‹ Hygiène de la vueChapitre 33 sur 46 · DU STRABISME, DE LA DIPLOPIE DE LA MYDRIASE · texte numérisé non relu

DU STRABISME, DE LA DIPLOPIE DE LA MYDRIASE

Le strabisme ou vue louche consiste dans un manque d'harmonie des axes visuels; ainsi si la personne louche veut regarder un objet, il arrive que l'un des yeux prend une direction contraire à celle qu'il devrait prendre. C'est ici un cas de strabisme simple, mais s'il arrive que lorsque les deux yeux sont ouverts, que la déviation s'empare plutôt de l'un ou de l'autre, suivant que le malade se sert de tel ou tel œil, le strabisme est dit alternatif.

Le strabisme peut être convergent ou dirigé du côté du nez, divergent lorsque l'œil se dirige en dehors; frontal (sursum), quand l'œil est tourné

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en haut; inférieur (deorsum), lorsqu'il se dirige en bas; on a vu aussi, mais rarement, le strabisme horrible (strabismus horrendus), dans lequel l'un des globes est entraîné vers le front, et l'autre vers la joue.

Les causes du strabisme sont très-nombreuses, aussi nous ne pouvons les examiner ici. Son traitement consiste dans l'usage des louchettes, fig. 65,

Fig. 65.

dans un exercice approprié, dans le traitement médical, et dans l'opération.

Afin de remplacer les louchettes', les lunettes à pinnules inventées par mon grand-père, Vincent Chevalier, nous avons imaginé une nouvelle lunette antistrabique, reproduite fig. 66, qui per-

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met de graduer à volonté l'ouverture donnant passage aux rayons lumineux, de façon à forcer graduellement le malade à avoir une vision centrale. Ce moyen ré assit souvent chez les enfants.

On doit remarquer aussi que chez de jeunes enfants le strabisme tient souvent à une légère myopie, et nous avons fait disparaître le strabisme chez le jeune de S... par l'emploi simultané de notre lunette antistrabique, et de verres concaves n° 80.

Le strabisme réclame toujours l'examen d'un docteur oculiste. Parlons maintenant de la diplopie ou vue double. Dans la diplopie, on voit deux objets au lieu d'un. On distingue la diplopie binoculaire, lorsqu'il y a perception de deux objets avec les deux yeux, ou diplopie uni oculaire, si les deux objets sont perçus avec un seul œil.

La diplopie provient de la paralysie d'un des muscles de l'œil . Cette affection se traite à l'aide de moyens thérapeutiques, et par l'emploi des verres prismatiques.

Dans son savant traité, M. Desmarres s'exprime ainsi : « Mais l'usage des prismes n'a pas pour seul effet et pour seul but de redresser mécaniquement l'innervation, il a en outre une grande influence sur le rétablissement progressif de l'innervation, du moins pour les muscles droits interne et ex-

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terne. On sait, en effet, que si l'on place un prisme devant l'un des deux yeux, sur une personne saine, elle verra double au même instant, mais que si le prisme n'est pas trop fort, et que la base soit renversée au dehors ou en dedans, la seconde image disparaîtra après un instant par un effort des muscles droits interne ou externe. On sait encore que de ces deux muscles, l'interne est doué d'une puissance de rectification plus grande, car il peut vaincre la déviation d'un prisme de 14, 15, et même 16 degrés, dont la base serait tournée en dehors, tandis que l'externe peut à peine fondre l'image sous un prisme d'une puissance de 7 à 8 degrés, dont la base serait tournée en sens inverse.

