‹ Hygiène de la vueChapitre 11 sur 46 · EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

EN PARTICULIER

Dans ce chapitre nous allons examiner la composition des différents verres-que l'on emploie en optique, et qui sont :

Le flint-glass ou cristal ;

Le crown-glass;

Le cristal de roche ou verre naturel.

Avant d'examiner ces diverses substances, nous croyons intéresser nos lecteurs en leur donnant un aperçu historique sur le verre.

L'origine du verre remonte aux temps les plus reculés : suivant Pline sa découverte serait due

au hasard. Des marchands de soude de la Phénicie, ayant débarqué sur les hords du fleuve Bélus, se disposèrent à y préparer leurs aliments. Afin d'élever de terre le vase qu'ils destinaient à cet effet, ils eurent l'idée de le supporter par des blocs de soude, qui venant à fondre et à se combiner avec le sable répandu sur la terre formèrent du verre.

Ce récit est très-invraisemblable, ainsi que le fait remarquer M. Dumas dans son savant Traité de chimie, car il faut pour fondre le sable et la soude une température qui ne pouvait exister lors de l'opération des marchands phéniciens.

Cependant il est admis que les Phéniciens furent les premiers à connaître le verre. Dans la Bible, il n'est point question du verre; cependant on a dit que les verreries de l'Egypte ont précédé celles de Tyr et de Sidon.

Suivant Pline et Strabon, les verreries de Sidon et d'Alexandrie étaient fort remarquables et importantes : on y taillait, gravait et dorait le verre, il paraît même qu'on y faisait des verres colorés imitant les pierres précieuses. Les Piomains s'occupèrent activement de cette industrie : à Herculanum, on a trouvé des vitres faites par des procédés analogues aux nôtres; à Pompéia, on trouva, en 1839, dans un sépulcre, un vase en

verre de 30 centimètres de hauteur, orné de belles figures émaillées ; on pense que ce vase remonte au règne de Trajan; un autre vase plus petit, et remontant àlamême époque, aété adjugé 46, 800fr. dans une vente de la duchesse de Portland. Du reste, de tels objets n'ont pas de prix.

C'est sous le règne de Tibère que^lusieurs verreries furent établies aux environs de Rome, ainsi que l'observe M. Peligot, dans ses savantes leçons sur l'art de la verrerie. Il paraît qu'à cette époque les objets en verre étaient payés fort cher; ainsi, au temps de Néron , on payait une somme équivalente à 1,200 fr. deux très-petites coupes en verre. A cette époque , le verre avait un mérite seulement artistique. Les objets fabriqués servaient à décorer les palais et les temples. Il n'est pas possible de préciser l'époque à laquelle le verre servit à l'usage général. .

Il est aujourd'hui certain que ce fut du temps des croisades que les Européens prirent aux Phéniciens leurs moyens de fabriquer le verre. Cette industrie passa à Venise, puis plus tard fut établie en France par Colbert. '

Le nombre des verreries établies à Venise devint tellement grand, au xme siècle, qu'en 1291, les habitants se plaignirent, et que les verreries furent transportées dans l'île de Murano. On sait combien

sont recherchés les anciens verres de Venise. Du reste leur réputation est bien méritée, car tout y est réuni : perfection de formes et travail parfait.

Ce fut seulement au xvie siècle que l'industrie verrière passa en France, en Angleterre et en Allemagne. Les wres de Bohême sont aujourd'hui très-estimés. Les Yénitiens, à leur tour, sont, cle nos jours, placés au dernier rang de cette industrie qu'ils avaient rendue si florissante.

Le verre est un véritable sel; c'est un silicate à base de potasse, de soude, de chaux, & alumine, dans lequel on mêle souvent les oxydes de fer, de plomb, etc. La silice peut être remplacée sans difficulté par l'acide borique, qui donne aussi de très-bons verres.

M. Dumas, dans son beau traité de chimie-, a donné une classification remarquable des différentes sortes de verre; je la reproduirai ici, car elle donne de suite l'explication des différences qui existent dans la composition des verres.

