‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 21 sur 41 · LX1X · texte numérisé non relu

LX1X

Quand nous commençons à acquérir la conscience de nous-mêmes, nous devons momentanément, en apparence, sacrifier la fraîcheur et la vivacité juvéniles de nos sentiments pour les mûrir par la réflexion et l’expérience.

Lorsqu’une douleur vous menace ou vous saisit, songez bien que s’en détourner, ce n’est pas la détruire. Il faut la regarder en face et l’examiner attentivement pour savoir s’il est bon de passer outre et s’il ne vaut pas mieux en tirer profit. Ne méprisez jamais une chose avant de la tenir en votre pouvoir. Ce qu’on se borne à pousser de côté, revient à la charge avec une importunité croissante. Le jour seul peut dissiper, par l’éclat de sa lumière, tous les spectres de la nuit.

MAXIMES

La culture de l’esprit est nécessaire pour que la volonté puisse agir en connaissance de cause; mais elle n’est pas indispensable pour que la volonté agisse, dans le sens général de ce mot. Tant que le développement intellectuel n’est pas achevé, il faut se mettre à même d’agir utilement en éveillant dans son âme l’énergie générale. L’intelligence est audessus de la volonté ; mais celle-ci doit être exercée tout d’abord pour qu’elle puisse s’acquitter de ses fonctions.

Mais, direz-vous, pour vouloir, il faut un objet à la volonté. Que dois-je vouloir? C’est ce qu’il m’importe avant tout de connaître. Soit ! mais il ne vous est pas nécessaire de bien comprendre l’objet assigné à votre activité. Savoir ce qu’on veut, dans le sens le plus général, ce n’est pas savoir, dans l’étroite acception du mot. 11 n’y a pas d’idée sans expérience extérieure ou intérieure; mais l’expérience peut pré-

ET PENSÉES

céder la conception nette de l’idée. Elle peut donc se produire sans être conçue.

LXXllt

Le vide étant une négation, on ne le sent pas à proprement parler ; mais quelquefois il se condense et devient sensible. Sentir le vide dans son âme, c’est le commencement delà guérison; car un effort, une tendance devient un besoin.

Le millionnaire, dont l’esprit sans culture ignore le grand art d’user noblement de ses richesses et ne connaît pas d’occupation d’un ordre élevé, se fatigue dans la jouissance et le désir ; il éprouve vaguement le besoin de trouver quelque part une résistance capable d’éveiller son activité.

L’âme humaine a un point obscur qui contient

MAXIMES

les germes de tous les maux intérieurs. Il est essentiel d’en limiter l’espace par des idées claires, morales et sereines. Si l’on n’y met pas obstacle, il s’étend et s’agrandit; l’ombre envahit l’âme, et la nuit se fait en nous, la triste nuit de la démence.

11 y a aussi dans l’âme un point lumineux, asile du silence, du calme et de la clarté, où ne peuvent pénétrer ni la tempête ni la nuit. C’est une sorte de refuge donné à l’homme contre la souffrance et la douleur. Notre devoir est de le conserver et de l’agrandir. La folie même ne saurait anéantir ce point éternellement lumineux.

Page 1