CHAPITRE III
Article i . — Impressions morales.
Les impressions morales agissent sur la sécrétion lactée chez les vaches, les chèvres, les ânesses. Le voisinage de leur progéniture excite la fonctionnement des glandes mammaires. Souvent on trompe la sottise des vaches, dit Olivier de Serres, en mettant près d'elles un veau empaillé, à l'approche duquel la mère se laisse traire, prenant ce mannequin pour celui qu'il représente. En Syrie, les paysans, avant de commencer à traire les vaches, amènent les veaux à leurs pis, leur laissent avaler quelques gorgées, puis les éloignent à quelque distance en vue de la mère pour continuer la traite. Cette méthode, usitée aussi en Auvergne, augmente beaucoup le rendement.
La colère, la frayeur, les impressions morales un peu vives altèrent la qualité du lait ou en diminuent la quantité.
Frayeur. — Encore émue du danger que venait de courir son mari, menacé d'un coup de sabre par un soldat dans une querelle, une nourrice présenta le sein à son enfant âgé de onze mois et bien portant. L'enfant le prit, puis le quitta bientôt avec agitation, pour succomber en quelques instants.
Un aubergiste de Pont, n'ayant point d'enfants de sa femme légitime, eut des liaisons intimes avec une jeune fille placée chez lui en qualité de domestique , et bientôt une enfant naquit de ces relations. Après quelques scènes assez orageuses entre les époux, il fut convenu que la concubine irait habiter Paris et que l'enfant serait mis en nourrice dans le voisinage, où le père pourrait surveiller son éducation. L'enfant, âgé de trois mois, était très bien portant, lorsque sa mère quitta Paris et vint le visiter. L'aubergiste, informé de l'arrivée de cette fille, se rendit aussitôt dans la maison de la nourrice. Mais sa femme qui surveillait toutes ses démarches, y arriva presque aussitôt que lui, et faillit le surprendre en flagrant délit. Cet homme, s'étant promptement esquivé, sa femme outrée de colère, reprocha avec violence à la concubine sa conduite inconvenante et s'emporta jusqu'à la frapper. Quelques instants après son départ, la nourrice qui avait assisté à ces scènes de violence, toute tremblante, et hors d'elle-même, donna le sein à l'enfant qui le prit comme à l'ordinaire. Dès le soir même, il fut agité et fit quelques efforts pour vomir. Le sommeil fut fréquemment interrompu. Le lendemain, il était pâle et ne téta qu'avec répugnance. Au bout de quatre jours, il s'éteignit sans offrir d'autres signes de maladie, qu'une très grande faiblesse.
Dans le courant de i8p, le feu prit à une maison située dans la commune de S. Jean de Bassel (Meurthe) et se communiqua bientôt à deux autres maisons voisines. Une jeune femme, nourrice, qui demeurait vis-àvis des bâtiments incendiés, sortit de chez elle et apercevant tout à coup les flammes qui menaçaient son
292 COMPOSITION DU LAIT
habitation, fut saisie de frayeur et tomba évanouie. Au bout de quelques instants, elle put se relever, et prendre quelques gouttes d'eau-de-vie. Pendant qu'on s'occupait à éteindre le feu, cette femme, malgré sa grande faiblesse, resta avec son mari à observer sa maison toujours menacée par les flammes. Les cris de son enfant, âgé de quatre ou cinq mois, l'obligèrent enfin à rentrer chez elle. Sans avoir égard à l'état de faiblesse et de frayeur oij elle était encore, elle le mit au sein comme à l'ordinaire. Dans le courant de la nuit, l'enfant fut fort agité, et cria beaucoup. Une sage-femme appelée lui donna un lavement avec une légère décoction de pavot sans obtenir d'amélioration. Vers sept heures du matin, on remarqua quelques contractions des membres supérieurs et la dilatation des pupilles. A midi, Philippe vit le petit malade et institua un traitement révulsif et antiphlogistique; il ne put enrayer le mal. L'enfant mourut au bout de deux jours dans les plus violentes convulsions.
Colère. — M^ et M^^ S... eurent onze enfants. La mère sujette à de violents accès de colère, en nourrit lo qui furent emportés à divers âges par des maladies de langueur. Elle même succomba à une affection aiguë. Le II® enfant fut confié à une nourrice étrangère, et jouit constamment d'une brillante santé (Comtesse).
M^^ A... allaitait son enfant âgé de six mois, d'une belle constitution et d'une excellente santé, lorsque pris tout à coup de violentes convulsions, il succomba en quelques heures. Dufrénois lui avait donné les soins les plus assidus sans pouvoir assigner aucune cause à ce terrible accident, lorsqu'il apprit que la mère, d'un
caractère extrêmement irascible, avait présenté le sein à son nourrisson au sortir d'un furieux accès de colère. Les convulsions étaient survenues deux heures après cet allaitement.
Madame C... âgée de trente ans, est d'un tempérament nerveux et si irritable que, pour les causes les plus légères, elle entre dans des accès de colère qui ne lui laissent pas même l'usage de la parole. Deux premiers enfants très robustes, allaités par elle, n'ont pas vécu plus de quatre mois. Cette femme se proposait encore de nourrir un troisième enfant dont elle venait d'accoucher. La questionnant sur le genre de mort des deux premiers, Dufrénois apprit qu'ils avaient succombé dans de fortes convulsions, survenues après avoir pris le sein, au sortir d'un des violents accès de colère auxquels elle était sujette. Prévoyant qu'un sort pareil attendait le troisième enfant, il obtint de la mère qu'on lui donnerait une nourrice étrangère. Cet enfant, âgé de onze mois quand fut publiée son observation, n'avait éprouvé d'autres accidents que quelques légers mouvements nerveux.
Chagrins. — Meslier a observé des attaques épileptiformes chez un enfant, à la suite de chagrins éprouvés par la mère.
J'ai vu un enfant de six mois emporté rapidement par une entéro-colite, peu de jours après la guérison d'une ophthalmie catarrhale, qui avait provoqué l'occlusion des paupières pendant une semaine. La mère qui l'allaitait, ne cessait pas de se lamenter, croyant son fils devenu aveugle. L'affection oculaire avait précédé de quatre jours les troubles digestifs.
