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CHAPITRE VI

DU TRAITEMENT DE l'hÉRÉDITÉ.

Quelque difficile que soit la tâche d'arrêter la propagation des maladies héréditaires, 'elle n'est pas impossible. Le plus important était d'abord de déterminer les lois qui président à cette transmission séminale, ainsi que les circonstances d'âge, de climat, de temps et de personne qui peuvent la modifier. Une fois ce point de départ vraiment scientifique établi, on copiprend que dans le ma- . riage l'homme puisse faire pour sa descendance ce qu'il réalise avec tant de succès chez les animaux dont il améliore la race, dont il change les produits et dont il modifie les instincts. C'est là une question de temps et de persévérance. Le fait n'est pas au-dessus de la portée humaine ; mais il exige, dans son accomplissement, une puissance d'action que Thomjne isolé n'a pas et que la société seule possède, car seule elle a le droit de s'armer contre elle-même. Le traitement de l'hérédité morbide est à la fois une question d'hygiène privée et publique, et si chacun peut agir librement pour se défendre dans certains cas, il faudrait pouvoir être aidé par des prescriptions obligatoires pour tous. C'est une question encore plus sociale qu'in-

dividuelle, et si Ton voulait la résoudre avec avantage, il faudrait que des lois capables de faire réagir l'hérédité contre elle-même pussent dans le mariage diriger le cours des générations. Mais c'est là un de ces rêves scientifiques dont on ne parle que comme d'une attrayante utopie impossible à réaliser, dans le monde moderne. La protection due à la conservation des races est un bonheur des animaux que ne connaît pas T homme. Le temps n'est plus où, comme chez les Hindous, on pouvait' déclarer des incapacités physiques de mariage et frapper de nullité tout mariage où on les aurait dissimulées. Ainsi, on trouve dans l'ancien code des Hindous cette stance :

« Si un homme donne en mariage une fille ayant quelque défaut, sans en prévenir^ l'époux peut annuler l'acte du méchant qui lui a donné cette jeune fille (1). »

De pareilles lois ne sont plus possibles, et l'humanité chrétienne s'offenserait d'être traitée comme un troupeau dont les instincts sont réglés par une volonté étrangère. Elle a recouvré sa liberté physique en détruisant presque partout l'esclavage ; elle a déjà beaucoup fait pour sa liberté morale et pour l'émancipation de la pensée, comment pourrait-elle revenir à réglementer physi-

(1) Lois de ManoUy lib. IX, st. 73.

fmmmTi if TWiiîçe par le choix légal des époux ?

Ai; rtr'x dt st «uité, de sa vie et de sa posténtî.. ^'luinnûf ^ temps modernes est libre de ses *>?.tt^ x*4 àr <;a personne. Tant pis si la passion et "intATtX; rjàvcugleat, mais il n'a rien à attendre <ntf rtf lui-mèrao dans le mariage. Sans autre proîi'^uion q\tc colle de là science, il ne doit compter mt' -snr Ini-ïnèiiïC pour fonder ime race forte, in- HiijîWïîf « ATf^^ce- Que chacim , suffisamment ^•^isiirj^. f*^^ »n devoir, et au lieu de dépérir par <<y^ dlmu^ r/nroptrires du sang et meurtrières <^' U Tîiwi. Thumnniîé pourra encore résister long- »'*nïn> 9. tnnti^ fes influences destructives que .•'^'^^> <^ w»nin5^ l«i Jicaï et la civilisation.

I A y, HwA r>JOS«; à faire dans le ti*aitement ^.-^ n^ii^riif:^ iKtroâiuùres : l"* en prévenir le dévevu^HMiutnt ,; î* «flii réprimer la manifestation.

