CHAPITRE IV
DU COrCHER.
Les enfants doivent être mollement couchés à cause de la délicatesse de leurs membres, et leur l)orceau doit être garni et matelassé sur les bords, ufiu qu'ils ne puissent dans leurs mouvonionts se faire aucun mal.
La confection de la literie méiite une attention spéciale.
Elle se compose d'un berceau de fer, de bois ou d'osier. Le berceau de fer est le meilleur parce qu'il préserve des punaises. Dans sa profondeur, il faut mettre un ou deux paillassons faits avec un sac de toile rempli de varech^ de balle d avoine bien sèche et sans odeur, ou de feuilles de fougère^ dont Tarome est fort agréable. Ces paillassons ne doivent pas être trop bourrés afin de ne pas remplir le berceau et que l'enfant puisse y tenir sans crainte de tomber en remuant. La plume, le duvet et la laine sont plus nuisibles qu'utiles à cause de la chaleur qu'ils développent, et de la facilité qu'ils ont à s'imprégner de l'odeur de l'urine.
Sur les paillassons se place une couche de toile, et quelques personnes y mettent de la toile cirée ^ ou du taffetas gommée pour retenir l'urine, ce qui est très-mauvais. L'usage des feutres absorbants est infiniment préférable. Les feutres sont mouillés par Turine, qui ne séjourne ni dans les langes do l'enfant, ni dans les paillassons de balle d'avoine, et l'on n'a qu'à les faire sécher pour s'en servir de nouveau. Si les paillassons viennent à se mouiller, il faut les faire sécher k Pair, au soleil, ou devant le feu, avant de les remettre dans le berceau. Leur intérieur doit être renouvelé tous les mois.
Sur les paillassons, on place pour la tête un oreiller demi-circulaire, également rempli de va-
recli ou de balle d'avoine^ quelquefois de crin, chez les enfants qui sont très-nerveux ou trèsimpressionnables.
Une fois Tenfant dans son berceau, entouré de son maillot, on le couvre d'une couche, d'une couverture de coton ou de laine suivant la saison et la température. En hiver, on peut le recouvrir d'un petit édredon. On aura soin de placer l'enfant de manière que les yeux ne soient point exposés à une lumière oblique trop vive, et soient directement devant le jour. La nuit et pendant son sommeil de jour, il faut entourer l'enfant dans ses rideaux. On devi*a ensuite renouveler de temps en temps l'air de l'appartement où il se trouve.
Il y a un abus à éviter qui est malheureusement trop commun, c'est celui de couvrir inunodérément les enfants dans leur berceau, sous prétexte de les garantir des impressions de l'air ; de cette façon, on les étouffe sous des couvertures pesantes ; ils baignent dans la sueur, et, pendant Tcté, ils ont le corps couvert de rougeurs et de vésicules sudorales que Ton prend quelquefois pour une maladie sérieuse, tandis qu'elles sont le résultat d'une pratique vicieuse. Ces éruptions disparaissent dès qu'on cesse de trop couvrir les enfants.
On a beaucoup critiqué le mode de couchage habituellement employé pour les enfanta n
360 LE SKV1U(;E ET LES SOINS CORPOUELS.
âge, en lui attribuant de graves inconvénients, et en disant que : les sommiers de crin et de laine, par exemple, s'imprégnaient facilement des produits excréuientitiels du nouveau-né, que les sommiers de zostère, de fougère, de feuilles desséchées, pourrissaient très-vite par la même cause, que la surveillance des évacuations des enfants couchés dans les berceaux ordinaires était trèsdifficile, enfin, que par suite de l'impossibilité de sécher et de nettoyer à fond les sommiers sur lesquels on couche habituellement les enfants à la mamelle il y avait une cause d'insalubrité et de maladies dans les établissements hospitaliers, ou dans les maisons particulières.
Tout cela est fort exagéré, et dans les familles aisées le mode de couchage généralement adopté est excellent. Toutefois, dans le cas où Ton aurait à combattre les inconvénients dont parle M. Henriette (de Bruxelles) (1) , on pourrait se servir du cadre-hamac (fig. 40) qu'il a imaginé. La construction en est très-simple.
Il se compose d'un bâti de fer et d'une petite toile hamac. Le cadre inférieur du bâti ou la base du berceau forme un carré long construit en fer j)lat. De chacun des quatre coins s'élèvent des petits montants de fer rond. Deux de ces montants
1,1) Uenrielle, BuiU de thérapeutique, 1855, t. XLIX^ p. 101.
ont 35 centimètres de hauteur, les deux autres n'ont que 25 centimètres ; de sorte que toute surface qui repose sur eux forme un plan incliné de 7 à 8 degrés à Thorizon. A l'extrémité de ces
FiG. M. — Cadre-hamac pour les enfants.
montants se trouve adapté un cadre supérieur de fer rond, que l'on enveloppe d'mie forte toile, de manière à ménager une bordure intérieure de 2 centimètres environ. Cette bordure est garnie d* œillets dans toute son étendue.
La toile carrée que Ton attache au cadre supérieur du bâti est également garnie d' œillets en nombre égal à celui de la bordure. L'assemblage se fait au moyen d'un lacet qui traverse alternativement la toile et la bordure exactement comme les œillets opposés d'un corset. Il convient de ménager la tension de la surface de manière à ne pas lui enlever toute élasticité et à ne pas lui permettre de faire le moindre
Ce cadre-hamac peut être un excellent lit de repos pour les enfants du premier âge, mais il ne pourra servir que pendant le jour et pendant la belle saison : pendant le jour, parce qu'on sera à même de surveiller leurs mouvements et de prévenir leurs chutes ; pendant la belle saison, parce que l'air, circulant librement autour du corps de Tenfant, lui procurera une fraîcheur, salutaire. C'est un couchage de luxe qui ne vaut pas nos moyens ordinaires.
Les enfants ne doivent pas coucher dans le lit de leurs nourrices. — Un grand nombre de nourrices s'accoutument à placer Tenfant dans leur lit, sans penser qu'il peut tomber à terre, se contusionner la tête et rester idiot, se fracturer un membre, ou qu'il peut être étouffé par elles, ainsi que cela est arrivé bien des fois. C'est la plus dangereuse des habitudes qu'elles puissent prendre. On doit leur faire les recommandations les plus expresses à cet égard ; mais il ne suffit pas de leur donner cet ordre, il faut veiller à son exécution. Cela p:ut se faire sans dérangement, loreque la nourrice couche dans l'appartement de la mère. Lorsqu'elle repose dans une chambre voisine, la surveillance est plus désagréable, mais la chose est assez importante pour forcer les parents à se lever, afin devoir si l'cufantest toujours dans son berceau» Les enfants ne peuvent coucher avec