‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 26 sur 27 · RAPPORTS SV M P ATI! I QUE S · texte numérisé non relu

RAPPORTS SV M P ATI! I QUE S

pylore pour se propager au duodénum el au foie. Les mouvemens tumultueux accompagnés de bruit dans toute l’étendue du canal et qui le plus souvent viennent à la suite du vomissement, permettent de suivre de la main et de l’œil, pour ainsi dire, la marche de l’excitation provoquée à la partie supérieure : les besoins d’aller à la garde-robe succédant à la perturbation gastrique, montrent la contractilité réveillée et exagérée, les sécrétions rendues plus actives jusqu’aux limites extrêmes de la fonction.

Les névroses et les irritations aiguës de l’une des deux ouvertures de l’estomac, les mêmes étals de ses différentes régions qui peuvent exister, ou séparés ou réunis , pervertissent ou suspendent les fonctions de toutes les autres parties de l’appareil et se traduisent, même à leur surface, en caractères qui permettent de reconnaître la nature et la gravité du mal éloigné des regards. Nous avons vu déjà comment une foule d’affections gastriques se révélaient par l’inspection de la bouche et de l’arrière-bouche; l’inspection immédiate ne peut point rendre compte, il est vrai, des irradiations sympathiques propagées vers les régions inférieures; mais les gonflemens à la suite de la digestion, les chaleurs locales, les mouvemens insolites, les douleurs, ou générales, ou partielles ou multiples, qui les accompagnent, les signalent d’une manière certaine. Comment en serait-il autrement? d’une part, les instrumens de la sensibilité organique répandus à profusion dans le ventre, recueillent les impressions locales, même les plus fugaces, et les transit

portent aux points extrêmes par des communications nombreuses et sûres; d’autre part, l’altération incomplète de la masse alimentaire, son mélange à des fluides viciés forment une pâte chymeuse de mauvaise qualité, dont les parties suivantes de l’intestin ne peuvent impunément recevoir le contact. Aussi l’amaigrissement et les vices de la nutrition, inséparables de toute lésion de l’estomac, attestent clairement son inévitable influence sur les autres portions du canal. La réciprocité d’ailleurs est complète en ce qui touche les rapports sympathiques de l’estomac. S’il étend ses inlluences d’une extrémité à l’autre, il reçoit aussi sûrement de bas en haut que de haut en bas, le contrecoup de toutes les actions insolites. Une inflammation de la bouche se traduit à l’estomac par la perte de l’appétit; la névralgie , ou primitive ou causée par les maux de dents, produit le même effet accompagné d’épuisement, de malaise vague qui fait porter la main à l’épigastre. Une irritation du gros intestin, une colite, une dvsenterie amènent les mêmes effets sur l’estomac, et, chose notable! bien qu’il ne soit lui-même le siège d’aucune maladie, il cesse de pouvoir supporter le contact de l’aliment. A peine en est-il touché, que le besoin impérieux d’aller à la garde-robe se fait sentir; et cette relation étroite de l’estomac au gros intestin est, dans ses différens degrés, dans son augmentation ou sa diminution, souvent le premier signe et toujours le plus certain de l’augmentation ou de la diminution de la maladie qui travaille l’organe éloigné. Le sens gas-

RAPPORTS SYMPATHIQUES

trique dont le tact est vague et l’expression confuse pour le moi, chez les sujets bien portons, acquiert par les irritations intestinales une netteté d’expression et une variété de modes tou t-à-fait incroyable. Pour notre malheur, son importance est alors centuplée : dans les irritations chroniques des entrailles, l’estomac devient le centre et, pour ainsi dire, le chef de la plus odieuse et de la plus violente des usurpations. Pensées, volonté et sentimens, tout ce qu’il y a dans l’homme de noble et d’élevé, est soumis à son pouvoir despotique, est transformé, dénaturé, anéanti. La tristesse sombre remplace la gaîté expansive 5 la pusillanimité, le courage; l’égoïsme, les sentimens généreux; les idées vagues, incohérentes, sans

suite, les produits les plus mûrs de l’esprit » La

jeunesse brillante et féconde, en un mot, devient décrépitude flétrie et stérile. Le premier âge lui-même n’échappe point à cette maturité anticipée : on voit de jeunes enfans, de deux ou trois ans tout au plus, passer de l’agitation, de l’activité irréfléchie, de l’insouciance, à toutes les appréhensions égoïstes et méticuleuses qui se réveillent d’ordinaire au déclin. Sous le rapport même des manifestations de l’intelligence, semblables au jeune fruit qu’un ver a piqué, ils présentent souvent les caractères d’une maturité hâtive, tout-à-fait exceptionnelle.

