‹ Hygiene de la voix parlée ou chantéeChapitre 26 sur 107 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

A. Anatomie et physiologip.

1 . La bouche, qui renferme l'organe du goût et sert à la mastication, forme l'entrée des voies digestives ; elle communique en arrière avec le pharynx, qui se continue inférieiirement avec l'œsophage (fig. 10, oe), tube très-contractile, qui descend entre la colonne vertébrale et la trachée, traverse le diaphragme et s'ouvre dans l'estomac. Celui-ci est une large poche, placée transversalement dans la partie supérieure de l'abdomen, audessous des poumons, dont elle est séparée par le diaphragme. L'estomac laisse passer les aliments I)ar le pylore dans le tube intestinal renfermé dans l'abdomen.

Toute la surface interne de l'appareil digestif est tapissée par une membrane rouge et molle , appelée membrane muqueuse, qui est parsemée de papilles et de glandes, lesquelles sécrètent le mucus.

La fonction digestive consiste à mettre les substances alimentaires en état de liquéfaction (pii

leur permel de pénétrer à travers les membranes, clans les vaisseaux sanguins.

Les alimcnis réduils on pulpe par la inaslicalion el imprégnés de salive , sont Iraiisporlés en arrière sous l'orme de bol, dans le pharynx , et passent par-dessus l'épiglolle, qui s'est abaissée pour empêcher leur pénétration dans le larynx. De là, le bol alimentaire pénètre dans l'œsopliage, dont les contractions le poussent dans l'estomac , où il est transformé par un pétrissage incessant et par l'action du suc gastrique, en une bouillie épaisse , appelée le chyme. Une grande portion de cette masse demi-liquide est rapidement absorbée et entre dans le courant sanguin ; une autre, arrivée dans les intestins, devient 'un liquide épais , blanc et laiteux , le chtjle , qui pénètre également dans les vaisseaux sanguins, tandis que les éléments indigestes sont rejetés sous forme d'excréments. La chyle fournit les éléments nécessaires à l'entretien de la vie.

Par le travail de la vie, les tissus subissent une décomposition moléculaire; ils sont usés, et les particules usées sont rejetées. Il est donc nécessaii^e que les tissus soient réparés; cette réparation, qui nous est indiquée par la faim et parla soif, se fait par les aMments, assimilables , nutritifs des éléments, tandis que les éléments usés des substances alimentaires, sous forme de carbone, se combinent avec l'oxygène fourni par la respiration (voy. p. 80,) donnent naissance à l'acide carbonique exhalé par les poumons et par la peau et sont la source principale de la chaleur du corps.

Ce sont les cléments respirateur-^ ou caJoripques.

L'alimentation diffère donc, suivant la qualité et la quantité des aliments consommés. La qualité dépend de la composition variable en éléments assimilables ou respirateurs et de la digestibilité, c'est-à-dire de la facilité de subir la liquéfaction dans l'estomac.

8, La déperdition qu'éprouvent les tissus par le travail de la vie peut être compensée par les substances d'une COMPOSITION analogue, qui pourraient être assimilées : ce sont les aliments nutritifs ou réparateurs.

Pourvu que ces aliments renferment une certaine quantité d'ingrédients minéraux, ils sont capables de conserver la vie. Ils sont toujours imbibés d'une certaine quantité de liquide (eau, sang, etc.). En leur absence, l'organisme vit aux dépens de sa propre substance. Aussi a-t-on dit avec raison qu'un mouton qui ne mange pas est aussi Carnivore qu'un lion, puisqu'il consomme sa propre cbair.

Les aliments nutritifs , riches en azote , aussi appelés proléïques , sont la fibrine (chair , sang) , la gélatine, la caséine (fromage, lait), l'albumine (blanc d'œuf) , etc. ' ^

Les matières grasses (builes, gi^aisses), et les amyloïdes (amidon, sucre, gommes), favorisent

principalement le carbone nécessaire à la production de l'acide carbonique exlialé. Aussi les appelle-t-on aliments respirateurs.

