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XVII. — Habitations temporaires

Les habitations temporaires sont destinées à abriter des troupes d’hommes en marche ou en expédition, des individus en exploration, des colons opérant un défrichement ou une prospection. Elles diffèrent suivant les circonstances, mais le choix et la préparation du lieu où elles seront établies sont soumis aux mêmes règles dans tous les cas. —

Il y a lieu de distinguer les campements et les habitations ' semi-permanentes (i).

1° Campement. — Le camp sera établi sur le versant d’un monticule un peu boisé, sur un terrain déclive, dur ou formé de couches sablonneuses épaisses, près d’un cours d’eau ou d’une source, loin des bas-fonds et des flaques d’eau stagnantes.

Un réseau de rigoles sera creusé pour conduire les eaux de pluie au bas du terrain choisi. Le camp des indigènes sera situé au-dessous du camp des Européens. Le parc à bestiaux sera installé plus bas. Les feuillées pour latrines seront creusées dans la partie la plus déclive, sous le vent du camp, loin des sources d’eau.

On doit éviter les emplacements précédemment occupés par des troupes de passage qui ont souillé le sol de germes typhiques ou dysentériques.

Le cantonnement dans les villages indigènes ne sera qu’un pis-aller en raison de la fréquence de la lèpre, de la gale, de la syphilis, du paludisme chez les indigènes et des

(i) Kermorgant et G. Reynaud. Précautions hygiéniques pour les expéditions et les explorations coloniales, p. 388.

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nombreux insectes qui pullulent dans leurs cases malpropres. Il importe de choisir les cases les plus vastes, les plus aérées et les plus isolées, situées sur le point culminant du village.

Les tentes et les gourbis sont les moyens dont dispose une troupe qui bivouaque. Les tentes doivent avoir au moins 3 mètres de hauteur et une double paroi. Les bords seront solidement fixés dans le sol et recouverts de la terre retirée de la rigole qui est creusée autour d’elle pour assurer l’écoulement des eaux. L’ouverture sera placée du côté opposé au vent régnant.

Un clayonnage en bambous ou en roseaux pourra être disposé pour arrêter les vents malsains. Une toile de moustiquaire ou un rideau fait de franges ou fibres végétales flottantes arrêteront les mouches, les moustiques et autres insectes.

Les parois extérieures seront arrosées de temps en temps pendant le jour : on produit ainsi un abaissement thermique de près de lo degrés bien nécessaire sous cet abri très insuffisant que représente la tente. On a noté 33 à 45 degrés sous la tente à Madagascar et 6o degrés sous une tente-

tabri au Soudan.

t La protection sera plus efficace, si, suivant la pratique |,^des soldats soudanais, la toile des tentes est recouverte de ! paille, de feuilles de palmier, de branches d’arbres. De ' plus les tentes seront dressées sous les grands arbres s’il en existe dans la région.

Les tentes en toile imperméabilisée ou non, de quelque modèle qu’elles soient, sont insuffisantes contre le soleil et les pluies torrentielles des tropiques ; rien ne vaut la construction par les indigènes, coolies ou soldats, de gourbis ou abris, faits de quelques grosses branches d’arbres, de feuilles, et qui mettent plus sûrement à l’abri des insolations. Dans ce cas, des fermes construits à l’avance et transportés à la suite delà colonne rendront des services précieux G. Reynaud. Hygiène coloniale. II. — 6

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dans les pays où les grands arbres, pouvant fournir des perches ou des piliers, sont rares (i).

Les montants de la charpente sont faits de perches en bois, de bambous (Tonkin), de nervures de palmier (Afrique Occidentale), de jeunes pousses de niaouli. Les parois latérales peuvent être formées de claies, de paillassons en herbes serrées en bottes (Tonkin, Madag-ascar) ou de feuilles de palmier (Dahomey). La toiture sera faite d’un clayonnag-e recouvert de ces hautes herbes si abondantes dans le haut Tonkin, au Soudan, à Madag-ascar, au Dahomey et au Baoulé, ou encore de feuilles de latanier qu’on trouve partout. Sur cette toiture, on peut jeter une toile de tente qui protég-era mieux contre la pluie. Sur deux des parois latérales sont ménag’ées des ouvertures avec des paillassons mobiles pouvant faire office de vasistas. Des morceaux de toile ou de moustiquaires tendus sur ces ouvertures préserveront contre le soleil et les moustiques.