Une dame d'une grande sensibilité morale et
294 COMPOSITION DU LAIT
physique, blonde, ayant de l'embonpoint, et vivant dans la plus grande aisance, mère de 12 enfants qu'elle avait nourris, allaitait encore son dernier-né bien portant et âgé de six mois. Son fils aîné partit avec son père pour une pension à Neufchâtel en Suisse. La mère pleura beaucoup; cependant, elle continua à donner le sein à son nourrisson. Le lendemain matin, l'enfant fut pris de convulsions. Cuntz appelé en compagnie d'un autre médecin, prescrivit un traitement. Malgré ses soins , les convulsions augmentèrent d'intensité et emportèrent l'enfant dans la soirée. Après une enquête minutieuse il fut impossible à Cuntz d'attribuer la cause de ce funeste accident, à autre chose qu'au chagrin conçu par la mère lors de l'éloignement de son fils.
L'analyse du lait n'a point été faite en pareil cas. Les analyses de Simon, de Vernois et Becquerel concernent des observations où les émotions s'étaient accompagnées de fièvre.
Chez les femmes très nerveuses, les sensations désagréables exercent parfois aussi une influence des plus accusées, Siebold a connu une dame chez laquelle, l'odeur exagérée du camphre troublait, et même suspendait la sécrétion laiteuse.
Article 2. — Diathèses et maladies chroniques.
Maladies chroniques. — Dans la plupart des maladies chroniques, l'eau et les matières albuminoïdes du lait diminuent un peu, le sucre et les sels restent à peu près en quantité normale, le beurre seul augmente. Sur 27 cas de diathèses et maladies chroniques, chez des nourrices dont ils ont analysé le lait, Vernois et
Becquerel ont trouvé en moyenne les proportions suivantes.
Densité Eau
Parties solides Sucre
Caseum
Beurre
Sels
Quelques états morbides s'écartent un peu de ces moyennes . Dans l'ostéomalacie, le lait contient une proportion de chaux très supérieure à la quantité normale (Gusserow). Dans la tuberculose avec diarrhée, l'eau augmente et le beurre diminue beaucoup. Dans la syphilis, d'après Vernois et- Becquerel, le beurre diminue et les sels augmentent hors de proportion, mais Simon croit que la composition du lait ne subit aucun changement.
Transmission des maladies chroniques par le lait.
— Savoir si les maladies chroniques et surtout les diathèses sont susceptibles de se transmettre par le lait, est d'une importance capitale pour la pratique. Je vais essayer de résoudre cette question intéressante, à l'aide des documents nouveaux que nous fournit la bactériologie, cette branche des sciences médicales créée par notre illustre compatriote Pasteur. Je n'ai pas la prétention d'arriver à épuiser d'une manière complète et irréfutable, un sujet aussi étendu. L'attention de la science a été appelée sur ce problème depuis trop peu d'années encore, pour ne point avoir donné des solutions contradictoires. Je tâcherai de peser à leur juste valeur les opinions défendues par les camps opposés. Même lorsqu'il me sera impossible de tirer une conclusion absolue, je ne penserai pas avoir perdu un temps précieux pendant cette
COMPOSITION DU LAIT
• étude. Mettre en doute les affirmations jusque là adoptées sans méfiance, suffit en effet pour obliger les esprits sérieux à exercer une surveillance active, qui plus tard portera ses fruits.
Comme pour l'étude du lait en général, dans cet article, sans me limiter à l'espèce humaine, je m'occuperai également de toutes les espèces de mammifères qui fournissent leur lait aux enfants.
Tuberculose. — Rang, professeur à l'école vétérinaire de Copenhague, a examiné dans un court espace de temps 27 mamelles tuberculeuses de vaches. La tuberculose chez la vache dite poinmelière, identique à celle de l'homme, frapperait souvent ces organes et débuterait fréquemment dans leur tissu. Dans tous les cas, le lait contient des bacilles tuberculeux, parfois même en grande quantité. Koubassoff, Bollinger partagent le même sentiment. Contrairement à l'opinion de Koch, Rang croit que le lait de la vache peut renfermer des bacilles tuberculeux, mais en petit nombre, alors même que la mamelle est saine.
Il est bon de savoir que les vaches élevées dans les étables des grandes villes, oià elles sont privées d'air, et soumises à un régime forcé, pour augmenter la production du lait, sont particulièrement exposées à contracter la phthisie. Leur lait peut transmettre la diathèse.
Les inoculations pratiquées par Rang et Rollinger avec ce lait ont toujours donné des résultats positifs. Certains animaux ont péri même très rapidement. L'alimentation avec ce même lait a également provoqué la tuberculose chez tous les animaux (porcs, veaux, lapins ) qui y ont été soumis. F. Peuch et Toussaint,
Gerlach, Klebs, Flemming, Bollinger, Ebstein, Orth, Cohnheim etc., dans leurs expériences sur l'espèce bovine et d'autres animaux, sont arrivés aux mêmes résultats. Bollinger a cité le fait d'une chèvre dont le lait fraîchement tiré était, bu par des enfants qui succombèrent à la tuberculose ; la chèvre à l'autopsie fut trouvée tuberculeuse.
La résistance qu^ont mis des médecins distingués à accepter la réalité de ces observations, est basée sur le rôle de préservation, dû à l'action du. suc gastrique. Mais les expériences de Sormani montrent que, si les sucs digestifs d'un individu sain et vigoureux détruisent complètement le bacille tuberculeux, il n'en est pas de même chez un animal atteint d'affection gastro-intestinale. Dans ces conditions, le chyme provenant d'un animal, à qui on a fait absorber de la matière tuberculeuse, est capable de transmettre la tuberculose, si on l'injecte sous la peau d'un animal bien portant.
Imlach a cherché à vérifier dans quelle mesure l'alimentation par du lait tuberculeux est capable de donner la tuberculose. Tout en admettant la possibilité, et même la fréquence de ce mode d'inoculation, il croit à l'immunité possible des animaux.