On les désigne aussi sous le nom d'aliments calorifiques, parce qu'ils sont , par la combustion du carbone , la principale source de cbaleur. Mais les sul)stances nutritives participent également , dans une proportion de beaucoup moindre cependant , à ce développement de la chaleur naturelle du corps.

Lorsque certains de ces éléments, par exemple un sel, une huile essentielle, sont très-abondants dans une substance alimentaire, celle-ci devient condiment. Ils sont ajoutés aux éléments dans le but d'en relever la saveur et d'en faciliter la digestion. Le premier rang est occupé par le sel (chlorure de sodium), dont une certaine quantité est indispensable à la santé. D'autres condiiuents sont les sucres, les acides, les poivres, les substances renfermant des huiles essentielles (acres) ou de principes aromatiques, les huiles grasses et les condiments masticatoii^es, auxquels nous joignons le tabac.

La quantité prépondérante de liquide transforme l'alirnent en boissons; celles-ci sont aqueuses, alcooliques, aromatiques ou acides.

La DiGESTiDiLiTÉ dcs alimcuts, c'est-à-dire la promplitude avec laquelle ils sont réduits en chyme, ne dépend pas uniquement de leur qualité ; les

propriétés vitales de l'estomac auront aussi une '■rande innucncc; aussi chacun doit-il étudier ses facultés digcstives.

Eu gcncral cependant, on peut admettre l'ordre suivant de digestibilité , en commençant par les substances les plus faciles.

Laitage, œufs peu cuits ou crus, poisson, volaille, viande (crue, rôtie, puis bouillie), fruits mûrs , légumes frais, pain, pommes de terre, pâtisserie. Les graisses, les champignons, sont d'une digestion diflicile.

La gélatine et l'extrait de viande se digèrent facilement, mais sont peu nutritifs. La digestibilité de la viande et son pouvoir nutritif dépendent de l'animal auquel elle appartenait, de son âge, du mode de préparation, etc. Les animaux jeunes fournissent une viande facile à digérer , mais peu nutritive.

L'organisation particulière de chaqu(3 individu règle la quantité de nourriture ; elle est en rapport direct de la dépense des forces faite par l'exercice musculaire, respiratoire, etc. Unhomrne faible, délicat, consomme moins qu'un homme robuste. L'habitude exerce aussi une grande influence.

Une alimentation insuffisante rend inaclifs les organes de la digestion , abaisse la température du corps , produit l'anémie, affaiblit l'organisation générale. Un régime surabondant a pour conséquence une augmentation de l'embonpoint et de la masse du sang ; les digestions sont mauvaises, incomplètes; il survient des congestions.

D'un auii^e côté, la quantité d'aliments né-

cessaire est d'autant moindre, qne la tempéraluie est plus élevée.

5. L'emploi d'une alimentation déterminée complétera le RÉGIME ; il doit se composer d'aliments nutritifs et d'aliments respirateurs, c'est-à-dire il doit être mixte. Une nourriture avec des substances exclusivement nutritives serait peu avantageuse et même nuisible.

Les viandes soni, pauvres en carbone ; aussi faudrail-il en manger quatre fois plus qu'il n'en faut, pour pouvoir produire la quantité d'acide carbonique exlialé normalement. Une nourriture animale presqu'exclusive détermine des inflammations , de la constipation , un épaississement du sang ; la peau est brûlante , la soif augmentée et l'embonpoint disparaît. Le travail physiologique incomplet donne lieu aux dépôts caractéristiques de la goutte.

Le régime végétal exclusif rend les digestions pénibles, longues, accompagnées de développement de gaz ; la diarrhée est assez fréquente ; l'embonpoint augmente; la santé générale s'afi'aiblit.

Dans les pays de la zone tempérée,, un kilo de pain et 750 grammes de viande constituent le régime journalier d'un homme adulte. Une partie de la viande peut être remplacée par des légumes.

La distribution des repas et les heures ou ils doivent s'accomplir varient suivant les pays, les habitudes, les profession s'.

