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CHAPITRE III

Étudier un tempérament; — L'habitude extérieure; — Les fonctions de nutrition; — Le jeu «le la respiration; — L'impulsion circulatoire; — Les organes en particulier; — Les maladies accidentelles et le! maladies héréditaires ; — Les habitudes acquise-: — Influence du moral sur le physique.

Étudier un tempera ment. — Cette étude compliquée consiste à rechercher les causes organiques et les conditions d'une série d'actes vitaux prédominant chez un individu, ou pour autrement dire, c'est par-

venir à connaître la force ou la faiblesse de certains organes et par conséquent des fonctions qu'il est dans leur rôle d'exécuter.

Cette étude conduit à évaluer la puissance organique qu'on a en soi, puissance capable de repousser ou de faire tourner au profit de l'économie les agents qui la modifient. Mais comme cette puissance organique a des limites plus ou moins étendues, une activité plus ou moins grande, il en résulte que ces recherches doivent être faites, non seulement surun individu pris en général, mais sur chaque individu pris en particulier. Chacun de nous a son type, sa nuance de tempérament, sa spécialité d'être qui n'est qu'à lui, ne réside que dans sa propre contexture organique, bien qu'on ait établi avec raison des groupes généraux de tempéraments. Nul homme, comme on l'a dit, ne ressemble exactement à un autre homme par le tempérament, pas plus qu'il ne lui ressemble par la figure ou par le caractère, la physionomie de l'âme. Cela posé, c'est donc ce tempérament individuel, ce mode vital particulier, qu'il faut étudier et connaître. Quoiqu'il y ait ici un vaste champ d'investigation, nous nous bornerons à quelques règles générales.

V habitude extérieure. — La force et la masse du corps ne sont point les garants de la santé; c'est de la proportion des organes et de leur harmonie qu'elle dépend principalement. Ainsi, le volume de la tête,

la longueur ou l'épaisseur du cou, la stature plus ou moins élevée, la juste ampleur de la poitrine et de l'abdomen, la force ou la faiblesse des membres, la fermeté ou la mollesse des chairs, la saillie des extrémités articulaires, la couleur de la peau et des poils, les traits de la figure, et notamment l'état des yeux, le timbre de la voix, les gestes, le marcher, etc., tels sont les sujets principaux de cette division.

Les fonctions de nutrition. — La digestion et le cercle entier de ses phénomènes. Ce point est capital. Quiconque digère mal ne peut espérer ni une santé stable, ni une longue vie. Toutes les probabilités sont contre lui.

Le jeu de la respiration. — Une poitrine large ou resserrée, à son mat ou très sonore, une haleine courte ou un soufile étendu, doivent être pris en considération. Le caractère d'une bonne poitrine, en général, est de pouvoir monter assez rapidement ime colline ou un escalier, bien plus encore, si en montant, on peut parler ou chanter, la règle est intaillible.

L' impulsion circulatoire. — Les mouvements du :œur, la lenteur ou la précipitation du pouls, son irrégularité habituelle ou extraordinaire, la nature du sang, plastique ou fluide, pâle ou très coloré, ne doivent pas être oubliés.

Les fonctions de relation. — Rechercher avec soin qui prédomine du système contractile ou du système

sensible; quel est le mode habituel de la sensibilité; quels sont les agents qui l'excitent avec plus de facilité et d'intensité. C'est sur ce pivot queroulepresque toute la vie; de là son extrême importance pour la santé.

Les organes en particulier. — L'étude générale de la constitution ne suffit pas; il est indispensable d'examiner un à un les organes les plus importants; il faut tâcher de découvrir le plus faible, le plus irritable, le plus fatigué, parce que celui-là est à coup sur le plus menacé. Rappelez-vous que tout organe qui donne au moi la conscience de son existence, est un organe malade ou qui ourdit une maladie devant éclater tôt ou tard. Cet organe exige donc une surveillance particulière; car, dans la république organique comme dans l'ordre social, c'est le cri du faible qui appelle sur lui l'attention protectrice du pouvoir.

Les maladies accidentelles et les maladies héréditaires.— Quelles sont celles qu'on a éprouvées même dans l'enfance, celles qui menacent sans cesse d'envahir l'économie, enfin les modifications qu'elles ont pu imprimer à la constitution. Telles sont les questions auxquelles il faut s'attacher à répondre.

A quelques exceptions près, on hérite du tempérament des auteurs de ses jours; par conséquent, on est enclin aux mêmes maladies, aux mêmes affections Napoléon mourut de la même maladie que son père.

Kio HYGlEiNli.

11 y a plus, il est démontré que quand les parents dont on est issu ont poussé loin leur carrière, il en résulte une grande probabilité de longévité pour les enfants, toutes choses étant égales d'ailleurs. Les habitudes acquises. — Analyser avec soin les changements qu'elles ont apportés au tempérament. La loi physiologique des habitudes et ses conséquences hygiéniques seront examinées plus loin. En attendant, nous signalons leur force immense sur le corps humain ; rien ne le modifie plus sûrement, plus profondément. On a dit qu'elles formaient une seconde nature ; un philosophe prétend même que la nature n'est qu'une première habitude.