Trois de ses expériences le démontrent. De jeunes veaux, issus de parents sains, et placés dans de bonnes conditions hygiéniques, sont nourris pendant deux mois, avec du lait fourni par des vaches manifestement tuberculeuses. On les sacrifie, et on ne trouve aucun signe d'envahissement du mésentère ni du poumon par le tubercule. Imlach conclut que, quand l'épithélium intestinal est sain, il ne peut y avoir infection par les bacilles. Cependant les expériences de Chauveau,
298 COMPOSITION DU LAIT
Villemin, Parrot, St. Cyr, démontrent que le simple contact de produits tuberculeux sur une muqueuse intacte suffit, notamment dans l'intestin, pour produire la tuberculose.
Dans la séance du 30 juillet 1888 du congrès de la tuberculose à Paris, Legroux a appelé l'attention sur les conditions anatomiques des voies digestives, qui facilitent si singulièrement l'absorption des bacilles infectieux par les chylifères.
Pour juger de l'importance pratique de ces études, il suffit de considérer que, d'après les recherches de H. Martin^ le lait pris au hasard, à la source oij s'alimente la majorité de la population parisienne, semble provenir une fois sur trois, de vaches atteintes de tuberculose. Dans certains centres de population bien moins considérables que la capitale, la proportion de ces dernières s'élève encore parfois à 16 ou 20 0/0 du nombre total (Viseur, Zurn). On conçoit donc la fréquence des manifestations tuberculeuses, phthisie, carreau, coxalgie, tumeurs blanches, caries vertébrales etc., dont l'origine paraît inexplicable, chez des enfants appartenant à des familles très robustes.
Quoique parfaitement exactes, les expériences précédentes n'ont pas convaincu tous les praticiens; on sait en effet que tous les animaux ne sont pas également aptes à la tuberculisation. Les uns, le cobaye, le lapin, le singe, la vache etc., la contractent facilement. Les autres, le chien, le chat, le cheval etc., comme l'homme sont plus réfractaires à son influence.
Jusqu'à preuve du contraire, il semble beaucoup plus prudent, surtout pour les sujets prédisposés à la tuberculose, de ne point absorber du lait provenant de sujets
atteints de cette diathèse, à moins de le soumettre préalablement à l'ébullition. Car V. Galtier a montré ( 1 887 ) que les germes nuisibles se conservent dans le lait traité par la présure, dans le petit lait, dans le fromage, et peuvent rendre ces produits aussi dangereux que le lait dont on les a tirés. Cette conclusion a été adoptée sans discussion par Flemming, Orth, Ebstein, Cohnheim etc., au congrès de Dusseldorf. Le dernier congrès de Paris (juillet 1888) a été plus affirmatif, en votant qu'il constatait avec reconnaissance l'inscription, parmi les affections contagieuses, de la tuberculose des vaches, de par un récent décret du président de la République française.
Syphilis. — La transmission du virus syphilitique par le lait n'est point admise par tous les auteurs. Nisbet, Hunter, Burns, Collineau, Cullerier, Ricord, Tarnier, Tomaso de Amicis, Mireur, Rollet, Profeta, Padova, Nat. Guillot, Nonat, Venot, Pellizari, Gallois, Geigel, Archambault la croient impossible. Catunée, Tomitanus, Boerhave, Dudier, Guyon de la Nauche, Astruc , Bertin, Guyon-Dolvoir , Rosen , Doublet, Paré, Botal, de Blegny, Swiedaur, Mahon, Vassal, Benjamin Bell, Lagneau , Langlebert, Petit-Radel, Melchior Robert, Vidal (de Cassis), Lane et Parker, Plaite , Filippo Cerasi , Brunelli etc. sont d'avis contraire.
Natalis Guillot a observé deux nourrices syphilitiques à l'hôpital des Enfants-trouvés, toutes deux affectées de plaques muqueuses à l'anus, aux parties génitales et sur les téguments, sauf les mamelons, sans quoi la syphilis eut été reconnue. Ces femmes qui avaient eu des gerçures au sein, cachaient l'état de leur santé. Le
COMPOSITION DU LAIT
hasard seul conduisit à la découverte des accidents qu'elles éprouvaient. L'une reste dans l'établissement pendant huit mois, l'autre près de deux ans. L'une et l'autre firent des nourrissons très convenables et nullement syphilitiques. Tarnier a vu aussi un fait qui plaide contre la transmissibilité par le lait. Une nourrice infectée par un enfant étranger qui tétait une seule de ses mamelles, et portant sur cet organe un chancre, auquel avaient succédé divers accidents généraux, put néanmoins continuer à donner l'autre mamelle à son propre enfant, sans lui communiquer la maladie qui évoluait chez elle. Dugès a rapporté l'observation d'une petite fille venue au monde bien portante qui suça pendant 5 mois, le lait d'une nourrice affectée d'une syphilide tuberculeuse, sans contracter la maladie. Il est vrai que la nourrice fut mise tout de suite à l'usage des mercuriaux.
Déjà en 1850, Cullerier avait lu à l'Académie de médecine cinq observations concluantes de nourrices infectées dont les nourrissons restèrent toujours sains. En 1866, il publia d'autres faits du même genre.
Dans un remarquable ouvrage couronné en 1887 par l'Académie de médecine, notre compatriote et ami, H. Mireur fait quelques remarques à ce sujet. « Les observations s'appuyant sur des résultats négatifs, dit-il, sur la non transmission, sont sur ce point d'une valeur indiscutable. Si le lait d'une nourrice syphilitique était contagieux, l'infection de l'enfant serait la règle générale. Cette règle ne devrait même souffrir aucune exception, tant que la syphilis de la nourrice n'aurait pas dépassé la période secondaire. Or une seule exception bien confirmée établie sur des données absolument
précises et complètes, à savoir : une nourrice atteinte de syphilis secondaire, allaitant un nourrisson qui reste parfaitement sain, cette seule exception devrait à juste titre être considérée comme une preuve évidente de la non contagiosité du lait. Si l'on réfléchit maintenant que les observations de ce genre, au lieu de constituer dans la science des faits isolés et exceptionnels, y ont été au contraire fréquemment consignés, on ne pourra se refuser à partager nos convictions. »
Ces arguments paraissent avoir une très grande valeur, et cependant ils ne me convainquent pas pour plusieurs raisons.