En général, il faut de quatre à cinq lieuros entre cliacun

dos repas quo l'on prend clans le eoiiraiil de la journée. Il osl liygiéniquo d'observer des heures llxes. L'habilude de la soefélé française aciuclle de déjeuner de onze heures à midi et de dîner vers sept heures est la plus hygiénique cl la mieux appropriée à la dislribulion du travail. Beaucoup de personnes prennent une légère collation vor.s quatre licures et une tasse de thé le soir , avant le coucher. L'habilude d'un premier déjeuner , le matin au réveil , est Irès-rcpandue; elle n'est nullement nécessaire à la santé et diminue même l'appétit lorsqu'on charge l'estomac de chocolat ou de café au lait. Une veillée prolongée s'accommode du souper , qui doit être léger si l'on ne veut pas troubler le sommeil par des rêves pénibles et une digestion lente et laborieuse,

Il est mauvais de s'appliquer fortement à un travail quelconque après le repas, de même qu'un certain repos est nécessaire après un exercice un peu violent, avant de satisfaii'e la faim.

B. Rapports avec la voix.

1 . La faim et la soif non satisfaites deviennent des sensations fort pénibles. Les tiraillements de l'estomac, la sécheresse de la bouche et du gosier, altèrent le timbre et rendent pénible l'émission de la voix.

Pendant la digestion, l'estomac change de forme et de place ; il se renverse, s'applique au diaphragme et gêne ses contractions. Aussi l'exercice de la voix est-il alors entravé. Ce déplacement de l'estomac ne s'opère qu'à un moment donne

après le ropas. Aussi peut-on chanter ou parler immédiatement après le repas, mais non pas une heure après.

Les troubles de la dujesUon entravent l'émission de la voix, par les sensations pénibles dans la région gastrique, parle développement de gaz et de palpitations consécutives, par Fabondance de la salive, etc.

Les troubles des fonctions intestinales, la constipation, rendent morose et provoquent des maux de tète et de l'oppression ; la production de la voix est par conséquent gênée.

2. Pendant l'exercice de la parole, la fréquence delà respiration, de même que le volume plus grand de l'inspiration, augmentent la quantité de l'acide carbonique exhalé, c'est-à-dire la combustion des aliments respiratoires.

Mais souvent il y a aussi dépense plus grande de force par l'exercice, par exemple par les gestes chez les orateurs, et chez les artistes, par le jeu scénique. Par conséquent , décomposition plus considérable interstitielle des tissus, c'est-à-dire des éléments fournis par les ahmenls nutritifs.

La respiration plus active pendant l'exercice soutenu de la voix détermine la consommation plus rapide des aliments ; la digestibililé de ces derniers joue donc un rôle important dans le régime des orateurs et des artistes.

Ces remarques nous engagent cà examiner sommairement les principaux aliments au point de vue de ces caractères divers. Mais il est nécessaire de fixer en outre notre attention sur l'action spéciale qu'exercent quelques aliments sur la membrane muqueuse des voies respiratoires.

Parmi les aliments provenant du TxÈgne animal, les viandes occupent le premier rang; celles dites de boucherie sont les plus nutritives ; crues et hachées, grillées ou rôties saignantes, elles sont plus faciles à digérer que cuites ; eu fricassée, elles deviennent d'une digestion difficile. Le jambon est d'une digestion facile et figure avec raison aux déjeuners et dîners. La volaille et les poissons sont moins nutritifs, mais faciles à digérer. En général, le grillage est préférable à la friture.

Le bouillon, surtout concentré, est un bon aliment; il convient parfaitement au souper des artistes ; il est réconfortant après la fatigue occasionnée par la parole ou le chant. On le prend chaud ou froid. Il peut être remplacé par \ejus de viande, qui est une préparation excellente pour les estomacs faibles. Le bouillon de veau, de poulet, de grenouilles est beaucoup moins nourrissant.

En Angleterre, le thé de bœuf est très-usité. On le prépare en enlevant les tendons, les os, le gras d'un morceau de bœuf ; on coupe ensuite la chair en très-petits fragments, on verse dessus de l'eau

U MANUEL DE L'HYGIÈNE DE LA VOlK.

bouillauLc, on laisse infuser, puis on décante cl l'on ajoute du sel.