(( Après avoir pris les précautions pour se soustraire aux influences atmosphériques, il faudra ég'alement faire tout son possible pour se préserver des influences telluriques et^

(1) II y a de nombreux types de tentes : la tente waldejo, en forme de pyramide quadrangulaire, très légère; la tente taconnet, cubant 24 mètres c., avec charpente faite de 2 montants et d’une traverse; la tente marabout, en forme de cône, avec axe verticale en bois, cubant 3o mètres; la tente circulaire, « Bell-Tents », élevée à 3 mètres de hauteur, pouvant loger 12 hommes; la shamania indienne, sorte de grand prélart élevé au-dessus du sol à 8 ou 10 pieds ; la tente-abri individuelle, la plus petite, formée de 4 morceaux de toile que l’on ajoute ensemble et affecte ainsi la forme d’un V renversé. Par des combinaisons elle peut servir au montage d’une grande tente par l’assemblage de plusieurs tentes-abris. Il suffit de 5 grandes perches et de 22 lais de tentes pourvus de boutonnières et de boutons sur les côtés pour construire une grande tente susceptible de recevoir 20 personnes couchées. La double paroi sera réalisée en fixant d’autres lais de tente, à l’intérieur aux montants de la charpente. Pour la construction de la charpente on peut tirer partie des arbres, des poteaux, des murs reliés entre eux par des cordes, des fils de fer, des perches. — Les abris de toile peuvent aussi être construits et préparés à l’avance, en segments transportables formant des charges du poids maximum de 26 kilos.

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pour cela, recouvrir le sol sur lequel on se couche d’une toile goudronnée. Un petit lit pliant en toile, démontable, un cadre de marine suspendu à des supports démontables ou improvisés, constituent des modes de couchage par excellence pour les privilégiés qui ont la faculté d’emporter de gros bagages. Le complément indispensable de ce lit

sera une moustiquaire tissée en gros fils serrés On la

suspendra aux prolongements des montants ou des supports du lit, ou à la toiture elle-même, et on la bordera soigneusement...

« Le soldat ne peut emporter avec lui son lit de camp et ceux qu’il trouvera dans les villages indigènes sont mal" propres. Il en sera donc réduit à coucher par terre, après avoir eu soin de se faire un lit de feuilles ou de paille bien sèches, par-dessus lesquelles il étendra une natte, sa couverture ou sa pèlerine imperméable. Il se protégera la tête au moyen d’un voile moustiquaire disposé de manière à ce qu’il ne s'applique pas étroitement sur la face. Des serpents pouvant se glisser dans la paille ou dans les feuil-

tles, il y prendra garde, et, pour se débarrasser des puces qui pullulent dans le sol de certains pays (Nouvelle-Calédonie), il se sera muni de poudre insecticide (pyrèthre ou autre) .

K « Les malades auront un lit de camp, un brancard, ou £ un hamac suspendu (i). »

^ Dans les cases, les indigènes confectionnent très rapide- ' ment des lits de bambou (Tonkin) élevés de o m. 8o audessus du sol, matelassés d’une couche de paille, ou encore r? des taras (Dahomey), lits de camp fabriqués avec des ner- ' vures de palmiers disposées sur une charpente et ligaturées j^.avec du rotin.

|*;j. 2® Habitations temporaires semi-permanentes. — Ba-

raques.

(i) Df A. Kermorgant et G. Reynaiid, loc. cit.

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Si le séjour doit être prolong-é il faut une habitation offrant quelque confortable et protég-eant mieux contre les intempéries et contre le sol. Suivant les ressources locales, cette habitation sera une baraque en bois, en briques, en torchis, ou pisé, ou une baraque démontable transportée d’Europe, en toile, carton étoupe ou toile.