1° Verre solublé. Silicate simple de potasse ou de soude , ou bien mélange de ces deux silicates.

2° Verre de Bohême. Croion-glass. Silicate cle potasse et de chaux.

3° Verre à vitres ou objets analogues. Silicate de potasse ou de soucie et de chaux.

4° Verre à bouteilles. Silicate de potasse et de soude, de chaux, d'alumine et de fer.

5° Cristal ordinaire. Silicate de potasse et de plomb.

6° Flint-glass. Silicate de potasse et de plomb, plus riche en plomb que le précédent.

• 7° Strass. Silicate de potasse et de plomb, encore plus riche en plomb que le précédent.

8° Émail. Silicate stannate et antimoniate de potasse, ou de soucie, ou de plomb.

Gomme on le voit, la silice ou acide silicique est la base des produits du verrier. Elle se trouve à l'état cristallisé (quartz ou cristal de roche), ou cristallin (grès , sable) , ou en masses amorphes. Elle est insoluble dans l'eau; prise à l'état naissant, elle reste à l'état de dissolution dans le liquide. .

Ainsi, l'eau de ces surprenants Geysers, curieusement visités par tous ceux qui voyagent en Islande, renferme de la silice. Beaucoup d'eaux minérales en renferment également. Les plantes en contiennent aussi de fortes proportions : ainsi les cendres de la canne à sucre en fournissent 68 pour 100 ; celles de la paille de froment, 67. Tiennent ensuite la potasse, la soucie, la chaux,

les oxydes métalliques, et l'on a la série complète des substances destinées à fabriquer les différentes sortes de verre.

Les substances que je viens d'énumérer sont les plus employées ; cependant MM. Maës et Clémandot, à Clicliy, ont introduit l'acide borique dans la fabrication du verre, ainsi que l'oxyde de zinc. Ces produits, combinés avec la soude ou lapotasse, fournissent des cristaux remarquables par leur éclat et leur limpidité. Dans nos ateliers, nous employons pour ainsi dire exclusivement lesverres de M. Maës; c'est avec leur boro-silicate de potasse et de baryte {croivn - glass pur) que nous faisons nos beaux verres de lunettes, et c'est avec le même produit, combiné avec le boro-silicate de zinc {flint-glass pur) , que nous fabriquons les verres de nos jumelles, microscopes, lunettes d'approche, etc., etc. Le boro-silicate de zinc sert aussi à fabriquer la gobeleterie, et permet d'obtenir des produits avec lesquels rien ne peut rivaliser.

Nous n'examinerons pas ici le verre soluble, le verre à bouteilles, le verre de Bohême, le verre à vitres; nous parlerons seulement du flint-glass, du crown-gfass et des verres qui s'y rapportent. Commençons par le flint-glass.

Les mots flint-glass signifient caillou cristal,

de sorte que cela n'indique nullement que cette sorte de verre contient du plomb. On ferait mieux de l'appeler silicate de potasse et de plomb , ou verre de plomb, car pour le plus grand nombre les mots flint-glass sont totalement incompris. L'origine du verre de plomb ou cristal est fort ancienne, car en 1787, Fougeroux de Bondaroy fit l'analyse du fameux miroir de Virgile, conservé dans le trésor de Saint-Denis depuis sa fondation. Ce miroir, qui pesait trente livres , était poli sur les deux faces , coloré en vert jaunâtre et contenait au moins la moitié de son poids d'oxyde de plomb. Bien que rien ne prouve que ce miroir ait appartenu à Virgile, il est incontestable que cette tradition démontre que le cristal était connu depuis une époque très-reculée.

Ce furent les Anglais qui remirent le cristal en vogue, et dès 1 557, une verrerie fut fondée à Savoy- House, dans le Strand, à Londres. Aujourd'hui le flint-glass ou cristal est universellement employé pour la gobeleterie fine , et tous nos verres, carafes, etc., sont faits avec cette substance.

Comme on l'a vu dans le tableau que j'ai reproduit d'après M. Dumas , le cristal de gobeleterie est moins riche en plomb que celui employé en optique. Voici deux tableaux qui indiquent la com-

position du flint pour les cristaux et du flint pour l'optique.