Parmi les chanteurs allemands, le potage de Jenny Lincl jouit d'une certaine laveur. C'est un potage au sagou, auquel on ajoute, au moment où il est retiré du feu pour être servi, pour un litre, deux jaunes d'œufs bien mêlés avec un quart de crème, une demi-cuillerée à café de sucre et, si l'on veut, un condiment.

La gélatine est peu nutritive, mais se digère facilement, surtout en petite quantité; elle est considérée comme substance pectorale, adoucissant les voies respiratoires ; au même- litre sont recommandés les aliments qui renferment de la gélatine, telles que le mou de veau, les huîtres fraîches, les escargots, etc. En plus grande quantité, ces aliments dérangent facilement les fonctions digestives.

Le lait est une excellente nourriture qui convient à la plupart des estomacs ; cependant il est indigeste pour certaines organisations, chez lesquelles il provoque des pesanteurs à l'estomac, la perte de l'appétit et la diarrhée. La prépondérance - des substances grasses et sucrées sur le caséum qui est l'élément nutritif, fait du lait un aliment csseuliellcmcnt respiratoire ; cette qualité est portée à son plus haut degré dans le beurre et surtout dans le petit lait; qui sont dépouillés des aliments nutri-

lils. Le beurre Ibndu est difficile à digérer. Le lait de chèvre est le plus nourrissant et celui d'iinesse le plus facile à digérer ; dans ce dernier, les éléments respiratoires constituent presque le quadruple du caséum.

Les fromages acres, salés, fermentés irritent passagèrement la gorge et excitent la soif ; il faut s'en abstenir si, peu de temps après leur consommation, on est appelé à parler ou à chanter longtemps. Les fromages frais n'offrent pas ces inconvénients.

Tout le monde sait que les œu fs sont très-nutritifs et d'autant plus digestibles que le blanc d'œuf est moins caillé. Quelques artistes ont l'habitude d'avaler un jaune d'œuf cru, lorsqu'ils sentent le larynx fatigué par un travail assidu. Les substances huileuses contenues.dans le jaune expliquent l'effet adoucissant ; mais il ne faut pas oublier que l'on a consommé en même temps une substance essentiellement nutritive.

6. Les substances du règne végétal se recommandent, parce que les éléments respiratoires (fécules, gommes, sucres, huiles), l'emportent sur les éléments nutritifs (fibrine, albumine, caséine végétales) ; mais elles renferment aussi des éléments indigestes (Ugneux, cellulose) et du mucilage, qui est une substance pectorale.

Parmi les céréales, le froment est la plus facile

Ofi MANUEL DE L'HYGlENE DE I.A VOIX.

à digérer ; il fournit le pain, qui est un aliment, à la fois réparateur et respiratoire. Les pâtisseries sont lourdes et indigestes. Le riz et le mais sont très-nutritifs. Les fécules, le sagou, l'arrow-root, le tapioca, augmentent le pouvoir nutritif des potages.

La pomme de terre {patates, ignames) est un excellent aliment respiratoire et qu'il faut associer aux aliments nutritifs, pour en modérer les qualités nourrissantes et stimulantes.

L'usage des champignons doit être très-modéré ; ils sont difficiles à digérer à cause de leurs fibres très-denses.

Le degré de digestibilité de différents légumes n'est pas en rapport avec leur pouvoir nutritif. On peut dire d'une manière générale, que peu nutritifs ils sont faciles cà digérer ; leur usage est essentiellement avantageux dans les pays chauds et dans l'été de nos climats; quelques-uns, par exemple, le chou, sont d'une digestion difficile, à cause de la grande quantité de fibres végétales qu'ils renferment, et donnent lieu au développement de gaz. Il en est de même pour les légumineux (haricots, lentilles, pois, fèves) ; parvenus à l'état de maturité l'enveloppe est essenliellemeut rebelle à la digestion.

