CHAPITRE II
La sensibilité; — La contractilité ; — L'homme à forte carrure le vir quadralus; -— Les tempéraments; — Le système nerveux.
La sensibilité. — Les deux modes principaux de l'activité vitale sont la sensibilité et la contractilité.
Lepremiet\est sous la dépendance du système nerveux qui en est le producteur et le distributeur dans toute l'économie. Il n'y a pas de point dans l'organisme qui ne soit sensible ou qui ne se montre tel, sous l'influence d'un excitant qui lui soit approprié. Un filet nerveux sensibilisateur est toujours présent quelque petit qu'il soit, ou quelque petite que soit la place où s'exerce sa fonction. Par ses centres comme l'axe cérébro-spinal, et les cerveaux secondaires représentés par les ganglions, d'une part, et de l'autre par leurs prolongements, qui pénètrent dans toutes les parties vivantes de l'organisme, l'homme est enveloppé de sensibilité. La liaison intime qui réunit en un seul tout toutes les parties du système nerveux, la multiplicité des points de concentration, la sûreté, la rapidité des communications, la variété, l'importance des effets donnent à cet appareil une
telle prépondérance dans l'économie qu'il est véritablement selon la parole de Hunter l'animal agissant, l'homme lui-même , dans l'ensemble comme dans la riche variété de ses modes d'action. De nos jours, on a comparé le réseau à mailles étroitement serrées des communications nerveuses, à un immense réseau télégraphique qui ne laisse pas plus de lacune dans les impressions qu'il reçoit que dans les ordres qu'il transmet. Rien de mieux que cette comparaison. Toutefois, elle amène cette réflexion : l'appareil nerveux est parfait dans son ensemble, comme dans ses détails, tandis que le télégraphique porte le sceau de l'imperfection comme toutes les choses de provenance humaine.
La contractilité. — Le second mode, avons-nous dit, par lequel se manifeste l'activité vitale, c'est la contractilité. Chaque tissu vivant est doué de cette qualité contractile avec une intensité plus ou moins grande suivant l'espèce du tissu. Ainsi portez un point d'excitation sur un de ces tissus organiques, il s'observe tout aussitôt qu'il n'y est pas insensible. Ce phénomène se traduira par un mouvement de resserrement, une contraction qui peut être considérée comme un effort de défense, de répulsion contre toute excitation extérieure. Dans la série animale, depuis l'être le plus élémentaire jusqu'à l'homme, cela se remarque, bien que la sensibilité n'y soit ni représentée ni distribuée de la même ma-
nière. Cela se remarque surtout dans les êtres supérieurs, autant dans l'état de santé que dans celui de maladie. Le mot de sensibilité s'est trouvé sous notre plume, parce que les deux modes de l'activité vitale ne se rencontrent pas l'un sans l'autre et que la fonction du second ne s'explique que par L'intervention du premier. La sensibilité sert en effet de commencement à tous les phénomènes vitaux; c'est le point de départ nécessaire.
Lhomme à forte carrure ; le vir quadratus. — Il faut que la sensibilité s'exerce pour que la contractilité se produise. Cependant la contractilité qui appartient surtout à la fibre musculaire, semble former une qualité séparée indépendante de toute autre, dans les manifestations de quelque intensité. Ainsi sous l'action d'un excitant et même sous le seul effort de la volonté, les muscles des membres se contractent de manière à former saillie sous les téguments qui ies recouvrent et a produire une augmentation de température en même temps qu'un dégagement de fluide électrique. Ane considérer que la force avec laquelle s'opère cette contraction, elle peut se mesurer au moyen du dynamomètre qui marque tous les degrés de son intensité. Celte force de contraction est l'apanage des hommes musculeux, doués d'une circulation active, d'une large respiration, du vir quadratus, de l'homme à carrure qui doit au développement de la musculature, ce type moins commun aujourd'hui
LES DEUX MODES DE L'ACTIVITÉ VITALE. li
qu'autrefois, que représentent quelques images de l'Hercule mythologique dues au ciseau des artistes de l'antiquité.
