillons consisteront en baraquements en bois (i), élevés sur pilotis au-dessus du
sol Les hôpitaux seront
abondamment pourvus d’eau pure, de lait condensé, de vivres frais, de sérums. Ils seront dotés d’une étuve à désinfection et, dans les expéditions d’une certaine importance» d’un appareil Roentgen pour la recherche des projectiles.
« Dans aucun cas, on ne devra édifier les hôpitaux d’évacuation sur les terres basses du littoral ou des vallées, qui sont des foyers d’endémie. Faute de localités propices
(i) Les baraquements serontconslruits suivant les rèj^les énoncées peur les habitations temporaires (D''s Kermorgant et G.Reynaud. loc. cit.].
il serait préférable de dirig-er les malades sur des navires spécialement ménag-ésà ceteffet, mouillés à l’abri des vents de terre ou de la houle du larg-e ; ils y bénéficieront de la brise de mer et seront dans d’excellentes conditions, sous la réserve qu’il n’y ait pas d’encombrement »
Reste enfin, en dernière ressource l’envoi dans un sanatorium ou le rapatriement. (Voir : tome I, chapitre x.)
c)Autres prof essions exercées à Vair libre. — Parmi les professions de cette catég-orie il en est qui ne sont permises à l’Européen que dans les pays prétropicaux et salubres et avec une mesure à déterminer.
Il en est ainsi des professions de porteurs, débardeurs, cochers, maçons, charpentiers, bateliers, pêcheurs, que les Européens ne peuvent exercer que de 6 heures à lo heures du matin ou de 3 heures à 6 heures du soir.
D’une manière générale, le marin, débardeur, cocher, commissionnaire, planton, etc., d’origine européenne ne peut pas, sans danger, remplir ses fonctions aux heures chaudes du jour. L’exercice de ces fonctions est donc limité à certaines zones (tropicales et prétropicales) et à certaines heures.
De ces professions il est juste de rapprocher celle du soldat colonial en garnison ou du marin en station dans les mers équatoriales ou tropicales. Les soldats ou marins doivent, en général, être exempts des corvées « de quartier » ou des corvées extérieures qui consistent dans le port de sacs pesants, de lourds ballots, dans la traction de véhicules, dans le jardinage, dans des fonctions de domesticité. Ces travaux, imposés au soldat sous les yeux des indigènes, avilissent l’uniforme, le dégradent et compromettent la santé de l’homme.
Le soldat (ou le marin) aux colonies doit être simplement un homme de guerre, s’occupant de ses armes, de son instruction et de sa mission de gardien de la colonie. Le service de garnison se compose pour lui des exercices et
des gardes. — Les factions ne doivent lui etre imposées que pendant les heures de nuit. — Les soldats indigènes feront les factions de jour.
A bord des navires de station, les exercices dans la mâture et tous les travaux hors du navire (peinture, etc.) ne doivent pas être exécutés de 8 heures du matin à 4 heures soir. Le service d’embarcation pendant le jour doit toujours être confié à des équipes de marins indigènes.
Parmi ces professions il faut distinguer :
1° Celles qui exigent le séjour devant dans les feux ou dans une atmosphère surchauffée ;
2® Celles qui s’exercent simj)lement à l’abri, sous des hangars, sous des tentes ou dans les ateliers ou dans les maisons.
a) Professions exercées devant les feux ou dans une atmosphère surchauffée . — Les métiers de cuisinier, chauffeur, maréchal-ferrant, repasseur, forgeron, fondeur, boulanger, verrier, etc., sont inaccessibles à l’Européen dans la zone torride. La chaleur intense qui se dégage des foyers de chaleur artificielle s’ajoute à la chaleur ambiante pour déterminer des accidents aigus, des' érythèmes, des coups de chaleur, et, plus lentement mais inévitablement, dessueurs profuses, du surmenage, une anémie irréparable que fhvorise la sédentarité.
Innombrables furent les coups de chaleur observés, après le percement du canal de Suez, parmi les chauffeurs européens des navires qui traversèrent la mer Rouge. Aussi a-t-on pris depuis longtemps le parti d’embarquer des indigènes (Arabes, Indiens, Chinois) pour faire le métier de chauffeurs sur les navires à vapeur qui fréquentent les mers de l’Inde et de la Chine, de meme que des matelots indigènes font le service des embarcations pendant le jour.
