PAR CHARLES CHEVALIER
1° On s'étonnera peut-être de nous entendre recommander d'abord d'essuyer soigneusement les verres de lunettes avant d'en faire usage ; mais ce conseil paraîtra moins puéril, si les critiques se rappellent ce qu'ils font si souvent eux-mêmes ; tantôt après avoir tenu leurs lunettes entre les doigts, ils les remettent sur leur nez sans les essuyer, quelquefois elles sont relevées sur le front et on les place de nouveau devant les yeux, ternies par la transpiration ou les humeurs sécrétées à la surface de la peau ; enfin l'haleine condensée sur les verres, la poussière, l'humidité, sont autant de causes qui troublent leur transparence et s'opposent à la vision distincte.
2° Les verres destinés aux myopes sont concaves ou divergents, les presbytes devront employer des verres convexes ou convergents.
3° La myopie et la presbytie ne sont pas des affections morbides, mais de simples altérations de la faculté visuelle ; elles ne rentrent donc pas dans le domaine de la médecine , mais appartiennent entièrement à la physique. Il existe cependant quelques exceptions à cette règle.
4° Dans les campagnes on rencontre plus de presbytes que de myopes, et cette circonstance s'explique naturellement par les habitudes des paysans dont la vue peut s'exercer à de grandes distances; elle n'est pas bornée comme dans les grandes villes où les occupations les plus fréquentes exigent d'ailleurs l'examen attentif d'objets rapprochés ou de petites dimensions.
5° Les proportions des montures de lunettes doivent varier avec les individus. Elles seront disposées de telle façon que le centre des verres se trouve toujours exactement sur l'axe optique. Il est surtout nécessaire que les montures soient solides, légères et que les branches aient de l'élasticité.
6o Les besicles pince-nez ne sont plus usitées que sous forme de binocle.
7° Quelquefois les lunettes sont entièrement
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construites en verre , la disposition ordinaire est généralement préférée.
8° La matière dont on forme les verres ne saurait être trop pure ; les stries, bulles, etc., sont des défauts qui feront rejeter les verres où ils se rencontrent.
9° Quelques fabricants ont employé le flint-glass sans réfléchir que ce verre est trop réfringent, irise les contours des objets, se raye facilement et que la quantité de minium qui entre dans sa composition l'expose à s'altérer très-facilement, sous .l'influence de certains agents. D'ailleurs il fatigue promptement la vue.
10° Le cristal de roche ne présente pas les mêmes inconvénients, mais il est fort cher et exige un travail particulier qui en augmente encore le prix. Lorsque ce cristal est mal taillé, il montre les images doubles ou mal définies.
1 1° Les courbures des verres doivent être trèsexactes , la moindre erreur troublerait la netteté des images.
12° Quand un verre a reçu la forme convenable, on peut encore altérer ses courbures en procédant au polissage , cette dernière opération exige les plus grands soins.
13° C'est de la parfaite exécution des verres que dépend leur effet. Lorsqu'ils sont mal travaillés
ils augmentent Falteration.au lieu de la combattre. Cependant on a vu des personnes contracter la funeste habitude d'y voir avec de mauvais verres, et lorsqu'elles étaient forcées de les remplacer, on ne pouvait parvenir à leur trouver un numéro convenable. L'organe s'était accoutumé aux défauts des lentilles et ne pouvait s'en passer.
14° Les verres concaves sont classés par numéros qui représentent leurs distances focales. On peut les diviser en quatre séries correspondant aux divers degrés d'altération de l'organe.
15° On commet une grave erreur, lorsqu'on croit avoir affaibli sa vue par l'usage des lunettes, parce qu'on ne peut plus s'en passer. On comprend que l'habitude d'y voir nettement fait paraître la myopie bien plus prononcée lorsqu'on rétire les lunettes; cette transition brusque produit une sensation analogue à celle qu'on éprouverait si on était subitemement frappé de myopie.
16° Il faut avoir des lunettes pour voir de près et d'autres pour voir de loin ; le foyer, dans ce dernier cas, doit être une fois plus court que dans le précédent. Si l'on emploie les mêmes verres dans toutes les circonstances, on ne peut y voir nettement et l'on force l'œil à faire de pénibles efforts pour corriger le mauvais effet des lentilles. Ce n'est que dans le premier degré de Faltération , qu'on
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peut se contenter d'une paire de lunettes ; encore est-ce à la condition de retirer ces dernières pour voir de près ou de loin suivant qu'on est myope ou presbyte.
17° On se conformera facilement à ce précepte, en faisant usage des verres tronqués ou plutôt des lunettes à la Franklin , qui sont garnies de deux moitiés de verre chacune d'un foyer différent.
18° Il arrive fréquemment que certaines personnes placent leurs lunettes sur le bout de leur nez , d'autres contractent l'habitude de grimacer continuellemant; elles cherchent à voir par-dessus leurs besicles. Dans le premier cas, il faut les relever lorsqu'on veut s'en servir, autrement le centre des verres ne se trouvera plus sur Taxe optique. Bans le second, les muscles de l'œil et de la face sont continuellement tourmentés et les traits prennent un aspect disgracieux.