1° Que penserait notre confrère, aujourd'hui que la transmission de la syphilis de la nourrice au nourrisson, ou réciproquement du nourrisson à la nourrice par des plaques muqueuses de la bouche ou du mamelon, est un fait acquis à la science, si on recourait à son genre d'argumentation. Lorsquune nourrice atteinte de syphilis secondaire {plaques muqueuses du mamelon), allaite un nourrisson, si celui-ci reste parfaitement sain, cette seule exception devrait être considérée comme une preuve évidente de la non contagiosité des plaques muqueuses. On ne serait cependant pas en peine de trouver, non point une, mais plusieurs observations à l'appui de cette hérésie scientifique, notamment dans les leçons cliniques de Natalis Guillot et les' écrits d'autres savants aussi distingués.
Ce professeur affirme en effet, à propos de la non contagiosité des plaques muqueuses des lèvres des nourrissons aux seins des nourrices, avoir eu dans son service des enfants infectés de cette lésion, nés de filles soumises syphilitiques. Ces enfants, tétaient depuis
COMPOSITION DU LAIT
plusieurs jours des nourrices, lorsque Guillot en connut la provenance ( St Lazare ). On continua, car il n'y avait pas d'accident, et il n'en survint pas.
Qui songerait à nier la contagiosité des accidents secondaires de la syphilis (plaques muqueuses), d'après ces observations ? On se borne à croire logiquement qu'elle ne se produit pas dans tous les cas sans exception.
i"" Mireur ayant établi que le sperme n'est pas inoculable, se croit en droit, par analogie rationnelle, de nier aussi la virulence du lait et de tous les autres produits de sécrétion. C'est peut-être généraliser un peu trop vite. Déjà, dans une autre maladie à micro-organisme, la tuberculose, la virulence du lait a été nettement établie, on est porté à l'admettre dans la syphilis. Le fait suivant de Woss tranche d'ailleurs la question et je comprends l'embarras de l'illustre Tarnier en le citant. Woss injecta au moyen d' une seringue de Pravaz, le lait d'une femme atteinte de syphilis, dans le tissu cellulaire sous cutané de trois prostituées. Les mamelles ne présentaient aucune altération pathologique, et le lait fut obtenu par la pression. L'une des femmes infectées était déjà syphilitique, le résultat fut négatif; chez la seconde, il n'y eut pas non plus d'infection; Chez la troisième qui n'était pas syphilitique, l'injection fut pratiquée le 27 décembre. Il se forma chez cette dernière, comme chez les autres, un abcès au niveau du point injecté, et vers le 3 novembre, on constata une éruption papuleuse, au pourtour de l'endroit où l'injection avait été faite, et plus tard, il survint des manifestations générales. La valeur de ce fait positif ne saurait être diminuée par les résultats négatifs des
injections pratiquées par Profeta, Padova, Perelli et Pellizzari.
De plus, les résultats négatifs des inoculations de sperme, dans les expériences de Mireur, ne prouveraient rien d'une façon absolue. Ils peuvent tenir au modus faciendi. Le sperme syphilitique a certainement des propriétés virulentes, puisque Ferrari y a retrouvé les microbes caractéristiques de cette diathèse, et que la transmission héréditaire à l'enfant, d'origine paternelle, n'est plus discutée.
En outre, dirai-je avec P. et H. Diday, le virus pour développer ses effets, n'a-t-il pas besoin, comme la plupart des êtres organisés, de tomber dans un milieu qui soit favorable à son évolution? Et de quel droit conclurait-on de ce qui se passe, lorsque le germe est placé dans des conditions si contraires à son rôle et à son évolution physiologique, à ce qui se passerait, s'il était placé dans les conditions mêmes oij il est destiné à subir des transformations non seulement normales, mais providentielles ? Affirmer que le spermatozoïde resté inoffensif à la surface d'une muqueuse, ou d'un derme dénudé le sera également pour le fœtus, à la création duquel il va concourir, serait dépasser les bornes d'une saine logique, car il y a là un phénomène vital dont l'explication n'appartient ni à la lancette, ni au microscope.
3° Pour expliquer la non transmissibilité de la syphilis dans les observations de Tarnier et de Cullerier, et d'autres auteurs, il suffit d'appliquer au lait syphilitique, les idées de Imlach concernant le lait tuberculeux. Quand l'épithélium des voies digestives est sain, il ne peut y avoir infection de l'économie par les bacilles.
304 COMPOSITION DU LAIT
Le lait tuberculeux et le lait syphilitique perdent en ce cas leurs propriétés virulentes sous l'influence du suc gastrique, comme tous les autres virus ou venins, comme le curare. Mais, quand l'épithélium est altéré, on comprend l'infection consécutive, telle qu'elle est survenue dans les deux faits de Melchior Robert.
Une mère, n'ayant aucune maladie vénérienne allaitait un enfant bien portant, lorsqu'elle eut des rapports avec son mari infecté depuis peu. Un mois et demi plus tard, taches confluentes sur le corps de l'enfant, mêmes taches sur le corps de la mère et de plus céphalalgie. Les mamelons et la bouche étaient sains. L'enfant n'avait ni plaies, ni cicatrices, ni ganglions engorgés.
M'' D. confia son enfant à une nourrice jeune et fraiche, qui perdait ses cheveux et qui avait des boutons aux bras, et aux mains. Cependant le mamelon, examiné avec soin par M'^ D.... n'offrait aucune lésion. Deux mois plus tard, cette nourrice fut renvoyée, et quinze ou vingt jours après, l'enfant portait à l'anus six plaques muqueuses. Il y avait en outre des taches sur le corps, mais aucune ulcération ou cicatrice à la bouche, et pas d'engorgement ganglionnaire aux aines ou au cou.
La compétence en syphiligraphie de Melchior Robert est indéniable. Pour refuser de reconnaître la valeur des observations qu'il rapporte, il ne suffit pas de dire que ces deux faits de syphilis infantile sont bigarres, parce qu'il n'y avait ni lésions muqueuses, ni adénites, et que l'état des seins chez les nourrices a été constaté à un moment trop éloigné de l'infection des nourrissons. Il serait nécessaire de les discuter plus à fond.