« C'est cette puissance de contraction des deux principaux muscles que Ton utilise pour rectifier la diplopie d'origine paralytique, et pour corriger celle si nécessaire qui naît sous l'influence de certains strabismes. »

On sait que les prismes ont la propriété de dévier les rayons lumineux vers leur base, comme le montre la figure 67 que j'ai tirée de l&Dioptrique de Descartes (1550) qui explique les déviations de la vision à l'aide des prismes. Aussi on comprendra parfaitement par cette figure comment on ramène à sa vraie direction la vision diplope. -

On emploie des verres prismatiques de 1 à

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20 degrés. Ces prismes devront être en crown pur.

ri-, 07.

parfaitement polis, et d'un angle précis. L'efficacité des prismes pour les diplopes est évidente, et nous avons vu bon nombre de personnes guéries à l'aide de ce moyen.

•Lamydriase est la dilatation exagérée et permanente de la pupille. Cette maladie peut exiger un traitement médical auquel on associe souvent l'emploi de lunettes composées de plaques noir-

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cies et percées d'un petit trou (flg. 68), ce qui rend la vision nette.

Fig. 68.

L'affection inverse, qui consiste dans le rétrécissement exagéré de la pupille, se nomme rnyosis.

On a imaginé aussi pour l'usage certaines lunettes munies de petits cônes en cuivre (fig. 69),

mais cela revient au même que les tubes noircis

Fig. 70.

(fig. 70) adaptés auxlunettesindiquéesparmonpère en 1 84 1 , dans son Manuel des myopes et des presbytes.

Nous indiquerons ici quelques maladies des yeux, les plus intéressantes. Si l'on veut avoir à ce sujet des données étendues, il faudra lire le savant travail cle M. le docteur Desmarres, celui si parfait de M. Mackensie, les ouvrages si intéressants de M. le docteur Magne ; alors on pourra avoir une idée complète des maladies des yeux.

Chacun sait que certaines personnes sont atteintes de filaments qui semblent voltiger devant les yeux. Cette maladie, bien étudiée aujourd'hui, se nomme myodopsie. D'autres fois, ce sont des taches noires (scotomes). Ces derniers symptômes sont plus graves et nécessitent l'examen d'un docteur.

L'hémêralopie est une singulière maladie qui

fait que l'on ne voit bien que le jour : les journaux ont publié dernièrement un exemple singulier d'héméralopie.

« Il y a quelques mois, dit le Constitutionnel, lorsque le 5e bataillon de chasseurs à pied était en garnison à Vincennes, des militaires de ce bataillon, en assez grand nombre, étaient atteints d'une infirmité assez singulière. Le soir, à la tombée de la nuit, ils cessaient complètement d'y voir clair, et pendant que leurs camarades, non affectés de la même infirmité, allaient et venaient dans la caserne, on ils étaient de garde, eux-mêmes ne pouvaient faire un seul pas sans être conduits par la main, comme s'ils avaient été aveugles.

« Plusieurs cas semblables se sont manifestés depuis l'arrivée du bataillon à Paris, et, lorsque la nuit tombe, les hommes atteints du mal dont il s'agit sont obligés de se mettre à la file les uns des autres, en se tenant par la main, tandis qu'un de leurs camarades se met à leur tête et les dirige.

« Du reste les yeux des hommes affectés d'héméralopie ne présentent aucun symptôme de maladie ; ces hommes voient parfaitement clair dès que le jour reparaît. Cet état de choses est, dit-on, sans danger et ne saurait manquer de s'améliorer promptement, sous l'influence du traitement auquel sont soumis les militaires qui éprouvent cette

indisposition, que l'on étudie en ce moment avec soin dans ses causes et dans ses effets. »

L'héméralopie est une maladie de la rétine; il semble que cette membrane, devenue paresseuse, a besoin d'être stimulée par la grande lumière du jour pour pouvoir fonctionner. Les causes de cette maladie sont : l'habitation dans des lieux humides, dans le voisinage des marais, l'impression du froid, de la lumière trop vive, etc. L'héméralope voit parfaitement le jour, mais dès que le soleil disparaît, la vue se couvre d'un nuage, ou même se trouve complètement abolie. Nos savants docteurs triomphent de cette maladie par un traitement général, l'usage de purgatifs, vomitifs, etc.