A0 Duodénum, fuie et pancréas . — Dans l’état de santé, les fonctions de ce système partiel s’accomplissent sans développer aucune sensation perçue par le cerveau, et la digestion duodénale est plus obscure

HV Cl EXE DF LA DIT, EST .ON.

encore que celle qui l’n précédée. Mais l’irritation duodénale, chronique (1) le plus souvent, suscite des sens morbides, dont les rapports avec le cerveau sont la source d’une foule d’impressions tristes et douloureuses. Elle a pour premier effet d’augmenter la sécrétion des deux glandes dont les canaux s’ouvrent à la surface de l’organe, et de même que la maladie de quelque partie de la bouche; excite les cryptes muqueux ainsi que les glandes salivaires dont les produits y abondent alors ; elle fait affluer la bile et le suc pancréatique à la surface de la muqueuse. Elle se traduit au-dehors par une douleur locale située un peu à droite de l’épigastre, et se propage vers Eliypocliondre droit avec un retentissement douloureux vers l’épaule; puis, suivant la direction du canal digestif, elle se répand vers l’estomac, vers la bouche, et couvre la langue d’un enduit muqueux jaune accompagné d’une saveur amère. Lorsqu’elle s’exagère, sous l’influence de quelque écart de régime, des variations atmosphériques, des constitutions médicales humides et froides, la propagation dans le même sens a pour résultat, les nausées, les vomissemens bilieux, et une nuance plus ou moins marquée d’irritation gastrique. La propagation de l’excitation duodénale de bas en haut est le Elit le plus constant, mais non le seul possible; et bien que la constipation soit l’état le plus habituel, elle n’en affecte pas

[]) L’excellent travail de notre ami , M. G. Broussais, sur la duodénite chronique , offre un tableau aussi vrai qu’animé des rapports s\ mpathiques révélés par cette affection.

RAP P 0 RT S S Y M P AT fl ! Q UES.

moins parfois une marche contraire; elle s’étend alors vers la suite de l’intestin grêle et vers le gros intestin qu’elle endolorit; elle y provoque des irritations variées, et se résout momentanément en des sécrétions abondantes de bile rejetée par les garderobes. Les gastronomes, ceux surtout qui font usage d’une nourriture trop abondante et trop stimulante à-la-fois, y sont le plus sujets : leur foie d’ailleurs présente un développement insolite. A l’époque de la digestion, trois ou quatre heures après le repas, les sympathies dont nous avons parlé se prononcent plus vives* et s’associent à des sympathies nouvelles: l’appesantissement de tout le corps, la fatigue des muscles, les spasmes, les bàillemens interminables, les mouvemens convulsifs meme , l’accroissement delà disposition triste, de l’hypochondrie commune à l’irritation du duodénum cl à celle de tous les autres points du canal digestif, l'estomac compris. Les différens troubles dans la sécrétion de la bile, la suspension même des actions sécrétoires et la coloration en jaune de la peau , en sont les conséquences possibles, toutes les fois que la duodénite persiste.

5° Intestin grêle et gros intestin . — La longue portion du canal qui nous reste à parcourir n’offre plus qu’une division bien distincte, la valvule cœcale qui sépare le gros intestin du petit. Ses fonctions s’accomplissent d’ordinaire sans que le cerveau perçoive

à leur occasion aucune sensation distincte, sans aucune irradiation notable vers le duodénum et l’esto-

mac. Mais que des nuances

légères u i ni talion chro-

nique , des névroses viennent s’y fixer, la scène change; le moral et le physique en reçoivent des modifications profondes; c’est de la bouche à la fin de l’intestin un échange continuel d’actions, d’impressions douloureuses, dont la plus légère n’échappe point au centre de perception, toujours avide alors de les recueillir. Nous ne parlons point ici , bien entendu, des états pour lesquels on court au médecin, mais de ceux plus légers qui rendent la vie malheureuse, sans la menacer immédiatement, de ceux qui, du ressort de l’hygiène, rentrent dans notre cadre. Tous les sujets qui continuent de vaquer à leurs affaires nous appartiennent, car c’est surtout en vue d’être utile aux constitutions maladives que nous avons entrepris ce travail. Ils doivent connaître le mécanisme et les rapports des différens organes qui concourent à la digestion, pour se rendre compte de nos prescriptions et les exécuter avec confiance. La matière est de grande importance, nous nous y arrêterons encore, nous reviendrons même jusqu’à l’estomac pour que le tableau se déroule aux yeux dans son ensemble. Suivez! Telle personne ressent à la gorge de la constriclion , de la douleur, lorsqu’elle avale; quand l’aliment entre dans l’estomac, il semble qu’il a franchi un anneau douloureux; des gaz s’échappent bientôt après par la bouche, et l’estomac convulsé transmet au centre des perceptions une impression de brûlure; le repas achevé et vers la fin de la digestion , la douleur recommence à gauche, elle retentit derrière le mamelon gauche dans le

