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CHAPITRE PREMIER

DE l'influence DES ANCIENNES MALADIES DE LA MÈRE SUR LA CONSTITUTION ET SUR LA SANTÉ DE SON ENFANT.

Dans un grand nombre de cas, les maladies du nouveau-né, provenant de la mère, ne dépendent point de la lactation et ont une origine plus éloignée. Elles dépendent de la constitution et de la santé même de la mère ; ce sont des maladies transmises par génération, et non acquises après la naissance. J'en ai parlé assez longuement au début de cet ouvrage (1) pour n'y pas revenir ici.

Les faits qui se rapportent à l'hérédité maternelle sont en général bien connus et acceptés de la plupart des médecins. Il me suffira de les rappeler. On peut les classer de la manière suivante :

1° Transmission des caractères physiques et moraux ; transmission des traits de la physionomie, de la ressemblance, et des qualités de l'intelligence et du cœur.

2** Transmission des vices d'organisation et des difformités telles que la myopie, la coloration de la peau et des poils, la forme palmée de quelques doigts du pied ou de la maio, l'augmentation du

(1) Voyei première partie. Des M$ tfe ta iHrofiréaiUm,

382 LE OHAMGEMIlNT DE NOt^RlCE.

nombre des doigts chez les sexdigitaires, le strabisme, la surdi-mutité, les tumeurs érectiles, le pied bot, etc.

3° La transmission des maladies de la femme enceinte au fœtus, la variole, par exemple, fait parfaitement bien établi et que j'aî moi-même plusieurs fois observé ; la syphilis, la fièvre intermittente, mais les exemples en sont rares : c est ce qu'on appelle les maladies cannées. Toutes les maladies de la femme enceinte ne jouissent pas de cette propriété, et, pour n'en citer qu'un fait négatif, je rapporterai le cas d'ictère grave observé par Ozanam sur une femme enceinte, morte au second jour de son entrée à Thôpital. Les eaux de Tamnios étaient jaunes, ainsi que le cordon ombilical; mais l'enfant n'était pas ictérique.

A*" La transmission de certaines maladies diathésiques, et dont le développement a lieu chez les enfants peu de temps après la naissance : la syphilis et la scrofule dans toutes leurs formes et dans toutes leurs manifestations ; l'bémorrha* philie, l'herpétisme, la folie, l'épilepsie, l'irritabUité nerveuse, les convulsions, etc.

5** Enfm, la transmission des maladies et des diathèses qui ne paraissent quebeaucoup plus tard: la goutte, la gravelle, l'asthme, le cancer, etc.

Je n'insisterai pas sur ces faits, qui n'ont plus besoin de démonstration, et qui d'ailleurs nous

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importent peu en ce moment. 11 est bon de les consulter au moment de donner un conseil pour un mariage, et dans le cours de la grossesse, lorsqu'on a besoin de savoir si la mère peut entreprendre la nourriture de son enfant.

Toutefois, parmi ces affections héréditaires du nouveau-né, il en est une qui, par sa gravité, mérite une attention particulière. CestlsLsyp/nlis. Encore peu étudiée dans le premier âge, et à cette époque de la vie extrêmement difficile à reconnaître, c'est la seule dont je veuille m' occuper. Je le ferai en réunissant à mes observations les renseignements que le docteur A. Deville, ancien interne de l'hôpital Lourcine, a bien voulu me donner, mais ce ne sera qu'un aperçu général de la maladie.

Pour l'histoire complète de la syphilis infantile, il faut consulter le chapitre que j'ai consacré à cette maladie (1) .

De la syphilis héréditaire chez le nouveau-né, — A la naissance, ou dans un intervalle de temps qui varie de quinze jours à deux mois, les enfants offrent souvent des symptômes de syphilis qu'on a cru pendant longtemps être consécutive à la naissance accidentelle et gagnée par le contact d'une personne syphilitique. On sait aujourd'hui

(1) Bouchttt, Traité des maladies des nouveau-nés et d$ ta seconde fUj \U Paris, 1862, p 985.

qu'il n'en est rien, car il n'est pas de fait mieux établi, mieux avéré et plus commun, que la transmission de la syphilis par la génération.