Les tempéraments. — ■ Les hommes constitués de cette façon ont ce qu'on nomme depuis les temps les plus anciens, le tempérament sanguin. Qu'entend-on par le nom du tempérament! c'est ce que nous avons à dire. Quand un système d'organes prédomine dans l'économieles autres systèmes, de manière à présenter une activité tellement supérieure qu'elle abaisse notablement celle des autres, il imprime à l'organisme, un caractère en rapport avec cette prédominance. De là le tempérament nerveux, sanguin, bilieux, lymphatique, etc.. Pour prendre le tempérament sanguin, en exemple, celui-ci se dénonce autant par la puissance de la musculature que par la coloration du teint déterminée par l'abondance du sang- et l'activité de la circulation. Les tempéraments à quelque nom qu'ils appartiennent ne sont pas toujours nettement tranchés. Ils se présentent, en général, à l'état de mélange, d'empiétement de l'un dans l'autre, d'où provient cette riche variété de types qui composent la famille humaine. C'est aux anciens que remonte la classification des tempéraments, pour laquelle, une part revenait à l'observation, l'autre était prise dans l'hypothèse. Ils avaient admis un type idéal qui réunissait les qualités principales des divers tempéraments et en excluait les influences vi-
cieuses. Il était désigné sous le nom de temperamentum temperalum, tempérament tempéré. Certes, si on avait pu en trouver un exemplaire réel, on aurait acquis à la science, un beau fait d'observation. Mais un tel type n'est jamais descendu des régions de l'idéal. Néanmoins les tempéraments se combinent en diverses proportions, comme chacun sait, de manière à produire des individualités, sinon des lypes plus ou moins remarquables. Ainsi le tempérament nerveux peut se combiner heureusement avec le tempérament sanguin, de façon à montrer qu'un grand développement de force physique peut s'allier avec la grandeur intellectuelle , avantages qui s'excluent plus souvent qu'ils ne réussissent à prospérer dans leur union.
Platon ét;iit renommé pour la vigueur de sa constitution; il se distinguait par les épaules carrées, c'était le vir quadratus en même temps que l'esprit supérieur qui a rempli le monde de son nom.
Léonard de Vinci qui n'était pas seulement un peintre de premier ordre, mais une vaste intelligence, se faisait remarquer par une grande force corporelle.
Buffon, le maréchal de Saxe, Gluck, Mirabeau et nombre de modernes que l'on pourrait joindre à celte liste se sont rapprochés plus ou moins des types que nous venons de signaler. C'est une belle chose assurément que cette union des forces sensitives et
des forces motrices. D'un côté, la vie nerveuse dans son développement, dans sa richesse, et même dans son exubérance, de l'autre une vigueur qui sert à tous les actes de la vie, mais dont le plus important est le maintien de la santé, si exposée à des troubles par l'exercice trop actif de l'activité nerveuse.
Le système nerveux. — Le système nerveux par les différentes parties qui le composent, les unes ramassées sur elles-mêmes comme les centres formés par le cerveau, la moelle épinière et les ganglions, les autres se distribuant par des cordons qui s'amincissent jusqu'à se perdre et se confondre dans la trame des organes, le système nerveux occupe anatorniquement uneplacetrèsétenduedansl'organisation. Naturellement il n'en occupe pas une moins grande par sa fonction. Il préside aux grands actes de la vie par les impressions qu'il porte au cerveau et par les déterminations qui en sont la suite. C'est lui qui fonctionne dans tous les actes par lesquels se manifestent la sensibilité et l'intelligence. Il est l'instrument nécessaire de tout travail d'esprit, instrument qui n'est pas tout, comme le soutiennent les matérialistes, puisqu'il lui faut de plus cette activité qui lui dicte en quelque sorte le langage qu'il doit tenir afin que l'organe remplisse la fonction pour laquelle il a été façonné.
Lorsque par nature ou autrement, rien ne contrebalance, ou tout au moins ne modère l'excitabilité
du système nerveux dans la prépondérance qu'il a acquise sur les autres influences de la vie organique, le tempérament qui résulte de cette rupture d'équilibre est le tempérament nerveux. Dans cette sorte de tempérament tout fait de sensibilité, le plaisir est ressenti dans une gamme aussi étendue que la douleur. Pour les hommes qui le possèdent, il y aurait autant à s'en plaindre qu'à s'en louer. Néanmoins, si les uns se plaignent d'un tempérament aussi riche d'émotions, car par l'excessive sensibilité dont il est doté, il ouvre un large champ à la douleur et prive l'existence de cet état paisible qui semble le meilleur des biens, d'autres et c'est le plus grand nombre, n'ont des yeux que pour le beau côté de la médaille. La vivacité des jouissances fait chez ces hommes-là oublier la douleur à tel point qu'elle ne laisse qu'une impression passagère. Le tempérament nerveux est celui des hommes passionnés. Comme la culture active de l'intelligence est une passion qui transporte, qui excite à un haut degré ceux qui en sont possédés, il s'ensuit que ce tempérament est dans la. généralité des cas celui des hommes livrés aux travaux de l'esprit.