AUTORISÉS DES APPAREILS A VAPEUR
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Buanderies, plates, lavoirs publics
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Irrigation .....
Hospices, maisons de santé, colleges. . .
Totaux annuels
Il résulte donc de l’inspection de ce tableau, que 460 appareils à vapeur ont été autorisés depuis 1851 ; nous savons bien qu’il ne s’agit pas ici toujours d’appareils nouveaux, mais bien souvent d’appareils anciens que l’on devait ou changer de place, ou remplacer par d’autres. Cependant si, défalquant ceux-ci, nous ajoutons ceux qui ont été autorisés avant 1851 , nous croyons pouvoir, tout compte fait, évaluer au moins à 500 le nombre des appareils à vapeur actuellement en activité dans la circonscription, je ne dis pas dans l’arrondissement de Lyon. A coup sûr, pour qui n’envisagerait les choses qu’au point de vue industriel , il y aurait lieu à se féliciter grandement des résultats révélés par ce tableau. Car, toutes ces chaudières qui bouillonnent, ces alambics qui distillent au contact de la vapeur , ces machines qui, véritables êtres organisés animés par elle, se meuvent, travaillent comme autant d’ouvriers infatigables, tout cela c’est l’activité, c’est la vie industrielle de notre pays, c’est le travail , c’est la richesse, c’est enfin une manifestation de l’intelligence de l’homme. En présence de tout cela, il est permis de se laisser aller à l’admiration, à l’enthousiasme. C’est là un sentiment naturel qu’éprouve quiconque contemple les merveilles de l’industrie.
Mais nous l’avons déjà dit, ce n’est pas ainsi que l’hygiéniste peut envisager les appareils à vapeur. Ce n’est point le beau côté, mais le revers de la médaille qu’il considère , qu’il étudie. Or , si on examine les choses sous cette nouvelle face, le tableau est loin d’être aussi brillant, aussi satisfaisant; ils devient sombre, parfois même effrayant. Oui, la découverte de la vapeur a été une magnifique conquête; mais cette conquête n’a-telle donc rien coulé? De nombreuses victimes ne lui
ont-elles pas été sacrifiées ? C’est une puissance incomparable par laquelle se multiplie à l’infini la force humaine ; mais puissance terrible et qui peut se tourner contre l’homme. Elle est enchaînée, mais impatiente du joug, toujours menaçante. Que de fois ne l’ a-t-on pas vue, brisant sa prison , porter le ravage , la destruction autour d’elle? Force aveugle et brutale, elle ne distingue ni ne respecte rien. Malheur à l’ouvrier imprudent ou distrait qui se laissera saisir par une de ces machines qu’anime la vapeur; il sera impitoyablement coupé, écrasé comme le tronc d’arbre qu’elle devait .scier, comme le bloc de métal qu’elle devait aplatir. A chaque instant les journaux enregistrent des accidents de cette nature.
Ainsi de nouveaux dangers, voihà pour l’hygiène les fruits de l’introduction de la vapeur dans l’industrie. Mais l’homme, grâce aux ressources de son esprit inventif, de son génie, est parvenu à dompter complètement celle force terrible. Par sa science, il a trouvé les moyens de conjurer la plupart des accidents qui en faisaient redouter l’emploi et parla, à rassurer l’hygiène justement alarmée. Sous ce rapport, les Conseils cl’hygiène n’ont pas à s’en occuper. Des règlements sévères fixent les conditions d’établissement, de construction, de fonctionnement des appareils à vapeur et les ingénieurs des mines sont chargés cl’en surveiller l’application.
Mais ceei fait, tout n’est pas dit sur les appareils à vapeur; il est encore d’autres points par lesquels ils intéressent l’hygiène et commandent son attention. Je veux parler de celte combustion incessante de houille qui s’opère sur une échelle de plus en plus considérable, par le fait de l’application de la vapeur et d’où
résulte l'introduction dans l’atmosphère de masses énormes de fumée. Ainsi , nous avons compté à Lyon 500 chaudières à vapeur en activité. Certainement nous n’exagèrerons rien si nous les évaluons chacune en moyenne à 5 chevaux de force. Ce serait donc 2,500 chevaux qui dévorent, qu’on me permette le mot, incessamment de la houille et qui, la digérant mal, en suite d’une organisation imparfaite, en rejettent une bonne partie dans l’air sous la forme d’une fumée noire et épaisse. On peut bien évaluer à 4 kilogrammes par cheval et par heure, la quantité de houille nécessaire à l’alimentation d’une chaudière à vapeur, ce serait alors 10,000 kilos par heure ou 100,000 par journée de travail do dix heures , que consommeraient nos 2,500 chevaux vapeur. Qu’on juge par là de la proportion de fumée, c’est-à-dire de gaz, de vapeurs de diverse nature , de particules solides, versées incessamment dans notre atmosphère. Il y a bien là sans même compter la fumée qui provient d’autres sources, de quoi troubler singulièrement la pureté de l’atmosphère lyonnaise. Faut-il s’étonner alors si de cette atmosphère tombent sans cesse des particules charbonneuses qui noircissent si vite nos' monuments? Faut-il s’étonner si la neige de Lyon n’est pas blanche comme celle des Alpes, si l’eau qu’elle produit en fondant, au lieu d’être limpide et transparente comme celle qui s’écoule des glaciers, est au contraire trouble, sale, chargée de particules noires ?