• .f>*i^ihiiitarit des maladies héréditaires, — S a -îcitîuctf »? peut suspendre l'action de cette fîj\x^ tacucdïe tfoù résulte l'hérédité, elle peut lu tiiMii:^!^ cnuisformer les actes, et dans ce but 4U iJiJS^r Ie>i cttwostances de l'union des sexes par

Û :'aac exclure du mariage librement consenti uuJN tes itfcfojtbres de la famille, quel que soit leur -uti. à*f >iMtcé^ car rien n'est préjudiciable à la race MiàXiHic ie:s uiiions entre consanguins. Suivies penvuuu \)Uu>iirtàr$ générations, elles sont h la longue

la cause de T abâtardissement des individus, de leur stérilité, de leurs infirmités, de leurs maladies et de leur mort de plus en plus rapprochée de la naissance.

Il faut exclure tous les individus atteints personnellement de maladies, d'anomalies, de difformités et* de vices héréditairement transmissibles, ou ayant ces vices, ces difformités et ces maladies dans leurs ascendants directs et dans leurs collatéraux rapprochés. C'est affronter le danger et courir les chances très-probables d'une descendance infirme ou malade que d'allier à une personne saine et honnête une autre personne vicieuse et atteinte de strabisme , de cécité , de surdi-mutité, de polydactylie, de Syphilis, de scrofule et de phthisie pulmonaire, de goutte, de dartres, de cancer, de folie, etc. Malgré les ressources de l'innéité, qui peut enlever le mal, et quelle que soit la force du procréateur sain , il y a tout à craindre que les fruits de cette union soient vicieux, difformes, aliénés, atteints de maladies humorales et diathésiques dont l'effet sera la mort prématurée ou la vie chargée de souffrances et de douleurs physiques et morales.

En cas de mauvaise santé et de maladie humorale héréditaire, l'homme doit s'abstenir du mariage et se résigner au célibat. C'est un devoir moral contre lequel il n'y a pas à lutter, et dont

on ne saurait s'affranchir sans en être tôt ou taixl cruellement puni. Qui Tenfreint sera frappé dans son honneur ou dans ses plus chères affections. La loi ne reconnaît pas d'incapacités physiques au mariage, c'est peut-être un malheur; mais chacun condamnera moralement, du moins, celui qui ne recule pas à l'idée de corrompre le sang de qui sera sa compagne, ou de créer une race difforme, vicieuse et maladive, destinée à périr misérablement de syphilis, de phthisie, de scrofule, d'aliénation mentale, etc.

Si la santé mauvaise n'est pas incompatible avec le mariage, il faut chercher dans une autre famille des conditions contraires, non de maladie, car ce serait corriger un défaut par un autre, mais des conditions contraires de santé. // ne faut jamais croiser les maladies^ dit avec raison M. Lucas, car le mieux qu'il puisse arriver, c'est Y élection de celle d'un des auteurs ou bien leur mélange^ ou enfin une combinaison qui en fait une bien plus grave.

Le mariage ne doit s'accomplir qu'au moment de la réalisation du complet degré de force et du développement des individus, c'est-à-dire à la nubilité. Trop jeunes ou trop vieux, les époux ont des enfants valétudinaires, quelquefois infirmes, malades et peu vivaces. — Quant à l'instant de la conception, il doit aussi être choisi avec discerne-

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ment, en dehors de la période menstruelle, dans un état de santé satisfaisant; jamais en ivresse ni au milieu de grands chagrins, ni de mauvaises passions : s'il se peut, dans les meilleures dispositions morales, car l'hérédité ne se rapporte pas seulement au passé de Vêtre^ et elle reproduit aussi son état présent^ absolument comme la lumière rayonnante d'un visage intelligent en fixe l'expression sur la plaque d'un daguerréotype.

Le lieu même de la conception et de la gestation n'est pas indifférent, et l'on peut trouver dans certaines conditions de climat ou de localité une puissante ressource pour modifier les résultats de l'union des sexes et pour arrêter la propagation de certaines maladies héréditaires. C'est ainsi que par le déplacement, le goitre, l'éléphantiasis, la phthisie pulmonaire, la scrofule, la goutte et les maladies endémiques sont quelquefois arrêtées dans leur transmission séminalQ. L'acclimatement dans un pays où ne règne pas la maladie dont on veut détruire le germe dans la descendance d'une famille, et ensuite la conception après cet acclimatement, sont des moyens extrêmes à employer ; mais dans certains, il n'y a de famille possible qu'au prix de ce sacrifice.

