CHAPITRE II
ALLAITEMENT ARTIFICIEL
Par opposition avec l'allaitement naturel de la mère ou de la nourrice, on désigne, sous le nom d'allaitement artificiel, tout mode d'allaitement oij le nourrisson puise le lait ailleurs qu'au sein d'une femme. L'allaitement artificiel se pratique à l'aide d^une femelle d'animal, du biberon, du verre ou de la cuiller, mais en général, dans un sens absolu, l'allaitement artificiel est l'absorption par le nourrisson d'un lait déjà soutiré par la traite, des seins d'un femelle d'animal : on rappelle aussi allaitement au petit pot. Il est illogique de vouloir considérer comme allaitement, l'absorption de substances tout à fait étrangères au lait; dans ce dernier cas ce n'est point l'allaitement que l'on pratique, mais le sevrage prématuré. Ce mode d'alimentation est toujours beaucoup plus nuisible pour les enfants et a surtout contribué à donner à l'allaitement artificiel sa mauvaise réputation. Il est donc bien entendu qu'il faut exclure de l'allaitement l'administration de toute substance autre que le lait.
Indication de l'allaitement artificiel. — J'avoue être partisan convaincu de l'allaitement maternel ou à son défaut de l'allaitement par les nourrices sur lieu.
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Sans me faire illusion sur l'infériorité relative de l'allaij tement artificiel, je le préfère cependant à l'allaitement par les nourrices à la campagne. Car bien dirigé, il peut rendre les plus grands services. Quoique l'on fasse, ce mode d'allaitement s'impose pour la majorité des ^ enfants pauvres et des enfants syphilitiques que leurs I mères sont incapables de nourrir. Rochard et Fauvel l'ont fait observer avec raison : il y a plus de mères que de bonnes nourrices. Le lait de femme fait défaut, l'offre est au dessous de la demande. Il faut donc en prendre son parti, et mieux vaut régler minutieusement la direction de l'allaitement artificiel, que dé l'écarter I sans réfléchir par la question préalable.
La catégorie d'enfants pauvres voués d'avance à l'allaitement artificiel est beaucoup plus nombreuse I qu'on ne croit. Parmi leurs mères, bien peu sont d'excellentes nourrices. Les unes, faute d'alimentation suffisante, ne tardent pas à perdre leur lait; les autres, occupées tout le jour, pour gagner leur pain, à un travail pénible ou peu rémunéré, ne peuvent ni allaiter ellesmêmes leurs enfants, ni payer les frais toujours élevés I d'une nourrice sur lieu. Force est pour elles de recou- ^ rir à l'allaitement artificiel pour leurs enfants, à moins qu'elles ne se résignent à confier ces petits êtres à des I nourrices à la campagne, ce qui est pire. Les personnes I de la classe inférieure, susceptibles de mener à bien un allaitement naturel, se laissent aussi séduire par l'appât d'un gam élevé, en se plaçant comme nourrices dans les grandes villes. Elles se comportent donc exactement comme les précédentes, lorsqu'elles ne sèvrent pas prématurément leurs enfants.
Les règles de conduite tracées pour l'allaitement
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des enfants syphilitiques peuvent bien convenir aux familles riches, mais il ne faut pas se faire illusion, elles ne sont point applicables à toutes les classes de la société. Si les conditions de fortune créent en pareil cas des obstacles insurmontables pour l'allaitement naturel ou l'allaitement par une femelle d'animal, on devra nécessairement en venir à élever les nourrissons syphiliques avec l'allaitement artificiel.
Inconvénients. — L'allaitement artificiel a des inconvénients majeurs et expose à des dangers sérieux. D'abord il oblige à employer un lait d'animal qui s'écarte plus" ou moins du lait de femme. Ce lait au lieu d'être dans des conditions de composition, de température etc., toujours identiques, est soumis au contraire à de fréquentes variations en rapport avec l'animal qui l'a fourni, avec l'heure de la traite, avec l'intelligence, l'attention et le dévouement de la personne qui l'administre au nourrisson etc. Tout autant de causes de fatigues et de maladies pour ce dernier, qui n'existent pas dans l'allaitement naturel. Une autre condition qui exagère encore si possible, les dangers précédents est l'obligation, dans certains hôpitaux par exemple, pour une seule femme de s'occuper de plusieurs enfants à la fois. Elle ne peut suffire à la besogne, et les conséquences du manque de soins pour l'enfant sont l'immobilité dans son berceau, la tendance au refroidissement, les inflammations tégumentaires ^ résultant du manque de propreté, une alimentation insuffisante, etc.
Ces inconvénients sont réels, mais non insurmontables. Voilà pourquoi, on comprend que l'allaitement artificiel dirigé par l'amour d'une mère, aidée des con-
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seils de la science, donne des résultats bien supérieurs dans les familles, à ceux qu'il fournit entre les mains des infirmières malgré leur dévouement ou entre les mains des nourrices à la campagne.