Il est évident que l'infection avait dû se produire sur
un point des voies digestives. Faut-il nier cette infection parceque parmi les symptômes constatés, il en manque certains des plus ordinaires et presque indispensables, observés à la suite d'infection par les téguments, ou les différents organes externes? Rien ne prouve que dans le premier cas, l'évolution pathologique ne soit pas modifiée, ne revête pas des formes frustes ou incomplètes. L'absence de certains symptômes, n'enlève rien à la valeur de la présence des autres. Et il n'y a point de maladie qui se manifeste avec un cortège de symptômes toujours identique.
Quant à l'état des seins, il est certain que, si antérieurement ces organes avaient été le siège de chancres, on s'en fût aperçu pendant leur évolution ou après leur guérison. Des lésions comme celles-ci ne disparaissent pas sans trace au bout d'un laps de temps aussi court que quatre semaines. Fournier dit en effet expressément à propos de ces variétés de chancres : « En sa qualité de chancre cutané, le chancre mammaire, laisse communément à sa suite une tache d'un rouge sombre, laquelle se convertit après un certain temps en une macule bronzée ou brunâtre, puis s'efface complètement, absolument sans stigmate ultérieur. Vainement en chercheriez vous trace quelques semaines plus tard ; aucune cicatrice ne lui survit en général, réserves faites toutefois pour les cas rares où il revêt la forme ulcéreuse, comme aussi pour les cas (ceux-ci tout à fait exceptionnels) où il subit le processus phagédénique. Mais ce qui survit longtemps au chancre mammaire dans la presque totalité des cas, c'est d'une part son induration, c'est d'autre part l'adénopathie. L'induration presque toujours persiste après la cicatrisation pendant
COMPOSITION DU LAIT
un laps de temps proportionnel au développement qu'a présenté le néoplasme, quelques semaines en moyenne, parfois même plusieurs mois » En admettant que, dans la seconde observation, les parents n'eussent jamais observé, suivant la coutume, la nourrice pendant l'allaitement, quel motif avait la mère, dans la première observation, de cacher son affection et de répondre négativement aux questions indubitablement posées par le médecin appelé plus tard pour la soigner ainsi que son enfant.
Pour montrer la valeur indiscutable des observations de Robert, remarquons que Rollet, après avoir nié les propriétés contagieuses du lait des syphilitiques, avoue franchement que si des exemples analogues se produisaient en grand nombre, il n'hésiterait pas à les expliquer comme Melchior Robert.
4° Les grands arguments mis à l'encontre de la virulence du lait syphilitique sont en somme au nombre de deux : exemples d'immunité d'enfants allaités par des nourrices syphilitiques, et surtout résultats négatifs des inoculations pratiquées. Pour tirer une conclusion logique du premier argument, il faudrait i° Prouver que la réceptivité individuelle pour la syphilis est la même chez tous les sujets; 2° Montrer qu'il n'existe point d'observations d'enfants atteints de syphilis dont l'origine reste inexplicable, si l'on n'admet pas la'virulence du lait des nourrices syphilitiques. Le second argument a perdu aujourd'hui de sa valeur. Pour que les résultats négatifs eussent quelque signification précise, il faudrait que le procédé opératoire eut toujours été le même, et la composition du lait injecté toujours identique. On n'ignore pas qu'il n'en a point été ainsi.
5^ Reste à trouver le motif de la rareté des cas de transmissibilité de la syphilis par .le lait, en face de la fréquence relative de la transmissibilité de la tuberculose par ce liquide. Je serais disposé à trouver cette explication dans la différence de composition chimique du lait dans les deux cas. Dans la tuberculose, la proportion des divers éléments est changée ; le lait provoque forcément des troubles digestifs, et crée ainsi des voies faciles pour l'infection bacillaire. Dans la syphilis, avant les accidents secondaires et l'altération de la santé générale, le lait conservant sa composition normale, n'entraîne point de désordre dans le conduit digestif de l'enfant. L^épithélium restant sain, l'absorption du lait virulent ne se fait pas avant sa transformation par le suc gastrique.
En résumé, en me basant sur les mêmes faits rapportés par Tarnier et Mireur, mais en les interprétant différemment, j'admets la possibilité de la virulence du lait syphilitique dans certaine conditions que la science déterminera plus tard.
Herpétisme. — L'existence chez la mère ou chez la nourrice, d'affections chroniques de la peau, ne doit pas être considérée comme un danger pour l'enfant, et par suite comme une nécessité de changer la nourriture lactée. Si parmi elles, il en est qui dans certaines conditions, pourraient avoir une influence quelconque sur l'enfant, cette influence n'est jamais que relative, et n'a rien qui ressemble à la transmission d'un virus imaginaire, ou à la communication d'un mal de toute pièce ( Casenave ).
3o8 COMPOSITION DU LAIT
Article j. —- Maladies aigiles et maladies ■infectieuses.
A. — Chez la femme.
Maladies aigties et maladies infectieuses de la femme.— Dans les maladies aiguës ou infectieuses, on a vu des mères continuer l'allaitement sans préjudice pour la santé des nourrissons. Le R. P. de Ravignan a été, paraît-il, nourri par sa mère dans le cours d'une grave maladie.
Mitivié, médecin de la Salpêtrière, Rullier, Debauve, Gery, Aubrun, etc. ont cité un grand nombre d'observations de femmes atteintes de choléra, qui ont continué à allaiter avec succès leurs enfants. Après une diminution momentanée, la sécrétion lactée s'est rétablie dans tous les cas, sauf un seul de Grésely. La plupart des mères ont guéri, sans jamais transmettre la maladie au nourrisson.
L'innocuité du lait de la mère sur l'enfant a été observée aussi dans les cas de fièvre jaune; les partisans de la non contagiosité de cette maladie ont tiré de ce fait un de leurs plus puissants arguments. Le D'* Jourdain et le D^' Montés dans l'épidémie qui éclata en 1823 au bourg du :passage, rapportent des exemples. Josepha Joaquina Gorostiaga, vivement frappée de la maladie dès le début, continua d'allaiter son enfant le premier jour, sans qu'il n'ait rien éprouvé. De même. Maria Murillos atteinte de la même affection, allaita son enfant de cinq mois durant tout le cours de sa maladie, sans qu'il ait souffert la moindre incommodité (Beau). i
Dans l'épidémie de Tortose en 1821, M™'' R. étant \
partie pour la campagne, la nourrice de son enfant resta dans la ville, oij elle fut atteinte de la fièvre jaune. Son nourrisson, âgé de onze mois, la téta pendant les trois premiers jours et ne fut point indisposé (Chervin).