RAPPORTS S YM PÀTHIQUE S .

dos, vers l’épaule. Cette personne est sujette à des palpitations, elle perçoit dans la gorge un sentiment d’ardeur, elle rend souvent le matin une grande quantité de salive âcre, parfois elle éprouve un dessèchement considérable de l’arrière-bouche où s’amasse une mucosité épaisse et tenace. Tous les organes qu’elle sent endoloris sont-ils malades? Nullement 5 l’ouverture seule de l’estomac, celle qui communique à l’œsophage (le cardia) est le siège du mal. Que la cavité même de l’organe soit malade (le basrond), et non son ouverture, les signes changent, mais 11e sont pas moins constans; l’altération, le besoin de boire est plus fréquent, plus impérieux, les alimens passent de la bouche à l’estomac sans difficulté, mais réunis dans cette dernière cavité, ils n’y produisent point le bien-être accoutumé; leur présence même est désagréable et développe à la base de la poitrine une demi-ceinture douloureuse; des hoquets se manifestent souvent et vers la lin de Indigestion, alorsque les contractions de l’estomac redoublent de fréquence et d’intensité, les douleurs suivent la même progression. De l’estomac à la rate, il s’établit une correspondance assez douloureuse ; de l’estomac à la bouche et à barrière bouche, des impressions de sécheresse, d’ardeur, d’empâtement, la langue, à ses bords et à sa pointe, est d’un rouge vif, recouverte souvent à sa surface d’un enduit piqueté, adhérent. Faites cheminer l’irritation, suivez-la dans un autre siège, à la région du pylore. Nouveaux rapports sympathiques : après une ingestion facile des alimens. accompagnée de senti-

ment de bien-être, vient l’heure de la digestion, c’est le signal des accidens; les douleurs éveillées dans Phypochondre droit se propagent à l’épaule; des sensations pénibles partent du voisinage (de la petite courbure), et vont frapper dans l’amygdale comme des coups de lancette. Au moment où les alimens vont franchir le pylore, il se produit des renvois, quelquefois même de la rumination; ils sont repoussés par gorgées. Dans un degré plus élevé, le vomissement a lieu, et cela avec des circonstances tont-à-lait dignes de remarque : telle substance, légère pour toute autre personne, est refusée au passage; telle autre d’une digestion plus difficile passe sans obstacle. Il se fait alors un choix des alimens; tantôt la viande élaborée, franchit la porte et traverse le duodénum, les substances végétales douces restent en arrière et retournent vers la bouche; tantôt telle espèce de viande est acceptée, et telle autre refusée. Chez les personnes qui ne vomissent pas, la portion arrêtée dans l’estomac jusqu’au repas suivant, y cause des douleurs, et n’en sort qu’avec les matériaux du repas suivant. Toujours, d’ailleurs, les organes supérieurs reçoivent une part notable des irradiations sympathiques. Le duodénum est-il le siège de l’irritation, de nouvelles sympathies se développent, mais parties d’un autre point que le grand centre de la digestion, elles rendent la vie moins malheureuse. Et d’ailleurs, comme le passage des alimens par le duodénum n’est que momentané, comme les sécrétions y sont abondantes et qu’il jouit d’une grande fa-

RAPPORTS S Y MPATUJQUES.

