XIII. — Eclairage
L’éclairage des habitations comprend tous les moyens par lesquels l’homme se procure la lumière nécessaire à ses occupations à l’intérieur. Ces moyens sont naturels ou artificiels ; les moyens de ce dernier ordre étant ordinairement réservés pour la nuit.
a) Eclairage naturel. — Contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes des régions tempérées, l’ha-
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bitant des maisons coloniales doit se défendre contre Texcès de lumière pendant le jour, en raison de la luminosité excessive des régions tropicales, de la dispersion des habitations, du nombre et de la hauteur considérables des ouvertures exigées par la ventilation. La lumière solaire directe et aussi la lumière réfléchie et la lumière diffuse entraînent des dangers qui peuvent être mortels, insolation ou coups de chaleur. Cependant il est nécessaire de laisser pénétrer assez de lumière pour les travaux faits à l’intérieur et, par moments, assez de lumière directe ou réfléchie pour l’assainissement de la maison.
Tel est le problème à résoudre.
C’est la lumière solaire qui fournit l’éclairage naturel. L’isolement des maisons coloniales permet de la recevoir dans toutes les pièces. Elle sera directe ou diffuse, suivant la destination de ces pièces.
L’ensoleillement a des inconvénients pour les locaux tels que les bureaux, écoles, ateliers où l’on séjourne en permanence durant le jour. Il est donc préférable de les placer dans les parties de la maison les moins longuement ensoleillées, c’est-à-dire celles qui regardent le pôle de l’hémisphère correspondant au nord dans l’hémisphère nord, au sud dans l’hémisphère sud. Il y a lieu de rechercher l’éclairage unilatéral gauche, le meilleur de tous. Mais la lumière solaire diffuse serait elle* même dangereuse si elle n’était pas interceptée par des persiennes, des stores, des nattes fines qui la filtrent en quelque sorte.
L’obturation des ouvertures par les persiennes, etc., est particulièrement indispensable sur les façades exposées à rensoleillemerit prolongé. — Elle sera complète aussitôt que l’ensoleillement, assainisseur des appartements, aura été fait le matin alors que le soleil est à peine au-dessus de l’horizon et que ses rayons, formant avec l’horizon un angle de 3o à 4o°, pénètrent facilement sous la vérandah et par les fenêtres.
ÉCLAIRAGE
En raison de la présence de la toiture des vcrandahs, formant auvent au-dessus des fenêtres, les rayons. solaires sont arrêtés lorsqu’ils sont élevés de 5o° d’angle, et la lumière n’atteint plus les parties supérieures des appartements.
Afin de permettre l’ensoleillement des parties supérieures et profondes de chaque pièce, il est nécessaire que les surfaces d'ouvertures soient au moins égales au i j/j. delà surface d'éclairage et que cette surface soit donnée plus par la hauteur que parla largeur, c’est-à-dire que le linteau soit aussi haut que possible.
En dehors des heures d’ensoleillement, la fermeture sera complète, car une fissure laissant filtrer les rayons du soleil , un rideau qui se soulève, ou s’écarte, ou est trop mince, un store qui ne descend pas jusqu’au parquet de la vérandah, laisseront passer assez de lumière directe réfléchie pour occasionner des coups de chaleur et des insolations. La fermeture doit être complète de la toiture au parquet de la vérandah.
Les rideaux de toile ou d’étoffe quelconque ne sauraient donner une protection suffisante, car ils laissent passer trop de lumière et pas assez d’air. Les stores en vétiver, les persiennes, les nattes conviennent mieux pour la fermeture et se prêtent au lavage ; mais sont moins propices à l’humectation faite au milieu du jour pour la réfrigération.
On a ainsi la lumière filtrée.
S’il est nécessaire d’accroître l’intensité de la lumière au milieu du jour pour des travaux délicats, on disposera dans la partie supérieure des persiennes ou stores une partie mobile faisant valve, articulée sur son bord inferieur, s’abaissant vers l’intérieur de manière à projeter la lumière vers le plafond.