Fièvres éruptives. — Dans une discussion qui eut lieu à la Société médico-chirurgicale de Paris en 185 1 , M^* Gaude a cité l'observation d'une femme, qui contracta le douzième jour de ses couches, une rougeole, et continua l'allaitement de son enfant, sans lui communiquer la maladie. Maillot a rapporté un fait analogue chez une femme accouchée depuis trois mois et atteinte de scarlatine.
On a fait remarquer, en faveur de la continuation de .l'allaitement pendant les fièvres éruptives, que les nouveau-nés sont très peu accessibles à ces sortes d'affections et que la cessation brusque d'une fonction comme celle de l'allaitement, n'est peut-être pas sans influence sur la marche relativement plus grave qu'affecte alors la maladie. Pour être rares, les faits de contagion des jeunes enfants n'en existent pas moins. Bernouilli a observé la scarlatine chez un petit garçon de trois semaines et chez une petite fille de deux mois. Baillou et d'autres auteurs ont rencontré des cas de scarlatine congénitale chez des enfants dont la mère était atteinte de la maladie. La rougeole rare dans les six premiers mois de la vie, est très grave, puisqu'elle donne à ce moment une mortalité de 60 à 70 0/0. J'en ai observé divers cas. J'ai constaté aussi des faits de transmission de variole, toujours très fréquente et très sérieuse chez les nourrissons non vaccinés. Dans la varroloïde, Legroux a vu la contagion s'effectuer de la mère à l'enfant dans deux cas, l'un 17 jours, et l'autre 18 jours
jio COMPOSITION DU LAIT
après les couches; il est donc prudent de ne pas trop compter sur une immunité hypothétique.
Fièvre typhoïde. — Dans la fièvre typhoïde, on a trouvé que le lait renfermait plus d'eau et de sels, et moins des autres principes. La question de la transmissibilité de cette maladie par le lait de la mère au nourrisson ne paraît pas résolue. Hérard cite le cas d'un enfant de sept mois nourri par une mère typhique, qui prit la maladie et mourut en six jours. Mais Gerhardt a eu l'occasion d'observer cinq nouveau-nés qui ont été nourris impunément par leur mère atteinte de dothienenterie.
Autres affections. — Dans l'ictère, le lait est parfois coloré en jaune.
Dans les abcès mammaires, l'examen microscopique fait constater la présence de globules du pus, reconnaissables à leur contour frangé. Lajoux a trouvé dans ce cas la composition suivante chez un lait de 3 5 jours : matières fixes iio, 50; beurre i6,io; lactine 58, 53; matières albuminoïdes 34,27; sels 1,50. L'action de ce lait sur l'enfant est des plus mauvaises; d'après Bouchut, il provoque des troubles gastro-intestinaux, et souvent des phénomènes morbides plus graves, tels que des érysipèles et des abcès gangréneux, particulièrement au scrotum, affections capables d'amener rapidement la mort.
Ces conséquences ne doivent pas surprendre. Chez six femmes atteintes d'inflammations superficielles de la mamelle ou du mamelon (rhagades, excoriations ou abcès superficiels ), Eschérich a reconnu cinq fois dans le lait du côté malade des colonies de staphylococcus albus. Chez treize puerpérales, en proie à des acci-
dents d'infection générale plus ou moins grave, le même auteur a rencontré constamment, dans la sécrétion lactée des deux mamelles, des colonies de staphylococcus albus ou aureus, et quelquefois ces deux espèces réunies.
Dans un cas de rhumatisme articulaire aigu avec une température de 40^2, chez un lait de trois mois, Lajoux a constaté une augmentation considérable des principes solides, 1 43 gr. ; du beurre, 6 1 ,90 ; de la lactine, 61 ; une diminution des matières albuminoïdes, 18,60, et à peu près le chiffre ordinaire des sels, 1,50.
Les maladies aiguës fébriles en général réduisent considérablement la sécrétion du lait, et modifient sa qualité. Les changements qu'elles apportent dans la composition de ce liquide, engendrent fréquemment des troubles digestifs chez le nourrisson. Ces troubles qui sont la règle dans les affections aiguës sérieuses, sont au contraire exceptionnels, d'après Cazenave, dans l'érythème, Teczéma, le pemphigus, l'impétigo, l'ecthyma etc. Ces dermatoses aigiies comme certaines inflammations passagères n'exercent d'influence appréciable ni sur la sécrétion lactée, ni sur la santé de l'enfant.
B. — Affections chez les femelles laitières.
Cocote. — Dans la cocote ou fièvre aphtheuse des vaches, Chevreul a trouvé dans le lait, des globules agglutinés, mûriformes, muqueux ou purulents. Ce lait traité par l'ammoniaque devient visqueux; au contact de l'air, il entre bientôt en putréfaction. Dujardin-Beaumetz le croit inoffensif Ce sentiment n'est pas justifié Précy a décrit les troubles qu'il provoque à bref délai.
COMPOSITION DU LAIT
après son ingestion. D'abord, sans raison appréciable, l'enfant maigrit, puis contracte la diarrhée. Alors, bien souvent l'intervention du médecin est inutile; il est presque toujours trop tard.
Charbon. — Chambrelent et Moussous, dans trois expériences d'inoculation du charbon à des femelles en gestation, ont montré que les bactéridies passaient dans le lait. Le microscope est quelquefois impuissant à les y déceler. Cependant le lait en contient, car on peut les cultiver, et les inoculations aux animaux du bouillon de culture qui en résulte, produisent le charbon.
KoubassofF ( 1885 ) déclare qu'une fois apparus dans le lait, ces microbes y restent jusqu'à la fin de la lactation oij jusqu'à la mort de la femelle. Fait étrange et que l'on doit accepter seulement avec la plus grande réserve, cet expérimentateur regarde un pareil lait comme inoffensif pour les nourrissons !
