CHAPITRE PREMIER
La difficulté de définir la vie; — Les deux doctrines-, — Évidence de la doctrine spiritualiste ; -- La doctrine spiritualiste et l'art de guérir.
Difficulté de définir la vie. — On a essayé plusieurs définitions de la vie, mais aucune n'a réussi à se faire admettre sans provoquer de sérieuses op positions, car aucune n'a réussi à satisfaire pleinement l'esprit. Les définitions insuffisantes sont habituellement remplacées par de longues descriptions, mais quelque minutieuses qu'elles soient, ces descriptions ne font connaître que les phénomènes qui
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sont à la portée de notre observation. Le reste, qui est l'essentiel, demeure dans l'ombre. Il faut donc s'en tenir aux phénomènes, heureux si nous voyons, si nous apercevons quelque rayon de lumière échappé de l'enveloppe jusqu'à présent impénétrable qui cache à la vue humaine le secret de la vie. Que représente le corps humain vivant et animé? un mécanisme très compliqué, qui commence, dure quelques instants, périt et passe; une agglomération d'organes jouissant de leur vie propre, et néanmoins parties d'un même tout, fins et moyens les uns des autres, liés par une solidarité d'actions convergentes vers un but qui est l'entretien de la vie; des appareils de fonctions diverses pour la nutrition, pour nos rapports extérieurs delareproduction de l'espèce; puis unfluide contenant tous les éléments organiques, vrai fleuve de vie qui se distribue équitablement à chaque omane ; une suite de destructions et de restaurations, d'éliminations et d'assimilations perpétuelles, d'aclions et de réactions, d'impulsions, de sympathies, tous phénomènes soumis à une direction suprême pour arriver par un vaste ensemble d'harmonies organiques, à cette unité, à ce moi, qui peut s'interroger et se reconnaître dans le mystère de cette merveilleuse création. La vie n'en est pas mieux définie dans cette énumération qui vient d'en indiquer les principaux phénomènes, elle a néanmoins l'évidence d'un fait, que nous sentons, que nous jugeons, dont nous
calculons les forces et dont nous constatons les effets, mais la cause est soustraite à notre intelligence. Rien de plus clair, si on ne demande pas ce que c'est, mais rien de plus obscur si on veut tenter d'en donner l'explication.
Les deux doctrines. — Les résultats que les savants ont obtenus, correspondent à deux doctrines antagonistes qui se partagent le monde. Ces doctrines ou ces croyances, sont le spiritualisme et le matérialisme.
La première de ces deux croyances enseigne qu'il y a dans le corps humain, à l'état vivant, une puissance, une activité d'une nature supérieure d'où dépend la vie et dont les destinées survivent à la dissolution et à la transformation chimique des organes, tandis que la seconde considère l'homme comme un assemblage de ressorts mis en mouvement par euxmêmes, dont chacun remplit fatalement sa lâche et qui se désorganisent finalement, quand dans cet ordre survient une cause de dissolution, contre laquelle rien ne prévaut. Le spiritualisme ouvre un large horizon devant l'homme; il est le fondement de la morale qui garde la conscience individuelle, et protège les sociétés; il marque en même temps les destinées qui ne sont pas renfermées dans les limites étroites d'une courte existence, mais qui survivent à la dissociation des éléments de notre corps. Le matérialisme n'admet d'autres destinées
pour l'homme que celles qui se mesurent sur la durée de la vie. La loi morale est pour lui celle des appétits; car les satisfaire dans leurs exigences et même dans leur liberté sans entraves, voilà sur quel fondement il fait reposer le bonheur de l'homme et le gouvernement des États. Quelle est l'intelligence droite qui hésiterait à fixer son choix sur le premier des termes de cette alternative.
