‹ Hygiène de la première enfance (volume 2)Chapitre 13 sur 143 · FORMES DE L HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

FORMES DE L HÉRÉDITÉ

Un semblable phénomène s'observe sur la chenille du papillon paquet de feuilles sèches^ dont le papillon séquestré avec soin à sa naissance, se met à pondre des œufs d'où sortiront des chenilles (Bemouilli) semblables à celles d'où était sorti le papillon. 11 en est de même du papillon phalène dçs sapins (Pallas); de hiPaludina vivipara dans les mollusques, et c'est ce qu'on voit chez les abeilles qui, par une seule fécondation, pondent des œufs fécondés durant toute l'année qui suit l'accouplement (Réaumur).

Sur de grands animaux et chez l'homme, il se passe quelque chose de semblable. Une première imprégnation laisse dans la femelle une telle empreinte, que, dans une fécondation suivante, le produit peut au physique et au moral ressembler au premier père absent.

Dans l'accouplement de l'âne et de la jument donnant lieu à un métis^ la mère, ainsi que l'ont démontré Van Helmont etHaller, reçoit de l'âne une modification telle que, dans un accouplement ultérieur avec un cheval de sa race, elle peut donner encore naissance à un être qui aura les oreilles de son aïeul.

Le zèbre, uni à la jument, donne un produit fcébré ; mais à une seconde fécondation de la mère

par un étalon, on a quelquefois encore un produit zébré comme le premier père. Home, Meckel, Stark, Harvey, ont démontré le fait par de nombreuses expériences.

Une chienne de race accouplée avec une vilaine bête est complètement perdue, car dans ses générations ultérieures avec un chien de même sang, elle aura toujours parmi ses petits un ou plusieurs rejetons ayant la robe ou la conformation du premier père.

11 en est de même dans l'accouplement du cochon et du sanglier. Toujours dans les générations ultérieures entre les deux animaux de même espèce, il y a des petits qui sont la représentation plus ou moins complète de l'aïeul.

Chez l'homme enfin, et c'est là un des faits les plus importants de l'histoire de l'hérédité, un de ceux qui devraient le plus faire réfléchir à l'occasion du mariage, il se passe quelque chose de semblable, bien que ce ne soit pas chose toujours facile à constater.

La femme n'est pas l'égale de Thomme dans l'acte de la procréation. En outre des dangers et des douleurs de la gestation, sa part est toute différente, et la fécondation est souvent pour eUe une sorte d'inoculation du sang et des humcuEB d}.

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celui qui Fa imprégnée. En se donnant à unhomme pour être la mère de ses enfants, elle devient en partie, et sous certains rapports, semblable à cet homme. Non-seulement elle est alors à lui, mais aussi elle est lui^ et ce n'est pas sans raison ni par métaphore qu'il l'appelle sa moitié. Vraiment esclave de la nature, en cédant à ses vœux, elle s'imprègne d'un sang nouveau, celui de son mari, qui, s'il peut être pur, peut être corrompu de différentes manières, et alors elle est fatalement souillée pour la vie dans sa personne et dans sa descendance. Quelle différence avec la part faite à l'autre sexe I

On sait que des veuves ayant eu un enfant ont quelquefois d'un second mariage d'autres enfants qui ressemblent au premier mari, et qui peuvent en avoir les difformités, les vices ou les maladies. Pareille chose s'observe souvent en cas d'adultère, lorsque le bâtard ressemble au mari putatif; ce qui a fait dire assez justement : c Filiiim ex adiil" » tera excusare matrem a culpa, »

C'est peut-être ainsi que se transmettent à la femme ceilaines maladies diathésiques de 3on mari, telles que le scrofulisme, la syphilis, l'herpétisme, etc. 11 n'est pas rare, en effet, de voir mourir de phthisie des femmes mariées sans exa-

men et trop légèrement à un mari phthisiqtie dont elles ont eu un enfant. Un homme se croit guéri de la syphilis parce qu'il n'a plus rien d'appréciable, mais il se marie à une jeune fille qu'il empoi* sonne sans le vouloir et sans le savoir, et dont il a des enfants syphilitiques. Ainsi se transmet aussi l'berpétisme, caractérisé par certaines maladies de la peau, qui, du père, passent aux enfants, et peuvent se manifester chez la mère. Tous ces faits commandent la réserve, mais ils n'ont rien d'impossible, et l'on ne saurait les mettre en doute. Si quelques-uns sont contestables, il y en a d'autres qui ne le sont pas; et du moment qu'une fécondation peut engendrer un produit dont les formes eitérieures, les aptitudes et les maladies rappellent les maladies et les formes d'un conjoint antérieur qui n'est plus, il faut que l'organisme maternel, modifié ou corrompu par la première fécondation, ait conservé le principe des vices organiques du premier père. C'est là ce que je voulais établir.