La nyctalopie est le contraire, car ici, la vision se trouve abolie le jour et, le soir, la vision est assez parfaite. On comprend que les verres colorés peuvent ici être appliqués. La nyctalopie résuite d'une inflammation de la rétine. Dans cette maladie, il arrive souvent que l'on peut lire dans les ténèbres et que la lumière d'une simple bougie ne peut être supportée.

L' 'achromatopsie ou daltonisme est une singulière affection qui fait que l'on ne peut reconnaître certaines couleurs. Certaines personnes ne voient pas le rouge, d'autres le vert, etc. Des verres colorés complémentaires peuvent être employés. J'ai

vu dernièrement, dans le service de M. le docteur Desormeaux à l'hôpital Necker, une femme qui ne voyait que le rouge ; l'écriture noire n'était pas visible pour elle, mais elle pouvait déchiffrer des lettres rouges. Gomme on le voit, cette maladie est fort singulière.

Les kératites sont des inflammations de la cornée transparente. Dans cette maladie, la cornée est mate, terne, et offre un aspect singulier. Si on n'a recours promptement aux soins d'un docteur, il se forme des épanchements d'une couleur jaunâtre qui finissent par abolir la vision. La kératite ponctuée est causée par une multitude de points situés sur la cornée et dont la perception exige l'emploi de la loupe; au premier aspect, la cornée semble saine. Cette affection est assez difficile à. guérir.

L'iritis est une inflammation de l'iris. Cette affection est on ne peut plus douloureuse ; la lumière ne peut être supportée sans des douleurs atroces. L'iris change de couleur; s'il est bleu, il devient vert; s'il est brun, il devient roux ; dans certains cas, les vaisseaux de la conjonctive et de la sclérotique s'engorgent, et cela devient assez grave. Dans l'iritis chronique, l'iris est décoloré, la lumière est supportée avec peine, la vision perd de sa netteté, la pupille est peu mobile, souvent

l'iris se soude à la capsule cristalline, et alors ces complications deviennent sérieuses ; on peut les éviter en se hâtant d'avoir recours au médecin oculiste.

Les ophthalmies sont des inflammations de la conjonctive. Suivant leur aspect, on les désigne sous le nom de conjonctivites simple, pustuleuse, granulaire, purulente. Dans la conjonctivite simple les vaisseaux de la muqueuse sont injectés à un plus ou moins grand degré ; il existe de la gêne et de la cuisson ; cette légère affection cède promptement sous l'influence de la médication.

Dans la conjonctivite pustuleuse, outre la rougeur, on voit près du bord de la cornée une petite pustule où viennent aboutir les vaisseaux injectés. Dans la conjonctivite granulaire catarrhale, on voit des granulates sous les paupières, et en nombre souvent si considérable qu'elles soulèvent la paupière d'une façon notable.

La conjonctivite purulente est fréquente chez les enfants. Un courant d'air froid peut, chez le nouveau-né, déterminer cette horrible maladie. C'est ici qu'il faut recommander aux mères de famille défaire soigner de suite leurs enfants atteints de cette affection, car, faute des soins d'un docteur éclairé, la vue peut être rapidement perdue pour toujours, et cela se comprendra lorsqu'on

saura que, l'inflammation gagnant la cornée, cette dernière se trouvera perforée, détruite, et l'œil se videra, puis les membranes se contracteront de façon à clore l'organe visuel.

Nous ne parlerons pas ici du compère loriot ou orgeolet, que tout le monde connaît.

Une affection qui effraye souvent et qui pourtant n'est rien, puisqu'elle cède à des lotions d'eau fraîche, est Y ecchymose de la conjonctive, qui arrive après une contrariété, une commotion, et qui consiste en l'injection des vaisseaux, qui prennent une teinte rouge vif.

La blépharite consiste dans l'inflammation des glandes de Meibomius ; le bord des paupières est rouge; le matin, les yeux sont collés; il y a de la cuisson et de la démangeaison. En deux ou trois jours, nos célèbres docteurs font disparaître cette insupportable affection.

