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L'ATMOSPHÈRE

des hivers sans fin, des étés incertains, orageux, des exhalaisons insalubres, quels ennemis pour un organisme délicat, nerveux, irritable, souffrant, épuisé! Aussi, voit-on la plupart de ces êtres débiles, éprouver à chaque instant de violentes secousses, des maladies plus ou moins graves, dont la cause remonte presque toujours à l'état de l'atmosphère. Dans les grandes chaleurs de l'été, la sensibilité s'exalte, mais la contractilité diminue; voilà pourquoi dans cette saison, les organes digestifs manquant d'énergie et de vigueur, prédisposent aux flux du ventre, aux dysenteries, aux cholérines, etc. L'état atmosphérique agit également sur l'intelligence ; il y a vraiment des jours où l'esprit ne sent pas juste : sapiens dominabitur astris. Les pensées quelquefois faciles, abondantes, s'arrêtent tout à coup, les sources de l'imagination s'ouvrent et se tarissent d'après les degrés du baromètre ou du thermomètre. L'arrivée des équinoxes ou des solstices, influe plus qu'on ne croit sur les chefs-d'œuvre des arts, sur les affections, les événements de la vie, les catastrophes politiques (1).

(1) L'histoire rapporte que le chancelier de Chiverny avertit le président de Thou que si le due de Guise irritait l'esprit d'Henri 111, pendant la gelée, qui le rendait furieux, il le ferait assassiner, ce qui arriva en effet le 23 décembre 1588.

On sait toute la part qu'avaient les saisons sur le génie de Milton et sur ses travaux.

« 11 me semble que j'ai l'esprit fou dans les grands vents. » (Diderot.)

Demandez aux poètes, aux artistes, à tous les penseurs, si chez eux, un vif sentiment d'énergie, d'alacrité qui fait désirer le mouvement, l'action, le travail, ou bien un certain état de langueur, de malaise inconnu, indéfinissable, ne se lient pas à l'état atmosphérique (1).

Les saisons et les climats. — Posons donc en principe qu'un climat tempéré, une saison douce où règne le sibilns aurœ tennis de l'Écriture, un air pur, toujours renouvelé, constituent non seulement la première des jouissances physiques, mais une des

(1) Il règne à Londres où l'atmosphère humide et terne pèse dans les mauvais jours, sur la ville, comme une calotte de plomb, une affection lypémanique qui conduit souvent au suicide. On connaît le nom de cette maladie singulière et fatale, c'est le Spleen. D'autre part, Babinet fait l'observation suivante : « Les vents d'est du printemps, dit-il dans ses Études et lectures, qui au commencement d'avril tourmentent si cruellement les constitutions nerveuses au moment où ils réjouissent la capitale de la France, poussent au suicide les habitants de Londres habitués à une atmosphère plus humide. »

Noted'Ed. C.

c Je suis toujours plus religieux un jour de soleil. » (Byron.) L'influence de la lumière et de la chaleur solaire était surtout très remarquable sur l'auteur de Gilblas, à une époque avancée de sa vie. 11 s'animait par degrés, à mesure que le soleil approchait du méridien; il semblait avoir conservé la gaieté, l'urbanité de ses beaux ans, la vivacité de son imagination; mais au déclin du jour, l'activité de son esprit et de ses sens diminuait graduellement, et il tombait bientôt dans une sorte de léthargie qui durait jusqu'au lendemain.

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