L*hérédité varie la forme de ses manifestations sans changer de nature : c*est Vhérédité de métamorphose.

L'hérédité morbifique a une double expression, soit qu'elle transmette au produit une maladie semblable à celle des parents, soit, au contrairCi qu'elle engendre une maladie de forme différente

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tant par le siège que par ses lésions anatomiques. Dans lepremier cas, l'hérédité a lieu par similitude , et, dans l'autre, il y à hérédité par métamorphose, La nature du mal restant la même, il peut y avoir dans sa transmission séminale une modification ou un changement de forme qui le rend méconnaissable pour ceux qui, n'étant pas prévenus, ou n'ayant pas l'intelligence nécessaire, ne comprennent rien aux phénomènes soumis à leur observation.

Sans doute, la goutte articulaire peut se transmettre à l'état de goutte articulaire ; les dartres, la syphilis, le nervosisme, le cancer, la scrofule, la phthisie, le rhumatisme, peuvent offrir, dans la descendance, une forme semblable à celle des parents; mais combien de fois les choses ne sontelles pas différentes. Ainsi la dartre cutanée peut donner lieu à une dartre héréditaire intérieure sur les muqueuses, ce qui n'est plus la dartre^ au moins en apparence. La syphilis du père, ordinairement extérieure, donne souvent lieu à une syphilis viscérale du thymus, des poumons et du foie chez les enfants; elle peut même, d'après quelques médecins, et pour Ricord, se transformer en scrofule. La phthisie pulmonaire peut se transmettre et se métamorphoser en tumeur blanche, en carie

vertébrale, en écrouelles, en carreau, etc.; ou réciproquement, latumeurblanche,lesécrouelles, etc., des parents engendrer la phtbisie granuleuse on tuberculeuse cbez les enfants. Il en est de même de l'état nerveux ou nervosisme (1), et des névroses. L'épilepsie, rhystérie,la folie, lés convulsions, etc., sont très manifestement héréditaires, tantôt sous la même forme, mais bien plus souvent encore sous une forme différente. On voit sans cesse Tépilepsie, l'hystérie, donner lieu à la folie chez les enfants, et réciproquement. En conséquence, nier l'hérédité des maladies diathésiques et leur passage aux enfants, parce qu'on ne voit pas identiquement chez eux la même espèce morbide que chez leurs auteurs, c'est commettre une grave erreur et rétrécir les horizons de la science aux proportions de son esprit. Dira-t-on que la phtbisie pulmonaire d'un enfant ne lui est pas transmise par hérédité, parce que ses parents, sans phtbisie pulmonaire, n'ont eu que des écrouelles, ou une tumeur blanche, ou une carie vertébrale ? Soutiendra- 1- on qu'une femme qui meurt d'un cancer au sein n'a pas reçu la maladie de son père qui est mort d'un cancer à l'estomac, ou de sa mère qui

(I) E. Roochat, De Véiat nerveuxj ou nervosisme. 1 vol. io-8, p. 77.

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aurait succombé à une maladie cancéreuse de la matrice? Évidemment ce sont aujourd'hui des doctrines impossibles à défendre; et quand on étudie ce qui se rattache à la transmission séminale des maladies, il faut tenir encore plus compte de la nature du mal qui se transmet que de la forme sous laquelle il est transmis.

L*hérédilé est combattue en nous par rioDéilé.

Partout la nature a placé le remède à côté du mal. Quoique nous soyons, dit Lucas, sous la fatalité et sous le destin d'une vie antérieure, celle de nos pères dans le type de leur état spécifique, dans le concours d'influences qui les ont formés, du temps où ils vivaient, des lieux, du genre d'existence , du degré de développement , du mode d'exercice de leurs facultés, de leurs actions, de leurs erreurs, de leurs souffrances et de leur mort, nous pouvons nous affranchir de ce destin de la vie humaine.

Vinnéitéy qui, sous l'influence d'une foule de causes, crée des difformités, des vices et des maladies que transmet ensuite Yhéréditéy agit de même sur les aptitudes et sur les maladies héréditaires, pour ramener l'être vicieux, difforme ou malade à son état normal. Elle lutte contre les

BODCHUT.-- HTG. PREM. ENP. 4.

ea HYGIÈNE DE U PREMIÈRE SUFANGE. •

efleU terribles et destructif de Thôrédité, s'ils étaient constants.

Ainsi rhérédité, suivie dans la succession des portées d'un même couple» montre :

1* Qu'elle atteint, sans distinction de sexe, tous les produits : la surdité» l'idiolie» la polydactylie, la phthisie, etc.