L'œdème des paupières consiste dans leur boursouflement, sans accompagnement de rougeur. Rien n'est plus bénin que cette maladie.

Vectropion est le renversement des paupières en dehors ; lorsqu'elles sont renversées en dedans, la maladie prend le nom à'entropion.

Le trichiasis est le renversement des cils en dedans; il peut amener des inflammations rebelles, et souvent le chalazion, qui est l'hypertrophie des

follicules du cartilage palpébral. Le symblèpharon est une simple affection caractérisée par l'adhérence des paupières et de la sclérotique. Ici, une petite opération est de rigueur.

Les taies de la cornée arrivent souvent après les kératites. Lorsque la vision est affaiblie, il peut exister un. nuage; alors la taie est simple. Si la taie est plus opaque, on la nomme albugo. Lorsque l'opacité est complète, cela s'appelle leucoma, ou leucome.

Le cercle senile ou gèrontoxon est un cercle opaque qui se trouve sur la cornée, vers la sclérotique. Cette opacité se trouve chez tous les vieillards, et ne nuit pas à la vision.

Ukêmiopie est une singulière affection qui fait qu'on ne voit que la moitié des objets; la paralysie est alors partielle. Cette maladie est guérissable si on se hâte de voir un docteur. La fistule lacrymale résulte du rétrécissement ou de l'oblitération du canal nasal. L'opération est toujours nécessaire, car cette affection est fort incommode.

Les mouches volantes (myodêsopie) ou filaments qui semblent voltiger devant les yeux, font le désespoir d'un grand nombre de personnes. Elles affectent diverses formes et se meuvent lorsque l'on tourne les yeux. Ces mouches tiennent

souvent à de petits corpuscules situés dans ies liquides de l'œil, et il est souvent difficile de les faire passer.

Il existe aussi des mouches fixes qui ne changent jamais déposition, mais qui bougent aussi suivant que se meuvent les yeux. Elles tiennent à des congestions des vaisseaux rétiniens, et offrent peu de chances de guérison.

M. le docteur Mackensie, qui a si bien traité cette question, conseille de mettre le malade en garde contre toutes les causes excitantes, telles que l'abus des yeux, les excès de toute sorte, les veilles, l'usage de l'alcool, sous quelque forme et en quelque quantité que ce soit. Les seuls moyens remédiables, cités par Malher, sont le repos continu des yeux, ce qui, chez certaines personnes, a totalement fait disparaître les mouches volantes.

Le célèbre Buffon fut atteint de mouches volantes, et en voyait de telles quantités., qu'il en fut profondément effrayé. Il dut se reposer quelques mois, et finit par avoir le bonheur de voir disparaître ces insupportables filaments.

Le pinguêcula est une petite tumeur qui se forme sur la sclérotique près de la cornée.

Le ptérygion est une épaisseur de la conjonctive qui peut abolir la vision en s'étendant sur la cornée.

Le staphylome est une tumeur située sous la conjonctive, à la partie antérieure ou postérieure du bulbe visuel, Il est fréquent dans l'hypermyopie.

Le myosis est le resserrement exagéré de la pupille.

En terminant cet aperçu, nous dirons qu'il peut se développer des animaux dans l'œil, témoin les cysticerques du corps vitré, que nos docteurs ont eu assez souvent l'occasion d'extraire, et dont ils ont donné des figures tout à fait exactes.

DE L'OPHTHALMOSCOPE

On peut voir parfaitement le fond de Vont! Cela doit sembler miraculeux, mais pourtant le fait est vrai, et grâce à l'invention de Vophthalmoscope, qui fut découvert en 1851, par Helmoltz, on parvient à connaître une foule d'affections qui auraient été sans nul doute toujours ignorées.

Cette invention, comme on peut le penser, a fait marcher d'un pas immense la science de l'oculistique, et de nombreux savants s'empressèrent d'adopter le nouvel instrument, et de le perfectionner sous tous les rapports.

