CHAPITRE V
L'étude de la mortalité des enfants trouvés n'a été faite sérieusement qu'au siècle dernier, en France et dans les différentes contrées de l'Europe. Elle laisse beaucoup à désirer, parce qu'on ne sait pas comment ont été recueillis les chiffres qui lui servent de base, et qu on ne peut les corn-
parer avec certitude avec ceux que fournit Tadministration actuelle. Quoi qu'il en soit, comme ce terme de comparaison est le seul dont nous puissions disposer utilement pour mettre en parallèle les résultats du passé avec ceux que nous allons faire connaître d'après de nouveaux chiffres, je vais les indiquer.
Sir John Baquare, dans son rapport de 1791 au parlement d'Irlande sur la maison des Enfants trouvés de Dublin, montra que sur 19 420 enfants reçus en vingt ans, il y en avait 1 7420 dont on ne pouvait rendre compte. C'est une mortalité de près 90 pour 100. Sur 7650 reçus de 1781 à 1784, 2944, c'est-à-dire le tiers, étaient morts quinze jom's après leur entrée. 2180 avaient été adnïis en 1790, et 187 seulement ont atteint l'âge d'un an, soit une mortalité de plus de 91 pour 100. De 1 798 à 1805, on en avait reçu 12 786 autres, dont il ne restait que 1 35 cinq ans après.
A Londres, la mortalité, qui était de 1 sur 12 par année, avait baissé en 1819 à 1 sur 7,
A Moscou, sur 37 607 enfants recueillis en vingt ans, il n'en est resté que 1020.
A Vienne, en 1811 et 1812, on y perdait 92 ou 93 enfants sur 100 dans la Maison, et depuis qu'oQ. a pris le parti d'envoyer ces enfants i pagne, la mortalité n'a plus été que r pour 100. Ce chiffre, comme celui
est tellement en dehors de ce qu'on observe partout, qu'il ne faut l'admettre qu'avec réserve et après vérification. C'estun contrôle que je n*ai pas eu le moyen de faire.
En France, d'après M. Benoiston (de Châteauneuf), la mortalité était en 1787, 1788 et 1789, de 90 à 91 pour 100 ; en 1815, 1816, 1817, elle était réduite à 75 pour 100 ; elle tomba nième à 60 en 1818, mais elle est revenue à 60 pour 100 en 1824 (1). C'est entre ces deux chiffres que nous oscillons aujourd'hui, comme on le verra dans un instant.
Je ne m'arrêterai pas longtemps sur ces chiffres, leur ancienneté, et aussi, pour la plupart, leur peu de garantie, nuisent à leur signification. Bien qu'ils aient été consignés (2) , on ne dit pas quelle est leur origine, et par cela même on ne peut les vérifier. Sauf les statistiques produites par Benoiston (de Châteauneuf) , les autres laissent à désirer, et dans ma pensée, elles ne peuvent servir qu'à titre d'approximation.
Il me paraît préférable de reprendre la question en consultant les relevés officiels de l'assistance publique, non-seulement sur les enfants trouvés de Paris, mais encore sur les enfants de la classe
(1) Villermé, Annales d* hygiène, 1838, t. XIX, p. 58.
(2) Friediander, Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1819, l. XXXIV, p. 348, art. Mortalité.
moyenne envoyés en nourrice. Dans ce but, j'ai demandé à M. Husson, le directeur général, de vouloir bien faire rechercher quelle était la mortalité des enfants trouvés de l'hospice de Paris pour la période de vingt années comprise entre 1840 et 1860, en suivant chaque enfant de Paris à la campagne jusqu'à sa mort. 11 a bien voulu y consentir, et l'enquête a été divisée comme il suit : r
1° Mortalité de la naissance à dix jours;
2^ Mortalité de la naissance à un an ;
3"* Mortalité de la naissance à deux ans.
Ce sont ces tableaux que j'ai communiqués à l'Académie des sciences, et que je publie pour la première fois.
En même temps, et pour avoir un terme de comparaison nouveau, sur des enfants moins fortunés que ceux de la ville en général, et moins malheureux que les abandonnés de l'hospice, j'ai voulu avoir la mortalité des enfants de la population ouvrière et bourgeoise, envoyés en nourrice à la campagne par les soins tutélaires de l'administra-" tion dans son établissement municipal des nourrices. Là encore, pour la même période de vingt ans, M. Husson m'a fait donner un relevé statistique dont les différences avec l'autre sont intéressantes à constater.
452 LES MAUDIKS ET I.A MOIITALITÉ DU NOUYEAU-NÉ.
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