CHAPITRE PREMIER
A. Anatomie et phijsiologie.
i . La main placée sur le côté gauche de la poitrine perçoit des battements dus aux contractions et dilatations alternantes d'un organe qui, pour l'anatomiste, n'est qu'une masse charnue, appelée le cœur. Cet organe est creux et rempli d'un liquide chaud, appelé sang. Chaque contraction pousse ce liquide dans des vaisseaux également contractiles, les artères, d'où il pénètre, à travers les capillaires, dans les veines, pour retourner au cœur. On appelle circulation le mouvement permanent du sang, rouge dans les artères, noir dans les veines (fig. 1, ^f).
Les artères, dont les contractions constituent le jwuls , sont des tuyaux qui se répandent dans tout l'organisme ; en se ramifiant et en se subdivisant comme les branches d'un arbre , elles s'amincissent de plus en plus. Les dernières subdivisions forment les vaisseaux capillaires , qui ne sont plus contractiles, mais dont les parois sont tellement minces que non-seulement les gaz, mais aussi le contenu liquide peut les traverser facilement et imprégner les tis-
sus avoisiuanls. C'est, un f;iil capital , qui explique la respiration et l'alimentation. Les capillaires se réuni.s.sent ensuite en troncs plus larges , qui aboutissent à des canaux encore plus largos et ])lus épais, les veines , par lesquelles le sang retourne au cœur. T^es veines sont pourvues ù l'intérieur de valvules ([ui empêchent le retour du sang vers les capillaires.
2. Pendant la respiration, s'accomplit à l'intérieur des poumons un phénomène chimique indispensable à la vie, à savoir la transformation du sang noir en sang rouge, qui est d'autant plus complète que les mouvements respiratoires sont plus amples ou plus fréquents. La théorie et les règles hygiéniques de l'alimentation sont basées sur ce phénomène chimique.
La transformation s'opère à travers les membranes trèsdélicates des vaisseaux capillaires par un échange trèsrapide des éléments constituants du sang et de l'air. L'air expiré , quelle que soit sa température avant l'inspiration, a 36" à 40o C, il s'empare donc du calorique. On y constate en outre des vapeurs d'eau. Eufin sa composition chimique est changée.
En effet , l'air inspiré se compose de 79 "/o d'azote et de 21 % d'oxygène. L'oxygène est un des gaz les plus répandus qui se combine avec les matières minérales pour former des oxydes , avec le gaz hydrogène pour constituer l'eau, etc. ; à l'intérieur des poumons , il se combine avec le carbone , c'est-à-dire les matériaux usés par la nutrition (p. 77, 80) et ramenés par la circulation dans les capillaires des poumons , et donne ainsi naissance à la chaleur et à l'acide carbonique. En expirant ù travers un tube plongé dans l'eau de chaux , celle-ci devient rapidement laiteuse , parce qu'il se forme du carbonate de chaux , in-
soluble dans l'eau. En chiftros ronds, on peul dire que l'air expiré a gagné 5 % d'acide carbonique el perdu 5 "/o d'oxygène. Le nombre normal des inspirations est de 18 à 20 par minute.
B. Rapports avec la voix.
La circulation peut-être accélérée, retardée ou arrêtée clans l'organisation entière ou dans un point déterminé: de là des troubles de la circulation générale ou de la circulation locale.
1 . La circulation générale accélérée rend la respiration plus fréquente, plus incomplète ; la voix est courte, entrecoupée, haletante.
Les poumons gorgés de sang' se dilalent incomplètement pendant l'inspiration el ne donnent pas accès à une quantité suffisante d'air ; la respiration devient par couséquent plus fréquente et nécessairement l'expiration plus courte ; l'artiste est incapable de la ménager. De là les altérations de la voix , que nous venons de signaler. Il survient aussi des battements de cœur plus forts, des palpitations. •
Des causes diverses peuvent précipiter la circulation, telles que des boissons alcooliques, le café, le thé, l'air moins dense, une course précipitée, une ascension rapide, etc. Mais les fonctions dos nerfs exercent la plus grande influence : la surprise, la colère, tout mouvement passionné et violent coupe la parole.
C'est en plaçant la main sur le cœur d'Antioclius , au moment où Stratonice apparut, que le médecin découvrit la cause du mal qui menaçait la vie du jeune prince.
Les arlistes charges d'interpréter une de ces situations ont riiabilude do porter la main sur le côté gauche de la poitrine, pour comprimer les palpitations, et de simuler la respiration accélérée par un haussement et abaissement souvent exagérés des épaules. Il me paraît superflu de rappeler que ces effets ne se produisent que dans les plus violentes perturbations de l'esprit et qu'ils ne sont pas justifiés , surtout chez les hommes , par de légères émotions. Mais un point sur lequel je crois devoir insister cl que fréquemment j'ai vu complètement oublié par les arlistes , c'est l'influence que devraient exercer sur la voix ces troubles delà respiration et de la circulation. L'artiste simule à merveille l'émotion tant qu'il écoute son partner; la respiration est haletante et des mouvements tumultueux sou-^ lèvent sa poitrine. Mais à peine le moment de la réplique' est-il arrivé, qu'il oublie palpitation et oppression et débite sa phrase de déclamation ou de chant avec une voix placide qui ne s'accorde nullement avec l'émotion simulée tout à l'heure. J'ai vu de grands artistes, surtout des chanteuses, commettre cette faute grossière.
2. La circulation générale esiraiewiie lorsque la respiration est difficile ou entravée. Les veines du cou se gonflent ; la voix est étranglée, criarde.
Lorsque par une cause quelconque la marche du sang est entravée dans les veines , celles-ci se gonflent , parce que leurs valvules empêchent le retour du sang aux capillaires • elles forment alors des cordons bleus saillants , comme on le voit par exemple chez les asthmatiques cl aux côtés du cou chez les chanteurs , dont la respiration est vicieuse. La transformation du sang noir en sang rouge est incomplète; le sang reste chargé d'acide carbonique, comme dans l'asphyxie (voy. Air, compos. chm.).
Le ralentissement delacùxulationpeut être provoqué aussi par l'influence des nerfs. La peur, la frayeur, la terreur, produisent un refroidissement général ; la face contractée pâlit ; la gorge est resserrée, la voix étranglée.
3. La circulatio7i locale, dans un point limité, peut être accélérée ou retardée ou arrêtée par une cause mécanique ou chimique ou par le froid. C'est ainsi que se produisent par le refroidissement les congestions et inflammations locales des muqueuses, appelées mal de gorge, angine, bronchite, etc.
G. Conseils hygiéniques.
Il est superflu d'insister sur la nécessité d'éviter toutes les causes qui peuvent troubler la circulation et parmi lesquelles les mouvements respiratoires défectueux occupent le premier rang.
Si toutefois l'une ou l'autre cause ont agi, que la circulation estprécipitée ou ralentie, que consécutivement la respiration se trouve entravée, on attendra le retour de l'état normal ou l'on emploiera un de ces moyens hygiéniques, dont il sera question plus tard, lorsque nous nous occuperons des troubles apportés par les autres fonctions sur la circulation.
Le froid, l'exercice, l'alimentation convenable.
augmentent la circulation, la quantité de l'air inspiré, de l'oxygène absorbé et de l'acide carbonique exhalé ; toutes circonstances favorables à la santé générale et à l'exercice professionnel de la voix.