CHAPITRE III
Règles générales de l’hygiène de la digestion.
Jusqu’ici nous avons vu les différentes phases de la digestion, son mécanisme et son but; nous avons vu ce qu elle est en elle-même, ce qu’elle devient par l’exercice simultané des autres fonctions. Ses rapports nécessaires avec toutes les autres fonctions nous l’ont montrée convergente ; elle concourt avec elles au but unique, au développement et au main» lien de l’unité humaine. Son activité est toute d’association, toute harmonique. Pour ce qui a rapport au mode général, se nourrir, l’appareil digestif est aux autres appareils ce qu’est l’estomac aux autres instrumens de la digestion, c’est le primos inter pares et rien de plus. Même chose à dire de la coordination des trois modes généraux : le cerveau et les centres nerveux, bien que moteurs, n’ont point pour cela, sur les autres appareils, une autorité indépendante; ils influencent et sont influencés; ils excitent
et sont excités, ils troublent par leur suractivité le jeu harmonique des autres appareils, mais ils sont troublés de la même manière par la suractivité des autres. Ces actions réciproques n’ont point lieu au hasard, elles sont soumises à des lois; et pour ce qui touche la fonction digestive, ces lois sont la règle générale de l'hygiène de la digestion. Leur expression la plus simple et la plus concise, telle qu’elle résulte des deux chapitres précédées, peut se formuler comme il suit :
1° Santé , force et bien-être , maintien et accroissement de {’ activité de la digestion et de ses inst rumens} par le fait seul de celle activité tenue dans de justes limites.
2° Malaise faiblesse et souffrance , trouble et diminution ou exagération vicieuse de T activité de la digestion et de ses i ns t rumens, par le fait seul de leur inaction et de leur activité insuffisante ou exagérée.
3° Santé , force et bien-être , maintien et accroissement de V activité de la digestion et de ses instrumens, par ï activité harmonique des autres Jonctions.
4° Malaise , faiblesse et souffrance , trouble et diminution ou exagération vicieuse de V activité de la digestion et de ses instrumens , par Vinactivité ou la suractivité des autres fonctions.
5° Santé , force et bien-être , maintien et accroissement de V activité des autres fonctions , par V activité modérée et soutenue de la digestion.
U KG LE S GÉNÉRALES
G0 .Enfin malaise , faiblesse et souffrance perçus ou non perçus , trouble , diminution ou exagération vicieuse de l activité des autres fondions, par ï inactivité ou la suractivité de la digestion et de ses instrum ens.
Il n’y a dans les prescriptions qui résultent de ces généralités, rien d’abstrait : le sens commun le plus vulgaire peut en saisir la signification et s’y conformer. Nous observons dans l’unité humaine une infinité d’organes, d’instrumens, dont chacun a son utilité, son application naturelle; nous demandons que chacun soit utilisé, appliqué selon les vues de Dieu : que l’esprit perçoive et conçoive, que le cœur sente, que les instincts poussent la machine, que les muscles du dehors exécutent les mou venions volontaires, que la peau exhale et absorbe, que les poumons reçoivent le contact de l’air, et vivifient le sang à l’aise, que le cœur imprime au sang le mouvement de circulation, que le canal digestif retire des alimens, l’élément réparateur , qu’enfin chaque organe ait sa part d’activité légitime. Nous demandons que chaque système soit aciif, selon les lois connues de son activité : tel système a reçu la mission d’une activité continue : le cœur doit toujours battre, le poumon respirer; que chacun de ces systèmes soit toujours pourvu de son excitant naturel et de la meilleure qualité possible; tel autre système a reçu la mission d’une activité intermittente : le cerveau doit alternativement percevoir,
concevoir et se reposer, le système musculaire se
contracter et se détendre alternativement, le canal digestif digérer et se reposer. Eh bien! que chacun de ces systèmes agisse et se repose alternativement puisque telle est sa nature. Nous savons que chacun des grands appareils dont les fonctions sont intermittentes doit attirer à son tour le concours des puissances vitales pour s’acquitter de sa fonction : c’est une condition de santé; nous savons que le cerveau et l’estomac ne peuvent être actifs en même temps sans se nuire dans leur action; qu’il en est de même de l’estomac et du système musculaire de relation ; de l’estomac et des organes de la généraration , etc.
