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CHAPITRE V

DE LÀ DURÉE DE l' HÉRÉDITÉ.

Ici, nous laisserons parler Lucas dont Tanalyse philosophique restera sur ce point comme le plus remarquable monument de pathologie générale de notre époque.

La durée de F hérédité a aussi ses règles, et Ton ne peut la déterminer qu'en la comparant à celle de Yinnéité.

Vinnéité n'a pas de succession possible puisque c'est la force qui crée la diversité des caractères et des maladies dans l'individu. Elle commence et finît avec chaque génération, et c'est ensuite l'hérédité qui en perpétue les effets.

L'hérédité^ au contraire, n'a pas de limites en elle-même. C'est la force de transmission séminale et ses règles de durée sont celles des caractères qu'elle propage.

Transmet-elle un caractère spécifique j permanent , immuable , alors sa durée est indéfinie comme celle des espèces.

Transmet-elle un caractère individuel^ transitoire, variable comme l'individu, alors elle a une durée variable.

L'hérédité de tout caractère spécifique des espèces et des variétés primordiales est donc jo^rmanente. Ainsi en est-il de l'hérédité des races humaines et de leur couleur blanche, noire, brune, rouge et jaune, de l'hérédité des races du bœuf, du chien, et de l'hérédité de la bosse du bison, du chameau, du dromadaire, etc.

L'hérédité de tout caractère du type individuel tend au contraire toujours à s'éteindre et a une durée limitée. Elle tend à s'éteindre d'abord par l'action de Xinuéité^ puis par la dualité d' action des procréateurs^ par la force qui résulte des influences d'âge ^ de lieu y de climat ^ de temps ^

à' état physique et moral des parents; enfin, par X action du grand nombre sur le petit nombre. Ici, comme partout, se manifeste la toute-puissance cachée des masses, et il n'y a pas de caractère individuel qui, soumis à l'action séminale, ne soit condamnée à s'éteindre par la loi du plus fort à laquelle ne résiste aucun dermes caractères, sans cesse divisé par des générations successives. Il lutte par le croiSâufent avec des fractions de luimême de plus en plus minimes, contre -des unités de plus en plus grand nombre de types différents, et il est absorbé.

C'est l'alFaire de plusieurs générations, et l'expérience prouva que la durée des familles nobles n'a jamais été au delà de six à douze générations, bien que jadis on ne reculât devant aucun moyen légal (srfjfetitution, divorce, mariages iitultiples, légitimatî(*ï d'enfants naturels) pour assurer la perpétuité des noms. En supprimant les mariages entre consanguins, les familles se croisent avec d'autres, et dans leur lutte contre Y invincible effort de t action du grand nombre^ elles ne tardent pas à disparaître. Ainsi disparaissent par des générations méthodiques et successives les nègres alliés à la race blanche et les blancs perdus au milieu d'une race nègre.

La durée de l'hérédité est encore limitée par la nature même de chaque caractère transmissible ;

et, à cet égard, il y a d'énormes différences dans la durée de leur propagation. Ainsi, les caractères du type individuel innés et formés par la généiation tendent à se maintenir longtemps, et ne disparaissent que par Ipî^ule puissance du croisement : exemples rhéifïéifetlopie, la surdi-mutité, la polydactylie, etc. , et^^ contraire, les caractères du type individuel acquis ont infiniment moins de persistance. Nés d'un accidenti^ l'alimentation, de l'exercice des organes, de l'éducation, du climat, des temps, des lieux, ils disparaissent à la longue avec le concours des circonstances qui les ont formés ; comme l'a dit Buffon dans cette majesté de style qui lui ^est propre i^ElIes ne sont » que des possessio^t|^urpées pdiur im temps sur » la nature, mais qu'çljp a chargé la main sûre » des siècles de lui rendçj* Jjp.^

Il n'y a donc rien de^fipfcWans l'hérédité noi»maie ou morbifique, et la transmission séminale des maladies, si fréquente qu'elle soit , peut être entravée par un grand nombre de causes, et notamment par l'antagonisme des deux lois primordiales de la procréation : Yinnéité et ï hérédité. Opposées dans leur essence , elles ne se combattent que pour mieux atteindre leur but, et, en les comparant, comme Ta fait M. Lucas, dans leur marche parallèle, on voit que leur durée est toute différente.

DURES DE L'HÉRÉDITË. 7b

(( Dans le ti/pe spécifique ; par le fait, Y inné i té passe et Y hérédité reste.

I) Dans le type individuel ; c'est à la longue Y innéité qui reste et Y hérédité qui passe.

> En effet, dans l'espèce, le divers se produit pour un temps à titre d'accident temporaire, qu'une force irrésistible anéantit et ramène au semblable^ tandis que dans l'individu, c'est le semblable qui est transitoire et qui est l'accident qu'une force irrésistible ramène au divers.

» En voyant ainsi, Yinnéité principe du divers être transitoire sous le type spécifique et Y hérédité^ principe du semblable^ être transitoire sous le type individuel^ il devient évident que, dans leur absolu, Y hérédité est en soi la loi de l espèce^ tandis que Yinnéité est en soi la loi de Pindi" vidu.

» Sous cette dualité des lois de la procréation se retrouvent donc, comme incarnation vivante, les deux grands principes de Y éternelle fixité des espèces^ et celui de V éternelle mutabilité des individus. Elles en sont l'expression séminale et nous en expliquent la pei'pétuité dans la succession des êtres, à travers les lieux et les siècles. »

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