I. — Qualités d’une eau potable (i
L’eau doit être :
lo Fournie en grande quantité;
2° Appétissante et d’un usage agréable ;
3“ Etre exempte de substances toxiques et de bactéries pathogènes préexistantes ou incorporées sur son parcours.
1° La QUANTITÉ moyenne suffisante doit être au moins de 25o litres par jour et par habitant pour faire face aux multiples besoins de la balnéation fréquente, de la propreté corporelle et de tous les services d’une maison coloniale (260 litres par habitant à Saint-Denis de la Réunion).
2° Pour être appétissante et agréable, l’eau doit être légère, limpide, aérée, avoir une saveur fraîche. Les sels de chaux, dépassant la proportion totale de o gr. 5o par litre, rendent les eaux lourdes, crues à l’estomac, impropres à la cuisson des légumes à la préparation des boissons telles que le thé, le café. Elles ne font pas mousser le savon, forment avec lui des composés insolubles qui les rendent
» (i) Voy. Coreil (de Toulon), l’Eau potable. Paris, J. -B. Baillière.
impropres aux usag-es de propreté : ce caractère les fait reconnaître.
Les eaux fades, douceâtres, à g'oût repoussant, sont lourdes à l’estomac, sont dépourvues d’air et d’acide carbonique, ont une température élevée et sont suspectes de contenir des g-ermes.
La fraîcheur de l’eau est une qualité particulièrement recherchée dans les pays chauds : c’est la qualité qui fait préférer les eaux de puits aux autres eaux. Les eaux fournies par des nappes d’eau situées à une faible profondeur, recevant les infiltrations de la surface, provenant de réservoirs insuffisamment protég-és, de conduites d’eau trop superficielles ont une température élevée et variable.
3° Substances toxiques et germes de maladies. — a) Composition normale. — La composition des eaux varie beaucoup suivant leur nature, eaux de source, eaux de rivière, eaux de pluie et la nature des terrains qu’elles parcourent et d’où elles émerg-ent : « telle terre, telle eau. » Aussi pour une bonne analyse d’eau il faut associer le g'éolog-ue au chimiste et au bactériolog-iste (Duclaux).
En bonne règ-le la proportion des matières dissoutes ne doit pas dépasser 5o à 60 p. 100.000 d’eau (i). Les g‘az dissous par litre sont évalués en moyenne à 4i ce. à 4^ ce. (oxyg-ène de 6 à 7 cc., azote de i3 à i5 cc. ; G0“^ de 20 à 23 cc.).
b) Matières gazeuses. — La diminution extrême de
(i) Les éléments minéraux les plus habituels des bonnes eaux de source sont les carbonates de chaux, de magnésie, de fer, la silice et des silicates alcalins et terreux ; les sulfates de chaux et de magnésie : le chlorure de sodium, exceptionnellement les sulfates, chlorures^ nitrates d’ammoniaque, de potasse, de soude, de chaux.
La proportion de résidu minéral organique est environ de 5oo milligrammes ; la proportion des oxydes de métaux alcali ns-terreux dei8o à 200 milligrammes; la proportion des matières organiques, une quantité qui ne réduit pas plus de 8 à lo railligr. de permanganate de potasse de la solution de caméléon (GartnerJ.
QUALITÉS D’UNE EAU POTABLE
l’oxyg-ène, l’excès de CO“^ (au delà de loo ce. par litre) constituent une présomption de souillure. Les eaux qui dég-agent de l’hydrogène sulfuré ou phosphorique sont mauvaises et repoussantes.
c) Matières minérales solides. — L’arsenic, le plomb, le mercure ne se trouvent qu’accidentellement dans l’eau. L’eau pauvre en sels alcalino-terreux, ou riche en CO^ libre pourra dissoudre le plomb des conduites d’eau et sera impropre à la consommation. L’eau peut être souillée par les résidus d’établissements industriels dont la surveillance est nécessaire à cet égard. Elle peut aussi recevoir des éléments étrangers en matières organiques. Les chlorures provenant du sol (Grand-Bassam, Kotonou, Région des Chotts en Algérie) ou des urines infiltrées donnent à l’eau un goût salé qui l’a fait rejeter.
