‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 12 sur 41 · VÉRITÉ, NATURE · texte numérisé non relu

VÉRITÉ, NATURE

ganes ; elle remplit l’imagination de nobles et fraîches images, elle trace à la volonté des limites infranchissables, elle lui donne de la fermeté et de la vigueur; son silence majestueux élève l’âme; ses effets grandioses, mais toujours simples et réguliers, éveillent dans l’intelligence de vives et fécondes pensées ; le caractère immuable de ses lois nous maintient dans un équilibre salutaire ; les trésors de beauté qu’elle sème d’une main prodigue, le charme des fleurs, l’éclat des étoiles, tous ces diamants qu’elle répand, sans compter, sur tous les chemins, dans le parcours des mondes animés, forment un spectacle magnifique dont la vue chasse de notre front les rides des soucis et de l’humeur noire, et dont la grandeur nous transporte au-dessus de nous jusque dans les régions divines où la loi suprême se manifeste avec une souveraine autorité à notre intelligence et à notre amour. Voilà les bienfaits de la nature ! Avons-nous eu tort de l’invoquer comme le meilleur et le plus puissant médecin de l’âme ?

Résumé.

Sois maître de toi-même, et garde courage dans les bons et les mauvais jours.

’Mahc Aurklb.

Toute réflexion sur ce qu’on appelle la liaison du corps et de Pâme, serait vaine et même inopportune, si elle n’était faite en vue d’un résultat pratique et n’aboutissait réellement à ce résultat. A ce point de vue, nos lecteurs nous sauront peut-être gré de jeter un coup d’œil rétrospectif sur la route que nous avons parcourue, et de résumer brièvement nos recherches. On nous permettra d’y ajouter quelques détails subsidiaires, qui n’ont pu trouver place dans le développement général de nos idées.

Pour que l’esprit acquière sur le corps un empire salutaire, la première condition indispensable, absolue, est de croire à la possibilité d’un tel empire. Aux théoriciens de la démontrer par des raisonnements ; nous aimons mieux la prouver par des faits.

RÉSUMÉ

Aux exemples que nous avons cités on peut en ajouter d’autres; ils ne sont pas rares. Contentonsnous des suivants. Au témoignage du médecin anglais Mead, une dame, après avoir souffert pendant de longues années d’une ascite compliquée d’atrophie des membres, se guérit de cette maladie toute physique et nullement imaginaire, en imprimant à ses pensées une direction déterminée vers un seul objet. Mead rapporte un autre fait analogue : une dame, dans la période la plus douloureuse de la consomption, fut délivrée des symptômes les plus graves par un regard jeté en arrière sur une partie de son existence, qui semblait être pour elle un sujet d’éternel repentir. Le professeur Conring fut guéri de la fièvre tierce par le plaisir que lui fit éprouver un entretien avec le savant anatomiste Meibom. On attribuera peut-être au hasard le plus grand nombre de ces faits singuliers, mais le hasard ne peut les expliquer tous. Dans son ouvrage inappréciable sur le vertige, Marc Herz cite plusieurs exemples de cas semblables, où le même succès a couronné les intentions du médecin. Enfin si, au commencement de mes réflexions, je suis allé jusqu’à attribuer à l’esprit un pouvoir au moins indi-

RÉSUMÉ. Î01

rectsurlavie et sur la mort, voici un fait qui vient à mon appui ; il est rapporté par le docteur Cheyne. Le colonel Townsend pouvait se donner toutes les apparences de la mort. Il se couchait sur le dos et ne bougeait plus. Un jour le docteur Cheyne lui prit la main ; il sentit le pouls baisser peu à peu ; il lui mit une glace devant la bouche ; aucun souffle ne ternit le verre. Le médecin effrayé crut que la plaisanterie s’était changée en une triste réalité. Mais au bout d’une demi-heure, le mouvement reparut, le pouls et les battements du cœur devinrent sensibles et le colonel reprit la parole. —

Une fois qu’on s’est habitué, dans son for intérieur, à croire au pouvoir réel de l’esprit sur le corps, il s’agit d’exercer ce pouvoir sur soi-même. C’est une entreprise plus difficile qu’on ne l’imagine. L’homme qui est toujours inquiet sur sa santé, finit par être son propre bourreau, et il risque de devenir fou. L’homme distrait et léger ne peut acquérir d’empire sur lui-même. Ce pouvoir n’appartient qu’aux âmes sereines , également exemptes d’égoïsme et d’indifférence, et capables de s’étudier avec une ironie calme et douce.

