DE L'AMAUROSE
Dans ce chapitre nous examinerons brièvement les affections visuelles connues sous les noms d'asthénopie , d'amblyopie et d'amaurose. Mais avant nous dirons quelques mots des troubles visuels en général.
Des milliers de causes peuvent amener le trouble visuel , et les phénomènes qui se pré^ sentent ont fait donner divers noms aux affections qui en résultent. Nous allons les examiner ^ puis nous aurons occasion de décrire celles qui sont les plus intéressantes.
Ainsi, dans les amauroses, la vue s'éteint par degrés, si lors de son début (amblyopie) on ne l'ar-
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rête par des soins empruntés à la thérapeutique. Dans certains cas {certaines choroïdites), l'œil présente à l'intérieur des désordres éminents, et la vision est cependant peu altérée. D'autres fois, on n'aperçoit pas de désordres pathologiques, et la vision devient presque nulle au bout d'un instant (aslhénopie, kopiopie). Nous avons examiné le trouble visuel qui empêche de voir les objets distants, et qui permet de distinguer ceux rapprochés [myopie) puis la vision dont les effets sont contraires (presbyopie).
Il peut arriver aussi qu'une portion d'un corps est vue plus lucidement qu'une autre (méropie), ou encore qu'une partie d'un corps est seule bien perçue, les autres étant couvertes d'un voile obscur {hémiopie). Souvent, dans certaines amauroses, on ne voit bien qu'en penchant la tête (visus obliquus), souvent aussi une barre semble cacher les objets (visus trabecularis) .
Quelquefois on aperçoit des taches fixes, par rapport à l'axe visuel (scolopsie) ; tantôt ces taches sont passagères ou volantes [myodopsie, myodésopie, imaginations de Maître-Jan, berlue de Sauvages), tantôt aussi ce sont des corps lumineux que l'on aperçoit (photopsie).
Lorsque la lumière fatigue et irrite l'organe visuel, on désigne cette affection sous le nom de
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photophobie , et lorsque la lumière vive facilite la vision, on appelle cela photolimie.
Les objets peuvent aussi être aperçus avec d'autres couleurs que celles qu'ils possèdent (chrupsie). On peut aussi les voir à travers un treillage (visus reliculosus).
Parfois la vue des objets est défigurée (mètamorphopsie). Souvent la vision est double {diplopie) ou encore multiple (polyopie). On peut aussi voir les objets plus grands {mégalopie), ou plus petits (micropie) . Dans certains cas on possède la vision perçante (oxyopie). Toutes ces affections de la vue arrivent dans le cours de certaines maladies ou dans certaines circonstances pour lesquelles il faut avoir recours aux gens de l'art les plus expérimentés.
Parlons maintenant de l'asthénopie (fatigue de l'accommodation, Desmarres; hypermétropie, Donders ; kopiopie, Sichel; vue faible, expression vulgaire; asthênopie, Mackensie), affection trèsrépandue et à laquelle on porte souvent trop peu d'attention.
Le mot asthênopie signifie œil sans force ; c'est un état particulier de la vision dans lequel on voit d'abord nettement les objets rapprochés, puis au bout d'un instant une telle fatigue survient qu'il est impossible de ne pas détourner la vue.
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Les personnes atteintes d'asthénopie n'éprouvent aucune fatigue à regarder les objets éloignés, et ont les yeux parfaitement sains.
Pour revenir aux symptômes de cette affection, nous dirons que lorsque l'on veut se livrer au travail, soit lire, coudre, etc., on est obligé, à cause de la fatigue que l'on ressent et du trouble qui semble s'étendre sur les objets, de quitter à l'instant toute occupation, car si Ton veut persister la tête devient lourde, les globes oculaires sont douloureux, les tempes et le front semblent comprimés, etc.
Si l'on vient à se reposer un instant en contemplant des objets éloignés, la vision redevient netle jusqu'à ce qu'une attaque d'asthénopie vienne assaillir tout à coup la personne atteinte de cette aiîection.
Les personnes obligées de coudre, les modistes, les fleuristes, les personnes qui écrivent, peuvent souvent, après le repos du dimanche, travailler trois ou quatre jours de la semaine, puis il leur est impossible de continuer, et comme on le voit cet état est on ne peut plus fâcheux.