Les sels de magnésie, de fer, de chaux donnent à l’eau la lourdeur et la dureté, mais ont été accusés, sans preuves suffisantes, de produire la lithiase urinaire, le goitre, le crétinisme. Les nitrates de potasse et de soude exagèrent la sécrétion rénale.
d) Matières organiques mortes. — Les matières organiques, surtout celles qui sont dissoutes (albuminoïdes, hydrocarbones, ou leurs dérivés), capables de produire des intoxications non spécifiques, rendent l’eau impropre à la consommation. Elles sont propices à la multiplication des microbes pathogènes.
e) Organismes vivants. — L’eau peut véhiculer des grands parasites ou des microorganismes. Nous ne citerons que ceux de ces organismes qui engendrent des maladies spéciales.
10 Grands parasites : œufs d’helminthes (tricocéphales, ascarides, oxyures) ; des embryons entozoaires : douve ou distome hépatique, ankylostome duodénal (agent du malcœur des nègres et de l’anémie) ; la bilharzia (agent de l’hématurie d’Afrique) ; larves de filaires, vers de Médine ou
ALIMENTATION. — LES BOISSONS
dragonneau ; distome (produisant des hémorragies pulmonaires en Chine).
20 Migroorganismes. — Tous les microorganismes peuvent à un moment donné se trouver dans l’eau, mais la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie ont, avec prédilection, l’eau comme habitat et véhicule (i).
La propagation du choléra par l’eau n’est pas contestée. Le nombre des cas de choléra à Calcutta est passé de 21.000 pendant la période quinquennale qui a précédé l’établissement du service des eaux (1869) à 5. 000 dans la période quinquennale suivante (Simpson). 11 a suffi d’établir un bon filtre Chamberland dans le poste de Soctrang, en Cochinchine, pour préserver la population européenne du choléra (Calmette).
La dysenferie, qui frappait les troupes du Tonkin lorsqu’elles buvaient l’eau des mares, cessait lorsqu’elles s’approvisionnaient d’eau au fleuve (i884-i885 — 2® bataillon d’infanterie légère). Depuis l’établissement de puits artésiens à Java, la mortalité par dysenterie n’est plus que le vingtième de ce qu’elle était autrefois. La dysenterie a, à peu près, disparu de Saïgon depuis que cette ville a une distribution d’eau puisée en nappe profonde. La ville de Cayenne est exempte de dysenterie depuis qu’elle a reçu l’eau du Rorota. Les troupes anglaises ont été préservées de la dysenterie pendant la campagne des Ashantis, en 1896, parce qu’elles eurent des distributions d’eau bouillie. Dans les campagnes de 1868-1873 elles avaient été décimées par cette maladie.
La propagation de la fièvre paludéenne par l’eau a été admise pendant longtemps.
Enfin il faut signaler le rôle joué par l’eau impure dans le développement de maladies cutanées, telles que les bou-
(i) Voir tome I, chapitre vm, modes de transmission des maladies endémiques.
QUALITÉS D’UNE EAU POTABLE
tons de Biskra, d’Alep, du Nil; laverrug-a (d’où le nom de Aqua-de-Verruga donné à une station).
Analyse sommaire deTeau. -- d^) Limpidité, — Prendre 2 éprouvettes ; remplir l’une d’eau distillée et l’autre de l’eau à examiner; les poser sur une feuille de papier blanc ou une assiette blanche; regarder par l’orifice de chacune alternativement et de haut en bas, par transparence : la surface blanche perd son aspect avec une eau trouble. Les eaux terreuses (fleuves du Tonkin) sont parfois de bonne qualité.
b) Couleur. — L’eau de bonne qualité est bleue quand elle est vue en masse ; elle est suspecte si elle est d’une couleur bleu foncé, verte.
c) Odeur et saveur. — L’eau de mauvaise qualité s’al-
tère rapideyient et dégage une mauvaise odeur. Une saveur amère indique des sels de manganèse; la saveur astringente est due à des sels de fer. ^
d) Espèces végétales et animales vivant dans Veau. — La présence ou l’absence de certaines espèces animales et végétales sont des présomptions de bonne ou de mauvaise qualité. Les animaux (poissons, mollusques) et les végétaux d’une organisation élevée meurent dans une eau infectée. Celle-ci ne peut nourrir que des infusoires, verts ou rouges, de diverses formes (euglènes), en quantité proportionnée à la pollution de l’eau ou des cryptogames.