Pourquoi contrevenir à toutes ces lois? Pourquoi passer sa vie tout entière dans une lutte contre la nature même? Comment concilier le besoin incessant de bien-être, de bonheur avec cette persévérance à le rendre impossible? Je l’avoue, les contradictions que j’observe en permanence chez l’homme, pour ce qui touche le gouvernement de sa santé, passent les bornes de mon esprit. Et sur ce terrain entre les riches et les pauvres, les savans et les ignorans, les gens d’esprit et les simples, je ne vois vraiment point de différence : s’il y en a quelque peu, elle est le plus souvent en faveur du pauvre, de l’ignorant et du simple. Tous pourtant ont horreur de la souffrance; tous veulent être heureux, tous veulent ressentir dans leurs organes le bien-être et la force. Voilà ce qu’il y a de plus étonnant! Si le cultivateur bouleverse son champ, au lieu de le
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labourer, il n’en attend pas de récolte; si le mécanicien finisse un des rouages d’une machine, il ne lui demande pas le mouvement accoutumé. Pour les différens instrumens qui composent la machine humaine il n’en est pas ainsi ; on leur imprime des mouvemens contre nature, on les pousse à l’excès, on les tient dans le repos, lorsqu’ils devraient agir, et l’on en exige néanmoins une activité harmonique!
Et, chose à peine croyable, on s’irrite lorsqu’ils refusent leur service ou qu’ils le font d’une manière irrégulière et douloureuse. Pourtant s’il en était autrement, si les causes de désordre laissaient subsister l’ordre, ce serait un grand malheur; car l’irrégularité pourrait survenir sans cause appréciable. Il est fâcheux, et sous plus d’un rapport, que nos
premières études n’aient point un objet plus pratique que celui qu’on leur donne, et qu’elles nous laissent dans Fignorance de ce qui importe le plus dans la vie; c’est-à-dire des conditions même de la vie. De cette ignorance, il résulte des conséquences funestes pour la santé; notre esprit ne peut plus s’assujettir échanger de direction, à s’appliquer à la recherche de ce qui convient au corps. Attiré au dehors par le charme d’une activité accoutumée, il se révolte à l’idée d’une attention qui le replie sur la machine; il ne connaît ni la nature ni le degré de celte attention , il s’y refuse ou l’exagère. Cette disposition est pire que Fignorance même, c’est Fignorance qui ne peut ni ne veut être éclairée. Elle présente comme insurmontables, les plus simples
difficultés, cl fait naître les objections sans nombre, les résistances capricieuses à tout bon conseil. Tel savant ou tel homme de lettres se plaint à nous de ses mauvaises digestions, de la paresse et de l’inertie de l’estomac , des points de chaleur et de douleur développés dans les entrailles, des gonflemens , des productions de gaz , de mille troubles de la fonction qui rendent sa vie malheureuse et son travail infécond. Nous lui représentons que l’instrument de la pensée et celui de la digestion étant l’un et l’autre soumis à la loi d’intermittence doivent alternativement agir et se reposer. Vous croyez peut-être que le consultant est persuadé? Pas le moins du monde. Les objections viennent sans lin; sous les formes de raisonnement, de boutade, de raillerie , elles se diversifient à l’infini : nous voulons paralyser les élans du génie, renfermer l’esprit dans les limites étroites et grossières du corps , nous voulons réaliser sur notre client tous les ridicules du malade imaginaire, etc.
Remarquez bien que nous n’avons rien dit qui autorise de pareilles sorties; tous nos conseils se peuvent résumer en deux mots : rendre sa vie moins intellectuelle et plus intelligente . Le médecin ne doit point se piquer, s’impatienter de ces résistances, il a une noble mission à remplir; qu’il fasse donc appel à sa patience, à ses senti mens bienveillans et sympathiques , qu’il aime ces enfans sublimes et les protège contre leurs entraînemens. Qu’il les éclaire d’abord sur le jeu de la machine humaine, qu’il les instruise par des exemples; qu’il médite
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pour arriver à ce but les travaux des observateurs d’élite 5 qu’il lise et relise surtout X hygiène des hommes adonnés aux travaux de l’esprit de M. Réveillé-Pari sc ; c’est une source inépuisable de conseils utiles et intelligens. Nulle part la vie n’est mieux comprise; nulle part elle n’est révélée d’une façon plus délicate; le passage suivant est un modèle :
« Je suis persuadé que si la plupart des penseurs employaient à conserver leur santé, la dixième partie des soins qu’ils apportent au plus mince de leurs ouvrages, très rarement ils auraient le chagrin de l’avoir perdue. Il y a plus, c’est que, quand les forces sont affaiblies, on peut encore long-temps les ménager et les soutenir. Il y a un art de digérer avec un mauvais estomac, de se conserver, de vivre, malgré certaines maladies, comme un pilote habile conserve son vaisseau au milieu des écueils.