Précautions. — Pour réussir dans l'allaitement ar-
I tiliciel, il faut le plus possible se rapprocher des conditions de l'allaitement naturel. L'homme peut imiter, mais non point surpasser le travail de la nature en semblable matière. Pour reproduire artificiellement l'allaitement naturel, il faut prendre certaines précautions, concernant la qualité, la quantité, la température du lait à administrer à l'enfant, et aussi la manière dont s'effectue cette administration. Ces précautions sont indis-
I pensables pour éviter à l'enfant des repas indigestes ou trop copieux. Le baby n'a point dans l'allaitement
j artificiel, le frein mis par la nature pour ne pas dépasser la quantité de lait nécessaire à son alimentation : la fatigue de la succion inévitable dans l'allaitement naturel. Il convient de s'en préoccuper pour lui.
De l'examen des mémoires envoyés en 1879 ^ cadémie de médecine, qui avait mis au concours la question de F allaitement artificiel, il ressort des faits importants. L'expérience démontre les bons résultats de cet allaitement à la campagne, en empruntant le lait aux animaux élevés dans les pâturages. Ce lait peut être donné immédiatement, après la traite, au sortir des pis de l'animal. Il est prudent par contre dans les villes de toujours soumettre le lait, dont on connaît moins bien la provenance, à l'ébullition préalable (pages 296, 314).
Dans les six premiers mois, on s'abstiendra soigneusement de tout autre aliment que le lait.
ALLAITEMENT
Pour donner des succès, l'allaitement doit être pratiqué chez soi, par la mère, ou sous ses yeux et sa surveillance immédiate. Loin du toit maternel, il ne faut le confier qu'à une femme soigneuse, expérimentée, et ayant facilement à sa disposition d'excellent lait (Devilliers ).
Fonssagrives croit aussi dans de pareilles conditions à l'utilité de l'allaitement artificiel. Il classe en effet, dans l'ordre suivant, les divers modes de nourriture des enfants ; i° L'allaitement maternel dans les conditions déjà exprimées ; 2° L'allaitement par une nourrice au domicile de la mère ; 3*^ Le biberon conduit par une femme expérimentée; 4° La nourrice en ville; 5° La nourrice à la campagne loin de la famille.
Je me range complètement à cet avis et ne peux comprendre l'opposition systématique que l'allaitement artificiel a rencontré auprès de savants des plus distingués.
Quantité de lait nécessaire à l'enfant. — La quantité de lait sécrété par les glandes mammaires varie avec les besoins de l'enfant et ceux-ci avec son âge. Il semble que la nature se charge d'établir elle-même les quantités qui lui sont successivement nécessaires. Pour s'en tenir strictement aux moyennes qu'elle a fixé à chaque âge, il est absolument indispensable de les connaître afin de se régler en conséquence.
La méthode préconisée pour obtenir ce résultat est celle de Natalis Guillot, celle des pesées avant et après la tétée. On est unanime à reconnaître en principe l'excellence de cette méthode. On est également d'accord pour repousser les moyennes que ce savant a obtenues dans ses recherches. Ses moyennes sont en
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effet beaucoup trop élevées. Pour les calculer, Natalis Guillot a procédé d'une manière défectueuse. Fixant à 25 le nombre de tétées faites par un enfant dans les 24 h., il multipliait par ce chiffre le poids du lait absorbé dans un repas. Il commettait ainsi une double erreur. Le nombre de repas quotidiens est inférieur à 25, leur importance relative varie suivant les heures du jour et d'autres circonstances particulières. Bouchaud est arrivé à des données plus exactes. Dans un grand nombre d'expériences entourées des précautions les plus minutieuses, il a trouvé une moyenne de 8 à 10 tétées par 24 heure. Le poids moyen lui a été fourni par la totalité de ces repas. Dans un tableau sont réunis les chiffres obtenus par Natalis Guillot, Bouchaud, Hœhner (un cas ) , Deneke ( dix cas ), Parrot ( douze cas ) , Pfeiffer { un cas ), Odier ( un cas ).
Les moyennes de Parrot ont été obtenues sur 1 2 enfants choisis parmi les plus robustes et alimentés au biberon six fois dans les 24 heures avec du lait de vache pur.
On a vu dans quelles conditions Pfeiffer a pris son observation (page 226), chez la femme d'un médecin. Odier a recueilli la sienne chez une femme accouchée, quatre mois et demi auparavant , de deux jumeaux qu'elle avait continué à nourrir. Elle était épuisée par la misère. Après avoir fait sevrer la fille, Odier fit continuer l'allaitement du garçon, pendant 22 jours en prenant le poids avant et après chaque repas. Le nombre de tétées a été en moyenne de 6,45 par jour. La quantité de lait de chacune a été de 189 grammes 5, pendant le laps de temps de l'observation.
ALLAITEMENT
Les autres auteurs ne donnent aucun renseignement à ce sujet.
Age de l'enfant
' Nat Guillot
Bouchaud
Hœhner
Deiieke
Parrot
Pfeiffer
Odeir.
1 jour
2 jours
rf
1 fi7
14fi
OOO
semaines
fl
jours
semaines
iJ
jours semaines