Les villag-es indig-ènes, bien situés, peuvent être utilisés pour rinstallation de ces stations, après avoir été débarrassés des broussailles, décombres, bas-fonds, fondrières, ordures, cases malpropres et après avoir été percés d’avenues permettant une libre circulation de l’air (Soudan). Les plus g'randes cases, les mag'asins à riz, les anciennes pag*odes (Tonkin) peuvent être utilisés avec profit. Une 2® toiture en paillote sera jetée par-dessus la F® toiture en tuiles, suivant la pratique suivie avec succès au Tonkin.

L’utilisation desvillag-es indig'ènes est pleine dedang'ers.

Types principaux de baraques démontables. — Les inventeurs ont multiplié les types; les substances employées sont des plus variées.

La baraque Espitalier, employée au Dahomey, est composée essentiellement de plaques de carton comprimé, de 4 millimètres d’épaisseur, imperméabilisé (?). Elles comportent un matériel assez considérable de tig-es de fer, arbalétriers, montants, long-erons dont l’assemblag-e n’est pas sans difficultés très g'randes pour des individus inexpérimentés (1). Long'ue de 20 mètres, larg-e de 10 m. avec plancher élevé d’un mètre au-dessus du sol, pourvue d’une vérandah circulaire, elle a malheureusement pour toiture des plaques de tôle ondulée. Les murs sont faits d’une double paroi en toile métallique recouverte de carton. Le plafond en coco est séparé du toit par un espace triang'ulaire formant matelas d’air. L’aération se fait par 8 g'randes portes.

(i) D'' Le Ray, V Expédition de Kong. {Arch.de médecine navale et coloniale, septembre 1896).

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lOI

Les murs' de carton ne résistent pas aux pluies torrentielles de l’hivernag’e sous l’Equateur et ne forment qu’un abri insuffisant contre la chaleur.

La baraque Dœcker est formée de 2 murailles principales, de 2 pignons, d’une toiture avec lanterneau. Les toits sont faits de panneaux composés de 2 lames de feutre, séparées l’une de l’autre par un espace vide dé 28 millimètres, recouvertes de toile jute ou de toile à voile imperméabilisée (?) sur la face externe avec de l’huile de lin bouillante. Il n’y a pas à proprement parler de charpente, les parois étant fixées par des rainures dans les planches en bas et dans le pourtour du toit en haut, le tout consolidé par des encoches, des crochets et maintenu par des fermes reliés entre eux et avec le pignon. Ses ouvertures sont nombreuses; portes et fenêtres sont surmontées d’impostes et deux lanterneaux complètent le système de ventilation.

L’expérience faite au Dahomey a montré que ces baraques étaient impropres à protéger contre la chaleur. Il a fallu les recouvrir d’une seconde toiture en paille formant vérandah. C’est aussi une disposition à appliquer aux baraques Espitalier. D’autre part, le feutre des parois se laisse imbiber. Elles sont insuffisamment élevées au-dessus du sol et présentent une extrême fragilité qui ne leur permettrait pas de résister à un coup de vent.

La baraque Ravenez, formée d’une ossature en fer, et de parois formées d’un matelas d’étoupe ou de varech compris entre une toile imperméable à l’extérieur et une toile incombustible et lessivable à l’intérieur, possède un plafond en forme de voûte représenté par la toile interne et un paillasson et séparé du faîtage par un espace vide utilisé pour la ventilation. Mais cette baraque n’est pas surmontée d’un lanterneau, n’a pas de vérandah, n’est pas élevée au-dessus du sol. Son transport est difficile en raison de son grand poids et du volume de ses pièces.

Les baraques-tentes Tollet constituent un abri très insuf-

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fisant contre la chaleur. La température, observée à l’intérieur, s’est élevée jusqu'à 82 et 35 deg'rés à la Côte d’ivoire (Le Rayj, jusqu’à 35® et 45® à Madag-ascar. Pour atténuer la chaleur sous cette tente, il faut la recouvrir d’un toit de paillote distant du faîte de 5o centimètres. Ce travail serait facile à exécuter si l’armature de la tente était munie sur la lig’ne de faîtage de trois ou quatre godets dans lesquels on implanterait des fourches destinées à supporter le toit d’une paillote (Le Ray, loc. cit.).

