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II. — Exercice professionnel de la voix

L'exercice régulier et permanenl auquel sont soumis les organes de la voix chez les artistes lyriques ou dramatiques, chez les orateurs, les prédicateurs, les avocats, etc., exerce une influence notable sur les qualités anatomiques et physiologiques de ces organes mêmes.

Cette influence dépend d'une part de l'aptitude de l'individu pour la carrière choisie, d'autre part du fonctionnement même.

A. La première condition de I'aptitude est, en dehors de Isismité générale (p. 156), celle des organes de la voix au point de vue anatomique et physiologique. S'il existe un état maladif dans un point quelconque, il faut qu'il disparaisse ou que l'on renonce à l'exercice professionnel.

L'exercice de la voix est compatible avec les prédispositions morbides, surtout celles qui résultent de l'hérédité (p. 154); nous verrons tout à l'heure l'influence que peut exercer sur elles le fonctionnement même des organes de la voix.

Lorsqu'on parle de la santé des organes vocaux, l'attention se fixe principalement sur le larynx. Dans l'immense majorité des cas, à moins qu'il n'existe une maladie particulière, le larynx est apte à l'émission de la voix et par conséquent à la pro-

diiclion de In parole et du chunl. Une voix fausse, rauquo ou Iremblanlc, si elle n'esl pas le résultat d'une aireclion organique, peut être corrigée par l'exercice.

Toutefois, il ne suffit pas que le larynx soit normalement construit pour que l'individu ait une belle voix. Un violon peut avoir des cordes excellentes et cependant ne posséder aucune valeur. Aussi est-ce une erreur que de chercher uniquement dans la perfection du larynx l'aptitude au chant. Avec un larynx normalement construit, on saura sans doute toujours parler et au besoin faire des gammes; le larynx pourra même, par l'éducation vocale, atteindre un haut degré de perfection, et cependant la voix sera mauvaise, manquera de charme, de suavité, d'éclat, de volume. C'est que la santé du larynx et des autres organes qui concourent à la production de la voix n'est que la première condition à l'aptitude; pourque la voix produite réponde aux qualités artistiques exigées dans le chant ou dans la déclamation, il faut que la structure générale des organes de la voix y soit conforme . Le larynx peut avoir les développements les plus complets, ses tissus l'aspect le plus normal, ses muscles toute la vigueur voulue; la muqueuse du pharynx peut être exempte de tout défaut, et cependant la voix sera grêle, faible, sans éclat, si la configuration de la caisse résonnante c'est-à-dire, le

PllOFESSION. ii^'J

pharynx cL le Ihorax ne sontpas lavorables au timbre. Il faut donc examiner avec attention, lorsque les mauvaises qualités de la voix persistent après la mue, si elles tiennent à la conlbrmation de l'individu ou à un état pathologique. Dans le premier cas, il faut faire abandonner la carrière artistique, ou du moins ne pas vouloir, par des efforts incessants, obtenir des résultats contraires à la conformation; non-seulement on manquerait le but que l'on se propose, mais encore on déterminerait des irritations permanentes qui amèneraient la perte totale de la voix. C'est ainsi que se développent les diverses affections dont il a été question à propos de la fatigue de la voix.

B. L'exercice professionnel de la voix exerce une DOUBLE INFLUENCE : d'uuc part, la santé général peut s'en ressentir; d'autre part les organes spéciaux de la voix en subissent l'action directe.

i. Nous avons déjà vu (p. 156) que la santé générale est nécessaire pour que la voix puisse s'exercer dans le chant et dans la déclamation. A son tour cet exercice agit sur l'économie générale et cette influence sur la santé générale ne peut être que favorable, à la condition bien entendu que l'exercice se fasse sans fatigue et conformément aux préceptes exposés précédemment. En effet dans le chaut et dans la déclamation, le travail plus actif de la respiration introduit dans la poitrine une

quanlité plus considérable d'air que la respiration habituelle ; la quantité d'oxygène consommée par conséquent est plus considérable, la combustion organique facilitée et augmentée : toutes circonstances favorables à la digestion, à l'appétit, à la nutrition.

Ce que nous venons de dire s'applique également au jeu des instruments à vent.