FLINT GLAS S ou CRISTAL

pour LA GOBELETERIE

Silice . . . . .

Oxyde de plomb. . .

Potasse

Soude

Alumine

Oxyde de fer

Oxyde de manganèse

FLINT GLASS ou CRISTAL

pour

l'optique

Silice

Oxyde de plomb,

Potasse

Alumine

Chaux

Acide arsénique.

traces

En comparant ces deux analyses , on voit de suite que le flint pour l'optique contient de l'oxyde de plomb en quantité considérable; aussi ce Terre est-il très-difficile à fabriquer et à obtenir pur, il s'y forme souvent des stries ; les verriers l'appellent sirop de plomb.

Le ilint-glass, comme nous l'avons dit, sert à la fabrication, des verres achromatiques ; il possède un grand pouvoir de dispersion, c'est-à-dire qu'il décompose beaucoup la lumière, et jette par conséquent beaucoup de feux, ce qui est utile pour les objets de cristallerie.

Dans le chapitre où j'ai traité de l'optique au

point de vue théorique, j'ai décrit ce qu'on entendait par l'achromatisme; onpourra doncse reporter au chapitre précité pour voir le rôle que joue le flint-glass en cette occasion.

Le flint-glass est un verre détestable à employer pour les verres de lunettes; car, décomposant beaucoup la lumière, il fournit des verres irisant les objets et fatiguant considérablement l'organe visuel. Un autre inconvénient du flint est qu'il se raye facilement.

Les verres de lunettes en flint-glass doivent donc être tout à fait rejetés. Dans son Manuel des myopes et des presbytes , mon père résume ainsi ce que nous venons de dire ; C'est, en un mot, le plus mauvais verre que Von puisse employer pour les besicles.

Le crown-glass est Un silicate de soude ou de potasse , il neutre pas de plomb dans sa composition. Les mots crown-glass signifient verre de couronnent se rapportent a la fabrication du verre à vitres, en disques ou couronnes. La désignation crown-glass est donc aussi insignifiante pour tout le monde que celle flint-glass; mieux vaudrait appeler le crown verre de sable) apellation qui désignerait très-bien la substance.

Le crown-glass est plus dur que le flint-glass ; il s'emploie pour nos glaces d'appartements , nos verres à vitres et pour la gobeleterie commune.

Cependant c'est en crown-glass que se font les beaux verres de Bohême qui sont supérieurs à ceux en flint-glass; car ils sont plus durs , bien qu'ils aient moins d'éclat.

L'optique emploie beaucoup le crown-glass, il forme une partie des verres achromatiques ; employé seul , il sert pour les loupes, une multitude de verres et pour les verres de lunettes ; c'est en crow-glass pur que doivent être faits les beaux verres de lunettes. Rien n'égale cette substance quand elle est dans des conditions spéciales. En effet , il y a crown-glass et crown-glass. Ainsi on a l'habitude de faire la plupart des verres de lunettes avec du verre à vitres ou de la glace ordinaire, et c'est là un grand tort , car on n'a ainsi que des verres faits en crown-glass commun, manquant d'homogénéité , et ayant une nuance plus ou moins verdâtre. Un tel verre est réellement nuisible pour la vue , tandis que le crownpur incolore, semblable à celui que l'on emploie pour les beaux verres des instruments d'optique de précision, est le seulbon à employer. C'est mon père , Charles Chevalier, qui indiqua cette réforme à faire pour les verres de lunettes , dans son Manuel des myopes et des presbytes, page 84 l.

1 Les verres de lunettes que l'on fabrique aujourd'hui

La limpidité et la blancheur du crown sont deux conditions indispensables, la moindre teinte est nuisible. Il faut avoir vu les humeurs contenues dans Vœil pour être convaincu de ce que nous avançons; car leur limpidité éclatante dépasse celle de tous nos verres les plus blancs. Pourquoi donc alors ne pas chercher à se rapprocher de la nature!

Nous allons maintenant donner la composition des différents crown-glass, suivant l'usage auquel on les destine.

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