Les personnes atteintes d'asthénopie sont en général délicates. Cette maladie est fréquente dans la jeunesse et dans l'enfance, elle peut souvent durer toute la vie.
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L'asthénopie peut être acquise, ou congénitale; dans ce cas, il faudra prendre les plus grandes précautions, car alors on est né avec des yeux faibles, c'est-à-dire avec des yeux dont la rétine se lasse facilement.
Ainsi l'asthénopie ne peut être confondue avec la myopie (car l'asthénope lit à la distance ordinaire), pas plus qu'avec la presbyopie, car un moment d'intervalle suffit pour faire disparaître l'asthénopie, tandis que dans la presbyopie cela n'arrive pas.
La cause de l'asthénopie acquise réside tout entière dans une application forcée de la vue sur de petits objets; on ne doit donc pas s'étonner si les couturières, tailleurs, horlogers, dessinateurs, compositeurs d'imprimerie, en sont si fréquemment atteints; les veilles, les excès, peuvent y prédisposer également.
L'asthénopie est une affection grave qui paraît avoir son siège dans la rétine; on devra donc y porter la plus grande attention. Si c'est la profession qui en est la cause, le mieux sera d'en changer; car au moins on auia quelque chance de guérison.
Le traitement de l'asthénopie consiste à éviter l'exercice des yeux sur de petits objets, ou au moins à se reposerfiéquemment,etmême souvent
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à suspendre son travail pendant plusieurs semaines. M. le docteur Mackensie, qui a traité cette question de main de maître, conseille comme moyens efficaces les bains de mer, les bains froids, puis une foule de moyens qui ne rentrent pas dans le cadre de cet ouvrage ; du reste, Tasthénopie exige l'examen d'un docteur oculiste.
Les verres convexes conviennent dans l'asthénopie, car ils permettent aux malades de continuer souvent leurs occupations. Dans ce cas, c'est avec les n°s 90, 80, 72, que Ton réussit à apporter quelque soulagement. Il faut dans ces choses apporter la plus grande circonspection, et avoir affaire à un praticien capable. Que de fois, hélas! n'avonsnous pas vu des asthénopes auxquels on avait perdu la vue par l'usage de numéros forts! En effet, la personne se présentait dans la première boutique venue, demandait des lunettes pour lire; on la considérait comme presbyte, on lui donnait alors des verres forts, qui, faisant l'office de loupes, permettaient de voir nettement, il est vrai, mais pour peu d'instants, et avaient pour désavantage de perdre totalement la vue. Dans certains cas aussi, les verres convexes ne paraissent pas avoir d'avantages, mais ces cas sont rares .
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L'amblyopie est une affection tout à fait différente de l'asthénopie, car alors la rétine est émoussée, altérée, et les symptômes sont tout à fait différents.
Dans-1'amblyopie, les objets rapprochés et éloignés sont troubles, si l'amblyope fixe ou attache solidement ses yeux, comme le dit si bien M. le docteur Mackensie, il peut parvenir à voir un peu, tandis que, dans l'asthénopie, c'est en fixant que la confusion apparaît.
L'amblyopie est une affection grave, qui réclame une prompte intervention des moyens médicaux. L'emploi des verres convexes ne paraît pas être utile ; cependant ils peuvent être essayés, car dans certains cas à'amblyopies aslhénopiques ils peuvent, comme le remarque M. le docteur Desmarres, amener de bons effets.
N'oublions pas que parmi les nombreuses causes qui mènent à l'amblyopie, on peut citer en première ligne l'usage des verres trop forts surtout, puis aussi l'emploi de ceux trop faibles. Cet avertissement doit faire réfléchir.
Si l'amblyopie n'est pas promptement soignée, si on ne se met de suite entre les mains d'un bon docteur oculiste, l'amblyopie tourne rapidement à Vàmaurose, c'est-à-dire à la perte de la vue, et clans ce dernier cas nos célèbres docteurs ont une
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peine infinie à déraciner le mal ; cependant il ne faut pas se décourager, car la science oculistique a d'immenses ressources et des représentants célèbres.