IL Traitement des maladies transmises. — Quand les maladies héréditaires commencent à se manifester par de faibles indices ou se sont décla-

rées, il n'y a pas encore à désespérer de les voir disparaître. D* abord, par cela même que Tinnéité peut préserver l'enfant de la maladie de famille, elle peut aussi amoindrir le mal, lui donner une forme moins grave, plus facilement curable, ou enfin, par métamorphose, le fixer dans un organe moins important. C'est à la thérapeutique et à l'hygiène de faire le reste.

Il est évident que si la maladie transmissible ou transmise appartient à l'ordre de celles qu'engendre l'influence des lieux ^ des climats^ delà. profession des parents, du régime de vie et des habitudes^ il faut changer ces enfants de pays, leur donner une autre profession, modifier leurs habitudes, leur régime, etc.

Un enfant de parents goitreux^ s'il vit dans le même lieu où il a pris naissance, aura le goitre, tandis qu'il en sera épargné en allant vivre ailleurs. — V hématurie héréditaire et endémique des pays chauds peut être prévenue par l'expatriation. — V élép/iantiasis disparaît par le régime, et ainsi qu'on l'a vu dans les îles FeiTOë, cette maladie héréditaire a cessé en cinquante ans, lorsque les habitants, ayant quitté la pêche, se mirent à cultiver le sol et à changer leur aUmentation. — La scrofule, si commune sous toutes ses formes, de gourmes, d'écrouelles, de phthisie pulmonaire, etc. , ne se guérit que par le changement

d'habitudes, de localités, souvent même de climat, et il y a àes familles qui n'ont sauvé leurs enfants menacés de phthisie pulmonaire qu'en allant vivre un certain nombre 4* années dans les pays du soleil, où règne une chaleur modérée, mais constante Le régime végétal et l'habitude des exercices corporels sont ce qu'il y a de plus utile pour prévenir la goutte et le rhumatisme. — C'est enfin pour les maladies nerveuses spasmodiques^ convulsives ou mentales qu'engendre la civilisation raffinée des villes, et surtout des grandes capitales, qu'un régime fortement animal et qu'une éducation forte et virile arrivent à empêcher leur développement si funeste à la race.

Ici il y a une précaution à prendre si le mal est d'origine maternelle, il faut interdire absolument la lactation qui ajouterait un mal à un autre.

Je ne veux pas m' étendre davantage sur ce sujet. Ce que j'ai dit suffit pour faire comprendre la«pensée générale du traitement préventif des maladies héréditaires quand il y a lieu de croire qu'elles menacent un enfant, ou même quand elles ontidonné quelque indice de leur prochaine manifestation. Une fois écloses, il ne faut pas les croire au-dessus des ressources de l'art ni penser qu'elles soient incurables. Cela est à craindre, mais il n'y a rien d'absolu à cet égard. 11 faut les

traiter comme si Ton avait affaire à une maladie acquise et par les mêmes remèdes prolongés pendant un peu plus de temps.

La syphilis héréditaire communiquée aux enfants par le père ou la mère guérit très-bien et très-complètement par le sublimé corrosif donné sous forme de liqueur de Van Swieten et par Tiodure de potassium. Certaines difformités ou taches de naissance guérissent également seules, ou opérées selon la règle. L'héméralopie, Thémorrhaphilie, le rachitisme héréditaire, ont été guéris par des moyens appropriés, et il en est de même d'un certain nombre de cas de scrofule, d'herpétisme, de goutte, d'épilepsie, d'aliénation, etc., observés aux différents âges de Tenfance, delà jeunesse ou de la virilité. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer tous les remèdes employés contre ces maladies ou contre ces diathèses compliquées d'une influence d'hérédité ; on les trouvera longuement exposés dans tous les traités de médecine ; mais ce. qu'il importait d'établir, c'est le fait incontestable d'une guérison possible, même au milieu de conditions en apparence si fâcheuses.

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