CLIMATS
On désigne sous le nom de ciimal les dilîérenles parties de la surface du globe qui présentent les mêmes conditions physiques, au point de vue de l'air et du sol. Cependant on peut se convaincre facilement que, sous ce point de vue, il n'y a pas deux localités qui soient absolument semblables et que parfois même, dans la même ville, les divers quartiers ont une valeur hygiénique différente.
La leinpéralure, qui est l'clément dominant, est accepicn général einent comme base dislinclive des divers climats. On regarde, comme ayant 'le même climat, les localilés d'une zone situées entre deux lignes isotliermes (p. ifil), qui ne présentent entre elles qu'une légère dilTérehce de température, par exemple de 10 degrés. On peut ainsi établir (Rochard) cinq climats d'après les moyennes annuelles, à savoir : les climats torrkles (de l'équateur jusqu'à la ligne isotherme 25"); les chauds (entre -f- 25" et + 15"); les tempérés (compris entre -j- 15" et -i- 10"); les froids (de + 5"à — 5") et les polaires (au delà de — 5°). Celle division n'indique pas les moyennes mensuelles ou diurnes, excessivement variables par l'altitude, le voisi-
nage de la mer, les montagnes, etc. Nous donnerons ici quelques détails concernant seulement les pays répulés les plus salutaires.
A. Les climats chauds forment deux zones, l'une située dans l'hémisphère sud, l'autre dans l'hémisphère nord. C'est cette dernière seule qui nous intéresse.
La zone septentrionale des pays chauds comprend le nord de l'Afrique (Algérie, Tunis, Maroc, Tripoli, Egypte), le midi de l'Europe (Espagne, midi de l'Italie, portion du littoral méditerranéen de la France, Grèce), le centre de l'Asie et le quart environ de l'Amérique du Nord (sud des États-Unis, nord du Mexique).
Alger l'emporte, sur toutes les stations connues, à l'cxceplion de Madère, par l'uniformité de son climat; la moyenne annuelle y est de 20»,6; celle du mois le plus froid de 15^ celle du mois le- plus chaud est de 27°,8; les osciiïations comprises dans l'espace de vingt-quatre heures vont de 3" à 5". A mesure qu'on s'avance dans l'intérieur du pays, les variations deviennent plus marquées. Ou compte à Alger [ilus de deux cents jours par an sans un nuage, sans une goutle d'eau; la moyenne des jours de pluie est de 95 [lar an. A la côte les pluies commenceni en octobre et finissent en novembre; il arrive souvent qu'il ne tombe pas une goutte d'eau de mai à octobre. La rosée existe à peine sur le littoral ; dans l'intérieur, au contraire, la rosée est très-abondante, et l'on y observe souvenl d'épais brouillards. î,es orages sont rares' sur le lillo-
ral, mais fréquents dans les montagnes. Les brises de terre et de mer se font sentir d'une manière régulière pendant la saison des chaleurs; le sirocco, vent du désert, dessèche tout ce qu'il touche, mais il n'apporte {)as les sables du désert.
En Éfjupte les pluies tropicales se font sentir ù la fin de juin ; alors commence la crue du Nil, qui se continue pendant trois mois ; lorsque le fleuve rentre dans son lit, il a répandu ])artou! un limon fécondant sur un sol noir et fangeux, dans lequel on sème le blé, le trèfle, etc. Pendant tout l'hiver, le pays n'est qu'un jardin admirable. 11 pleut très-rarement en Egypte ; presque jamais dans le sud; dans le Delta, vingt-cinq à trente fois, par averses, pendant l'été, januiis en hiver; le brouillard est rare, même en hiver; la neige ne se voit que très-rarement sur le littoral. La température moyenne annuelle est de 2i2<' ; celle de janvier 13",3; celle d'août 290,6. Les extrêmes de température présentent des écarts considérables; ainsi on l'a vu en janvier descendre à 7", et monter en mai à 38°. Ces variations sont considérables, non-seulement dans le cours de l'année, mais encore entre les mois successifs, entre un jour et l'autre, et surtout marquées, en hiver et au printemps, pendant le passage du jour à la nuit. La difl"érence entre la température du malin et cehe de deux heures comporte parfois au Caire 10, 15 et même 20 degrés; elle peut être aussi considérable après le coucher du soleil. Les vents du sud-ouest dominent de mars à la fin de mai ; c'est aussi l'époque du khamsin, ce veut brûlant qui fait monter le thermomètre de 10" à 15" en quelques heures.