Quand on considère cette énorme quantité de fumée qui des usines où se produit la vapeur s’élance dans l’air, on ne peut moins faire de s’en préoccuper. On se demande si l’atmosphère d’une ville comme Lyon, déjà exposée à de si nombreuses causes de viciation par
le fait même de l’agglomération de cette multitude d’individus qui y accomplissent leur existence, ne risque pas d’en être troublée au point de devenir insalubre? Mais c’est là une question diflicile à trancher. 11 serait plus aisé de démontrer que l’air, dans ce cas, doit ou peut être insalubre que de prouver qu’il l’est réellement. Aucune observation directe ne peut être invoquée pour établir expérimentalement l’action nuisible de la fumée respirée dans les conditions dont nous parlons. Au contraire, on peut citer des faits qui semblent témoigner de son innocuité ; ainsi des populations entières passent leur vie au milieu de la fumée; Givors, Rive-de-Gier, St-Étienne sont presque constamment plongés dans un nuage fumeux. La vie s’y accomplit-elle moins bien qu’ailleurs? A-t-on jamais constaté dans ces localités quelque affection morbide spéciale dont on puisse attribuer la cause à leur constitution atmosphérique?
Mais de ce que certains faits n’ont pas été observés, de ce que certains rapports entre l’homme et le milieu dans lequel il vit sont restés insaisissables, ont échappé aux investigations, il ne s’en suit pas qu’ils n’existent point; et l’influence fâcheuse, l’insalubrité, dans une mesure que je ne saurais dire, d’une atmosphère enfumée ne me semble pas devoir être niée pour cela. La respiration d’un air pur a de tout temps et de partout été considérée comme une des conditions les plus essentielles de la vie ; tout ce qui tend à altérer la pureté de cet air doit donc porter en même temps atteinte d’une manière plus ou moins directe à la vie elle-même. Mon intention n’est pas de développer toutes les raisons qui doivent faire considérer la respiration d’un air imprégné de fumée comme devant exercer une action sur l'économie capable
d’apporter quelque trouble dans les fonctions; ce serait inutile, car en hygiène tout le monde est d’accord sur ce point; s’il y a diversité d’opinions, c’est sur la mesure de celte action. Et d’ailleurs le doute existâtil, que la question devrait être tranchée en faveur de l’hygiène.
Mais si au point de vue de la salubrité l’influence de la fumée de la houille n’est pas bien manifeste, bien prouvée, en revanche son influence au point de vue de la commodité n’est pas douteuse; elle est visible, palpable en quelque sorte. Cette fumée est la source de beaucoup de désagréments, et de graves inconvénients. Tout ce qui plonge dans l’atmosphère lyonnaise est exposé à s’y salir, à s’y détériorer promptement. Nos monuments à peine achevés se couvrent d’une couche de plus en plus noire, sorte de patine peu artistique, peu satisfaisante pour l’œil, dont les éléments, qui sont puisés dans l’air, ne sont autres que ces particules charbonneuses échappées des foyers où se consume la houille. Les arbres, les plantes se revêtent d’un enduit noir qui obstrue leurs pores et nuit à l’accomplissement normal des phénomènes delà végétation. Les ouvriers qui travaillent la soie se défendent avec peine contre l’invasion dans leurs ateliers de ces fuligines qui menacent de ternir l’éclat de leurs étoffes.