« Newtonavécu quatre-vingt-cinq ans : sa santé fut rarement altérée, il ne se servit jamais de lunettes; il ne perdit, assure-t-on, qu’une seule dent. On croit rêver en lisant de pareilles choses ; cependant les faits suivons donnent l’explication de ces phénomènes. Newton était né faible, délicat, et il le savait; il ménagea donc ses forces autant qu’il put, les réservant pour les objets de ses études. Sa vie fut toujours simple et son régime sévère; il ne vécut presque que de pain trempé dans un peu de vin, pendant ses expériences sur l’optique. On prétend que son habit était toujours de même tissu, quelle (pie lut la saison. A us-
sitôt que ses occupations le lui permettaient, il prenait de l’exercice. Doux, affable, modeste, le calme de sa ligure, la simplicité de ses manières, contrastaient singulièrement avec sa haute réputation. Mais ce qui influa davantage sur son bien-être, c’est qu’on ne lui a point connu de passion; celle même de la gloire était en lui très modérée. Ayant éprouvé quelques tracasseries, il se repentit de s’être fait connaître et d’avoir sacrifié à une vaine ombre, son repos, rem prorsùs subslantiale?n , selon ses expressions. Malgré l’importance de ses recherches, il savait suspendre son travail quand il se sentait par trop fatigué.
« Veut-on un exemple plus frappant encore que le précédent, de la puissance d’un plan hygiénique bien conçu? C’est celui de Voltaire. Personne n’ignore que le jeune Arouet était né si faible, qu’on n’espérait pas qu’il vécût, et il conserva toute sa vie l’empreinte de cette frêle organisation primitive. Ce n’est pas sans raison que lui-même s’étonnait d’exister, assurant qu’il avait passé sa vie à mourir. Par les progrès de l’âge, Voltaire acquit un tempérament bilieux, sec, ardent, volcanique. 11 eut cette irritabilité maladive si commune chez les penseurs, et la cause chez lui de ses impatiences, de ses chagrins, de ses violences. Aussi ne jouit-il jamais d’une santé parfaite, sa correspondance en fai t foi. C’est toujours le vieux, l’éternel malade; décrit de son tombeau , il n’est plus qu’une ombre; dans peu de jours on couvrira de terre son squelette parisien, etc. Ses
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cl réelles. Malgré des maux continuels et sans cesse renaissans, Voltaire remplit l’Europe de son nom, écrase tous ses rivaux, exerce une influence despotique sur les idées de son siècle; il publie soixantedix volumes, et fait à quatre-vingt-quatre ans, la tragédie d’Irène. Après tant de travaux, il termine glorieusement une carrière de dix-sept lustres.
« L’abus du café l’ayant fatigué, il lé mélangea de chocolat, préparation excellente qu’on devrait généralement adopter, il assurait d’ailleurs que les alimens et les boissons qui servent de remèdes, avaient seuls prolongé sa vie, et il en donnait pour preuve que, ne pouvant plus digérer, il prit pour tout aliment, pendant une année, de la bouillie faite avec la fécule de pomme de terre et du jaune d’œuf, substances en effet très digestibles et très nourrissantes. Hémorrhoïdaire et sujet à la constipation , il lutta toujours contre cette fâcheuse disposition , sachant très bien quelle était son influence sur la santé.
« Condenser par la méditation les forces de l’esprit, c’est en augmenter prodigieusement le ressort, mais malheur à celui qui en abuse. Voltaire recourait à trois moyens pour contrebalancer les funestes effets de cette pratique; l’exercice corporel qu’il aimait beaucoup, les distractions du monde et le changement d’objet dans le travail- t! y avait, dit-on, cinq pupitres dans son cabinet , sur lesquels étaient commencés cinq ouvrages différons. Se sentant fati-
gué du travail de l’esprit, il trouvait le temps d'être architecte, agriculteur, jardinier ou vigneron. Il courait de son cabinet à son théâtre, à ses plantes, à ses vignes, à ses tulipes; de là il revenait à ses études, à ses travaux littéraires.
« Pendant sa vieillesse, Voltaire redoubla de soins pour se conserver. On faisait du feu en tout temps dans son appartement , et il se couvrait d’excellentes fourrures de Russie. Pendant la rigueur de l’hiver, il prit le parti de ne plus sortir de chez lui; il restait
même au lit jusqu'à- cinq ou six heures du soir. Ce lit, d’une extrême propreté , était couvert de livres. Cet homme célèbre eût fourni une carrière centenaire, s’il n’avait pas lui-même manqué à ses préceptes. Agé de quatre-vingt-quatre ans, il quitte le pays où il avait conservé si long-temps son repos, son indépendance et sa santé; il vint à Paris, au milieu de l’hiver, et c’est avec raison qu’il dit à son vieil ami d Argentai : « J’ai interrompu mon agonie pour venir vous embrasser. » En effet , débile, usé par l’âge et les travaux, il ne put supporter les fatigues du voyage, encore moins les émotions vives et répétées qu’il éprouva à Paris. Des douleurs aiguës au col de la vessie et une rétention d’urine s’étant déclarées , il prit quelques doses trop fortes d’opium pour obtenir un peu de repos et de sommeil; mais il ne tarda pas à succomber.