Dans quelques colonies voisines des tropiques, il y a pos sibilité pour les Européens de diriger des travaux de cuisine, de faire le métier de pâtissier. Mais ces emplois ne leur sont accessibles que dans des pays tels que le Tonkin, la Nouvelle Calédonie, la Réunion, à climat médiocrement chaud.
b) Professions exercées à Vabri du soleil et sans foyer de chaleur artificielle. — Les professions telles que celles de tailleur, cordonnier, typographe, sculpteur, horloger, menuisier, etc., sont toutes accessibles à l’Européen. Elles n’exigent ni efforts violents et soutenus, ni danger d’insolation ou de coup de chaleur.
Le métier de domestique, bien que se rapprochant des professions précédentes, est impraticable à l’Européen parce que, en dehors des humiliations que lui imposent son service et sa promiscuité avec les domestiques indigènes, il l’expose à des sorties fréquentes hors de la maison, à toute heure du jour. Ces considérations devraient empêcher que les soldats européens fussent astreints au métier d’ordonnance, si avilissant pour l’uniforme.
Les indigènes doivent être seuls employés aux fonctions domestiques sous les réserves d’aptitude physique et d’état de santé que nous avons indiquées au commencement de cet ouvrage, et après vaccination.
Les professions qui s’exercent dans de grands ateliers sont les moins nombreuses dans les colonies tropicales où les industries, en dehors des celles de la terre, sont peu variées.
Dans les anciennes colonies d’Amérique et aussi en Asie, parmi les industries agricoles, les plus communes sont :
Les usines à sucre.
Les vanilleries.
Les distilleries de rhum. ^
En Asie on peut citer parmi les industries les plus considérables :
Les décortiqiieries de riz,
Les distilleries d’alcool de riz,
Les usines à opium (Saïg-on),
Les élevages des vers à soie (Tonkin),
Les filatures de soie et de coton (Hanoï),
Les fabriques d’allumettes et de papier (Hanoï),
Les industries de la laque.
Les gravures, chaudronneries.
Les mines.
A l’exception de ja durée desheures detravail etdela protection contre la chaleur et le soleil, les règles générales appliquées en Europe aux industries similaires sont applicables, dans les colonies, aux indigènes comme aux Européens avec les amendements nécessités par le climat.
Les mesures à appliquer concernent :
1° Les locaux ;
2° Le personnel ;
30 Les effets nuisibles des industries par :
a) Accident ;
b) Inhalation des gaz ou des poussières.
lo Hygiène des locaux. — Les ateliers sonten définitive, des habitations collectives qui doivent, comme les autres habitations, fournir une protection contre les rayons directs ou réfléchis du soleil et contre la lumière diffuse. — Les règles générales seront donc les mêmes :
Construction de l’atelier sur un sol déclive, sec, drainé ; toiture haute avec plafond ; couverture en tuiles ou en bois, ou en chaume, suivant que l’industrie fera ou non courir des risques d’incendie ;
Proscription des toitures et des parois en tôle, proscription de c( ciel ouvert » en vitres, laissant passer les rayons du soleil ;
Protection des murs par des vérandahs pouvant être fermées à volonté par des nattes ou des rideaux ;
Ventilation par le système des combles surchauffes et des
grands lanterneaux, par des ventilateurs mécaniquesà courant ascensionnel, ou encore par des pankas agités par le moteur de lusine ;
Se prémunir contre l’excès de lumière par des rideaux adaptés aux châssis vitrés, aux portes, aux fenêtres, etc.
Les locaux étant largement ouverts, le cube d’air renouvelé assuré à chaque ouvrier est plus que suffisant, car l’atelier est constitué généralement par un simple hangar ouvert de tous côtés. — Par contre, la protection contre la radiation solaire est ordinairement insuffisante.
La ventilation générale ne suffit pas pour enlever rapidement et complètement les poussières et les gaz. Elle ne fait que les diluer, mais ne les éloigne pas. Dans les industries à poussières (décortiqueries de riz, mines, etc.), il faut la compléter par une ventilation locale produisant l’aspiration de l’air à l’endroit même où celui-ci est altéré par des poussières ou des gaz irrespirables. Les poussières sont attirées par un aspirateur qui pompe l’air d’une série de tuvaux en communication continue avec les gaines qui enveloppent les appareils (meules à broyer, à aiguiser, etc.) producteurs de poussières.
La ventilation artificielle aura pour avantage de rafraîchir l’atmosphère, mais elle est susceptible de déterminer des courants d’air localisés à des parties limitées de l’atelier. Le rafraîchissement de l’air par des pankas est mieux réparti et plus égal.