Parmi les docteurs célèbres qui perfectionnèrent l'ophthalmoscope nous citerons MM. Anagnostakis, Goccius, Desmarres, Donders, Epken, Follin, Gaëfe, Jieger, Hasner, Lubrich, Ulrich, Zehen-

312 DE l'opht'halmoscope,

der, puis encore MM. Desmarres fils, Galenzowski, etc.

Si la science de l'oculis tique a fait de notables progrès, elle les doit à l'invention de l'ophthalmoscope, et aujourd'hui cet instrument est devenu le compagnon inséparable du docteur oculiste, c'est sa pierre de touche, à l'aide de laquelle il fait un diagnostic certain des choses les plus difficiles à reconnaître. Jadis les maladies de la rétine, de la choroïde, du cristallin, ne pouvaient être appréciées, aujourd'hui le moindre trouble visuel ayant pour cause les altérations dans les profondeurs de l'œil est connu, et l'on peut au moins agir avec certitude.

On distingue, dans l'emploi général, les ophtah moscopes fixes, et ceux à main (ces derniers sont les plus employés); nous donnerons donc la description àeYophthalmoscope à main. Cet instrument se compose d'un miroir concave en verre étamé, en argent ou en acier ; ce miroir, fixé à un manche, est d'un foyer de 20 à 25 cent., et est percé à son centre d'un trou de 3 millim. environ. Il est accompagné d'un ou de plusieurs verres concaves ayant 24, 27 ou 30 lignes de foyer, puis d'une lentille concave de 10 pouces de distance focale.

Derrière le miroir, une pince permet de recevoir des verres concaves ou convexes, devant servir

de l'ophthalmoscope. 313

pour l'observateur, s'il est myope ou presbyte. Les miroirs en glace étamée sont supérieurs à tous ; ils doivent être bien sphériques et parfaitement étamés, on ne les fait bien que dans les ateliers d'optique. Quant à ces miroirs en acier ou en argent, polis sur la roue dans les ateliers d'instruments de chirurgie, ils ne sont ni sphériques, ni paraboliques ; ils donnent à leur foyer une tache colorée parsemée d'irrégularités tenant à la mauvaise confection du miroir. Cependant ces miroirs sont les plus employés.

Les verres doivent être en crown pur, trèsexacts, sans la moindre bulle ni strie; mais pour accompagner le miroir poli à la roue, on met des verres tout à fait ordinaires et très-mal faits. Nous avons déjà remplacé bon nombre de lentilles d'ophthalmoscopes, et la netteté des lentilles bien faites n'est pas à comparer avec l'effet des autres.

Comment se sert- on de l'oplithalmoscope? La chose est simple : on se place dans une chambre rendue obscure, on met une lampe à côté du malade, puis, en dirigeant le miroir vers l'œil à examiner, on l'incline de façon à faire tomber la lumière réfléchie de la lampe sur l'œil à explorer, on regarde par le trou du miroir, et la pupille qui est noire, semble alors rouge, le fond de l'œil est donc éclairé. On prend alors une len-

DE LOPHTHALMOSCOPE

tille convexe ou concave, que Ton place près de l'œil du malade, et on aperçoit la structure intérieure de l'œil. La fig. 71 représente exactement la position du chirurgien et du malade.

Pourquoi voit-on le fond de l'œil ? En voici la cause en peu de mots : Le fond de l'œil étant éclairé envoie des rayons qui, traversant le cristallin, viennent en avant de l'œil former une image de ce même fond. Mais limage est trouble, et l'effet de la lentille convexe que l'on interpose, la diminue, la rend plus brillante et la définit. La fig. 72 explique la marche des rayons. En ém-

et b Papille c d Cristallin

B A Image de la papille formée sans lentille.

B/.V Image formée par l'interposition de la lentille.

ployant la lentille biconvexe, l'image est ren-

316 de l'ophthalmoscope.

versée, elle serait droite avec une lentille concave.