« Les exemples seraient sans nombre pour démontrer cette vérité , que beaucoup d’hommes illustres auraient succombé de bonne heure, s’ils ne
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s’étaient astreints à un régime conforme à leur constitution et à leurs travaux. »
Newton et Voltaire, avec des organisations délicates ont vécu plus de quatre-vingts ans, et cela, parce qu’ils ont pu, parce qu’ils ont su diriger sagement leur corps avec une activité d’esprit exceptionnelle.
Il faut tirer profit des faits de cette importance; mieux que le raisonnement, ils portent la conviction avec eux et répondent à toutes les objections.
Pourtant certaines natures poétiques, enthousiastes , ne cèdent point à celte forme d’enseignement; mais rarement l’esprit et le cœur restent en même temps inaccessibles, j’en ai fait l’expérience : tel artiste que j’avais raisonné mainte et mainte fois et toujours inutilement, pour modérer sa furie , s’est rendu à une bonne parole, s’est trouvé vaincu par un mouvement parti du cœur. J’avais affaire, il y a quelques années, au plus entraîné de tous les artistes, homme éminent, mais inébranlable dans sa résistance : il voulait traiter la matière en esclave, établir la domination absolue de la pensée; et la pensée et la matière lui faisaient défaut en même temps. Il m’appelait sans cesse, et sans cesse je prêchais la réforme, je demandais l’activité harmonique; il ne nUentendait pas. Un jour, cependant, il avait été plus raisonneur, plus déraisonnable qu’à Uordinaire; j’avais suivi de mon côté la marche capricieuse des objections, les mouvemens de révolte, l’expression ferme de la résignation. Je ne luttais plus,. et, parcourant
d’un œil attristé cette belle organisation , je m’affligeais de sa destruction, dans un avenir prochain. Frappé de cette idée , je le quittais , et lui serrant la main avec une vive émotion ; « Cependant vous pour- « riez rester long-temps encore avec nous qui vous « aimons î » Cette poignée de main intime , cette exclamation involontaire qui venait à la suite d’un raisonnement intérieur, produisirent un effet dont je fus étonné moi-même. Il me retint, se jetant dans mes bras avec effusion. Il se livrait à moi tout entier, il se rendait à discrétion. Telle est la nature humaine î Les femmes nous offrent des exemples fréquens de celte confiance qui vient du cœur. Les aimer pour leur être utile; (es protéger contre leur propre faiblesse, inspire des paroles et des pensées qui les émeuvent et les livrent sans restriction à notre direction salutaire.
La répugnance que nous éprouvons tous à changer quelque peu nos habitudes, cesse complètement devant la menace d’un danger pressant, surtout lorsque cette menace persiste; il n’en est plus de même d’une menace passagère, d’un danger faible ou éloigné. La puissance de l’habitude, les jouissances de l’entraînement triomphent souvent de tous les efforts de la raison. Mais ce ne sont pas là les seules causes qui mettent obstacle aux réformes salutaires, ce ne sont pas même les plus fréquentes. La première de toutes, à notre avis, est une certaine paresse d’esprit, une certaine indécision, d’où résulte la persistance dans l’état accoutumé. Ouel autre obstacle à ce que
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la femme riche et trop sédentaire cherche dans la promenade au grand air, dans les bains de diverse nature, l'activité des fonctions digestives, la cessation des dégoûts, des névroses dont elle souffre? Quel autre obstacle à ce que l’homme de lettres, l’homme de bureau choisisse son habitation sur quelque point éloigné du lieu ordinaire de son travail? Est-il nécessaire de rappeler les cures miraculeuses dues au changement forcé des habitudes pendant la tourmente de nos révolutions? — Nous avons autour de nous des exemples plus récens et de même nature. Le retentissement de notre dernière révolution chez les peuples voisins, les tentatives malheureuses qui l’ont suivie ont produit d’illustres infortunes. J’ai vu beaucoup de ces hommes, naguère riches et puissans, jetés par le vent des révolutions sur une terre étrangère, trouver dans leur activité personnelle, par une sorte de renaissance, une richesse, une puissance plus durables que celles qu’ils avaient perdues. Tout récemment encore (juillet 4844), un des chefs d’insurrection du nord, me racontait avec effusion les bienfaits par lesquels la Providence l’avait consolé de la perte de tous ses biens et des chagrins de l’exil. Au temps de sa prospérité , il voyait la goutte endolorir ses articulations plusieurs fois chaque année, la névrose des entrailles assombrir sa pensée, irriter son humeur; aujourd’hui, la scène est changée : il se reconnaît à peine; le sentiment de bien-être s’élève de tous ses organes vers le cerveau ; sa pensée jaillit libre et facile, son humeur est égale et ferme. Dieu
le comble de ses faveurs , il le sent, et ce sentiment religieux ajoute encore au bienfait divin. Mais celle transformation salutaire est-elle le résultat d’une intervention directe et exceptionnelle en faveur du noble exilé? Nullement. Elle est la récompense assurée de tout homme qui vit selon la loi de nature. Le château splendide et les vastes domaines sont devenus une habitation modeste avec son petit jardin ; les nombreux serviteurs ont disparu, un domestique lidèle les remplace; aux splendides banquets a succédé le repas frugal; aux nuits de fête et d’orgie, les nuits calmes et le sommeil réparateur; à la vie molle, sédentaire, mêlée d’exercices violens, les soins du jardinage et l’exercice à pied; à l’entraînement des passions, aux fougues capricieuses de l’imagination, le travail obligé de l’esprit; à la pratique abusive des femmes, les soins, les douces consolations et la tendresse d’une amie dévouée, de la compagne de son malheur.