Les baraques en tôle ondulée sont encore plus dangereuses et ne peuvent être employées qu’en étant doublées d’une autre baraque en paille.

Aucun de ces produits de l’industrie européenne n’est suffisant pour protéger contre les chaleurs torrides des zones équatoriales, et pour résister aux pluies torrentielles et aux tornades de la saison pluvieuse.

Mieux vaut encore une case à la mode indigène, caï-nha des Laotiens, perchée sur des pilotis, cases en pisé des Soudanais avec plancher surélevé et large toiture en chaume.

Baraques fixes. — - Si le séjour doit être prolongé il faut construire une baraque en bambous, en bois ou en briques, suivant les ressources locales. Elles seront à rez-de-chaussée élevé sur piliers ou pilotis, le plancher étant à i m. 5o de la terre ; les murs seront à doubles parois. Le toit, très aigu pour favoriser l’écoulement des pluies, et pour résister aux coups de vent, sera double : un i®'' toit en zinc, en carton bitumé, en planchettes (bardeaux) sera protégé par un 2® toit en chaume, en feuilles de latanier, etc., séparé du premier par un espace de 5o centim. de haut formant matelas d’air. Les toits déborderont les façades de 3 mètres pour protéger les vérandahs. Celles-ci, larges de 2 mètres au moins, feront le tour de l’habitation. La vérandah sera garnie de stores en toiles, de rideaux à glissières, ou mieux de nattes. Des fenêtres seront ouvertes sur 3 faces et la 4® face sera percée de portes-fenêtres. Un plafond en bois

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OU en nattes séparera les appartements de la toiture. Des ouvertures ménag-éesau haut des murs ou dans les pig-nons, et munies de persiennes, un lanterneau assureront la circulation de l’air. Le plafond sera à 4 mètres au-dessus du plancher de l’habitation.

Les dimensions intérieures des appartements doivent être telles qu’elles assurent un minimum de l\o mètres cubes nets à chaque habitant. Chaque chambre aura donc environ 4 mètres dans chaque dimension. Si l’habitation comprend plusieurs chambres à coucher, celles-ci s’ouvriront sur un couloir central ou 2 couloirs en croix de 3 mètres de larg’e environ. A l’intersection des 2 couloirs pourra être dressée la table à mang'er (i).

Les appartements seront

munis de lits de camps, fixes

ou transportables, élevés de

60 à8o centim. au-dessus du «fhema duae baraque

démontable.

sol, faits décadrés g-arnis de

toile, de bambous ou de nervures de palmier, matelassés de paille, poarous d'une moustiquaire. Des hamacs constituent un bon mode de couchag-e.

Des hang-ars seront réservés pour j installer les cuisines, les écuries, les mag’asins. Des lieux d’aisances^ avec tinettes mobiles sur brouettes, seront disposés sous le vent des baraquements. Les tinettes seront vidées chaque jour dans

(i) Dr Poskin, l'Afrique équatoriale, pp. 428-429.

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des fosses, arrosées d’un lait de chaux et recouvertes de terre (fi g-. 29).

Lorsque l’argile est en abondance dans le pays et que les indigènes sont aptes à fabriquer des briques (Tonkln), de la poterie (Afrique Occidentale), il sera possible d’édifier rapidement des constructions avec murs en briques et toits en chaume comme certains officiers français ont su le faire au Tonkin avec les plus infimes ressources.

Les habitations coloniales des possessions françaises sont généralement, à l’heure actuelle, bien éloignées des types qui viennent d’être passés en revue. Elles ont trop souvent le caractère et les défauts des installations provisoires. Ce sont des établissements sans lendemain qui créent le malaise et poussent au départ. Les maisons coloniales doivent être, au contraire, capables de donner le bien-être indispensable à la conservation de la santé et aussi capables d’attacher l’Européen à sa nouvelle résidence, de l’y retenir, et de l’y rappeler. Faire ou choisir une bonne maison, c’est préparer une colonisation prospère et durable.

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