Le maniement de l'ophthalmoscope présente des difficultés; il demande une grande habitude : aussi ne doit-on se laisser examiner que par un praticien capable.

Afin de voir parfaitement, on agrandit souvent la pupille à l'aide de la belladone ou de sa partie active (sulfate d'atropine); une goutte de cette substance, placée en dedans de la paupière inférieure, dilate à l'instant la pupille, de façon àfaire presque disparaître l'iris. Un jour suffit pour que les choses se rétablissent.

Afin d'intéresser nos lecteurs, nous avons figuré sur la planche ci-contre le fond d'un œil sain, fig. t , et le fond d'un œil atteint de choroïdite,fig.2.

Dans la fig. 1 , on aperçoit au milieu un disque blanc jaunâtre, c'est la papille du nerf optique. On sait que ce nerf pénètre dans l'œil et s'épanouit pour former la rétine ; c'est donc la partie qui pénètre dans l'œil qui vient faire éminence au fond, que l'on nomme la papille du nerf optique. Du centre, on voit émaner des vaisseaux : ce sont les veines et artères de la rétine, qui se répandent sur cette dernière membrane. Non loin de la papille, on aperçoit une petite tache : c'est la macula lutea dont nous avons parlé.

La figure 2 montre les désordres qui existent

P.Lackerbœizer chromo -lith-.

de l'ophthalmoscope . 317

dans une choroïdite : les vaisseaux de la choroïde sont remplis de sang. La papille est marquée çà et là de taches noires, montrant des plaques de pigment choroïdien ; en cet état la vue est tout à fait obscurcie ; mais il faut peu de temps à nos célèbres docteurs pour rendre le fond de cet œil pareil à celui de la figure 1 .

Comme on l'a vu, les verres dont on se sert dans Toplithalmoscope sont de simples verres de lunettes qui donnent une netteté passable, mais qui ont le grand défaut de donner des couleurs, et de changer la teinte des objets.

Frappé de ces inconvénients, nous avons substitué aux verres des ophthalmoscopes en général, des lentilles achromatiques, et par ce fait créé Yophthalmoscope achromatique. L'avantage des lentilles achromatiques est évident, car elles donnent une netteté plus grande que les autres, et l'absence de couleurs. Nous croyons donc que bientôt remploi de ces lentilles sera généralement adopté.

Des essais comparatifs ont été faits à Necker par M. le docteur A. Desormeaux, qui, dans son service, a constaté la supériorité de notre ophthalmoscope achromatique.

Nous avons présenté cet instrument à l'Académie des sciences, où une commission savante a été nommée pour l'examiner; elle se composait de

318 de l'ophthalmoscope.

MM. Claude Bernard, de Sénarmont et Despretz. A la Société de chirurgie, séance du 2 5 février 1 862, M. le docteur A. Desormeaux a bien voulu se charger de la présentation de notre instrument, et, dans la séance du 12 mai 1862, il s'est s'exprime en ces termes :

« M. Arthur Chevalier me charge de faire connaître une modification qu'il a apportée aux ophthalmoscopes. Cette modification consiste dans la substitution de lentilles achromatiques crown et flint, aux lentilles biconvexes et biconcaves. Elle peut s'appliquer à tous les ophthalmoscopes , de quelque nature qu'ils soient. L'avantage de ces lentilles est évident en théorie. Personne ne voudrait aujourd'hui d'un microscope ou d'une simple lunette de spectacle qui ne serait pas achromatique, le bon marché même ne ferait pas accepter un pareil instrument. On ne comprend guère qu'il en soit autrement pour les ophthalmoscopes, surtout si on fait attention que dans ces instruments on se sert presque toujours des parties excentriques de la lentille, vu qu'on la place obliquement pour éviter les reflets. Il en résulte, qu'avec les lentilles simples, on a une image altérée dans sa forme et sa coloration, et lors même que les aberrations ne seraient pas sensibles à la vue, elles seraient cependant

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