11 ne l’entend pas ainsi assurément, et le désabuser serait une mauvaise action. Il faut à l’infortune d’un cœur comme le sien, peut-être aussi à la noblesse de son sang! un miracle, une dérogation aux lois du monde. Quoi qu’il en soit, il est heureux, et prenant pour effet ce qui est cause, il énumère avec une complaisance naïve les puissances nouvelles de son organisation. Dès cinq heures du matin, il s’éveille dispos: il fait jeter sur tout son corps cinq ou six arrosoirs d’eau froide, puis se couvrant d’un peignoir de laine, il rappelle à la peau les fluides un moment
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repoussés; sa toilette achevée, il propage l’excitation à tous les muscles du corps par le jardinage, par l’exercice à pied pendant une heure ou deux. Depuis sept ou huit heures du matin , il se livre aux travaux de l’esprit , à la méditation , il correspond avec ses amis jusqu’à ce qu’une voix connue lui rappelle l’heure du premier repas : quelques œufs frais, le chocolat, le thé, associé aux fruits de la saison, en composent avec un verre d’eau toute la splendeur. Une heure ou deux de conversation avec la famille, avec des amis éprouvés, succèdent au premier repas; ensuite quelques visites, quelques courses obligées et trois heures au moins de travail sérieux dans le silence du ca~ binet. L’heure du dîner vient ensuite, toujours à propos pour les organes : un potage succulent, quelques tranches de viande rôtie, du poisson, ou des légumes, un peu de dessert associé à une bouteille de vin vieux de la patrie adoptive, satisfont à point les besoins de réparation. La fin de la journée se partage entre le jardin et les devoirs extérieurs du monde; un besoin pressant de repos, un besoin éloigné d’activité pour le lendemain, ramène à la maison, l’exilé que Dieu conduit par la main : après six à sept heures de sommeil, il recommence avec bonheur le labeur et les plaisirs de la veille. Dans ce récit que je donne avec fidélité , se trouve tout simplement l’application des préceptes les plus éclairés. Il reste d’ailleurs ainsi une part large à la reconnaissance envers Dieu; 11’est-ce rien en effet que d’avoir trouvé, guidé même par la nécessité, la juste distri-
bulion do Facii vite des organes. N’est-ce rien que d’avoir trouvé un nouveau but à sa vie, alors que le premier et le plus cher avait été détruit? N’est-ce rien enfin que ce pur amour, cette vive reconnaissance envers l’auteur des lois immuables qui gouvernent notre être. Nous l’avons déjà dit, et cet exemple le montre 5 l’activité harmonique des fonctions est le plus sur et l’ unique soutien de la santé et de lavie.
Grâces à F unité qui est le caractère et l’essence de notre être, la question si complexe en apparence de l’activité harmonique est une question simple. Il ne s’agit point en effet de gouverner ses fonctions, une à une, d’établir laborieusement entre elles des rapports d’action : la bonne et sage direction d’une seule entraîne le concours et détermine la mesure des autres , tout comme V abus d’une seule et sa déviation, amène leur désordre et leur activité anormale. C’est ainsi que nous avons vu dans le dernier chapitre, les mouvemens réguliers de la digestion porter sur tous les points le sentiment de bienêtre, et leur désordre endolorir la vie tout entière. Il faut le reconnaître pourtant, toutes les grandes fonctions ne réagissent pas les unes sur les autres avec une égale intensité, chacune a son importance.