En ce qui concerne les fruits, nous ferons seulement remarquer que les noix excitent facilement

la toux, parce que de petits fi'agmenls viennent se loger dans les replis voisins du larynx. Les oranges, les citrons, agissent comme les acides, dont nous allons parler.

c. Les CONDIMENTS, peu digestibles par euxmêmes, mais employés pour faciliter la digestion des aliments, n'agissent pas tous de la même manière sur la muqueuse des voix respiratoires.

Le sucre est une substance essentiellement respiratoire ; il sert à fournir du carbone à la combustion et apaise aussi l'irritation des muqueuses; delà l'usage des pastilles, des pâtes, de sirops, etc; mais il a l'inconvénient d'exciter la soif et de troubler, par un usage prolongé, les fonctions digestives.

Le sel (chlorure de sodium) est un condimicnt indispensable, mais en trop grande quantité, il stimule trop vivement l'estomac et détermine une irritation, parfois seulement légère et superficielle, des muqueuses delà bouche et du pharynx. Il provoque aussi la soif. Les matières oléagineuses et les fécules réclament une proportion de sel plus considérable que les autres aliments.

Parmi les acides on ne fait guère usage que de l'acide acétique, qui fait partie du vinaigre, et de l'acide citrique, fourni par le jus de citron; en petite quantité ils relèvent le goût et facilitent la dissolution de certains mets etdes oléagineux dansl'es-

tomac. En grande quanLilc, ils troublent ou retardent la digestion. C'est aussi l'elfet des acides purs qui irritent en outre l'arrière-bouche et peuvent exciter la toux; cependant, ce résultat est beaucoup moins fréquent qu'on ne l'admet généralement.

Les poivres, très-usités dans les pays chauds, stimulent les forces digestives et les nombreuses muqueuses du pharynx.

Les huiles essentielles âcres, fournies par la cannelle, la girofle, le raifort, la moutarde, etc., stimulent également les muqueuses de l'estomac, de la bouche, du pharynx et les glandes salivaires; il survient de la sécheresse à la gorge et le sentiment de la soif. Par leur abus, l'irrilation des muqueuses devient permanente, le goût se perd et la salive tarit.

Le tabac à fumer exerce une action générale et une action locale. Je n'insisterai pas longtemps sur la première bien connue ; cependant par les troubles qu'elle a occasionnée dans la sauté générale, l'exercice de la voix est nécessairement aussi entravé. Je me bornerai seulement à rappeler que l'iiction générale consiste dans un léger état de stimulation cérébral, laquelle une fois passée, fait place à un état de langueur et d'apathie qui force de recommencer à fumer, de sorte qu'une partie do la vie se passe dans cette série d'alternatives impé-

rieuses. Le fumeur en a besoin pour stimuler son nppétit, pour faciliter ladigestion, etc., maisbionlôt les fonctions tligestives sont troublées ou bien, il se déclarent une hébétude et torpeur habituelles, des tremblements nerveux, la paralysie progressive, des accidents du côté du cœur, des sens, etc., et ils se déclarent d'autant plus facilement que le sujet est plus susceptible et que l'absorption du poison contenu dans le tabac, de la nicotine, s'opère plus facilement et plus abondamment. C'est ce qui arrive chez les personnes qui mâchent le bout du cigare, qui fument des pipes culottées, imprégnées d'un jus acre, qui chiquent, etc. Ces effets sont moins marqués et plus lents à venir lorsque les tabacs, comme par exemple ceux de la Turquie, contiennent peu de nicotine. D'autre part, certaines personnes peuvent supporter des doses funestes à d'autres.

L'action locale est, dans l'immense majorité des cas, très-nuisible à ceux qui font un usage professionnel de la voix. Il existe tantôt de pertes abondantes de salive, tantôt l'impossibilité d'en sécréter sans avoir recours à la fumée du tabac. Les lèvres se dessèchent et peuvent devenir le siège de tumeurs concroïdes ; des aphthes douloureuses appal'aissent dans labouche, sur la langue; les gencives deviennent fongueuses. Mais c'est surtout l'arrièregorge, la paroi postérieure du pharynx, qui est

100 MANUEL DE L'IlYOIlîNK DE LA VOIX.

adcclée : elle se cong'cslionnc, les glandules se développent el constilucnl ainsi l'angine granuleuse, ou bien elle se dessèche et acquiert l'aspect el la dureté du parchemin et finit par s'exfolier. C'est la pharyngite des fumeurs. L'émission de la voix devient douloureuse, le timbre est altéré. L'ii'ritation peut se propager aux amygdales, à la luette, au larynx, aux bronches, et amener un état catarrhale de cette région.