La propreté des locaux mérite une attention sérieuse, surtout si le nombre des indigènes est assez considérable, car ils peuvent être les véhicules de bon nombre de maladies infectieuses ou parasitaires transmissibles à leurs collaborateurs.
Le lavage du sol sera fait régulièrement dans les ateliers ayant des parquets en briques, ciments ou carrelages quelconques. En tous cas, le balayage sera fait après aspersion d’eau.
Des réservoirs d’eau potable, avec robinets de distribution, seront mcnag-és dans tous les ateliers. — Les g-obelets pour boire seront individuels.
20 Soins au personnel . — La sélection des indig”ènes et des Européens doit être sévère. Des femmes et des enfants sont employés dans les usines.
Le développement précoce des enfants indig'ènes permet de les employer utilement dès l’âg-e de i3 ans. Le développement du corps et de la force musculaire de l’homme de couleur se produit plus tôt que chez le blanc. Néanmoins, au-dessous de i3 ans, il serait hors d’état de résister aux fatigues d’un travail assidu et les chances de contamination sont plus grandes.
Le travail des femmes sera réglé d’après les principes de la législation du travail en Europe, en particulier elle doit être tenue éloignée de l’usine pendant le premier mois qui suit l’accouchement.
La durée du travail des hommes ne peut sans danger dépasser 8 à 9 heures par jour. D’ailleurs, au delà, il n’y a plus de travail utile, car, de 1 1 heures malin à 2 heures soir, il est bien difficile de résister au besoin de la sieste après le repas du milieu du jour. La sieste sera accordée aux ouvriers de toutes les industries.
La propreté du corps est plus particulièrement nécessaire dans les pays chauds en raison du rôle considérable joué par le libre fonctionnement de la peau dans l’équilibre thermique. Les ouvriers seront donc mis en possession des moyens de faire des ablutions générales à la sortie des ateliers. Des bains-douches avec logettes isolées, ou aussi piscines d’eau courante, seront annexés à chaque atelier.
3*^ Influences des poussières et gaz. — La protection contre les accidents que déterminent les gaz et poussières repose sur leur éloignement immédiat soit en les empêchant de pénétrer dans les salles de travail, soit en les absorbant, soit
en les attirant au dehors par l’aspiration de ventilateurs (i).
Ces préceptes u’oflVent rien de particulier aux pays chauds et il n’y aurait pas lieu d’y insister s’il n’était nécessaire de mettre en g-arde les ouvriers indig-ènes contre les dang-ers de la respiration des poussières irritantes ou toxiques, qu’il s’agisse de poussières de céréales (riz), de coton, de bois (scieries), de tabac, de pierre, etc. Ces poussières favorisent l’éclosion de la pneumonie croupale et surtout de la tuberculose à laquelle les indigènes sont prédisposés par leur état habituel de misère.
Les moyens à mettre en œuvre sont :
L’humectage des matériaux à travailler ;
La ventilation générale et locale ;
Les respirateurs à l’air libre ;
Le nettoyage avec des linges humides des objets pouvant servir de réceptacles aux poussières ;
Le port de vêtements propres ;
L’élimination des malades ou des individus suspects d’affections pulmonaires ;
La propreté des ouvriers à la sortie de l’atelier.
Les industries avec dégagement de gaz toxiques sont peu nombreuses aux colonies et celles qui s’y trouvent (allumettes, fabriques d’alcools) sont entièrement assimilables, au point de vue de l’hygiène, à leurs similaires d’Europe.
Industries spéciales. — Quelques industries spéciales aux colonies tropicales méritent de retenir notre attention en raison des accidents caractéristiques qu’elles déterminent.
a) Accidents provoqués par la manipulation de la LAQUE (y). — La laque est le suc lactescent et solidifiable, de consistance crémeuse, qui s’écoule des incisions faites
(1) Voir la loi du 12 juin iSqSsut l’hygiène et la sécurité des travailleurs dans les établissements industriels.
(2) Voir Annales d'hyg. et de méd. coloniales. .3® trimestre, 189e. D'" Tedeschi,
au tronc de certains arbres d’espèces différentes dont les pins connues sont le rnelanorrliea laccifera du (^ambodg-e, le rhiis succedanea du Tonkin, le biitea frondosa et le terminalia vercinia de la Chine et du I Japon.
Le suc frais est jaune brun, puis noir. Il est de très bonne qualité s’il est visqueux, filant, se retirant quand on le rompt.
La laque n’est pas employée seule ; on la mélang-e, pour la dissoudre, à V huile de bancoalier (Euphorbiacées) qui lui donne du poli et du brillant. L’iiulle est cuite jusqu’au voisinage de l’ébullition pour la rendre siccative.