De ce point de vue, comment se classent les autres fonctions par rapport à la digestion (1)? Voilà
(1) Nous avons dit: Maintien et accroissement de l'activité de la digestion et de ses instrumens , par l' activité harmonique des autres fonctions . Maintenant la soif et la faim, inévitables interprètes des
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une question pleine d’intérêt et dont la solution va nous donner le commentaire obligé des régies générales que nous avons posées.
II nous paraît superflu de démontrer l’inégalité dans les actions sympathiques des autres fonctions sur la digestion , car nous voyons des milliers d’individus penser peu et digérer à merveille; tandis que, sous nos yeux, personne ne jouit de la santé florissante , de la digestion facile avec une vie sédentaire. L’activité du corps, résulte d’une fonction auxiliaire de la digestion, à un plus haut degré évidemment que la surexcitation cérébrale.
Sans aller plus loin, nous déclarons donc l’inégalité des influences sympathiques, et nous passons à leur classement. Observons tous les étages de notre
besoins du corps dans de telles circonstances, nous inviteront à prendre desalimens, dont elles seront toujours le plus agréable et le plus sûr assaisonnement. Eh bien ! les organes digestifs recevront des ali— mens, appropriés sous le rapport de la quantité et de la qualité ; la digestion sera nécessairement facile, et le corps tout entier prêt et dispos pour de nouvelles pertes. Le cercle de la vie est ainsi parcouru, décrit d’une manière complète, sa surface est fermée de tout côté, et en même temps qu’il ne renferme en lui-même que des élémens d’activité normale, de bien-être et de longévité, il offre sur tous les points extérieurs un front de bataille que les influences contraires des agens extérieurs ne pourront facilement entamer. La puissance vitale au centre et sur tous les points, sans cesse active et éveillée, repoussera loin du corps leur action délétère.
On ne peut trop bien comprendre ce fait et cette double corrélation : les causes de santé et les causes de maladie naissent dans nos organes et dans les objets qui nous entourent ; l’activité harmonique des organes est un préservatif assuré contre les troubles pour cause interne ; c’est une vérité évidente par elle-même. Mais une vérité non moins certaine, c’est que de cette activité harmonique naît une force de
MO
société parisienne: depuis les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marceau, jusqu’aux hôtels du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée d’Antin : combien de degrés et de natures d’activité! Parlons du malheureux qui passe de l’ordure de son bouge à celle du ruisseau; partons du terrassier des Catacombes qui passe de l’obscurité humide des souterrains au réduit où sa femme l’attend avec sa famille scrofuleuse. Arrivons au ministre, au banquier, à l’oisif opulent, et suivons les nuances, les variétés de conditions entre les enfans de la famille humaine !
Tout bien pesé, et quelle que soit l’ardeur du désir qui nous pousse à la conquête de la fortune, le haut de l’échelle n’est, pas plus que le bas, salutaire à la santé et au bonheur : par des causes contraires, les
résistance qui le plus souvent, suffît à nous préserver contre les actions perturbatrices du dehors. A cette force de résistance, il faut attribuer le maintien de la santé pendant quarante, cinquante années, pendant un siècle même, chez certains individus qui ont traversé les plus terribles épidémies, les constitutions médicales, renouvelées plusieurs fois chaque année, sans éprouver le moindre désordre des fonctions.
Pour moi, il est hors de doute que, toute part faite aux dispositions individuelles, l’activité harmonique des fonctions dont la digestion est la clef de voûte, est le plus sûr moyen d’acquérir et de conserver cette précieuse résistance. La vie est un fait logique, et la santé qui est son seul mode naturel, une conséquence nécessaire de l’activité harmonique. Je vais même plus loin, car l’expérience me prouve que les constitutions maladives elles-mêmes, refont cette force de résistance, qu’elles affrontent impunément les causes de maladie qui frappent le plus grand nombre, lorsqu’elles entrent dans une sage entente de ce qui nuit et de ce qui sert. J’ajoute que la direction ferme et éclairée de la digestion est la base d’opération la plus solide, pour atteindre le but désiré : cette conviction acquise sur moi-même et sur les autres, m'a seule déterminé à entreprendre un travail long et difficile.