1 9° Des verres trop faibles ou trop forts favorisent les progrès de l'altération ; trop faibles, ils imposent à l'œil des efforts continuels, trop puissants, ils ne sauraient être tolérés sans amener une lassitude extrême et la vision serait encore moins nette que dans son état habituel.
20° Un verre de lunettes est destiné à rendre à l'organe, autant que possible, son énergie nor-
maie; les objets ne doivent donc pas subir d'altération dans leur apparence.
21° La première fois qu'on essaye des lunettes, l'œil est obligé de s'accommoder à la puissance des différents verres, il se fatigue, et souvent, quelques heures après avoir fait un choix, on reconnaît avec surprise qu'on a pris des verres trop forts ou trop faibles. En s'adressant à un opticien habile qui sait distinguer promptement les numéros convenables, on évite la fatigue d'où nait l'erreur. Si l'on persiste à choisir soi-même, il faut se reposer fréquemment et n'adopter que le numéro qui produit toujours le même effet.
22° Les presbytes prennent des lunettes plus tôt que les myopes, d'abord parce qu'ils ne peuvent distinguer les petits objets placés près de l'œil, en second lieu, parce que les efforts qu'ils font pour distinguer occasionnent des vertiges, des céphalalgies , et qu'au bout de quelques instants, ils sont forcés de suspendre leurs travaux.
23° Cette altération ne se guérit pas plus que la myopie, cependant Dèmours rapporte des exemples de guérison au moyen des lunettes; il cite également des cas où la myopie a disparu spontanément. Les presbytes croient parfois qu'ils deviennent aveugles et lorsqu'ils ont subi un
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traitement très-long et très-dispendieux, on leur rend tout à coup la vue en leur choisissant des lunettes convenables.
24° Les verres pour presbytes sout également divisés en quatre séries et portent le numéro de leur foyer.
25° Parfois et trop souvent encore, les presbytes craignent de prendre des lunettes de peur de paraître vieux, mais bien que cette altération survienne le plus fréquemment à une époque avancée de la vie, on rencontre pourtant la presbytie chez des personnes de tout âge. Elle peut même être congéniale.
26° Le principe relatif à l'action nuisible des verres trop forts ou trop faibles chez les myopes est également applicable aux presbytes.
27° Ils devront encore et par les mêmes raisons, avoir deux paires de lunettes ou des besicles à la Franklin.
38° Il arrive fréquemment qu'à l'époque où l'on reconnaît le besoin de prendre des lunettes, on essaye celles d'un étranger ou d'un parent; si elles rendent les objets plus distincts ou , ce qui est plus nuisible, si elles les amplifient, on en fait volontiers usage chaque fois qu'elles se trouvent sous la main. Beaucoup de jeunes personnes ont recours aux lunettes de leur mère ou grand' 'mère
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lorsqu'elles s'occupent de broderie une, bientôt elles ne peuvent plus s'en passer et l'on est surpris de leur voir choisir en commençant des numéros aussi élevés. Les myopes commettent la même imprudence, mais moins fréquemment que les presbytes.
29° Il n'y a pas de verres qui méritent exclusivement le nom de conserves, les bonnes lunettes seules sont de véritables conserves,, puisqu'elles enrayent la marche des altérations en reposant l'organe.
30° Les binocles sont très-commodes lorsqu'il s'agit de regarder instantanément un objet, mais si l'observation devait se prolonger, il faudrait les remplacer par des lunettes, car la main agite le binocle devant les yeux qui se fatiguent trèspromptement.
31 o Les lorgnons ou monocles sont plutôt des colifichets soumis au caprice de la mode, que des instruments utiles et bienfaisants. Toutefois, nous ferons observer que l'on doit faire usage pour le monocle, d'un numéro deux fois plus fort que celui des lunettes dont on se sert habituellement.
32° Nous avons eu l'idée de construire, pour les lunettes, des verres achromatiséspar l'association du flint et du crown glass, mais ces lentilles se^
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raient trop lourdes , néanmoins nous espérons réaliser notre projet.
33° Les verres colorés doivent laisser voir les objets avec leurs couleurs naturelles, on n'obtient cet effet qu'au moyen des verres à teinte neutre.
34° Il n'est pas nécessaire que la vue soit altérée pour qu'on» porte des lunettes à verres colorés, elles sont très-utiles aux voyageurs et aux personnes qui se livrent à l'étude et dont la vue est fatiguée par un travail trop assidu.
35° Que l'on emploie des verres colorés ou des lentilles incolores, il faut toujours fermer les yeux au moment où l'on retire les lunettes; cette précaution est indispensable si l'on veut éviter l'impression pénible qui résulte du passage trop brusque d'une douce clarté à une lumière éclatante ou de la vision distincte à la vision confuse.