Pour laquer un objet, les Annamites commencent par boucher les trous ou supprimer les inégalités du bois avec une couche de laque pure étendue àPaide d’une petite brosse plate et dure. Puis ils posent dessus un mélange de laque et d’argile blanche onctueuse qu’ils retirent du fond des mares. La surface uniforme ainsi obtenue est frottée à la pierre ponce après séchage, puis recouverte d’une couche de laque pure vernie.
Après séchage en chambre humide, 011 pose la dernière couche avec un mélange qui donne la couleur noire (mixture de térébenthine, couperose et laque pure), marron (mixture de térébenthine, couperose et vermillon) ou rouge (laque, vermillon, bancoulier). Ce dernier mélange est obtenu par une agitation de 24 heures à l’aide d’une grande palette semblable à une rame d’embarcation. Pour la dorure, l’argenterie ou l’étamage, des feuilles de métal sont interposées entre 2 couches de laque.
L’art du laquage, emprunté aux Chinois par les Annami, tes, resté chez eux rudimentaire, est pratiqué par des milliers d’ouvriers. Beaucoup d’entre eux sont atteints d’accidents occasionnés par la manipulation de la laque.
D’après M. Tedeschi ces accidents se produisent au moment où les ouvriers puisent la laque dans le vase bien
fermé qui la contient. L’huile volatile qui s’en dég-ag-e détermine une vive irritation des tissus Cette irritation peut at- ’ teindre tous les degrés depuis l’érythème simple, l’eczéma passager jusqu'à l’eschare. La forme la plus commune , est l’érythème simulant l’érysi])èle avec fièvre modérée (38*^) et embarras gastrique . L’érythème siège au bras ou à la y face ; il peut atteindre les muqueuses des yeux, de la bouche, du pharynx. La première atteinte est la plus grave. Les autres se bornent à de légères rougeurs suivies de desquamation. Mais leur répétition produit un état lichénoïde -j des téguments.
La durée de l’éruption est de 2 à 6 jours. L’allure est ^ bénigne et la terminaison accélérée par le repos, les applications de vaseline et une légère purgation.
Les indigènes font des lavages fréquents avec la décoction ' de feuilles de caramboliers ou de copeaux de bois de pin. , Gomme préventif ils se bouchent les narines avec les mêmes substances et quelqùes-uns avalent une petite boulette de j laque pure I
b) Vanillisme (i). — Il n’est question ici que des accidents causés par les manipulations que nécessite la préparation de la vanille etnon des intoxications causées par l’in- .* gestion du fruit. ^
La vanille ingérée, après avoir été incorporée à de la crème, à des glaces peut, en effet, déterminer des accidents cholériformes (Green, Maurer, Rosenthal, Sehroff', Martlns et Morrow). Mais ces accidents paraissent dus à l’altération de la denrée par la mite ou les moisissures plutôt qu’à la denrée elle-même, car aux Antilles, où l’on fait un usage immodéré de la vanille dans la confiserie, les accidents par vanillisme alimentaire sont presque inconnus (Guérin).
Il n’en est pas de même du vanillisme professionnel qui
(i) Voir ür Guérin. Vanillisme. — Arch. de mèd.. nav. cl colon., ! nov. 1894, PP 383 et suiv.
Voir D'' Urevon. Vanillisme. Ann.hyg. et méd. colon., 3® Irim, 1899.
i résulte de la préparation des difl^rentes vanilles [vanilla ! planifolia, dite du Mexique, et vanilla pompona ou va- ’ nillon), préparation qui consiste dans la cueillette, le sé- I chape et la malaxation.
I Les g"ousses, cueillies un peu avant maturité, alors I qu’elles sont encore vertes, mais qu’elles présentent à leur extrémité libre un point jaunâtre, sont exposées pendant 4 ou 5 heures au soleil, étendues sur des couvertures de laine et placées pendant 5 jours dans un local très chaud pour y subir une sorte de transpiration ; puis elles sont étendues à l’ombre et renfermées après quelques heures d’aération. Cette série d’opérations est répétée quotidiennement pendant 2 ou 3 semaines ; c'est le séchage.
Lorsque la g*ousse est devenue noire, elle est soumise aux opérations de la malaxation qui fait circuler l’huile qu’elle contient eflui donner assez de souplesse pour qu’elle puisse; après 6 ou 8 semaines de maniement, être enroulée autour du doig*t.
On attend alors le grioage, c’est-à-dire l’apparition de fins cristaux à la surface de la g-ousse.