Évidence de la doctrine spiritualiste. — Les preuves de l'existence de l'âme ne manquent pas; elles n'ont jamais fait défaut à celui qui les cherche. Le cerveau et la tête conservent les mêmes dimensions depuis l'apparition du premier homme sur la terre quoiqu'en aient dit des contradicteurs, aveugles ou passionnés. Que de choses ce cerveau a contenues depuis! que d'idées fécondes y sont nées! que de merveilles en sont sorties ! Si ces divers effets avaient tenu seulement à l'organe, de nombreux changements s'y seraient produits depuis le commencement des temps, changements de forme et de volume que nous ne concevons pas et dont il serait difficile de se faire une idée; mais il n'en est rien. Pour l'explication de tels phénomènes, il faut de nécessité admettre une force séparée qui agit sur le cerveau comme sur un instrument disposé pour la servir, en toutes ses déterminations comme en toutes ses conceptions. Le rôle de l'âme en cela est relui du souffle du musicien dans le morceau de bois, muet par lui-même, et
dont l'artiste lire, à sa volonté, des sons et des mélodies. Des preuves plus détaillées, plus complètes, des preuves savantes ne sont pas plus concluantes que cette preuve vulgaire, acceptée par les meilleurs esprits et à laquelle ne saurait résister tout homme réfléchi qui se serait abandonné au courant de l'opinion contraire.
La doctrine spiritualiste et Varl de guérir. — Les déterminations de la volonté et les phénomènes si complexes de l'ordre intellectuel sont sous l'empire de cette puissance mystérieuse qui a été nommée l'âme. Mais l'âme fait-elle tout dans l'organisme? s'abaisse-t-elle aux fonctions inférieures comme elle s'élève aux fonctions supérieures? régit-elle les actes indépendants de la volonté de l'homme, qui échappent à son commandement et qui résultent d'une prévoyante ordonnance? une école renommée pour ses goûts philosophiques, s'est prononcée pour la négative. Il y avait suivant elle à admettre dans le gouvern.ament des corps, une activité vitale, commune à tous les représentants du règne animal y compris l'homme, une force particulière spéciale, par laquelle, les organes vivent dans la plénitude de leurs fonctions, et lorsqu'ils s'en écartent y sont ramenés par un effort de celte activité vitale, ou par les moyens artificiels qui peuvent y suppléer. C'est sur l'existence de cette force conservatrice et réparatrice qu'est fondée la thérapeutique, cette science des
agents qui forment le groupe des moyens dont dispose le médecin dans le traitement des maladies. Or, ce n'est pas à ce principe supérieur qui gouverne l'homme, que s'adresse la thérapeutique, elle s'adresse à cette force à cette activité vitale quigouvernc les organes et qui entretient la vie dans l'ensemble comme dans chaque point du corps et maintient de plus la durée des conditions indispensables au jeu libre et régulier des fondions. Que se passe-t-il, en effet, dans les maladies lorsque le médecin armé de ses remèdes s'efïorce à rétablir dans un corps, l'équilibre qu'il a perdu? il modère ou affaiblit l'activité vitale sur un point, il la provoque et l'excite sur un autre, il opère enfin de manière à ramener une égale répartition de cette force dans l'organisme ce qui conduit à rétabir dans les fonctions, l'harmonie qui avait été troublée.
Mais l'activité vitale, l'activité par laquelle l'homme fonctionne, activité de développement, de conservation et de résistance aux causes désorganisatrices qui surviennent en toute occasion, cette activité ne se manifeste pas de la même manière dans chaque organe ou dans chaque système d'organes. Chacun a sa tâche, son mode de sentir et de s'exprimer dans le concert dont il tient une partie. C'est la parfaite image de la variété la plus riche, dans l'unité la plus complète. Ces considérations seront développées dans la suite de ce travail, car elles nous serviront dans leur
détail comme dans leur ensemble à gagner le but que nous nous proposons.
Les hommes qui se livrent aux travaux de l'esprit, ne s'intéresseront pas peu, nous l'espérons, aux développements qu'exige la tache que nous nous sommes donnée. Tel est notre sentiment et il ne pouvait en être différemment. On ne se livre pas aux travaux de l'esprit comme à tout autre travail qui demande une moindre dépense d'intelligence, c'est-à-dire à tout travail qui tient plus de la main que de l'exercice actif du cerveau; on ne se livre pas à ces travaux de qualité supérieure, sans porter son esprit au dedans, sans réfléchir aux pertes qu'ils coûtent, à la réparation que ces pertes exigent, et au moyen d'entretenir leur durée en veillant à ce mouvement de production dont peut sortir tant de dommages. Ce sont les curiosités légitimes et indispensables que nous avons cherché à satisfaire. Les hommes qui ont l'habitude de vivre dans le travail de la pensée, classe qui n'est pas peu nombreuse et qui tend à grandir tous les jours, y trouveront leur profit.
l'IlY.SlOUH.IE.