Parmi les plantes vertes, indices de la bonne qualité des eaux, il faut citer le cresson de fontaine, les épis d’eau, les véroniques. Il faut se garder des eaux où l’on trouve des ciguës, des roseaux, des joncs, des nénuphars.
Les algues des eaux corrompues sont blanches, deviennent petites et sans ramifications. Au contraire, les algues des eaux saines sont volumineuses, vertes, articulées.
e) Composition. — Verser une solution concentrée de nitrate d'argent dans un peu d’eau à examiner; après une exposition au soleil, comparer cette eau à l’eau distillée : si
ALIMENTATION. — LES BOISSONS
la première eau est devenue noire, c’est qu’elle est impure;
20 20 g-rammes d’une solution concentrée de tannin (réactif de Hag'en) étant versés dans un g'rand verre d’eau à analyser, si elle vient à se troubler après une heure de repos l’eau est à rejeter ;
30 2 ou 3 g-outtes d’une solution de permang-anate de potasse à i p. 1000 étant versées dans un g'rand verre d’eau, si cette solution perd sa belle coloration rosée et se décolore, l’eau est à rejeter;
4® Pour la recherche des nitrates et des nitrites, on emploiera les comprimés de MM. Hue et Pignet. L’eau potable ne doit pas renfermer d’acide azoteux et peut laisser déceler jusqu’à 10 et 20 milligr. d’azotate par litre.
Recherche des nitrites. — Dans 100 cc. de l’eau à analyser faire dissoudre d’abord un comprimé ddodure, puis an comprimé acide. Deux cas se présentent :
Le liquide reste incolore après 5 minutes d’attente ; pas de nitrites;
2^ Le liquide se colore en bleu, plus ou moins rapidement : nitrites.
Recherche des nitrates. — Si le liquide est resté incolore dans la précédente opération, faire dissoudre un comprimé de zinc. Deux cas se présentent :
I ® Le liquide reste incolore, après 5 minutes d’attente, pas de nitrates ;
2^ Le liquide se colore en bleu après 5 minutes d’attente, nitrates.
Si la teinte est immédiate et foncée ; eau mauvaise.
Le matériel nécessaire est : i verre de 12b cc. ; i agitateur; 3 flacons de comprimés. L’opération est terminée en 10 minutes.
f) Examen bactériologique. — L’examen physico-chimique et bactériologique complet sera fait dans un laboratoire. Des échantillons seront recueillis dans des tubes effilés en pointe, ou dans un ballon à goulot effilé, ou un
CAPTAGE DES EAUX POTABLES
flacon d’Erlenmejer, soig'neiisement stérilisés, dont on a chassé l’air. On les remplit en les débouchant ou en brisant la pointe sous l’eau pour éviter l’introduction des souillures extérieures. On ferme ensuite les flacons avec un bouchon dé ouate recouvert d’un capuchon de caoutchouc ; on ferme les tubes en chauffant l’extrémité effilée ; on conserve et on expédie dans la g-lace pour éviter la multiplication des bactéries si l’examen n’a pas lieu immédiatement.
En les expédiant, on indiquera les conditions du sol dans un périmètre étendu autour de la prise d’eau.
Une eau contenant de o à 5o bactéries par cent, cube est dite très bonne ; une eau contenant de 5o à 5oo bactéries par cent, cube est dite bonne ; une eau contenant de 5oo à 3.000 bactéries par cent, cubes est dite médiocre; une eau contenant de 3.ooo à lo.ooo bactéries par cent, cube est dite mauvaise. Ces indications sont insuffisantes, une eau pouvant être inoffensive avec 3.ooo bactéries par cc.,si elles ne sont pas pathogènes, et pouvant être éminemment dangereuses si elle contient seulement quelques rares microbes de choléra ou de dysenterie. C’est la qualité des microorganismes qu’il importe de déterminer.