Ces effets se manifestent d'autan t plus rapidement que la fumée est plus brûlante. La seconde moitié du cigare est plus nuisible que la première, la pipe courte, le brûle-gueule, plus que la pipe longue et bien plus que la narguillé dont la fumée estfroide. La fumée de la cigarette est chargée d'une poussière charbonneuse, qui pénètre danslelarpx et détermine promptement des accidents fâcheux.

Le tabac à priser active la sécrétion nasale et agit quelquefois comme révulsif; en tombant par les narines postérieures dans l'arrière-gorgc, quand l'aspiration est trop vive ou lorsqu'il est sec, il y produit de l'irritatiou.

cl. Veau est de toutes les boissons la plus naturelle et la plus hygiénique.

Elle doit être limpide, tempérée en hiver, fraîche en été, d'une saveur agréable, exemple de maliores organiques, conlcnir une cerlaine quanlilé d'air ol dissoudre le savon sans grumeaux.

Elle favorise la digeslion et par conséquent la respiration, à la condition que l'on n'en prenne pas une trop grande giifmiiie, parce qu'elle fatigue alors l'estomac est finit par amener la dyspepsie. L'eau froide glacée, lorsque la peau n'est pas couverte de sueur, est un stimulant pour l'estomac dont il ne faut pas abuser. Mais lorsque le corps est en sueur, l'eau glacée peut amener des effets les plus funestes, parmi lesquels nous signalons les inflammations graves et facilement mortelles de l'appareil respiratoire. L'eau chaude esl un excellent moyen pour provoquer la transpiration. L'eau chargée d'acide carbonique, artificielle (siphon) ou naturelle (Vais, St-Galmier, etc.), tonifie faiblement la muqueuse gastrique et stimule légèrement l'estomac.

Les boissons fermenlées, telles qvLe\eseaux-de- ' vie, les vins, la bière, etc., exercent une action d'autant plus nuisible sur les organes de la yoh et de la respiration, qu'elles renferment une plus grande quantité d'alcool.

L'alcool produit une stimulation générale du système nerveux et de la circulation , augmente momentanément la température du corps et diminue l'appétit en simulant l'alimentation parla réconfortation qui suit soningestion. Aussi les buveurs d'eau ont-ils besoin d'une plus grande quantité d'aliments que ceux qui font usage de vin. Des expériences récentes (par MM. Lallemand, Perriii et Duroy) ont prouvé en outre que l'alcool est porté en nature dans les difTérenls

organes cl qu'il est éliminé par les divers organes sécrétoires sans avoir subi d'alléralion. Or, l'alcool porlé directement sur les muqueuses produit une irritation nianilesle et un état inflammatoire.

L'abus des alcooliques détruit non-seulement la santé générale en amenant l'état pathologique connu sous le' nom d'alcoolisme qui finit par la folie et dont nous n'avons pas à nous occuper ici, mais il produit aussi une inflammation chronique et permanente du pharynx et du larynx. La voix rauque et. couverte des ivrognes est connue de tout le monde.

L'infusion des grains de café est une boisson tonique, mais aussi stimulante. J'ai observé que chez les personnes sujettes à des congestions habituelles dans un organe déterminé, ces congestions sont provoquées et entretenues par l'usage du café. J'ai constaté le même effet pour les affections chroniques du pharynx.

L'infusion du thé noir active la circulation, facilite les sécrétions et agit comme astringent sur le tube digestif; le thé vert est excitant. Le thé n'exerce aucune action spéciale sur les organes de la voix, il en est de même pour le chocolat.

