LIVRE PREMIER
DE l/ INFLUENCE DES MALADIES DE LA NOURRICE SUR LA SANTÉ DES ENFANTS.
L'influence des maladies de la nourrice sur la composition du lait et sur la santé de l'enfant est une des questions les plus controversées, les plus difficiles et les plus élevées de la médecine. Son importance sera surtout bien comprise par ceux qui pratiquent la médecine des enfants. En effet, il est très- essentiel d'apprécier Tétat antérieur de la santé des mères et des nourrices au moment de désigner la personne qui doit entreprendre l'allaitement. Il n'est pas moins nécessaire d'étudier les maladies des nourrices jwi(r airiver à connaître leur degré d'influence sur la santé des enfants. De cette manière on apprend à distinguer les cas où il faut interrompre l'allaitement de ceux où l'on peut le continuer, et l'on détermine scientifiquement les circonstances qui peuvent autoriser le changement de nourrice.
Ce sujet, qui mérite la plus grande attention, n'a été que fort rarement envisagé de cette manière par les médecins. Tous ceux qui, par l'étendue de leur expérience, auraient pu se prononcer à cet égard,
ne Tont pas fait, ou du moins n'ont pas publié les résultats de leurs recherches. On trouve partout Thistoire des maladies héréditaires; quant à l'influence des maladies de la nourrice, il en est rarement question dans les auteurs. Peu de personnes ont exploré ce sujet, et je n'ai pour guide dans ce travail que des considérations isolées prises dans des traités d'accouchement, dans des recherches sur le lait et dans les dissertations latines étrangères de Platner, de Baldini, de Marianini, de Wagner, etc. Çà et là se trouvent aussi des renseignements vagues sur ce sujet, des histoires merveilleuses, toujours les mêmes, répétées à l'envi par les auteurs, dans le but de démonti'er l'influence des afiections morales de la nourrice. Nulle part la question n'est traitée comme on pourrait désirer de le voir faire aujourd'hui. Toutefois, en parlant des altérations du lait, M. Donné s'est occupé de l'influence qu'elles pouvaient avoir sur la santé des enfants, etnousafourai quelques indications utiles. Je reviendrai plus lom sur ses observations.
II faut, pour l'intelligence de ce qui va suivre, séparer avec soin :
1° Ce qui se rapporte à l'influence des maladies antérieures de la mère sur la santé des enfants, c'est-à-dire tout ce qui se rapporte à l'hérédité maternelle.
2"" Ce qui est relatif à rinfluence des maladies actuelles de la mère nourrice ou de la nourrice.
Dans le premier cas, l'enfant n'est pas malade par le lait de sa mère, et la transmission du mal résulte d'une viciation originelle, datant du moment même de la fécondation ; dans le second, au contraire, la viciation est accidentelle, secondaire à la naissance, et s'opère au moyen de l'allaitement. De telles circonstances sont capitales et forment la base d'une division impprtante.
J'aurai donc à parler : !• De Vinfiuence des maladies antérieures de la mère sur la santé des enfants ; mais je serai bref à cet égard, ayant eu l'occasion d'exposer précédemment (1) les lois de la transmission des maladies par la génération. 2"" Je m'occuperai ensuite d'une question plus importante, relative à l'influence des affectiojis actuelles de la mère nourrice^ ou de la nourrice mercenaire sur le nourrisson^ afin d'étudier les maladies de l'enfance produites par l'allaitement. Je terminerai enfin, et ce sera la conclusion de ce livre, par l'exposé des considérations qui néces-^ sitent le changement de nourrice.
(1) Voyez le chapilre consacré à {'hérédité morbifique^ p. 36.
influence; des anciennes maladies. 381