La fumée de la houille est donc la cause d’une incommodité sérieuse et cette incommodité est d’autant plus grave qu’elle est incessante, de tous les instants. 11 est donc nécessaire d’y remédier, de mettre une digue à cette inondation toujours croissante de notre atmosphère parla fumée. Mais comment? Ce problème n’est pas facile à résoudre. Ordonner à ceux qui emploient les appareils à
vapeur la construction de hautes cheminées de façon que la fumée ne puisse être déversée dans l’atmosphère qu’à une grande hauteur, c’est quelque chose assurément, mais c’est bien peu; c’est le déplacement et non la suppression de la fumée. D’ailleurs une semblable mesure ne peut pas toujours être appliquée. A Lyon particulièrement, il est des circonstances où une haute cheminée, à moins d’une élévation inouïe, serait plus nuisible qu’utile. Pourrait-on par exemple, auprès de ces coteaux qui entourent la ville, élever de hautes cheminées comme on en voitdans les plaines de Villeurbanne, sans risquer d’enfumer les habitants de la Croix-Rousse, de St-Just, etc.?
Une mesure d’un effet plus utile que la précédente, qui produit des résultats tou t-à-fait satisfaisants, c’est celle qui consiste à substituer le coke à la houille dans l’alimentation des foyers de chaudières à vapeur. La combustion du coke n’entraîne en effet aucun des inconvénients que nous avons signalés. Malheureusement cette mesure n’est pas toujours applicable, et c’est précisément dans les cas où son application serait la plus désirable, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit d’un vaste foyer où la consommation du combustible doit être considérable, qu’elle ne peut avoir lieu. Toutefois l’emploi du coke au lieu de la houille nous a permis, dans bon nombre de circonstances, d’atténuer dans une certaine mesure les inconvénients des appareils à vapeur en activité dans noire ville.
La seule chose dont on puisse espérer un résultat satisfaisant, c’est l’emploi d’un fumivore convenable. La fumivorité est un des problèmes dont on s’est le plus occupé depuis quelques années , et à la solution duquel l’industrie n’est pas moins intéressée que l’hygiène. Cette
fumée noire, épaisse qui s’échappe de la cheminée renferme une quantité considérable de matériaux combustibles, oxyde de carbone, noir de fumée, hydrocarbures etc., qui proviennent de la décomposilion de la houille et qui brûlés sous la chaudière eussent produit un effet utile. C’est donc une perte de combustible, par conséquent une perte de travail, de force, une perte d’argent et qui est d’autant plus considérable que le mode de chauffage est plus imparfait. Brûler parfaitement la houille, brûler la fumée voilà donc le but qu’il faut atteindre.
Des efforts nombreux ont été tentés dans ce sens et l’on peut dire que si la fumivorité absolue n’a pas été obtenue, cependant par l’emploi d’appareils particuliers on a réussi à réduire singulièrement les proportions de la fumée produite par les chaudières à vapeur. Notre intention n’est pas de faire connaître ici les divers appareils fumivores qui ont été successivement imaginés, de décrire leur construction, leur mode de fonctionnement, de discuter leur valeur relative; à coup sûr, ce serait là une élude pleine d’intérêt, mais ce serait un traité spécial sur la fumivorité qui exigerait pour être complet bien des éléments qui nous manquent, è^ous nous bornerons à faire connaître ce que le Conseil d’hygiène de Lyon, agissant dans sa sphère, a cru devoir faire en ce sens.
Dès l’année -1851 , le Conseil, frappé du développement croissant des chaudières à vapeur, s’est préoccupé des moyens de remédier aux inconvénients qui en résultaient. L’occasion s’étant présentée d’observer, d’étudier un appareil fumivore, il la saisit avec empressement dans l’espoir d’y trouver la solution du problème qu’il
cherchait; une Commission d’abord, puis le Conseil tout entier se transporta dans les ateliers de construction de bateaux de M. Breillmayer où fonctionnait une grille fumivore du système Tailfer. Après examen attentif de cet appareil, un rapport fut rédigé qui en consignait les résultats et proposait les conclusions qui devaient en être la conséquence. Voici un extrait de ce rapport.
Messieurs , vous l’avez constaté par vous mêmes, le remède est trouvé, le problème est résolu d’une manière tout à fait satisfaisante. Vous avez vu fonctionner une machine de la force de douze chevaux; le combustible arrivait incessamment dans le foyer, et cependant aucune fumée ne se montrait à la cheminée. Inutile de rappeler ici la construction des grilles fumivores. Dans ccs sortes de questions le fait est tout , la théorie n’est rien. Un appareil n’est pas fumivore , parce qu’il est construit de telle ou telle façon, mais parce qu’on lui voit brûler la fumée. Il suffit que l’expérience ait constaté le fait , et vous l’avez constaté comme beaucoup d’autres parmi lesquels je dois citer le Conseil de salubrité de Paris.