cil i té d’excrétion, la bile yaflïueet les mucosités avec elle; cette pluie sécrétoire dissipée et la digestion terminée, le malade va bien. Chez lui point de gaz, point de régurgitation, point de gêne constante. La duodénitc est souvent, nous Lavons dit , le partage des hommes riches , vivant à discrétion; elle vient les visiter entre quarante et cinquante ans , et quelquefois plus tôt. Malgré cela, ils se portent assez bien ; de temps en temps il leur survient des phénomènes bilieux, ils éprouvent quelques vomissemens, quelques coliques, quelques selles bilieuses, quelques attaques de jaunisse. La nature de leur régime et la nuance de stimulation qui en résulte, donne à l’irritation chronique un caractère nerveux, beaucoup moins lixe, moins enclin à la désorganisation. Car il faut le dire, la bonne chère, trop succulente, trop stimulante, a pourtant encore son bon côté, et bien qu’elle développe la douleur dans les viscères, elle les préserve delà désorganisation en les poussant à la névrose. Aux grands mangeurs, aux gastronomes éminens, la Providence a réparti leur châtiment, mais ce n’est point la mort prématurée, elle a vu dans leur faute, des circonslancesatténuantes; pour eux, commutation de peine; pour eux les irritations chroniques et les névroses des intestins, les hémorrhoïdes, les néphrites, lagravelle, les calculs et la goutte. A mesure que l’irritation s’avance dans le canal, l’époque du désordre à l’occasion du repas, est nécessairement retardée; l’irritation partielle de l’intestin grêle, signalée par les douleurs passagères et vives, parles nodosités, les bruits

de gaz en mouvement, ne se réveillent que quatre ou cinq heuresaprès le repas; elle retentit dediverses manières dans les deux directions opposées ; du côté du duodénum et de l’estomac, elle propage les sensations douloureuses, les pincemens subits, les spasmes de peu de durée; du côté de la valvule et du gros intestin, elle s’assoupit parfois lorsqu’elle est parvenue au point de séparation ; parfois aussi elle franchit le passage, mais c’est le cas le plus rare. Elle constitue la plus tenace de toutes les irritations intestinales; qu’elle soit à débâcles alternées de constipation, qu’elle soit ou non membraneuse, qu’enfin elle affecte plus particulièrement le caractère névralgique, elle demande pour sa guérison, plusieurs mois et même des années, en supposant encore chez celui qui l’éprouve, une grande force d’esprit, une rigoureuse exactitude dans le soin du régime, et une persévérance à toute épreuve. Il ne faut point s’étonner, d’ailleurs, des difficultés qu’on rencontre pour ramener à la santé les organes qui suivent le duodénum, et s’étendent jusqu’à la valvule cœcale; leurs moyens de communication avec le cerveau sont peu nombreux et ne s’exercent point dans l’état de santé : tant donc que le trouble est léger et de peu de durée, il n’est point perçu; il peut exister pendant des semaines et même pendant des mois, revenir chaque jour à l’heure du passage des alimens, et disparaître ensuite. Lorsqu’il est exagéré, il n’en est plus de même, il parle distinctement au centre de perception; mais alors il a acquis par sa durée même, une sorte

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de droit de cité que l’ensemble d’un régime savamment ordonné ne détruit souvent qu’à grand’ peine.

Il n’en est plus de même dans la dernière partie du canal; dès le début , le gros intestin montre dans la nature des garde-robes les preuves de son irritation. 11 y a dans les différens degrés de consistance, de coloration, de température perçue au passage, de volume, d’odeur, une foule de signes qui donnent sur l’état du gros intestin, et même de la dernière portion de l’intestin grêle, des lumières importantes. Ap rès avoir observé simultanément les urines et la matière des garde-robes , en rapport avec les variations du régime de chaque jour chez un grand nombre de personnes bien portantes et chez celles qui offrent quelque maladie chronique des intestins, je reste convaincu que le résidu solide des ali mens est un objet d’observation beaucoup plus fécond que le produit de la sécrétion des reins. La production des gaz elle- même et les différentes sensations qu’ils donnent dans le cours des intestins, leur progression plus ou moins rapide, leur expulsion plus ou moins impérieuse, sont encore des indications qui ont leur importance.

Tous les jours nous rencontrons des personnes tourmentées de cette dernière indisposition, qui la mentionnent à peine , en rendant compte de leur santé. Elles sont venteuses, et tout est dit. Pourtant, il y a dans la production et le séjour des gaz au milieu du canal, un fait insolite, une cause de douleur, de sympathies lout-à-fait étonnantes sous le double