Dans le nord de l'Espagne, la température est variable et peu éleviîo; la zone maritime est protégée par les montagnes contre les vents du nord, auxquels Madrid donne libre accès; aussi l'air dans cette ville est-il froi(l*"et incisif, quoi(]ue pur et limpide. La moyenne annuelle nj est ([ue de 14", tandis qu'elle est de IS",.^ dans la lluerte tfe Valence.
Le littoral méditerranéen de la France est abrité par les montagnes contre les vents du nord et de l'est, mais il est largement ouvert aux brises de la Méditerranée, et inalheureusenient aussi à l'action du mistral. Celui-ci s'y fait cependant moins sentir que dans la vallée du Rhône; il souflle assez fréquemment à Hyéres, est plus rare à Nice, où il ne dure jamais plus de vingt-quatre heures ; n'apparaît à Cannes ([ue lorsqu'il se déchaîne à l'état de tempélc dans la vallée du Uliône, et est peu intense à Menton, à Villefranclie et à Monaco. La température, assez variable à Nice, est plus uniforme à Hyères et d'une douceur et d'une égalité remarquables à Monaco cl à Villefrancbe. La m^oyenne annuelle, pour l'ensemble de ces localités, est de 16°; celle de l'été de 23°,8; celle de l'hiver de 3°,1. Les brouillards, assez communs à Hyères et à Nice, sont moins fréquents à Menton, à Villefranche et à Monaco.
Le golfe de Gènes, la Toscane, Lucques et le reste de Yltalie méridionale doivent la douceur et l'uniformité de leur climat au voisinage de la mer, qui les enveloppe d'une almosphère douce et humide. C'est une des contrées de l'Europe la plus favorisée sous le point de vue du climat ; le ciel y est d'une pureté, d'un éclat, d'une transparence admirables; la température ne présente jamais d'écarts considérables; les saisons sont régulières; le printemps est calme et serein, favorisé par les vents de l'ouest au début, et par ceux de l'est à la lin; l'élé est chaud et sec; l'automne, époque des grandes pluies et des orages, est lourd et accablant à cause des vents du sud; avec l'hiver apparaît le vent du nord-est, le froid aquilon des Romains. Le froid extrême est plus grand à Rome qu'à tapies; les variations y sont plus considérables, et le thermomètre y desccn.l même plus bas qu'à Nice. Le ciel romain est plus chaud en biver que le ciel de Pise, et la moyenne de la température Y esl plus élevé" d?,ns cotte môme saison qu'à Pise; cependant le temps itsl plus doux et plus égal ilans cette dernière station, parce ([u'il y règne moins de vents du nord
CLIMATS CHAUDS. il 7
qu'à Rome, de ces vents qui amènent de si brusques transitions dans la température. La moyenan des mois d'hiver est supérieure à Naplcs à celle de Rome, de Nice, de Pau et de Venise; mais elle est inférieure à celle du littoral méditerranéen de la France; il y neige assez souvent, et il y gèle. De brusques variations s'observent môme quelquefois dans le courant de lajournée. La température moyenne est, pour les principales villes, de 8° pour l'hiver; de l/t",7 pour le printemps; de 23%5 pour l'été, et de 'i6",5 pour l'automne; de 7° pour janvier, et de 24°,5 pour juillet.
A Madère, les variations de température dans le courant de lajournée, qui sont si fâcheuses surtout pour les malades, sont de 12° à 13», tandis qu'à Alger elles ne dépassent guère i" à 5".
Le climat de la Grèce est splendide; l'air y est vif, sec, chaud et salubre. On n'y distingue guère que deux saisons :' 1 hiver et l'été. L'hiver, qui commence-avec janvier et finit avec mars, n'est jamais rigoureux ; le thermomètre marque en moyenne au Pirée 5° à sept heures du malin, et 9" à midi. Les vents froids et secs prédominent en mars ; alors la neige tombe parfois en abondance. La saison chaude, période de sécheresse, commence enmai et s'étend jusqu'en novembre, époque à laquelle commencent les pluies. La température moyenne est de 27° à 30° en mai ; de 31° à 34° les trois mois suivants, s'élevant parfois jusqu'à 40" et tombant à 28° en novembre. '
Le climat des États-Unis du sud diffère essentiellement de celui des États-Unis du nord de l'Amérique; les ouragans de la mer des Antilles s'y font senlir dans toute leur influence. Les saisons se rapprochent de celles de la zone torride; il n'y pleut que pendant l'hivernage. La tempéralure est plus élevée et plus variable sur la côte de l'Atlantique que sur celle du golfe du Mexique.
