CHAPITRE IV
DES FORMfIS DE L'fl^BÉDITi^,
L'hérédité naturelle des formes, de la ressemblance, de la configuration intérieure des qualités morales, et l'hérédité des difformités, des vices ou des maladies, peuvent être directes et provenir directement du père ou de la mère.
(1) p. Lucas, t. n, p. 844.
Un enfant nait avec la syphilis, parce que son père est ou a été affecté de la maladie et s'est marié sans être guéri ; mais le mal peut également provenir de la mère, ce qui est infiniment plus rare. 11 en est de même des gourmes et des maladies de peau dans l'enfance, des convulsions, de Tépilepsie, de la scrofule, de la susceptibilité des muqueuses pulmonaire ou intestinale, des ophthalmies, des difformités, etc. On en trouve ordinairement l'origine chez le père ou chez la mère* C'est absolument la même chose chez l'adulte pour les diathèses goutteuse et rhumatismale, pour la gravelle, pour l'apoplexie, etc. ; et ce n'est paà sans raison qu'on dit quelquefois : « Tel père, tel fils. > — Au physique et au mpral, c'est un axiome d'une incontestable vérité.
L'hérédité est indirecte quand elle ne provient pas du père ni de la mère. Il y en a plusieurs sortes, celle des aïeux, celle des collatéraux, et celle d'un conjoint antérieur.
L'hérédité est indirecte alternante quand l'impression séminale d'où elle résulte traverse une génération d'une façon latente y en' l'épargnant, et quand elle se fait sentir alors de l'aïeul sur les petits-enfants. Elle semble se perdre pendant vingt ou trente ans, mais elle reparait tout à coup après
FORMES DE L*H£r£D1TË. 57
une génération nouvelle. Quel mystère et quelle incompréhensible merveille de la vie! On lui donne le nom d'atavisme.
L'impression séminale d'où sort la première descendance laisse chez elle une aptitude à certaines difformités ou à des maladies qui ne pourront éclore qu'à la génération suivaute. Ici les enfants ne ressemblent pas à leurs parents, mais à leurs grands parents. Je connais une jeune personne de vingt ans qui est le portrait vivant de son grand-père, et qui a eu comme lui un eczéma du dos de la main. Cette jeune personne ne ressemble en rien à son père et à sa mère. C'est cette condition qui ramène quelquefois des enfants blancs chez des mulâtres ou même chez des nègres qui ont des blancs dans leurs aïeux.
Il y a une hérédité indirecte qui se révèle par la présence de la difformité du vice ou de la maladie héréditaire chez les parents collatéraux rapprochés, tels que les oncles et les tantes, les grandsoncles et les grandes-tantes, les cousins. Dans ce cas d'hérédité collatérale^ les ressemblances physiques et morales, les monstruosités et les maladies d'une génération nouvelle se retrouvent dans les collatéraux, mais non chez le père ou chez la mère.
5a HYGIÈNE DE U PREMIÈRE EMFANGE.
Dans une dernière forme de Thérédilé indn recte, et. c'est la plus curieuse de toutes, la trans-* mission héréditaire de la forme extérieure on intérieure, des vices et des maladies, se fait par une seule fécondation pour plusieurs générations successives.
En 1740, Bonnet démontrait que, chez certains insectes, une seule fécondation pouvait imprégner la femelle de façon à lui permettre de donner le jour à plusieurs générations successives sans un nouvel aide du mâle. Les pucerons sont vivipares, et ils ont en un an neuf générations de 90 à 96 pucerons femelles. Chaque femelle nait féconde, et apporte avec elle Timprégnation qui doit reproduire la vie et les formes de son espèce. Il en est de la huitième comme de la première, et sans accouplement jusqu'à la neuvième descendance, les pucerons toujours femelles engendrent de nouvelles femelles également fécondes. Alors, vers l'automne, tout change, la dernière génération se compose de mâles et de femelles. Celles-ci pondent des œufs que fécondent les mâleSj et qui résistent tout l'hiver pour éclore au printemps. De ces œufe femelles naissent des pucerons femelles fécondéa, qui recommencent la série des neuf générations dont je viens de parler.