: Au total, ces opérations, minutieuses, délicates, auxquelles on n’emploie à peu près que des femmes, durent environ 3 mois, depuis la cueillette jusqu’à la mise en caisse.
Les désordres qui constituent le vanillisme portent sur la peau (urticaire à poussées intermittentes, érythèmes, zonas, papules, vésicules purulentes, pouvant être l’occasion d’ulcères par suite de grattages), sur les rnugueuses (stomatite avec salivation, conjonctivite , blépharites, rhinites, pharyngite, dysphagie, vaginite), sur la vue (douleurs circum orbital res, amaurose, rétinite), sur le système nerveux (céphalées, tristesse, frayeurs, hallucinations) sur le système circulatoire (apnée, palpitations, irrégularités du cœur, vertiges, syncopes, œdèmes à une période avancée), des phénomènes de dysenterie, de la pollakyurie.
La vanille est aussi un emménagogue puissant et un
aphrodisiaque. Les ouvrières ont leurs menstrues prolong-ées, abondantes, prenant le caractère métrorrhagique, des poussées de pelvi-péritonites, de l’endométrite avec écoulements divers. On a sig-nalé la fréquence des tumeurs utérines, des fibromes en particulier. Les tumeurs utérines se rencontrent à la Guadeloupe dans la proportion de 55 p. loo au lieu de 4o p. 100 en Europe, d’après Kolb (Guérin).
Les accidents varient d’intensité suivant les prédispositions personnelles. 11 en est dont la susceptibilité est telle qu’il leur suffit de séjourner quelques instants dans un appartement où on a placé ce produit, même déjà embotté, ou seulement au voisinage des ateliers, pour être atteintes d’urticaire et de migraine de 3 à 4 jours de durée (Drevon). Cette susceptibilité peut se produire chez des personnes jusque-là réfractaires. Il se produit aussi des accoutumances.
Comme corollaire de tous ces accidents, l’ouvrière travaillant longtemps à la vanille arrive à la cachexie vanillique aussi grave, aussi rebelle que la ["cachexie palustre.
Les accidents aigus s’amendent quelquefois, mais la débilité générale n’en persiste pas moins. Les organes primitivement atteints conservent une sensibilité que la moindre cause met en jeu. Des personnes, ne s’occupant plus de vanille depuis 3 ans, ayant habité l’Europe dans l’intervalle, peuvent éprouver encore les conséquences de leurs anciens travaux (Guérin).
Le vanillisme doit être classé dans les hydrocarburismes professionnels en raison de sa symptomatologie générale, identifiant son action à celle des aldéhydes et acétones aromatiques,des émanations d’essences d’origine végétale, telles que la térébenthine, des carbures azotés aromatiques, comme l’aniline (Layet(i), Guérin).
(i) Hygiène industrielle, par Layet, t. IV àtV Encyclopédie d'hygiène et de médecine publiques de Rochard.
' PROFESSIONS LIBÉRALES . 38i
• Le vanillisme est caractérisé par les troubles de l’appareil génital (Guérin).
Diverses causes ont été invoquées. Lorsque la vanille est vieille et mal préparée, elle se couvre de moisissures et subit diverses altérations capables de produire des intoxications. Mais les accidents se produisent aussi avec de la vanille récemment récoltée et peuvent être attribués à des huiles essentielles se diffusant avec rapidité et produisant de l’irritation locale et aussi des troubles d’innervation vaso-motrice (Drevon). Layet donne pour cause le principe odorant de la vanille ou vanilline. C’est un aldéhyde méthylprotocatéchique qui doit être placé à côté des aldéhydes aromatiques tels que les aldéhydes benzoïque, cuminique, cinnamique, le camphre des laurinées.
Les accidents seront combattus par des bains, des fomentations mucilagineuses, le régime lacté, les tisanes et lavements émollients, les piqûres de morphine, le traitement de la dysenterie.
Quelques ouvriers arrivent à atténuer ces [accidents en buvant beaucoup de lait pendant le travail (Drevon).
Il y a lieu de les prévenir en assurant un cubage large des ateliers, la ventilation des locaux, le nettoyage fréquent des parois et aussi le lavage de la peau et des cavités naturelles chez les ouvriers.
Les heures de travail seront fixées à un maximum de cinq heures et entrecoupées de séjour en plein air. Il serait désirable que les hommes fussent seuls embauchés pour ce travail. Dans l’état actuel, les jeunes filles au moment de la puberté et les femmes en voie de grossesse devraient être exclues des ateliers.