Signalons encore ic, la partie moyenne de V Amérique méridionale, qui est située dans la zone australe des climats chauds. Le climat est doux et agréable, mai:; sujet à
,l..s variations l.rns.iues. Les pluies sont remplacées, sur le lUtoral péruvien, par d'épais brouillards .,ui régnent nial.n el soir pendant presque toute l'année, et que les rayons du soleil ont peine à percer. A Rio-Jan.Mro, les extrêmes observés sont 14" et 38".
B. L'influence exercée sur la voix par les climats chauds est en général regardée comme des plus favorables, à cause de l'absence de grandes oscillations et de brusques variations de la température. Cette influence a été même classée en médecine parmi les moyens curatifs ou du moins modificateurs puissants dans les afl-ections des voies pharyngo-laryngées etdcs poumons, que l'on réalise par VhiberncUion, c'est-à-dire le séjour du malade pendant l'hiver dans un pays chaud.
Faisons tout d'abord remarquer que l'humidite froide, aussi bien que les brusques variations de température amènent là, comme partout ailleurs, les afl-ections inflammatoires que fait naître le refroidissement. Ainsi en Algérie, où ces affections sont très-rares sur le littoral, on en voit beaucoup en hiver et au printemps, surtout dans les montagnes. Il en est de même en Egypte ou, en dehors de l'influence fâcheuse du khamsin, les différences delà température du jour et du soir sont des plus pernicieuses. A Madrid, ou les vents
du nord et du sud-ouest alternent el se succèdent vec une extrême rapidité, où les variations
aunucUes de tcmpéralurc vont jusqu'à AO degrés, où la glace, la neige et la grêle se montrent tous les hivers, les maladies aiguës des voies respiratoires sont excessivement fréquentes et très-graves. J'ai souvent entendu à ce sujet les plaintes des artistes, qui ont de beaucoup préféré le séjour de Saint-Pétersbourg. En France, les habitants de Menton, Villofranche, de Cannes, de Saint-Raphaël, sont beaucoup moins exposés aux refroidissements que ceux d'Hyères-et surtout de Nice : cependant, il arrive presque constamment chaque hiver, quoique les habitants du pays le présentent comme un cas exceptionnel, que dans ces localités la température devient identique pendant quelques jours avec celle de l'hiver des pays tempérés. Celte brusque variation peut faire perdre tout d'un coup au malade tous les bénéfices péniblement acquis par le séjour prolongé de quelques mois dans ces régions.
En Italie, les affections aiguës dominent sur les lieux élevés et à Rome, en automne et surtout en hiver. A Naples, où les variations sont brusques, étendues et où il vente presque toujours, ce sont presque les seules maladies qu'on ait à redouter. Les laryngites sont très-communes en Grèce ; elles ne sont pas rares non plus dans les États-Unis du sud de l'Amérique, mais moins graves qu'en Europe.
Mali^ré ces laits bien connus, on pense que le séjour clans ces pays peut l' uérii' ou amender une foule d'affections pharyngo-laryngées, surtout celles dont le tubercule n'est pas le point de départ. On connaît la fréquence des bronchites et des laryngites pendant l'hiver dans les pays froids et humides; chez quelques personnes, surtout les femmes, il s'établit à la longue une telle habitude à les contracter, qu'elles sontreprises au moindre changement de température et finissent par ne plus s'en débarrasser complètement pendant l'été. Dans ces cas, il suffit souvent de les envoyer habiter le midi de la France. C'est un résultat, dit M. Rochard, que les médecins de la marine constatent souvent, dans les familles des employés de la marine, que les exigences du service transportent des ports de l'Océan ou de la Manche dans ceux delà Méditerranée. Tandis que sous la zone tempérée, pendant les jours les plus rigoureux de la saison, le malade sera forcé de garder la chambre, l'hibernant dans le midi pourra faire des promenades à l'air libre et jouir de l'action vivifiante du soleil. C'est un avantage incontestable.