Scarlatine. — Dès 1882, Power remarqua la localisation d'une épidémie de scarlatine, à la zone de distribution d'un lait provenant d'une vache malade. Le lait paraissait normal, mais la bête qui venait de vêler, avait perdu une partie de son poil et était languissante. A cette époque, dans des expériences pour savoir si la scarlatine humaine était inoculable à l'espèce bovine, Klein vit que les vaches inoculées contractaient une maladie bien définie, surtout pendant la période de lactation.
En décembre 1885 , le médecin hygiéniste de Marylebone, à Londres, observa qu'une violente épidémie scarlatineuse sévissait dans son quartier, chez des personnes qui s'approvisionnaient toute-8 chez le même laitier. Celui-ci faisait venir son lait de la ferme de Hen-
INFLUENCES PATHOLOGIQUES jij
don où tout le personnel domestique était en bonne santé. L'enquête démontra que le lait était devenu malsain depuis l'introduction dans la ferme de vaches qui présentaient des vésicules huileuses et des ulcérations du pis, ainsi que la desquamation partielle de la queue. Klein compléta ces données, en inoculant le liquide des pustules mammaires. En faisant l'inoculation sous-épidermique à d'autres vaches, il ne développa qu'une lésion locale, aboutissant à une ulcération, et à une desquamation circonscrite, mais en faisant pénétrer e virus sous la peau, dans le tissu sous-cutané, il donna lieu à une maladie générale infectieuse comparable à la scarlatine humaine, et se compliquant de néphrite albumineuse. Preuve irréfutable de l'identité des deux maladies, Klein a annoncé en mai 1887, à l'Institut royal de Londres, que le pus sécrété par les ulcères mammaires contient un micrococcus identique au micrococcus scarlatineux.
Le même auteur a retrouvé ce microbe, dont l'inoculation a provoqué les symptômes habituels, dans un échantillon de lait condensé.
Les conclusions de Klein ont été récemment combattues (novembre 1887) par Crookshank, professeur de bactériologie à Kings-College. Observant une épidémie analogue à celle décrite par Klein, dans un troupeau de vaches, Crookshank a cru reconnaître dans les accidents communiqués à l'homme, les caractères du cowpox. En tout cas, il n'y eut point de scarlatine dans la zone affectée de la maladie. Cet auteur ne croit pas devoir se prononcer définitivement sur le streptococcus de Klein; il est cependant porté à croire que ce microbe n'a rien de spécifique et qu'on
COMPOSITION DU LAIT
le retrouve dans la diphthérie, l'érysipèle, la fièvre puerpérale, etc.
Il est embarrassant d'avoir à se prononcer ici entre deux personnes aussi compétentes en bactériologie, avec des conclusions aussi contradictoires. Mieux vaut admettre volontiers les résultats de leurs observations cliniques et microscopiques, sans croire pourtant à l'identité des microorganismes dans les deux séries de faits. On sait en effet que le microbe de la scarlatine peut être très facilement confondu avec le microbe des affections cités par Crookshank. Rien ne prouve que, malgré son talent indiscutable, ce dernier n'ait point fait une pareille confusion. Elle serait d'autant plus possible que la science n'a pas encore précisé d'une manière assez complète, les caractères spéciaux à chaque catégorie de ces organismes inférieurs.
Les épidémies précédentes ne sont pas les seules connues en Angleterre , oij la scarlatine a causé ^43 000 décès dans ces trente dernières années. Au commencement de 1 887, on a observé une autre épidémie de scarlatine à Wimbledon près de Londres, due comme les autres à un lait infecté.
Cette cause de contagion a assez préoccupé l'opinion publique, pour que l'attention de la Chambre des communes ait été il y a quelques mois attiré sur ce sujet d'importance capitale pour la santé publique. Le mal, il est vrai, n'est pas sans remède. D'après Klein, il suffit de chauffer le lait à 85"^, pour lui enlever toute propriété nocive, de sorte que bouilli ce liquide ne peut jamais être pernicieux et servir de véhicule à la scarlatine. La crème est plus dangereuse que le lait,
car on ne peut la chauffer sans l'altérer. En 1875 à Kensington, son ingestion a provoqué une épidémie de scarlatine.
Typhus. — Dans le typhus contagieux des vaches, Husson a soutenu que le lait ne peut transmettre cette maladie à l'homme. Cependant, même dans la première période de la maladie , quand le rendement est encore normal, le lait ne doit point servir d'aliment aux enfants en bas âge. Il a subi une modification notable dans ses principes. Les éléments comburants ont disparu en grande partie tandis que les éléments azotés ont augmenté en proportion considérable, pour être bientôt mêlés à des matières sanguinolentes. Souvent même on observe au microscope, des globules agglutinés, soit muqueux, soit purulents.
Affections diverses. — Une famille aisée s'installe dans un petit village. Pendant deux ou trois mois, la santé est excellente; puis, successivement de quinzaine en quinzaine les quatre enfants, le père, le cocher tombent malades avec les symptômes anorexie, gonflement du foie, lassitude, amaigrissement, teinte jaunâtre de la peau; chez le père, adénite axillaire des deux côtés. Il semblait que dans la maison, il y avait une source «d'empoisonnement du sang». Appelé, le D"" Oglesby passe en revue minutieusement les égoûts, l'eau potable. Toute la maison avait été remise à neuf, au moment de l'entrée des nouveaux locataires; tout est en excellent état. En continuant son investigation du côté des latrines, Oglesby trouve des appareils fonctionnant très bien, mais en suivant le drain, il traverse une cour, arrive à une prairie que longe un petit ruisseau. C'est dans ce mince cours d'eau que se jette le tuyau
COMPOSITION DU LAIT
d'évacuation des latrines. Pendant cet examen, il voit venir à lui une vache maigre et affamée ; il dit en plaisantant au maître de la maison : « Votre vache aussi est malade. » De fait, depuis un mois, la vache, antérieurement très vive, avait maigri et refusait la nourriture. Son lait qui servait à la consommation de la famille avait considérablement diminué de quantité et ne laissait plus monter de crème. Cette vache, n'ayant d'autre boisson que l'eau du ruisseau contaminé par les latrines, avait été empoisonnée. Son lait avait propagé la maladie à toutes les personnes de la maison (Oglesby ).
Bibliographie.