On avait considéré comme particulièrement exposés à contracter la phthisie pulmonaire les individus obligés à faire de grands efforts de voix ou de respiration, tels que les chanteurs, avocats, joueurs d'instruments à venl, acteurs, etc. Mais des statisticiens (Benoiston, de Châteauneuf, Julius, Lombard, etc.) ont fait voir que l'exercice constant de la voix semble plutôt diminuer qu'augmenter le nombre des phthisiques ; en effet, la moyenne générale étant de 114 phthisiques sur 1000 malades appartenant à la même profession, l'exercice constant delà voix ne fournit que 75, tandis que les ouvriers qui respirent les vernis, la térébenthine, etc., donnent 369 sur 1000.

Quelques médecins ont même conseillé des inspirations et des expirations forcées pour combattre la prédisposition à la phthisie.

Steinbremi&r supposait que l'habitude d'une respiration incomplète est la principale cause d'une tuberculisation, et proposait comme moyen prophylactique la respiration forcée, moyen déjà conseillé par Aulenrieth , Cricliton, Carswell, Clark, Ramadgc, pour prévenir la phthisie. La respiration se faisait avec un appareil fumigaloire, dans lequel l'air ne pouvait pénétrer que par une ouverture large de 3 à 4 millimètres.

PROFESSION. m

Cette théorie ne repose pas sur des données positives. Il n'existe aucun signe scientifique qui permette d'affirmer avec cortiludc la prédisposition à la plitiiisie; il n'y a que des présomptions tirées de la constitution générale, des forces de l'individu, etc., mais qui n'ont aucune valeur positive. Même la prédisposition par hérédité est loin d'être certaine; sinon, comme dans toute famille on peut trouver au moins un père ou une mère morts de phthisie, tout le monde serait menacé de cette maladie. Un seul point est certain, c'est que l'exercice fortifie les poumons (voy. p. suivante) et devient ainsi un moyen prophylactique contre les affections inflammatoires.

Disons à. celle occasion, quoique le sujet ne soit pas en rapport direct avec l'exercice de la voix, que le jeu des instruments à vent fortifie également les poumons. M. Sax, l'hahile facteur d'instruments de musique en cuivre, affirme môme que tous les hommes qui ont pour spécialité d'essayer ces instruments, jouissent tous, par rapport à la phthisie, d'une immunité complète.

2. En supposant le mécanisme de la production de la voix exécuté d'après les règles hygiéniques, l'exercice n'on-seulement ne sera pas nuisible aux organes de la voix, mais il leur sera même pi^ofitable.

Les muscles intrinsèques du larynx subissent les mêmes lois physiologiques que les autres muscles volontaires ; l'exercice approprié à leurs forces et à leur destination les rend plus vigoureux, plus souples, augmente leur tonicité, favorise en un mol tout leur développement. Les lai-ynx d'une texture faible deviendront par conséquent plus forts, à k condition que la faiblesse ne soit pas la conséquence d'un élal pathologique. Les résultats ne sont pas moins

lieui-eux pour les/ poumons : les personnes (jui ont la respiration courte, irrégulière, qui sont essoufflées à la moindre fatiyuc, voient disparaître ces incommodités; la circonférence de la poitrine devient plus considérable et augmente de plusieurs centimètres. Cette vigueur donnée aux poumons les rend moins imprcssionna])les ; les congestions, les bronchites et les pneumonies chroniques s'établissent plus difricilement. Ces afl'ections sont souvent confondues avec la phthisic; de là vient l'opinion, suivant laquelle l'exercice de la voix (et plus particulièrement le jeu des instruments à vent) serait un moyen prophylactique contre la phthisie.

L'influence salutaire toutefois est modifiée par le genre d'exercice auquel on s'est livré : il en existe quatre, à savoir, la parole, la lecture à haute voix, la déclamation, le chant.

La parole, dans les habitudes ordinaires de la vie et dans la conversation intime, n'exerce eu général aucune influence marquée. A la suite de l'abus, on voit se développer la sécheresse de la bouche et du pharynx, la soif, quelquefois de l'enrouement. De tous les exercices, le plus fatigant est la lecture à haute voix faite dfms l'intimité, parce qu'habituellement l'on reste assis, le corps courbé en avant, et que la respiration est courte, précipitée, superficielle, le type abdominal ne pouvant s'exercer librement. La lecture mesurée à haute voix, devant une assemblée ou la déclamation occasionne beaucoup moins de fatigue, surtout si l'orateur n'est pas obligé de faire des efl'orts pour dominer le tumulte ou de se faire entendre dans une vaste salle. Cet exercice est même prolilable aux organes de la voix, moins cependant que le chani, dans lequel chacun des organes qui concourent à la production de la voix profite largement de la gymnastique à laquelle il doit être soumis.

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