Maintenant que ce fait est établi , c’est à vous d’en tirer tout le parti utile , c’est à vous de le faire tourner au profit des populations dont les intérêts hygiéniques vous sont confiés. Vous avez le moyen de détruire le mal , vous devez vous en servir. C’est-à-dire que vous devez vous efforcer à l’avenir de provoquer l’application des procédés de fumivorité , afin d’arriver progressivement à supprimer la fumée que produisent en quantité considérable les nombreuses chaudières à vapeur de notre ville. Pour arriver à ce résultat vous avez un moyen bien simple : il suffit , lorsqu’une autorisation pour une chaudière à vapeur vous est demandée , d’exiger la fumivorité absolue. Vous pouvez le faire en toute sécurité , car vous n’avez pas à craindre ici de porter atteinte à l’industrie , de lui imposer des sacrifices. Il résulte, en effet, de documents nombreux, de témoignages authentiques d’industriels honorés , que la grille fumivore procure sur le combustible une économie de dix-huit à vingt pour cent. Ce fait est tellement positif , qu’en Angleterre , le pays où l’on se préoccupe le moins de la fumée, certains industriels ont adopté les grilles Tailfer, non parce qu’elles sont fumivores , mais parce qu’elles sont économiques. Rien ne s’oppose donc à ce que vous fassiez l’adoption de ccs grilles en les proscrivant toutes les fois que vous les jugerez nécessaires. Si vous prenez ce
parti , je ne crains pas de le dire, vous rendrez un service important à notre pays , à scs habitants , en supprimant aussi une cause eonslanlc d’incommodité et d’insalubriié ; vous favoriserez aussi l’industrie en lui donnant le moyen de se maintenir dans ce grand centre de consommation dont vous auriez été tôt ou tard obliges de l’exclure.
En conséquence , je vous propose d’adopter les résolutions suivantes , comme règle de conduite à venir :
1° Toutes les fois qu’un appareil à vapeur devra être placé au pied d’un des coteaux de Lyon , la fumivorité absolue sera rigoureusement exigée;
2° Toutes les fois qu’un appareil à vapeur, sans être placé au pied d’un coteau , consommera une quantité de charbon considérable , la fumivorité absolue sera exigée.
A. Glénard.
Ces conclusions ont été combattues comme trop absolues; après une discussion à laquelle ont pris part tous les membres du Conseil , et particulièrement M. l’ingénieur Guillebot de Nerville , il a été décidé qu’elles seraient modifiées et réduites à la formule suivante :
Le Conseil avant constaté l'efficacité des grilles mobiles
de M. Tailfer , comme moyen de fumivorité , en prescrira l’emploi toutes les fois qu’il le jugera convenable.
La première application de ces principes fut faite dans l’usine d’un teinturier, située cours d’Herbouville et dont la cheminée que l’on ne pouvait ni abaisser, ni élever, à cause des habitations étagées sur le coteau, était une cause d’incommodité réelle. L’emploi de la grille Tailfer paraît avoir rendu là le service qu’on en attendait; car les plaintes dont la cheminée en question avait été l’objet à diverses reprises ne se sont pas renouvelées.
L’Administration préfectorale, frappée des avantages promis par l’emploi de la grille Tailfer et signalés dans le rapport dont nous avons reproduit un extrait, disposée à ordonner l’application immédiate de ces grilles à tous les établissements de machines et chaudières à vapeur qui fonctionnent dans l’enceinte de la ville ou dans les agglomérations importantes d’individus, rappela bientôt (janvier 1852), l’attention du Conseil sur la question de la fumivorité, en lui proposant de l’envisager à ce nouveau point de vue; elle lui demanda la nomenclature des établissements auxquels la condition de fumivorité pourrait être utilement applicable. Une Commission fut nommée pour étudier les clioses dans le sens indiqué par l’Administration et voici la réponse qu’elle adressa à M. le Préfet.
Monsieur le Préfet,
J’ai communiqué au Conseil, dans sa séance du 22 janvier, votre lettre en date du 16, en réponse an rapport que nous avons eu l’honneur de vous adresser le 10 du même mois sur les grilles fumivorcs et par laquelle vous appelez notre attention de nouveau sur ee système dont vous êtes dispose à ordonner l’application immédiate à tous les établissements pourvus de machines et chaudières à vapeur qui existent dans l’enceinte de la ville, ou des agglomérations importantes d’habitations.