Baillou : Amér. journ. of méd. se. janvier 18^2. — Bang : Sur la tuberculose de la mamelle de la vache et sur le lait tuberculeux. Nord méd. ark. 11° 26 1884. — Beau : Innocuité du lait de la mère sur l'enfant dans la fièvre typh. et la fièvre jaune. Monit. hôpit. 20 juin 1854. — Benj. Bell: De la gonorrhée virul. et de la malàd. vénér. trad. Bosquillon, Paris 1802. — Bertin : De la malad. vénér. chez les nouveau-nés, les femmes enceintes et les nourrices. Paris 1810. — Blegny ('Nicolas de) ; L'art de guérir les malad. vénér. Lyon 1692. — Boerhaave : Syst. sur les malad. vénér. Paris 18^'). — Bollinger : Transmission de la tubercul. par le lait. Deutsche vierteLjahrsch f. off. gcsundheitspflege. Bd. /.V p. 61 1877. — BoTAL : Luis venereaa curandae ratio etc. Lfon 1728. — Catunée: De morbo gallico. — Chambrelent et Moussous : De la transmission du charbon des mères aux fœtus. Arch. de tocologie. février 1884. — Chervin : Examen des principes de l'administr. en matière sanitaire 1827. — Contesse : Thèse de Paris 18^7 n° J55.— Crookshank: Cité par Keser. Le microbe de la scarlatine. Semaine médicale, décembre 1887 jb. 516. — CuLLERiER : Précis iconographique des malad. vénér. Paris 1866. Sympt. conséc. de la syph. considér. dans leurs rapports avec l'allait. Compt. rend. Acad. médec. décemb. 1850. — Cuntz : Influence du chagrin sur le lait. Journ. de méd. et chir. pratiq. 18^4. p. 5jo.
— P. ET H. DiDAY : Art. Syphilis congénitale Dict. encyc. se. méd.— Doublet : Sympt. et trait, de la malad. vénér. chez les nouveau-nés. Paris 1781. — DuFRÉNOis : Danger d'allaiter les enfants après un accès de colère etc. Journ. méd. et chir. prat. i8jj. p. 401. — Dugès : Thèse de Paris 1852.— Dujardin-Beaumetz : Dict. de thérap. art. Lait. p. jj2.
— EscHKRiCH : Recherches bactériologiques sur le lait de femme.
Fortschrittc dcr mcdicin n° 8. 1885. — Ferrari : I microorgan. délia sifilide e piii spécial, placenta sifilit. etc. AtU délia Acadein. Giœn. di Catania. Xbrc 1885 . — Fournier (Alfred): Leçons cliniques sur la syphilis. 1881. — Gallois : Sur l'innocuité du lait des nourrices syphilitiques. Thèse de Paris 1877. — Galtier : Dangers de l'utilisation des produits obtenus avec le lait des vaches tuberculeuses. Acad, sciences. 9 mai 1887. — Grancher et Hutinel : Art. Phthisie. Dic^. ency.sc. méd.
— Gusserow : Cité par Gorup-Bezanez. loc. cit p. ',620. — HussON : Anal, du lait de vaches atteintes de typhus contagieux. Compt. rend. Acad. se. p. IJJ9. LXXIII. 1871. ~- Hunter : Traité de la malad.vénér. trad. Richelot. Paris 1859. — Imlach F: Report on the transmissibility of bovine tuberculoses trough milk etc. Brit. méd. journ. 5 juillet 1884. — Klebs : Arc/i. of exper. path. and. pharm. t. i. p. i6j-i8o. 187?.— Kou- BASSOFF ; Acad. scien. 24 août 1885. — Lagneau. (L.V.) : Traité des malad. syphilit. Paris 1828. — Lajoux : Loc. cit.— Mahon : Hist.dela méd. clin. Paris an. XII. — H. Martin : Fréq. de la tuberculose conséc. à l'inocul. du lait vendu à Paris, sous les portes cochères. Réf. de méd. 1884 p. 150. — Meslier : Cité par Chevalier et Henry loc. cit. p. 195.
— Mireur : La syphilis et la prostitution 2^ édit.Pam 1888.— Oglesby : Lait et fièvre typh. Rei>. d'hyg. et pol. sanit. 1880. — Padova : Giorn. italian. 1867 t. IV. p. 40J. — Paré : Œuvres compl. Lyon 1652.
— Pellizzari : Giorn. italian, di mal. vener. II. 1866. p. 205 et IV. 1867. p. J18. — Perelli : Prodotti di secrez. norm. et pathol. degl. indiv. sifilit. 1869. — Petit-Radel : Cours de malad. syphilit. Paris 1812. — F. Peuch : Sur la transm. de la tuberc. par le lait. Comp. rend. Acad. se. t. XC. p. 1581. 1880. — Philippe : Influence de la frayeur sur le lait. Journ. de méd. et chir. prat. i8j4 p. 551. — Power et Klein : Le lait comme agent de l'infect, scarlat. The Boston med. journ. p. 115. août 1886. — RicoRD : Lettres sur la syphilis. Paris i86j. — Melchior Robert : Traité des malad. vénér. Paris 1861. — Rollet : Traité des maladies vénér. Paris 1865. — Simon : Die frauenmilch p. 67. — Swiedaur : Traité des malad. syphil. Paris 1809. — Tarnibr et Chan- TREUiL : Loc. cit. — Toussaint : Transmissibilité de la tuberc. par le lait. Compt. rend. Àcadém. se. t. XC p. 754. 1880. — Vallin : Danger du lait des vaches phthisiques. Revue d'hyg. i<f juillet 1880. même sujet. Ann. d'hygiène juillet Î878. et Semaine médicale 1884 p. J64. — Vassal : Mém.sur la transm. du virus vénér. de la mère à l'enfant. Paris 1807,— Vernois ET Becquerel : Loc. cit. p. 70. — Francis Vacher : De la transmission des maladies par le lait. Sanitary record. n° 29J p. j20. 1882. — 'Woss: Le lait peut-il transmettre la syphilis? Peters. méd. Woch. n° 2j 1876. — Innocuité des nourrices atteintes de choléra. Bullet. de thérap. III. i8j2 p. ^52. — Une femme atteinte de rougeole peut-elle continuer l'allaitement? thérap. XLI. p. 84. 185 1.