Cependant, il serait fort hasardeux de promettre la guérison des bronchites et laryngites chroniques, comme résultat de l'habitation d'un pays chaud pendant l'hiver. Sans doute, même
les personnes bien poi'iantes se trouvent, de l'hiver passé dans le midi, mieux que d'un ciel brumeux; il est indubitable aussi que le printemps et l'été dans les pays tempérés- améliorent l'état général et local : mais on sait aussi que la belle saison est loin de guérir toutes ces affections et que bien souvent l'intervention du médecin est réclamée, surtout dès qu'apparaissent les premiers froids. Or, l'effet de l'hibernation n'est et ne peut être autre que celui de la belle saison du climat tempéré. Lastation hibernale ne faitque sousixaire le malade à l'influence fâcheuse des brumes, de l'humidité froide et des variations de la température. L'irritation se trouve ainsi apaisée; mais, il n'est pas rare de voir ces malades, même après avoir séjourné deux ou trois hivers dans . le midi être repris de tous les symptômes de leur affection, dès qu'ils tentent de passer la saison rigoureuse sous un climat moins clément. Aussi sontils obligés de s'expatrier de nouveau ou bien de se soumettre à un traitement qui seul peut amener une guérison radicale.
C. Dans le choix de la localité, ce n'est pas la moyenne de la température qui doit préoccuper le malade, mais sa constance et l'absence de variations brusques et fréquentes. Voici à ce sujet quelques remarques complémentaires à celles données précédemment sur les refuges les plus réputés.
222 MANUEL DE L'MYr.lËNE DE LA VOIX.
On donne en général la préférence à la localilé du pays chaud qui est placée non loin do la pla},^c, tandis qu'on évite les stations continentales, où les phénomènes atmosphériques passent par des variations extrêmes. La vallée du Nil renferme les climats les plus inconstants sous le rapport des alternations les plus extrêmes et fréquentes dans la température, dans le degré de l'humidité de l'air, dans la pression atmosphérique et dans rinfluence des vents du désert. Ces variations sont moins considérables déjà à Alexandrie, mais elles le sont encore plus qu'à Madère, et surtout qu'à Alger, quoique ces trois localités aient à peu près la même température moyenne pendant l'hiver. Pendant l'hiver et le printemps, dit Mitchell, le climat d'Alger lé dispute à Madère ; avec la même chaleur et la même constance de température, il est plus sec et moins énervant. D'autre part Schnepp, quia longtemps habité l'Egypte, dit que le khamsin chasse les malades déjà au mois de mars et parfois même en février, alors qu'ils ne sauraient encore impunément regagner des stations plus septentrionales; qu'à Madère soufflent des vents secs, chauds etimpétueux, tandis qu'Alger se trouve àl'abri des courants aériens, lesquels n'arrivent dans cette ville qu'après avoir passé sur les neiges de l'Atlas et s'être chargés d'une suffisante quantité d'humidité. Cette opinion est partagée maintenant par un grand
CLIMATS TEMI'ÉIU'S. 223
nombre de médecins. Eu Espagne, il faut fuir Cadix et Madrid; Malaga convient aux constitutions torpides. En France, Villefranche, Monaco, Menton et Cannes, ces climats ouatés, l'emportent sur Hyères et surtout sur Nice, dont le climat plus venteux et plus variable éloigne les valétudinaires. Parmi les climats continentaux, celui de Pau est un des plus tempérés : mais les variations atmosphériques y sont nombreuses et brusques ; j'en ai constaté une de 1^2 degrés d'un jour à l'autre ; toutefois les vents y sont moins rigoureux, en hiver, qu'à Nice et à Hyères. Notons aussi Amélie-les-Bains et le Vernet. Les malades qui émigrent en Italie doivent éviter le séjour de Naples, de Rome et de Florence et se rendre de préférence à Pise, justement renommée pour l'uniformité, la douceur et l'influence sédative de son climat de serre chaude, analogue à celui de Venise; cependant la tristesse de la ville y rend le séjour peu agréable. Aussi ces différentes villes, fort en vogue dans le temps, sont-elles abandonnées maintenant pour la Sicile.