Influence du moral sur le physique. — Autant cel examen est essentiel, autant il présente de difficultés. Calculer avec précision, s'il était possible, le degré d'influence des idées, des sentiments, des passions sur l'économie, serait en effet le summum de la philosophie médicale. Quoi qu'il en soit, il faut tâcher de résoudre approximativement le problème, et le résoudre avec courage et franchise, sans vanité, sans fausse mesure, sans illusions. Il importe de descendre dans le sanctuaire du for intérieur, d'y examiner à nu le cœur et l'esprit, ces puissants ressorts de la vie, dont l'influence est si grande sur la santé et le bonheur. Ainsi qu'on ne connaît les désordres de la tempête que quand le calme est rétabli, de même on ne peut guère apprécier les impétueuses

commotions de l'âme que lorsque la raison a repris le timon. Ajoutons que le diapazon de la sensibilité variant dans chaque individu, on remarque également d'énormes différences dans les effets produits par l'activité morale. Chez l'un, l'âme ébranle à peine le corps, la passion ne s'élevant qu'à une faible hauteur. Touchez le pouls, les pulsations en sont égales, le cœur bat à l'aise dans la poitrine, le sang est resté froid. Chez un autre, au contraire, le cœur bondit ou s'arrête, les nerfs se crispent, les muscles se contractent involontairement, la bile coule à flots, les cheveux blanchissent, etc. ; quelquefois même l'impression est telle, que la mort frappe en même temps que l'idée de douleur ou de plaisir extrême a pénétré dans le cerveau.

Il faut encore remarquer que toute passion, dans son paroxysme, double et triple les forces organiques. Il n'y a pas de corps faible avec un sentiment très exalté; mais alors plus les forces s'élèvent, plus rapidement elles se consument, la réparation étant rarement aussi complète que la déperdition (1).

L'essentiel est de bien saisir le caractère dominant

(1) Que d'exemples ne pourrait-on pas citer à l'appui île ces principes! En voici un as^ez remarquable. Une jeune dame, faible, nerveuse, délicate au plus haut degré, pouvait à peine soutenir ■ m existence. Sun enfant est atteint d'une maladie grave ; pendant un mois, elle lui prodigue jour et nuit les soins les plus attentifs, les plus assidus. Jamais, pendanl ce temps, elle n'éprouv i le

du tempérament ; ce point obtenu, le reste est i'aciler car tout ce qui tient à l'homme dérive d'une seule source; une même force a voûté le crâne et V ongle de Vorleil. Ce n'est pas sans quelque raison que Lavater dit avoir reconnu, en présence de Zimmerman, le caractère d'un homme « à la tournure de son coude. » Tout est donc homogène dans un individu donné, la forme, la couleur, les cheveux, la peau, les veines, les nerfs, les os, la voix, la démarche, les manières, le style, le geste, les passions. Il y a une sphère d'activité dans laquelle se meuvent les facultés, sphère corrélative à l'action organique, en raison de l'harmonie, principe inépuisable de toutes les existences possibles, et de l'unité, qui fait que le corps humain, admirable synthèse, répugne comme l'univers à toute décomposition.

Mais les investigations dont nous avons parlé étant faites sur le tempérament et ses particularités, il faut conclure, et faire en sorte d'avoir sans cesse présent a l'esprit le tableau fidèle de la constitution et des forces dont la nature nous a doué. Voilà le guide qu'il ne faut jamais perdre de vue; car la sagesse bien entendue consiste à savoir ce que l'on est, ce

moindre accident : jamais sa santé ne parut plus ferme et plus brillante. Enfin l'enfant se rétablit. « Que je suis heureuse! » s'écrie cette bomic mère les larmes aux yeux. A l'instant elle éprouve une défaillance, tombe et meurt : le principe de vie était entièrement consumé. [Note de ll.-P.)

que Ton peut et ce que l'on doit faire. Ce n'est pas tout, il est indispensable de se livrer à un nouvel examen au bout d'une période de temps donnée, afin déjuger les modifications survenues pendant cette époque. C'est l'estime du vaisseau qu'il s'agit de relever : plus sa course a été longue et orageuse, plus sa structure doit être ébranlée, fatiguée; assurez-vousen. Mais c'est perdre son temps, objectera-t-on, à des études frivoles et presque honteuses pour un homme d'esprit, surtout s'il se pique de philosophie. Croyez-nous, on paye cher une pareille méprise de l'amour-propre. D'ailleurs, ces recherches exigent plus d'attention et de soin que de temps, surtout quand on est aidé par un médecin instruit et pénétrant. Pesez à la balance de la raison les avantages de cette méthode avec les résultats de son oubli, et prononcez.

En résumé, la connaissance de soi-même est la première base de la santé; or, se bien connaître soimême, c'est savoir avec précision ce qu'on a été, ce qu'on est et ce qu'on peut devenir; c'est le mérite d'apprécier avec justesse, sa vie, son être, d'en approfondir tous les secrets, d'en juger les habitudes, d'en peser les résultats, d'en estimer le bien et le mal. Il faut donc s'environner, se pénétrer de tout ce qu'on connaît d'utile, de sain, de nuisible, de bon à sa propre économie, sans oublier pourtant que le trop de soins conduit à la susceptibilité, par consé-

quent à des soins de plus en pins exigeants, minutieux, impraticables, et finalement impuissants, à l'insupportable pli d'une feu-ille de rose. La santé est une plante délicate qui a besoin de culture, mais à laquelle sont indispensables le soleil, la lumière, et l'air pur.

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