RIEN DE TROP
duiront des effets différents dans leurs proportions, tant que la constitution physique, l'influence du climat, du sexe, de l'éducation, du tempérament, ne seront pas exactement les mêmes dans chaque individu ; bien plus, tant que ce même individu éprouvera des modifications produites par les saisons, les âges, les maladies, les habitudes, modifications extrêmement variées, la modération ne sera jamais que conditionnelle. Or, réfléchissez maintenant s'il est facile d'être modéré comme on l'entend, et comme on doit l'être. « Rien de trop. » Cette maxime qui s'étend à tout est donc subordonnée aux principes de notre art, parce qu'elle est constamment relative aux individus. La santé consiste dans l'équilibre parlait entre la mesure d'action de nos organes et les exigences raisonnables et artificielles de nos besoins. Mais cet équilibre n'a pas de point fixe et absolu; ce qui convient à l'un ne convient pas à l'autre; ce qui est utile à celui-ci est nuisible à celui-là. Tel homme résiste aux fatigues corporelles, et tel autre aux travaux de la pensée; ce qu'on peut regarder comme de la modération chez un individu, est excès chez un autre. On voit donc que non seulement le tempérament en général, mais les particularités de ce tempérament et les modifications qu'il a éprouvées ou peut subir encore, sont la source principale où il faut puiser les véritables principes de l'hygiène de chacun. C'est sur cette base
qu'il convient d'élever l'édifice de la santé (1). Les anciens avaient à cet égard des idées pleines de justesse, parce qu'elles étaient fondées sur l'exacte observation des fails. Ecoutons Cicéron.
Valetudosustentâtur notitiâ mi corporis, et observatione; quœ res aut prodesse soleant, aut obesse. Postremô arle eorum quorum ad scientiam hœc pertinent.
Ce passage renferme toute l'hygiène en abrégé. D'abord, la connaissance de son tempérament, de son être physique, puis l'observation de ce qui peut être utile ou nuisible, c'est-à-dire le degré d'action des modificateurs qu'une économie donnée peut supporter. Pour observation plus profonde, plus délicate, il n'y a que le médecin et le médecin bien choisi qui peut vous y aider.
Trois points importants à considérer : se connaître soi-même, connaître les agents modificateurs, connaître enfin leur mesure d'action sur V économie.
Vous donc qui faites réellement cas de la santé, qui désirez concilier les soins de sa conservation avec vos travaux habituels, qui voulez bien sincèrement vous en occuper, examinez, pesez, méditez bien les trois points suivants :
(1) Galien prétendait que la connaissance parfaitje des tempéraments l'égalerait aux dieux. Huarte, médecin de Philippe II, dit que cette connaissance intime des organisations individuelles, exigerait les lumières d'une nature angélique. (Note de R.-P.)