‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 11 sur 41 · VÉRITÉ · texte numérisé non relu

VÉRITÉ

menace de se dessécher et de périr, dans la serre chaude de la société, transportez-la, pour la sauver, dans un lieu solitaire, et elle reviendra bientôt à la vie. Casanova, l’épicurien le plus ami du plaisir qui eût peut-être jamais existé, est arrivé à déclarer cjue les jouissances les plus vives sont celles qui ne troublent pas la paix de l’âme. Et quelles sont ces jouissances ? Je n’en connais que deux : la méditation et la contemplation de la nature. Fait admirable et d’une mystérieuse profondeur! la beauté et la grandeur de la nature ne peuvent pas se déployer à nos regards sans qu’aussitôt notre esprit s’élargisse et s’élève. Dites ce que vous voudrez en faveur de la société, elle apprend à l’homme ses devoirs, et c’est là son éloge ; mais la solitude seule donne le bonheur (1). Le regard qui se perd dans le bleu infini du ciel ou qui s’étend sur le tableau riche et varié de la terre, ne fait pas attention aux misères qui tourmentent la vie dans le tourbillon do monde. La nature n’a que des pensées sublimes ; en les médi-

(1) Personne n'a mieux écrit sur les avantages et les inconvénients de la solitude que le célèbre médeoin J. G. Zimmermann. Voyez son ouvrage : De la Solitude, traduit de l’allemand par A. J. L. Jourdan. Paris, 1840, l vol. ln-8.

IS’ATÜRE.

tant, l’homme s’élève à leurniveau. L’atome apprend à connaître sa faiblesse, et en même temps il se réjouit de son existence, parce qu’il se sent vivre dans l’harmonie de l’ensemble. La nature, par ses lois immuables, enseigne la justice; elle est bienfaisante, même quand elle anéantit. C’est en elle seule qu’on trouve la vérité, le repos, la santé. « La vie au grand air, a dit Rahel, a pour moi quelque chose de magique ; il me semble que je suis alors plus rapprochée de ceux que j’aime, plus éloignée des importuns. » Les sages prononceront toujours avec respect le mot nature, comme dans les temples on s’incline au nom de l’Ètre suprême. Parmi les savants, ce sont surtout les naturalistes qui ont eu la vieillesse la plus longue et la plus sereine. La nature, en effet, qui, pour se révéler, exige qu’on l’interroge avec un cœur d’enfant, rajeunit, en retour, ceux qui se consacrent à elle avec la candeur de la jeunesse. Au fond, la santé de l’âme est le sentiment de l’harmonie ; et l’harmonie, c’est la nature même. Antée est l’image de l’homme; la terre, quand nous nous appuyons avec amour sur son sein

maternel, nous fortifie et nous anime jusqu’à nous rendre invincibles. La nature agit sur tous nos or-

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