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mêmes maux à-peu-près sont aux deux extrémités. Que d’enseignemens dans ce tableau pour qui voudrait y lire! Cherchons-y, sans digression, ce qui touche à notre sujet. Les ouvriers de trois professions (les ravageurs, les débardeurs et les orpailleurs) conservent l’activité digestive par l’exercice du corps, dans des conditions d’ailleurs peu favorables à la santé, puisque l’air qui renouvelle le sang dans les poumons est imprégné de miasmes, puisque la peau de la moitié du corps est en contact avec la fange d’où se dégage ces miasmes infects. Ces causes de trouble dans les fonctions se joignent à la privation de lumière, à la suractivité des exhalations de la peau dans d’autres professions où le travail commence à dix heures du soir, pour ne se terminer qu’au petit jour, comme il arrive pour les vidangeurs et les égoultiers. Eh bien! nous trouvons, chez ces individus, une digestion plus active, une vie plus exempte de souffrance que chez le riche privé de l’usage de ses jambes, au milieu du luxe et de l’abondance. Comment se fait-il qu’ici encore la force et le sentiment de bien-être soient du côté le moins favorisé? L’exercice du corps en est la cause unique. Et le fait est si vrai que des jeunes gens robustes, placés dans des circonstances analogues pour ce qui regarde les qualités de l’air, mais privés d’exercice, contractent les plus terribles maladies. Les inflammations des entrailles, la lièvre typhoïde, sont, on le
sait, la menace incessante qui pèse sur les étudians,
retenus dans les amphithéâtres par les travaux de
dissection. Ces exemples dépassent notre but, ils prouvent non-seulement que les mouvemens réguliers du corps maintiennent, en l’accroissant, l’activité de la digestion , mais même qu’ils combattent et détruisent les influences délétères qui frappent les autres systèmes. Ces exemples posent l’activité du corps comme le plus puissant auxiliaire, le régulateur par excellence de la digestion. Nous le voyons d’ailleurs tout aussi efficace, tout aussi certain dans ses effets pour prévenir ou faire cesser les causes qui, partant des autres systèmes, portent le trouble dans l’appareil digestif. En effet, quel est le remède par excellence, quel est le seul infaillible contre les désordres si nombreux de la digestion chez les personnes sédentaires, chez les hommes adonnés aux travaux de l’esprit, chez ceux qui souffrent d’une émotion vive et profonde, d’un chagrin rongeur; chez ceux enlin d’une constitution délicate et nerveuse? — L’exercice, non limité, non déterminé à l’avance , mais l:exercice sérieux, l’exercice ayant un but, une affaire à l’une de ses extrémités. Ainsi F exercice est en première ligne incil ateur et protecteur de la digestion.
L’influence de l’air pur et de la lumière directe devient surtout évidente lorsque les désordres de la digestion, la langueur du corps et l’endolorissement qui en résultent, nous obligent à quitter les villes pour aller respirer aux champs. Alors se manifestent en peu de temps, des transformations qui tiennent du prodige. Telle personne se sentait leshypochon-
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(1res pleins de douleurs, de chaleur, le ventre tendu et parsemé de points , d’élancemens chauds et sensibles, rhumeur triste, les membres sans ressort et brisés: elle monte en diligence; à peine a-t-elle franchi les derniers coteaux, qui bornent les bassins de la ville, que déjà elle se voit renaître; son humeur s’éclaircit, elle espère; elle porte les mains sur le siège de ses souffrances. C’est en vain qu’elle y cherche les traces de la douleur, elles ont disparu. Tel autre qui, depuis des mois, suit à travers les nombreux détours de l’intestin le passage douloureux des alimens, qui entend le bruit varié des gaz en mouvement, qui passe par des alternatives sans fin de constipation et de diarrhée , de convalescence et de rechute ^ se décide enfin à quitter la ville où il se voit dépérir chaque jour. Il n’espère plus. Eh bien! un ou deux jours à peine passés à la campagne, et, sans plus attendre, il revit, il retrouve ses plus douces impressions. Naguère, un léger potage, un œuf à la coque renouvelaient la scène de ses souffrances. Aujourd’hui son repas abondant, composé de soupe, de viande, de légumes et de fruits, refait ses forces et répand dans tout le corps le sentiment de bien-être. Ces faits, réunis à ceux que nous avons présentés dans le chapitre précédent, nous conduisent à poser :
U air pur et vif, de température basse ou moyenne , introduit dans les poumon s , V air et la lumière directe donnés à flot , appliqués en vastes lames , à V enveloppe extérieure sont , à un haut degré , inci tuteurs et protecteurs de la digestion .
Ensuite nous plaçons comme s’ensuivant d’une manière nécessaire, la nutrition et l a calorification actives y la circulation facile et libre y les sécrétions dans leur mode normal.