Les boissons acidulées {limonades, orangeade, sirop de groseille, etc.), n'ont pas d'inconvénients à petites doses; suffisamment diluées, elles sont

mémo quelquefois favorables, on rafraîchissant les muqueuses de l'arrière-gorge.

3. Lorsqu'on parle ou que l'on chante d'une manière suivie, il y a dépense de force plus considérable que pendant le silence. La quantité des éléments nutritifs et respiratoires consommés est par conséquent plus grande.

Une alimentation insuffisante ralentit considérablement la respiration et affaiblit la voix avec la diminution générale des forces. Par un régime surabondant, la respiration devient difficile et l'on se sent oppressé.

4. L'activité plusgrande de la respiration, dans l'exercice prolongé de la voix produit une combustion plus rapide. Il y a par conséquent consommation plus grande des éléments dits respiratoires, qui font partie du régime.

L'ox'ygène , renouvelé plus fréquemment et arrivant en plus grande quantité , se combine immédiatement avec le carbone du sang.

Les personnes qui font un usage professionnel de la voix ne peuvent pas toujours prendre leurs repas à des heures fixes. L'obligation de parler en public ou de monter sur la scène les forcent souvent de déplacer les habitudes journalières, parce qu'on ne peut ni parler, ni chanter pendant la digestion. Les artistes et souvent aussi les gens du

monde prennent à la fin de la soirée une collalion légère ou un souper.

Jennius, de la Liberté, raconte queLa Malibran avait l'habitude de souper dans sa loge une demi-heure avant d'entrer en scène. Elle mangeait en costume de Dcsdemone ou d'Arsace des côtelettes de mouton qu'on lui montait du cafù Anglais, et qu'elle arrosait presque invariablement d'une demi-bouteille de sauterne. Ce repas était suivi ordmairement d'une cigarette que la célèbre chanteuse ne jetait que juste au moment où l'on venait l'avertir de descendre.

M'"^ Dorus-Gras mangeait, dans les coulisses, de la viande froide qu'elle apportait dans des boites de fer-blanc, au o-rand désespoir de M. Duponchel.

— Encore, s'écriait le directeur de l'Opéra, si elle mangeait dans de l'argent ciselé !

G. Conseils hygiéniques-

i. Préalablement à l'exercice soutenu de la voix on donne satisfaction à la faim et a la soif, pour que ces sensations ne deviennent pénibles. Si cette précaution a été négligée, on cherchera du moins à tromper les tiraillements de l'estomac et à diminuer l'ardeur de la bouche. Quelques bouchées de pain, par exemple, un petit morceau de chocolat peuvent momentanément apaiser la faim. On fait disparaître la soif, en se gargarisant avec de l'eau fraîche; ce moyen est bien plus efficace et surtout plus hygiénique que l'ingurgitation de boissons diverses, qui chargent l'estomac sans profit, détériorent les fonctions digeslivcs et dont

riiabitude dévient finalement un besoin impérieux, ,

S'il est impossible de se gargariser, lorsqu'on se tmiivc par exemple devant un auditoire, on avalera de petites gorgées d'eau froide, que préalablement on laissera séjourner dans l' arrièregorge, pour rafraicbir et détendre les tissus congestionnés et irrités. De là vient l'usage traditiônnel, chez les orateurs, du verre d'eau sucrée, que quelques-uns remplacent par d'autres liquides par exemple, par du café, etc.; ces boissons, aussi bien que l'eau fraîche, ne doivent être prises que par gorgées.

L'exercice soutenu de la voix est également interdit pendant le travail de la digesUon. On peut bien, à la fin du repas, parler ou chanter, avant que le travail de la digestion commence, parce que l'estomac n'entrave pas encore alors la contraction du diaphragme (p. 91); cependant, même dans c:s condilions, il est préférable quelc repas ne soi ni trop prolongé, ni trop copieux.

Les trou bles de la digesUon réclament fréquemment l'intervention du médecin; cependant, un régime approprié aux facultés digestives individuelles peut le plus souvent les modifier, diminuer ou les faire disparaître. Il est nécessaire que chacun étudie et connaisse les qualités et caprices de son propre estomac.