6) Eclairage artificiel. — L’éclairage artificiel n’est employé que pendant un temps assez (^ourt dans les habitations coloniales particulières puisque le jour a, pendant
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toute l’année, une durée à peu près ég'ale de i3 heures. Le travail ne s’effectue que rarement à la lumière artificielle. C’est surtout dans les appartements communs et dans les habitations collectives qu’elle est en usage.
Les matières éclairantes ne donnent pas que de la lumière ; elles donnent aussi de la chaleur et des produits gazeux de combustion, eau, acide carbonique, oxyde de carbone, etc., qui vicient l’atmosphère. En raison de la large et constante communication de l’atmosphère intérieure avec l’extérieure, la viciation par les produits gazeux passe ici au second plan.
Les qualités essentielles des corps brûlés pour l’éclairage (carbures d’hydrogène) sont de fournir une lumière intense et fixe, de donner peu de chaleur et de laisser peu de résidus de combustion.
Les substances les plus ordinairement usitées pour l’éclairage des maisons coloniales sont :
Les bougies de stéarine, les huiles végétales (coco, palme), les huiles animales (de poisson), les huiles minérales (pétrole) .
Il faut ajouter l’éclairage par l’acétylène et l’électricité, qui se répandent dans les villes.
La bougie stéarique donne une lumière blanche dont l’intensité est à celle d’une lampe Carcel comme i4,3o est à 100. Elle consomme lo litres 3a d’air par kilogr. et par heure et échauffe dans le même temps 3 m. d’air de o® à 100° (Moigno, cité par Arnould). Un thermomètre monte de 1/2 degré à 3o centimètres d’une bougie.
Les fournissent une intensité de lumière deux fois
plus forte que celle d’une bougie, mais aussi une température plus élevée : un thermomètre monte de i<>i à 3o centimètres d’une lampe. Les lampions, faits d’un godet rempli d’huile de coco dans laquelle trempent quelques fils de coton, dont se servent les Indo-Chinois, dégagent des vapeurs abondantes et nauséeuses.
ÉCLAIRAGE
Le pétrole rectifié, qu’on trouve clans les villages indigènes les plus reculés, donneune intensité lumineuse double de celle des huiles (280 gr. de pétrole donnent autant de lumière que 532 gr. d’huile). Les huiles légères, obtenues par la distillation, sont moins éclairantes, et dégagent plus de fumée et sont tout aussi explosives (le mélange de I p. de vapeur à 8 ou 9 d’air est particulièrement explosif).
Le gaz d’ éclairage est rarement utilisé pour l’éclairage dans les pays chauds. Sa flamme dégage une chaleur considérable : un thermomètre s’élève de 20 à 3o centim. d’un bec entouré d’un verre cylindrique. Un simple bec de gaz fait monter la température de 12® à 17O2 dans une salle de 1600 mètres cubes. Le principal inconvénient de son emploi résulte de la quantité énorme de gaz toxiques (CO^; GO; AzH^; CH, etc.) qui peuvent s’échapper des becs mal construits ou des conduites non étanches et produire l’asphyxie rapide. L’asphyxie chronique par GO peut aussi se produire lorsque le gaz désodorisé par son passage à travers le sol se dégage dans l’habitation.
ÏLe gaz acétylène a un pouvoir éclairant de i5 à 20 fois supérieur à celui du gaz d’éclairage brûlé dans les becs ! , A ordinaires et de 3 à 5 fois plus grand que le gaz brûlé dans des becs Auer (Lewes et Hempel). Il donne une lumière blanche, fixe, riche en rayons violets ; en brûlant, il con- I somme moins d’oxygène et dégage moins d’acide carbonique et de vapeur d’eau que les autres modes d’éclairage à l’exception de la lumière électrique. Il produit moins de chaleur que le gaz, que le pétrole, que la bougie et ne dégage pas d’ammoniaque, d’acide nitreux, d’hydrogène et d’oxyde de carbone (Masi) (i).
L’acétylène ne devient nuisible dans l’air que quand il a atteint la proportion de 46 p. 100 et à partir de 79 p. 100 il peut déterminer la mort (Gréhant, Franck, Weyl).
(i) Anali d’igiéne sperimentale. igoa, p. 5o.
G. Reynaud. Hygiène coloniale.