Peut-elle provenir également du père et de la mère? La question est souvent difficile à résoudre relativement au père. En effet, les femmes ignorent souvent l'état de la santé de leur mari à cet égard. Elles ne peuvent éclairer le médecin qui les interroge. Dans les hôpitaux, le père est inconnu, et Ton ne peut l'interroger directement. En ville, on hésite à adresser des questions indiscrètes, qui peuvent quelquefois troubler la paix d'un intérieur. Par conséquent, tout semble s'opposer à ce qu'on puisse découvrir la vérité. On y arrive quelquefois, mais très-difficilement, et alors on court de grandes chances, au milieu des précautions qu'on a prises, de tomber dans l'erreur. C'est sans doute àcause de ces difficultés d'observation que plusieurs médecins ont nié, bien à tort, la transmission de la syphilis provenant du père. Cette transmission est tout aussi réelle que la transmission d'un doigt palmé, de la couleur des poils, de la scrofule, de la phthisie pulmonaire, de l'herpétisme, du cancer, etc.

Quant à l'hérédité par la mère, c'est là le fait vulgaire, celui qu'on observe tous les jours. Il n'est même pas rare de trouver des exemples positifs de transmission de la maJi *~. mère

INFLL^ENCE DKS ANCIENNES MALADIES. 385

seule, le père étant sain, Ueville a soigné une clame dont il connaissait la fajnille, et qui avait eu des chancres et des plaques muqueuses à la vulve, Auciui traitement général n'avait été entrepris, et les phénomènes locaux disparurent. A peine réta-blie, la malade, incontestablement affectée de syphilis latente, se maria et devint enceinte; au huitième mois, elle accoucha d'un enfant mort, couvert de plaques oiuqueuses. Le père jouissait d'une excellente santé, et n'avait jamais eu de maladies syphilitiques, ce qu il atlirmait avec une franchise et une bonne foi contre lesquelles il n'y avait pas lieu d'élever aucun doute.

La femme qui transmet la syphilis à son enfant peut se trouver, au moment de Taccouchement, dans trois conditions : 1° elle présente des syiMfl ptômes syphilitiques secondaires; T elle n'en présente pas au moment même, mais elle eji aura plus tard \ 3" elle en a eu précédemment,

1" La mère est affectée de syphilis secondaire (chancre induré, plaque muqueuse, chute des cheveux et croûtes sur le cuir chevelu, douleurs de tête et dans les arliculatiouï^, roséole, papules ou pustules suivies ou non d'ulcérations, etcOi au moment de raccoucliement» Ce sont là les cas les plus tranchés, contre lesquels aucun doute ne peut être élevé, et que robs*Tv.hhni> \^ plus superflu cielle a signalés depuis l idus reculés,

â86 LE CHANGEMENT DE NOURRICE.

2° La mère présentera plus tard des phénomènes de syphilis constitutionnelle ; mais elle était déjà sous l'influence de la syphilis, elle avait une syphilis latente. Rien de plu» commun que cela. Une femme a contracté des chancres ; presque toujours, s'il doit y avoir syphilis constitutionnelle , les chancres se transforment in situ en plaques muqueuses ou en chancres indurés, et tout peut s'arrêter là. Mais la malade est affectée maintenant de syphilis constitutionnelle ; bien qu'il n'y ait actuellement rien d'apparent à l'extérieur du corps, et si un traitement régulier n'est pas appliqué, plus tard se développeront des symptômes syphilitiques aisés à reconnaître. Que dans cette période, qui s'écoule entre le moment où une malade a eu un chancre induré ou une plaque muqueuse et celui où elle aura d'autres maladies syphilitiques, la grossesse ou l'accouchement surviennent, et il y aura probabilité pour que l'enfant soit infecté. C'est ce que l'observation a démontré. S'' La mère a eu , soit avant la grossesse , soit avant l'accouchement, des maladies syphiUtiques. Si un traitement régulier n'a pas été suivi, bien que ces maladies soient disparues comme phéno^ mènes locaux et apparents^ la malade n'en reste pas moins sous l'influence d'une syphilis constitutionnelle qui peut, d'un instant à l'autre, se traduire par la manifestation de nouvelles syphi-»

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