rapport de l’étendue et de la variété. Le développement des gaz, dans les organes placés au-dessous de l’estomac, caractérise à lui seul une nuance passagère ou fixe de l’irritation intestinale; il indique la nécessité de modification dans le régime. Telle personne éprouve du gonflement, des bruits, et le besoin de rendre des gaz intestinaux, à l’occasion du passage d’alimens animalisés , de potages gras, de grosses viandes, devin pur, de café et de liqueur; telle autre est dans la même disposition après un repas composé de soupes maigres, de légumes aqueux, de poisson, de crudités, de fruits acidulés ou mucoso-sucrés et d’eau : c’est chez l’une et chez l’autre un état habituel. — Que signifie la production des gaz dans ces deux circonstances? — Elle signifie un seul et même fait : un vice dans le régime alimentaire; diminuez pour l’une et pour l’autre la somme totale des alimens solides, d’un quart ou d’un tiers; donnez à la première deux ou trois potages maigres, des œufs frais, une petite quantité de viande pour la journée, ne lui permettez que ce qu’il faut de bon vin coupé de moitié ou de deux tiers d’eau; substituez chez la seconde le potage succulent à la soupe maigre, avec la côtelette de mouton, le vin coupé, le fruit mucoso-sucré en compote , et vous verrez le plus souvent cesser la production des gaz. Ces deux faits signifient une seule et même chose; c’est que pour chaque personne, il est une mesure dans le degré de réparation et de stimulation des alimens, et

RAPPORTS SYMPATHIQUES

L’expulsion des gaz est suivie d’un sentiment de bien-être; il ne faut pas s’en étonner : les matières gazeuses qui les composent sont souvent pour l’organisme la menace d’une infection grave. Après le séjour prolongé dans les amphithéâtres de dissection où nous avons absorbé par la peau et le poumon le gaz de la décomposition putride, il nous arrive souvent de ressentir du malaise, un certain gonflement, des points douloureux des entrailles qui se dissipent comme par enchantement, à la suite de l’expulsion d’un ou plusieurs gaz d’une odeur putride. Les memes états, chez les chasseurs qui ont une grande irritabilité intestinale, après une journée où ils ont souvent respiré l’odeur de la poudre, se terminant par l’expulsion de gaz d’une odeur pareille, signifient encore l’éloignement d’un principe qui nuisait à la santé. Ici le gaz irritant s’est introduit tout formé dans l’économie qu’il a traversée pour venir se faire jour à la surface de l’intestin, tandis que, dans les exemples précédens , il s’est produit à la surface de l’intestin par une dérogation partielle aux lois de la fonction digestive. — La production de gaz peut être le seul effet de l’ irritation des intestins, mais elle en caractérise une des nuances les plus légères; — cela est si vrai , qu’à la suite de coliques vives accompagnées d’une diarrhée tenace qui anéantit les forces, un signe assez certain de la diminution de F irritation est la production de quelque gaz à-peuprès inodore.

S’il fallait tout dire sur les causes et la significa-

tion de l’existence des gaz intestinaux, le travail serait long; qu’il nous suffise de rappeler aux personnes qui y sont sujettes que leur apparition, leur diminution, leur augmentation, leurs odeurs diverses, le degré de trouble qui résulte de leur présence, la promptitude de leur expulsion, etc», sont autant de faits dont l’observation sert à guider, dans le choix des alimens, sous le double rapport de leur quantité et de leur qualité. Il en est absolument de môme des matières des garde-robes; qu’on y prenne garde, i! y a dans la connaissance de ces deux résidus de notre digestion tout un traité de préceptes propres à la diriger. — Mais comment, arrêter, abaisser sa pensée, sa réflexion , ses plus nobles facultés à des faits de cette nature? --Pourquoi pas? — Et comment, exercerons-nous ces sublimes facultés, si la colique nous torture le ventre, nous frappe d’une courbature profonde, anéantit l’innervation. Comment nous élcverons-nous aux conceptions fortes et hardies, si un gaz propage une douleur rapide en mille sens et distrait notre attention. Ce rapprochement renferme en lui quelque chose de révoltant, je le sais, mais il n’en est pas moins l’expression de la vérité. Nous n’y pouvons rien. L’homme est un assemblage étonnant de force et de faiblesse , d’aspirations sublimes et d’infime abjection : c’est la la réalité. Et Dieu , qui a voulu que la partie noble et élevée de l’homme eût son activité libre et forte, a voulu par cela même que nous prissions connaissance des conditions matérielles de cette activité. On n’en peut sortir, c’est

RÈGLES GÉNÉRALES

une loi : une piqûre au doigt, quelques aphlhes dans la bouche, un gaz dans l’intestin nous font revenir des plus sublimes méditations. Le plus sage donc et le plus court est d’acquérir les notions simples et faciles qui éloignent du moi, les occasions de cette dé-* pendance.

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