2° Qu'elle atteint, sans distinction de sexe, une partie des produits : cela a été observé sur les mêmes affections.

3" Qu'elle atteint et épargne tour à tour les produits sans distinction de sexe. Exemple : le spina-bifida, le nanisme, le géantisme, la surdimutité, etc., alternent avec des produits normaux (Burdach, Puybonnîeux). Sur huit enfants, Lucas a vu quatre nains alterner avec ceux qui avaient toute leur taille , et Geoffroy Saint-Hilaîre cite l'exemple de deux albinos venus entre plusieurs individus bien conformés ;

â° Qu'elle atteint et épargne tour à tour les deux sexes. Puybonnîeux a vu des sourds-muets entremêlés dans une même famille, mais non sur le même sexe, d'abord sur une fille, ensuite sur un garçon, et ainsi de suite.

5* Qu'elle atteint constamment et exclusivement la totalité ou seulement une partie desproduits d'un

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seulsea:e.OïiVi\u ainsi Ticbihyose et rhémorraphilie n'atteindre que les garçons, ou ailleurs les filles.

Ces lacunes de Thérédité, en apparence incompréhensibles, dépendent de la dualité des lois de la procréation signalées par Lucas , Vinnéité et Y hérédité: de la dualité des générateurs ; et enfin de la pluralité des formules séminales.

L'hérédité est sans cesse neutralisée par une force contraire, qui tend à ramener l'état normal des individus. De leur antagonisme résultent les lacunes dont je viens de parler, et les omissions d'action de l'une résultent de Faction séminale de l'autre.

Ailleurs ce n'est pas l'innéité qui est la cause des lacunes de l'hérédité, c'est la dualité des générateurs, dont l'un l'emporte en action séminale sur l'autre. Exemple : un père est héméralope, mais la mère ne l'est pas, et elle transmet ses yeux à deux enfants sur cinq.

Plus loin, enfin, s'il y a lacune dans la transmission héréditaire , c'est qu'il y a substitution d'action séminale, et que l'influence de l'aïeul ou du bisaïeul l'empwte sur l'action des ascendants directs.

Il ne faut pas croire que le hasard soit l'unique cause du type de Tintermittence des lois de l'hé-

redite. Comme Ta dit Fontenelle, le hasard est un ordre de causes qu'on ne connaît pas ^ et Lucas a montré que ces intermittences avaient souvent une raison d'être parfaitement déterminée.

Si le phénomène héréditaire ou inné rentre par sa nature ou par son origine dans Tordre des phénomènes de la sexualité, il frappe sur le sexe de même nom, d'où les alternatives de transmission et de développement en rapport avec celles qui se produisent dans le sexe des enfants. S'il en épargne, la loi d'innéité et l'hérédité en retour, ou atavisme^ l'expliquent.

Si le phénomène est, par sa nature ou par son origine , indépendant de la sexualité , il épargne et atteint indifféremment les deux sexes , et les alternatives d'innéité ou d'hérédité de ce phénomène tiennent à l'action de ces deux lois ou à l'entrecroisement d'action des procréateurs.

Bans tous ces cas, il y a évidemment un rapport de cause à effet, règle démontrée, loi générale, et par conséquent nul hasard.

C'est donc avec raison que Lucas a pu dire :

« Quand on voit que, ni toutes les parties, ni les

> mêmes parties des individus, ni toujours tous

> les êtres d'une génération, ni toujours tous les » sexes, ni toujours les mêmes sexes, ni toujours

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la suite de générations, ne sont atteints par l'm- I néité ou par V hérédité ^ et que des éléments, des » organes, des fonctions de l'individu, des raera-

> bres, des sexes de la même portée , de la

> même génération et des générations entières

> échappent, on est obligé de reconnaître dans % ces résultats un fait conservateur y constant, % universel, qui n'est point le hasard, et qui atteste

> une finalité dépendante de l'ordre préétabli par

> la raison première.

» Sans ces intermittences, Virméité et V hérédité 1^ multipliant leurs désordres, la même partie, le » même organe dans tous les produits, mille fois

> altérés y créaient des monstres mourant avant ) l'âge ; les mêmes lois atteignant les mêmes ]» sexes dans des myriades de cas, atteignaient la » reproduction, et en cas d'épidémie, la généra- » tion arrivait à manquer de mâles ou de femelles;

> les mêmes lois atteignant les deux sexes, la gé* ) nération manquait de tous les deux : d'où res-

> sort que la génération atteinte amène l'extinction

> de l'espèce.

» Tout est donc prévu pour Tordre, la durée et

> le maintien de l'œuvre de la vie, malgré les

> accidents qui la menacent. »

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