RÉSUMÉ

Si nous regardons en nous-piême avec une entière liberté d’esprit et sans préoccupation systématique, nous distinguerons dans notre âme trois facultés : la sensibilité, la volonté, l’intelligence. C’est à nous de les diriger convenablement. La sensibilité comprend l’imagination et le sentiment ; sachons tourner l’imagination vers ce qui est beau et agréable ; alimenter le sentiment au moyen de ce qui est grand et serein ; cultiver l’une et l’autre en cultivant l’art. La volonté doit être fortifiée, purifiée, améliorée ; elle a son objet dans l’homme même; elle le gouverne et le maîtrise. Le devoir et l’hygiène morale s’accordent pour dire à l’homme : Sois maître de toi. Le plus sûr moyen de réaliser ce précepte, c’est de se jurer à soi-même de persévérer dans ce que l’on a reconnu clairement comme juste. Si l’on veut rester sain d’esprit et de corps, il faut prendre

la ferme résolution de se maîtriser soi-même, et

rester fidèle toute sa vie à cette résolution irrévocable. 11 y a d’abord des rechutes ; mais la volonté, en redoublant ses efforts, finit par obtenir une victoire complète. Il faut donc, avant tout, se prêter à soimême, du fond de sa conscience, le serment sans restriction, sans appel, de conformer sa vie aux lois

RÉSUMÉ

de la morale. La volonté ainsi fortifiée triomphe de l’indécision ; elle corrige la distraction par le recueillement ; elle dissipe la mauvaise humeur. C’est elle enfin qui nous dégage des lien? de l’habitude, et qui fixe la légèreté des esprits mobiles. L’intelligence, comme les deux autres facultés, doit être développée avec soin. L’empire sur soi-même est le but de la volonté ; la connaissance de soi-même est le but de l’intelligence. L’homme a le besoin et le devoir de s’étudier; mais il doit aussi étudier le monde, et s’élever à la conception de l’Ètre suprême. L’intelligence conduit l’homme dans les bras de la religion; elle met dans son cœur une résignation parfaite à la loi suprême; de ce sentiment naît une sérénité calme qui, à son tour produit la santé. Celui-là seulement qui est devenu petit à ses propres yeux, peut concevoir et sentir ce qui est grand. Il faut donc que chacun répète cette belle prière de Jeanne d’Arc, qui demande à Dieu « un grand cœur et de nobles pensées. » Le calme est le premier et indispensable remède de tous les maux ; dans la plupart des cas il suffit seul pour la guérison : il est toujours utile et salutaire. De même, comme préservatif, il a une vertu inappréciable. Ce calme si

RÉSUMÉ

nécessaire est le fils de l’esprit. Aucune étude ne le produit plus sûrement que celle de la nature. Celleci, au point de "vue de l’hygiène morale, est bien préférable à celle de l’histoire, souvent nuisible à des natures délicates, dont elle irrite les passions et les souffrances. — Un tempérament actif exige une activité intellectuelle ; un tempérament passif, une activité pratique. Il faut bien se garder d’anéantir en soi les passions ; car elles sont les germes naturels de la vie et de la santé; il faut seulement les maintenir en équilibre, les modérer, les dominer.

— Trois forces nous sont données, que nous devons maintenir en nous: le courage, la joie, l’espérance. C’est à nous de régler et de diriger nos penchants.

— La loi d’oscillation est le principe fondamental de l’hygiène de l’âme : en vertu de cette loi, nous devons établir en nous l’équilibre nécessaire entre la joie et la douleur, le repos et le mouvement, la raison et la folie. Le peintre sait opposer et combiner ses couleurs ; le sage réalise dans son âme l’harmonie des contrastes. On n’a guère à craindre l’atteinte réelle de la souffrance morale, quand on sait éveiller à propos dans son âme les réflexions sérieuses, les souvenirs douloureux, les tristes pensées. Enfin, il

RÉSUMÉ

importe de constater la corrélation de nos dispositions physiques et morales avec les différentes heures du jour ; il faut connaître celles que développent les influences du matin, du midi, du soir.

Ces données générales peuvent suffire. Lecteur, c’est à vous d’en déduire vous-même les conséquences. Que si vous êtes déjà tombé au pouvoir de l’hypocondrie, je n’ai qu’un conseil à vous répéter : Détournez les yeux de vos propres tourments pour contempler le spectacle immense de l’humanité heureuse ou souffrante; consolez-vous de vos leurs personnelles, ou du moins méritez l’intérê autres, en vous intéressant vous-même aux douleurs de l’humanité; intérêt que les grands mouvements de la civilisation actuelle suffisent d’ailleurs à inspirer et imposent même comme un devoir à quiconque veut se montrer digne de son temps. Demandez à l’étude des magnificences toujours nouvelles de la nature le baume salutaire dont votre âme a besoin. Enfin, dans l’enchaînement immense des caractères et des destinées humaines, cherchez la place qui vous est marquée, la fonction que vous avez à remplir, et, votre valeur une fois connue, efforcez-vous d’être et de rester vous-même pur et

FECCHTEBSLEBBN.

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vrai comme une parole de Dieu. Car la santé consiste dans l’union du beau, du bon et du vrai.

Notre tâche est finie. Puisse l’esprit consciencieux qui a dicté ces pages trouver une douce récompense dans les sympathies des âmes souffrantes et des intelligences éclairées !

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