On emploie les amers lorsque la digestion esl paresseuse, ou l'appélil diminué. Je fais usage, dans ces cas, de gouttes stomachiques, composées de teintures amères. Le développement de gaz , qui rendent les digestions pénibles et déterminent des renvois, est heureusement combattu par le sous-nitrate de bismuth , à la dose d'un à deux grammes à chaque repas, ou par le charbon végétal. On emploie aussi l'eau de Vichy, Te hicarbonate de soude, des eaux minérales acidulées (Vais, Saint-Galmier, etc.)

Il faut veiller à ce que les fonctions inteslinales s'accomplissent librement, et combattre la constipation habituelle par un régime doux, végétal, par l'usage des fruits, de compotes, de boissons aqueuses en abondance, etc., mais s'abstenir de purgatifs qui rendent plus paresseux les intestins.

2. Le choix des aliments doit être fait parmi ceux dont les éléments miiritifs et respirateurs sont très-digestihles.

Les aliments dont la dissolution (chymification) réclame un long et pénible travail , entravent le mécanisme de la respiration et ne répondent pas aux besoins incessants de l'usure exagérée par l'exercice prolongé de la voix. Nous savons que la digestibililé dépend de la nature des aliments (p. 88) et de l'individualité du consommateur. Chacun doit étudier les facultés de son estomac et s'y conformer dans le choix des aliments et surtout des boissons.

La grande activité de la respiration, qui amène une combustion plus rapide, réclaïuo la consom-

ALIMENTATION. iOl

mation d'une quanlité suffisante d'aliments respiratoires, qui subissent facilement et rapidement les transformations voulues ; tels sont, par exemple, les gommes, les sucres, les fécules, les huiles, les matières grasses, etc. , qui doivent chez les personnes vouées à la carrière vocale occuper une place plus large que chez tout le monde. Après avoir chanté ou parlé, on prend avec plaisir un verre d'eau sucrée ou gommeuse. Des chanteurs font usage avantageusement de l'huile de foie de morue, pour aider le travail respiratoire.

Un supplément d'aliments nutritifs n'est exigé que lorsqu'il y a eu en même temps fatigue corporelle.

3. L'exercice du chant ou de la parole exige aussi, par suite de la dépense plus considérable de force, une réparation plus considérable par la quantité des aliments.

Dans Téchelle animale , nous voyons l'allmentatiôn pi'ô-' portionnée à la respiration. Les reptiles et les animaux hivernants, dont les mouvements respiratoires sont rares et si peu profonds qu'ils sont à peine susceptibles , peuvent jeûner longtemps, tandis que les oiseaux, dont les organes respiratoires sont très actifs, succombent bientôt à la faim. Or, l'oralcur et le chanteur fonctionnent , pour ainsi dire, au point de vue de la respiration , comme un oiseau ; sa iiourntiirc, par conséquent , doit ôtre aussi plus abondante que celle de l'ilorame de cabinet, livré à un travail sileu^ cieux.

La qiiantilc des alimenls iiul.rilifs sera proportionnée, suivant l'individualité, à la fatigue corporelle simultanée à rexcrcice de la voix, celle des aliments respiratoires à la durée de l'émission de la voix.

k. Le chanteur et l'orateur doivent faire usage, aussi bien que tout autre individu, du mixte. Une alimentation composée de substances essentiellement nutritives, de viande par exemple, à l'exclusion de légumes, leur serait bien plus nuisible qu'à tout autre individu. Les détails donnes précédemment expliquent suffisamment cette règle hygiénique (v. p. 92, 103).

Le dîner doit avoir lieu quelques heures avant que l'on tienne un discours ou que l'on chante. L'émission de la voix serait entravée et pénible pendant la digestion (p. 91).

Le souper doit être léger, avec peu de viande. Un souper copieux rend le sommeil pénible et la gestion difficile. 11 est très-hygiénique de consommer une quantité égale d'aliments au second dejeûner et au dîner.

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