Sans sortir de nos grands centres de population, sans changer les conditions matérielles de la vie, nous voyons autour de nous, et nous offrons nousmêmes de nombreux exemples des influences morales sur la digestion. Les affections tristes, les émotions vives la dérangent; il en est encore de même de l’activité exagérée de l’intelligence; nous l’avons vu et personne ne l’ignore. Mais ce que nous ne pouvons trop répéter et que l’on a moins observé en général, c’est le concours direct et , pour ainsi dire, matériel, que les émotions douces, les affections vives, l’espérance, l’ambition contenue et la pensée vive, donnent aux diverses phases de la digestion. Lorsque celles-ci succèdent aux précédentes, il s’opère dans cette fonction des révolutions presque miraculeuses. Un fait bien digne de remarque à l’appui de ce que nous disons , s’observe chez les personnes atteintes d’irritations chroniques ou de névroses des entrailles. Restent-elles seules après le repas, actives ou non par l’esprit et le cœur? Aucun des phénomènes de la digestion ne s’opère sans produire une sensation douloureuse; l’estomac est chaud, gonflé , sensible au toucher, des gaz s’y développent et sortent par la bouche, tout le corps est appesanti. Changent-elles les conditions morales ; ont-elles, au lieu de la solitude, une société agréable et connue;
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à la suite du dîner une conversation vive et gaie? La digestion se fait comme elle doit se faire, à leur insu, d’où nous disons:
L a pensée et les sentimens agréables , les émotions douces contenues les uns et les autres , sont incita teurs et protecteurs de la digestion à un haut degré .
Quant à leur suractivité, la famille entière des esprits cultivés, tous ceux qui ont reçu le sceau d’une civilisation avancée, en portent la trace douloureuse sur quelque point des organes de la digestion , chez eux : la méditation prolongée , les affections tristes et les émotions vives sont perturbatrices à V excès du travail de la digestion .
Si nous rapprochons de celte proposition ce que nous avons dit de la vie sédentaire, on comprendra comment la partie de notre travail où nous tracerons les préceptes qui regardent les personnes placées dans cette double condition de trouble, pour les opérations digestives, est la plus difficile et la plus importante. Une nation composée de soldats, de marins, d’agriculteurs, d’ouvriers actifs et aisés aurait peu besoin en effet d’une hygiène de la digestion : mais au-dessus et au-dessous de ce milieu, il n’en est pas de même.
La vie oisive, l’empire de l’habitude chez les peuples civilisés élèvent au niveau des besoins de premier ordre, le besoin dont les organes de la génération sont les instrumens. Tout le monde connaît les désordres qui naissent dans les organes de la digestion, à l’occasion des excès vénériens. Mais, sous la double in-
fluence de la vie oisive et de l’habitude, la privation des rapports sexuels enraie l’activité de l’estomac et des intestins. Les organisations fortes surtout où la vie physique est exubérante, éprouvent des besoins impérieux au sein même de l’activité générale, et ces besoins doivent être satisfaits. Pour ces cas, et pour eux seulement :
Le r approchement des sexes dans des limites convenables, sans provocation, est incitateur et protecteur de la digestion. — Nous tâchons de déterminer d’une manière précise la signification et la portée de la proposition qui nous occupe, car à notre avis il n’est dans les grandes villes, aucun autre système plus disposé aux abus. L’amour-propre, la vanité et beaucoup d’autres passions moins louables encore, communiquent à l’appareil génital une excitation tout-â-fait artificielle. Tel malheureux citadin, sans sève et sans vigueur, veut avoir plusieurs maîtresses; parce que le rôle d’homme à bonnes fortunes est en France le besoin le plus ardent de la vanité individuelle, depuis le héros jusqu’au laquais. Tel autre achète au prix de sa santé, de sa fortune, les faveurs d’une artiste en renom qu’il n’est pas capable de posséder. Dans notre pays plus que partout ailleurs le point d’honneur va se loger là où n’est point son domicile naturel. La santé générale et celle des organes de la digestion seraient améliorées, s’il était possible de diminuer ou de détruire les préjugés ridicules qui déterminent et guident l’activité des organes de la génération.
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Enfin pour les diverses parties de l’appareil, d’une extrémité à l’autre du canal, il convient de rappeler que l’activité modérée d’un système partiel^ facilite et rend efficace V activité de la portion suivante : ainsi la mastication complète, l’insalivation abondante des ali mens dans la bouche, assure leur digestion dans l’estomac, tout comme la pénétration exacte, la dilution complète et la revivification produite par le suc gastrique, aidées des mouvemens de f estomac assurent faction des sucs bilieux et pancréatiques dans le duodénum. Ces considérations terminent ce que nous avions à dire sur les généralités de notre hygiène. La forme toute pratique des deux autres parties nous dispense d’entrer ici dans l’étude des alimens, objet exclusif de notre dictionnaire. Ce que nous en avons dit dans notre premier chapitre suffit à l’intelligence de ce qui précède ; les articles alimens } alimentation , digestibilité , préciseront les faits.