Vous’ demandez en même temps au Conseil de formuler, à son point de vue, les bases de l’arrêté réglementaire que vous vous réservez de promulguer dans le département et aussi la nomenclature de tous les établissements pourvus de cheminées , appareils à vapeur et usines de toute nature auxquels la condition de fumivorité pourrait être utilement imposée.
Votre sollicitude pour tout ce qui concerne la salubrité publique vous a inspiré cette mesure qui dépasse le vœu modeste que nous avons émis dans notre rapport et par lequel nous demandions d’être autorisés à prescrire la fumivorité toutes les fois que, pour cause d’insalubrité ou d'incommodité, nous le jugerions nécessaire dans les usines à créer.
Dans la discussion qui s’cst ouverte, au sein du Conseil, sur l’importante mesure que vous proposez, sans nous préoccuper de la 7'étroaclivité, d’ailleurs légale, qu’elle entraîne et que justifie l’intérêt public, nous avons dû surtout nous arrêter : sur la nécessité dans quelques cas, l'utilité dans le plus grand nombre, et principalement sur la possibilité de son exécution.
Pour éclairer ces divers points de la question, le Conseil a nommé une Commission composée de MM. Bincau, Richard de Nancy, Guillebot de Nervillc etFraisse auxquels se sont adjoints le Président et le Secrétaire.
Dans sa première réunion, celte Commission a constaté d’abord qu’il existe dans le département près de quatre cents usines pourvues de chaudières avec ou sans machines à vapeur. À première vue clic a pensé que sur ce nombre beaucoup fonctionnent sans insalubrité, ni incommodité pour le voisinage. Pour quelques unes la fumivorité serait désirable, pour d’autres indispensable. Mais alors meme et avant tout clic a dû sc préoccuper de la possibilité de l’établir et sur ce point elle s’cst assurée qu’il existe plusieurs systèmes de chaudières auxquels, jusqu’à présent du moins, la grille fumivore ne peut être adaptée, et que prescrire la fumivorité cc serait prescrire en même temps l’uniformité dans le système des chaudières, système qui sc modifie chaque année avec grand avantage pour l’industrie.
Néanmoins, comme une découverte nouvelle tend toujours à généraliser son application et comme la grille fumivore nous paraît destinée à produire une révolution dans toute industrie qui exige une grande combustion de houille, la Commission va sc mettre immédiatement en relation avec les grands centres industriels , avec M. Tailfer cl les grandes manufactures qui emploient son procédé, pour s’informer avec détail de tous les systèmes de chaudières, de tous les appareils auxquels il peut être appliqué dans l’état actuel delà science.
Elle se tiendra en même temps au courant de toutes les modifications heureuses qui pourront surgir cl ce sera alors avec toute connaissance des choses qu’elle pourra formuler les propositions qu’elle aura à vous soumettre.
C’est donc un court délai que le Conseil vous demande, M. le Préfet, en vous priant de vouloir bien surseoir à l’exécution delà mesure que vous |ui proposez, sc réservant de l’imposer à l’avenir aux établissements à créer, toutes les fois qu’il la jugera utile.
Veuillez agréer, etc.,
Ho CGI EU.
Les choses en sont restées là quelque temps. Lé Conseil a continué à prescrire, dans diverses circonstances, l’emploi des grilles fumivores; mais diverses raisons l’ont empêché de proposer plus tard qu’il fut fait de ces grilles l’objet d’une prescription générale.
Mais depuis l’époque dont nous parlons, les efforts ne se sont pas arrêtés. Loin de là. Des procédés nouveaux de fumivorité ont été imaginés, des procédés anciens ont été perfectionnés, si bien que l’on peut dire aujourd’hui que l’industrie est en mesure, sinon d’anéantir complètement et absolument la fumée qui se produit dans les foyers des chaudières à vapeur, au moins de la réduire à des proportions insignifiantes, et cela sans s’imposer des sacrifices onéreux. On est donc en droit d’exiger d’elle la fumivorité, non plus en lui imposant tel ou tel système, mais en lui laissant le choix de l’appareil qui, tout en produisant l’effet désiré, lui présentera le plus d’avantage à son point de vue.
C’est ce que n’a pas hésité à faire l’administrateur habile qui dirige les affaires de notre département. Voici l’arrêté qu’a édicté à ce sujet M. le Sénateur, et en vertu duquel, avant peu, la fumivorité sera appliquée à tous les foyers de chaudières à vapeur.
Empire Français Préfecture du Riiône APPAREILS A VAPEUR