‹ Hygiène de l'espritChapitre 30 sur 58 · L'ATMOSPHÈRE · texte numérisé non relu

L'ATMOSPHÈRE

n'avait. point échappé aux anciens, et le traité d'Hippocrate, des eaux, des airs et des lieux, rend témoignage de cette vérité. En effet, ce lluide qui nous enveloppe de toutes parts, qui agit sur nous mécaniquement parla pression, physiquement par sa température, chimiquement par les gaz qui le constituent et par d'autres influences plus ou moins réfractâmes® l'analyse, fait partie de notre substance par la réviviiication du sang, but de la respiration. Dès lors il est évident que plus ce sang sera pur, plus il influera favorablement sur l'économie et même sur l'intelligence. Aussi ce même Hippocrate a-t-il dit : Aer sapientiam cerebro et motum membris exhibet (1). II ne faut donc pas s'étonner, si les facultés de l'esprit ont élé poussées à leur plus haut degré de supériorité dans certains climats, et si après trente siècles., malgré l'étendue de nos connaissances, nous ne sommes encore que les disciples de Platon, d'Aristote, des poètes et des artistes grecs. La forme des gouvernements, les mœurs, la civilisation de l'heureux pays qu'ils habitaient, dépendaient elles-mêmes du climat. Si les hommes du Nord ont conquis iô Midi, les opinions du Midi ont toujours conquis le Nord. Soyez convaincus que le génie, cette plante céleste, ne porte ses plus beaux fruits que sous l'influence d'un soleil ardent, d'une atmosphère pure

(I) Hippocrate, de la maladie sacrée, Œuvres complètes, traduction nouvelle par E. Liltré, t. VI.

et brillante. C'est dans les climats chauds et tempérés que la nature et la vie sont prodigues de leurs trésors : c'est là qu'on crée, partout ailleurs on ne fait qu'imiter, à l'exception des sciences physiques! résultat d'une suite d'observations.

D'ailleurs une terre fertile, un ciel doux, délivrent l'homme, dans les contrées méridionales, des soucis du présent, des inquiétudes sur l'avenir, et lui procurent cet heureux calme de l'âme si favorable à l'essor de l'imagination. Mais dans nos climats brumeux, cœlum nebulis fœdum, selon l'expression de Tacite, il faut lutter sans cesse contre les intempéries de l'atmosphère; dès lors l'intelligence perd la moitié de sa force (1). Cette lutte est presque toujours au désavantage des hommes éminemment impressionnables, souvent réduits à un état d'énervalion musculaire. L'observation médicale en fournit des preuves chaque année dans nos grandes villes. Le froid, l'humidité, les brouillards, les vents impétueux, les rapides changements de température, les pluies abondantes,

(I) Pour combattre avec avantage la mélancolie, les pays de lumière, Humboklt dit dans son Cosmos : « La lumière du ciel sui- » vant les différents degrés de sa durée et de son éclat est aussi » en relations mystérieuses avec l'intérieur de l'homme, avec l'ex- » citation plus ou moins vive de ses facultés, avec la disposition » gaie ou mélancolique de son humeur : c'est ce que Pline l'an- » cien a exprimé par ces paroles cœli tristitiam discutit sol, et » humitni nubila animi serenat. »

(Note d'Ed. C).

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