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L'OPTIQUE PRATIQUE

Le verre douci est alors mis en contact avec le tripoli, puis le tour est mis en mouvement, et au bout de quelques heures, pour les petits verres, le verre est poli, on le détache de la molette, on le lave avec de l'alcool et on procède ainsi pour l'autre surface.

Si le verre doit être poli à l'outil fixe, on colle une bande de papier sur ce dernier, et on obtient le brillant par un mouvement de va-et-vient; cela s'appelle le polissage à la bande.

Pour les verres achromatiques et autres, on a souvent besoin 'd'unir les verres sur les bords; on obtient cela à l'aide d'instruments spéciaux nommés barrettes. Dans les verres achromatiques, le crown-glass et le flint-glass se collent, ensemble à chaud, au moyen d'une résine transparente qui est le baume du Canada, sorte de térébenthine pour ainsi dire incolore et d'une limpidité parfaite, extraite de Yabies balsamea.

Suivant l'usage auquel on les destine, les verres peuvent être polis avec du rouge anglais très-fin (peroxyde de fer), du tripoli; on peut aussi terminer le poli à l'aide de la potée d'étain (oxyde d'étain), lavée et pulvérisée ; on obtient ainsi un poli plus vif.

Les très-petits verres se polissent sur des polissoirs en poix collée sur l'outil, et à l'aide de potée

d'étain mouillée ; mais pour les grands verres ce moyen est mauvais, car la poix fléchit et les courbures se déforment.

Certaines substances se polissent sur de la soie et avec de la potée d'étain, tel par exemple le spath dTslande.

Le mode de travail que nous venons d'indiquer s'applique à toutes les sortes de verres, car nous n'avons parlé que des verres convexes et concaves ; il va sans dire que les verres plans se travaillent de même sur des plans en cuivre, les verres colorés se travaillent nécessairement de même.

En général, les bons verres se font séparément, et avec les précautions que je viens d'indiquer; relativement aux verres de lunettes, spécifions qu'ils doivent être faits avec du crown-glass pur, qu'ils doivent être bien centrés, égaux d'épaisseur, travaillés un à un, polis au papier mince, au tripoli et à la potée d'étain.

Le crown-glass pur, employé dans la construction des instruments d'optique de précision, est un verre fait spécialement pour cet usage et d'une pureté complète, tandis que la glace ordinaire et le verre à vitres représentent du crown-glass impur.

C'est en crown-glass pur que nous fabriquons nos verres de lunettes, ainsi que nos objectifs de photographie, de jumelles, de longues-vues, etc.

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Nous prenons également les meilleurs procédés pour nos lentilles de microscopes, nos prismes de chambre claire, etc.

Si l'on a bien suivi la fabrication des bons verres, on verra de suite la différence qui existe avec celle des verres ordinaires, que nous allons expliquer en peu de mots.

Les verres ordinaires se font en verre à vitres ou en glace commune (crown-glass ordinaire) ; ils sont aussi fabriqués au bloc, c'est-à-dire en masse. Pour les faire, on colle, à l'aide de mastic compacte, cinquante ou cent morceaux de verre sur le bassin ou sur la balle, puis on place par-dessus l'outil inverse, avant que le mastic ne soit refroidi; cela fait, on n'a plus qu'à saisir l'outil armé de verres, et à le frotter avec le corps usant dans l'outil opposé. Cette méthode est fort mauvaise, car tous les verres placés près de la circonférence n'ont pas des courbures régulières, et leur poli est ondulé. Tous les verres au bloc sont polis sur du drap épais enduit de rouge anglais , la machine à vapeur fait mouvoir les outils, et l'on produit ainsi cette masse de mauvais verres dont l'usage donne naissance à des amblyopies et à des maladies des yeux de toutes natures.

Ces verres sont les plus répandus; on en fabrique peut-être 200 à 300 douzaines de paires

par jour, dans ud rayon peu éloigné de Paris.

Ici on fait des verres au bloc manuel, et on ne travaille que 20 ou 30 verres à la fois; en les triant et en choisissant les meilleurs, on peut encore avoir des verres assez bons, mais qui ne peuvent être comparés avec ceux travaillés isolément au papier, et faits avec du crown-glass pur, car les verres travaillés isolément et en verre à vitres sont toujours défectueux en ce qui regarde la matière employêe, et ils sont analogues à ceux faits au bloc manuel et bien choisis.

Pour résumer, nous dirons que le travail des verres de lunettes au bloc, par la machine à vapeur, devrait être défendu par la loi; que ceux travaillés au bloc manuel et triés ne doivent être livrés qu'aux personnes qui ne veulent pas payer le prix modique affecté aux verres parfaits.

Si les mauvais verres de lunettes sont trèsrépandus, il va sans dire qu'il en est de même pour tous les instruments d'optique, dont les verres sont faits par des procédés analogues. C'est ce qui explique le bas prix de ces grossières imitations de jumelles de théâtre, de microscopes, longues- vues, etc., que l'on trouve à chaque pas. Notez que beaucoup de personnes, en achetant de tels objets, se figurent trouver des occasions ma-

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gnîfiques, tandis qu'elles payent fort cher un objet inutile et capable d'altérer les yeux.

En terminant ce chapitre, nous dirons quelques mots de l'ajustage des verres dans les montures. Si Ton suppose un verre parfait dont Taxe passe exactement par les centres de courbure, il est évident qu'en le plaçant dans la monture on doit le tailler également de façon à ne pas le décentrer, car un très-bon verre pourrait, par ce fait seul, devenir très-mauvais, l'axe se trouvant plus ou moins sur les côtés du verre, ce qui peut dévier l'axe visuel, et engendrer de la diplopie.

Les mauvais verres joignent encore à leurs défauts celui d'être mal ajustés, et on peut se figurer alors quelles sortes d'instruments on se place devant les yeux, et combien ils sont conservateurs de la vue.

Nos verres parfaits en crown glass pur sont polis un à un sur le tour. Si l'on voulait avoir encore une plus grande précision, il faudrait pour tous les numéros faibles et moyens les polir à la bande. Ce serait alors la quintessence de la précision. On devrait aussi ajuster les verres dans les montures lorsqu'ils sont préparés, puis les ayant centrés, les finir et les polir. On comprendra alors qu'il serait impossible que les verres soient décentrés, puisqu'ils auraient été travaillés ayant été placés

dans les montures avant d'être terminés. La moindre erreur ne serait plus à craindre ; de tels verres, il est vrai, coûteraient plus cher, mais que sont quelques francs en rapport avec la vue, avec l'organe le plus précieux que nous possédions? Nulle part je n'ai vu indiquer ces précautions, et certes elles représentent la précision mathématique.

Si chacun voulait se persuader de l'importance des bonnes lunettes, l'humanité y gagnerait. Nous sommes déjà naturellement bien assez exposés à des maladies des yeux, sans y ajouter des moyens de les augmenter, et c'est là le rôle des mauvais verres de lunettes. Ce sera, certes, un pas immense fait vers la vérité, un bienfait accompli, lorsque tout le monde pourra être persuadé de ce que nous avançons; du reste, chacun peut résoudre la question de visu. Et qui ne croirait pas après avoir vu?

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